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LAURENT KARILA (20 MAI 2015)

DOSSIER - - - STRUCK - 05.06.2015
Alors que les dossiers relatifs à l'addiction aux drogues, au sexe, au jeu voire au sport pullulent, Music Waves s'est posé la question de savoir si une addiction à la musique était possible ?
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Et rien de tel que d'interviewer LE spécialiste de l'addictologie, notre ami Laurent Karila croisé lors des interviews de Satan Jokers, pour faire un rapide tour de la question mais aussi évoquer son travail et son actualité...


Bonjour, Laurent, nous avons eu la chance de te croiser deux fois au titre de ta collaboration avec Satan Jokers. Tu es également connu pour être un psychiatre français spécialisé dans l'addictologie, en particulier dans celle à la cocaïne et au sexe, expliquant ainsi la pertinence des textes exposés dans les derniers Satan Jokers. Si la plupart d’entre nous connait donc l’addiction à la cocaïne, au sexe, au jeu, tu as récemment écrit un article au titre de l’addiction au sport. Avant d’en arriver à la question qui nous amène : pourrais-tu nous expliquer vulgairement les mécanismes qui mènent à une addiction ?

Laurent Karila : Les mécanismes d'installation d'une addiction sont multiples et complexes. Il n'y a pas qu'une seule chose qui rend addict à une drogue ou à un comportement. Les facteurs de risque sont la personne au centre avec son développement, sa puberté, son sexe. Elle interagit avec des facteurs génétiques (qui expliquent à moins de 50% les choses), avec l'environnement (la drogue, l'alcool, un comportement, la disponibilité des choses, les copains, le stress environnemental), la maturation et le développement du cerveau, les troubles psychologiques associés, la personnalité… Plus chacun des éléments est déséquilibré, plus il y a un risque d'addiction car tous ces éléments interagissent entre eux. Donc, on ne devient pas addict comme ça. Un autre point important est l'âge de début précoce de la consommation qui agit fortement sur le cerveau.





Donc Laurent, tu me vois arriver avec mes gros sabots… Existe-t-il une addiction à la musique ?


Non, pas réellement, à part des cas isolés comme ce Suédois fan de metal qui a reçu des indemnités pour son addiction. La musique ,et le metal surtout, est très communautaire, avec des phénomènes d'identification et de rituel très forts. Il y a cette fidélité du fan de metal, et ce côté très passionnel et passionné.  Donc je dirais qu'on ne souffre pas comme dans une addiction maladie. J'aime bien plutôt parler d'addiction positive, c'est à dire on est accro mais sans conséquence pour sa santé. Du pur plaisir…


En revanche, chez certains, la musique serait plus qu'une addiction. Je pense notamment à Vikernes, voire à l'assassin d'un John Lennon…


La musique est une addiction positive comme j'aime le dire. Elle stimule le bien-être pour les fans et le metal est une communauté très fidèle et c'est une grande famille avec ses joies et ses peines. C'est un peu la même chose dans le hip hop…
Les exemples que tu me cites sont des cas extrêmes qui n'ont rien à voir avec l'addiction. Ils ne sont qu'une métaphore de la violence, de la haine, de la non passion et de l'agressivité. Ils souffrent peut-être d'addiction à d’autres choses (drogues, alcool...) mais leur violence, leur modalité de pensée et opérationnelle, n'a rien à voir avec cette maladie. Il s’agit de problèmes vraiment différents.


Je crois comprendre que la musique n'est pas un danger addictif mais "du pur plaisir". A l'inverse, peut-on dépasser ce cap de plaisir et dire que la musique peut avoir des vertus cathartiques ?

Oui, on peut dépasser le pur plaisir et toute la joie induite par l’écoute de la musique. Quand tu utilises la musique pour te purger, pour te libérer, c'est que tu souffres de quelque chose de profond ou de superficiel qui induit des émotions négatives. Et certains, qui ne se sentent pas bien par moments, peuvent utiliser la musique comme un tranquillisant ou un antidépresseur. Certains musiciens professionnels ont utilisé la musique pour exprimer leurs émotions négatives et les faire saigner. Certains ont fini par se suicider même, mais la musique n’est en rien responsable, c'est leur personnalité et leur souffrance qui a entraîné ce comportement. Un artiste est quelqu’un de complexe dans sa construction personnelle, avec des particularités singulières. Je pense que l’on ne devient pas artiste comme ça et que l’on ne réussit pas comme ça. Alors, c’est vrai qu’il n’y a pas que le talent, il y a aussi le réseau qui t’entoure et les personnes qui peuvent t’amener à faire des choix. Ne soyons pas naïfs, la question de l’argent et de ce que cela peut rapporter joue un rôle aussi, surtout pour les personnes entourant l’artiste.


A cet égard, considères-tu ton travail musical au sein de Satan Jokers (le plus connu), comme complémentaire de tes activités psychiatriques ?


Oui, c’est quelque chose de très important pour moi de pouvoir créer, et mon amitié fraternelle avec Renaud Hantson, sa confiance et le fait de m'avoir ouvert les portes du metal avec le partage d'expériences avec de supers musiciens, sont énormes. Il y a aussi mon implication dans HardForce avec ces interviews et chroniques, et je remercie mes Brothers of Metal les Christian (Lamet et Droit) pour leur générosité et leur confiance. J'écris des textes pour le prochain Furious Zoo, le projet hard cool de Renaud Hantson, et d'autres choses encore. Écrire des bouquins est aussi complémentaire pour moi (une histoire de poudre, Accro !).


