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DREAM THEATER-"The Astonishing" : l'analyse titre à titre

DOSSIER - ROCK PROGRESSIF - NUNO777 - 22.01.2016
A album exceptionnel, article exceptionnel. A l'occasion de la sortie de "The Astonishing", nous vous proposons une description titre à titre de l'intégralité des 34 morceaux du double-album.
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Tout a commencé il y a plus de deux ans par l'écriture par John Petrucci d'une histoire qui formera la trame conceptuelle de "The Astonishing". S'inspirant d'œuvres aussi bien cinématographiques ("Hunger Game",  "Game Of Thrones", "Star Wars") que littéraires ("Le Seigneur des Anneaux", "Dune") et musicales ("Tommy" de The Who, "2112" de Rush), John Petrucci a créé cette dystopie dont la musique, comme expression artistique, est centrale et libératrice.
La