Mais tu parles de ton plaisir personnel: en quoi cette complémentarité peut-elle être bénéfique pour tes patients souffrants d’une addiction ?

C'est mon plaisir personnel mais je me suis aperçu avec le temps, que c'était indissociable de ma vie.
Pour les patients, j'ai développé avec Renaud Hantson et le projet AddictionS, le premier projet métal de prévention des addictions validé par la MILDECA pour les ados et adultes. Il y a les conférences de prévention à destination du grand public, mais aussi pour les professionnels traitant les patients souffrant d’addiction. Nous avons traversé la France avec ce projet de conférences.





Justement, tu évoques le projet "AddictionS" validé par la Mildeca qui est une des grandes fiertés de Renaud. Je présume que c'est également ton cas d'avoir sous les yeux la concrétisation de ce projet réunissant passion et profession au service des gens ?

C'est clair! C'était un projet musico-addictologique innovant et excitant à mener. Les personnes impliquées dans la mission interministérielle ont quand même écouté du SATAN JOKERS et certaines de mes diapos de présentation étaient metal en plus d’être scientifiques !


Et couronnement de cette fierté, as-tu eu des retours de patients te disant que ces albums avaient été une source de guérison ?

Beaucoup de patients checkent internet avant de venir en consultation. Ils sont pour beaucoup au courant de ce projet. Surtout ils trouvent cet outil de prévention original, que leur médecin affiche sa passion metal et oui, ça en a aidé certains.


A contrario, certains sont surpris en découvrant cette double casquette. Penses-tu que certains évitent de te consulter pour cette raison ?

Oui, certains sont surpris ! Mais tu sais, les gens savent que je suis Doc et Metal. Il y a des flyers qui traînent sur mon bureau, de la musique quand je ne suis pas en consultation. Je ne sais pas si certains évitent. Je ne le crois pas. Les patients viennent chercher une réponse ciblée à leurs problèmes dans un climat empathique...


Pour revenir aux questions des addictions à proprement parler, il semblerait que ces tendances se multiplient : n’est-ce pas un mal d’une génération en manque de repères finalement ? Si non, comment expliques-tu ces recrudescences que tu dois constater dans tes consultations mais expliquant aussi la multiplication de tes interventions dans les médias ?


L'addiction est un trouble plurifactoriel : médical, psychologique, biologique, environnemental et social. La société actuelle n'est qu'un des facteurs qui favorise la maladie justement. Prends internet: les jeux, acheter des trucs, faire du sport, boire un peu.... si tu es vulnérable, tu vas avoir plus de risques d'être touché. Pour les drogues, il y en a de plus en plus et de nouvelles accessibles même sur Internet, et je ne te parle même pas du Darkweb, ce web souterrain . Il y a de nouvelles modalités de consommation. Le cannabis est devenu une maladie de l'ado, et la coke est présente. La MDMA est adorée par les ados. Les poppers aussi. Le sucre se comporte comme l'alcool sur le cerveau et le foie chez les addicts. Le sexe est hyper-distillé sur le web avec des accès pas très contrôlés pour les mineurs. On peut jouer des heures sur le web, son smartphone ou sa tablette, qui sont devenus des doudous virtuels pour les plus grands pour ces 2 derniers. Il ne faut rien diaboliser ni banaliser, mais j’insiste sur le côté information, sensibilisation et prévention. Le traitement arrive pour ceux qui ont un problème ancré et il fait intervenir un certain nombre d’acteurs.

Je suis sollicité dans les médias car ce sujet des addictions est inépuisable, et surtout cela permet de faire de la prévention en parlant au grand public. Avec SOS addictions, l'association dont je suis porte-parole avec de nombreux experts, on travaille beaucoup sur cet aspect de la prévention, entre autres.


Dans ces conditions, concrètement, qu’apportes-tu à tes patients ?

Je les aide à arrêter et à changer leurs habitudes de vie, de consommation. Je les initie et les accompagne dans l'abstinence pour beaucoup, pour ceux/celles qui ont des problèmes de drogues. Pour d'autres, c'est de la consommation contrôlée pour le jeu, le sexe, les cachets, le sucre, le bronzage excessif.
Pour l'alcool, il y a 2 aspects : l’abstinence ou la consommation contrôlée.

Je les aide avec des médicaments et de la thérapie dans des programmes que j'ai montés, et d’autres adaptés des connaissances médicales actuelles. Mon côté metal donne un plus à ma personnalité. Je suis un peu un électron libre dans la profession, mais un de mes objectifs principaux est d'aider mes patients à changer et à reprendre du plaisir. Chaque patient est unique et il faut s'adapter à chacun. Il y a des échecs mais cela fait partie du métier, et j'aime le challenge de soigner des patients compliqués. Stay Mental!





Avant de nous quitter, peux-tu nous parler de tes actualités ?

Côté musique, j'ai écrit des textes pour le prochain album de Furious Zoo, le projet classic hard rock de Renaud Hantson. Il y a le titre 'VIP HIV' de Satan Jokers qui vient de paraître en Lyrics video. Il y a le titre 'Monde virtuel' d’Incry dont j’ai écrit le texte, qui tourne en ce moment. Jje suis aussi en pleine écriture de mon prochain livre chez Flammarion qui ne parlera que de sexe. J'ai créé avec un ami, un projet d'enseignement de la médecine sur le web qui s'appelle ECN Academy et plein de projets à venir avec mon association SOS Addictions créée par William Lowenstein, mon mentor.


Merci Laurent

Merci à toi



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/satanjokersfanpage
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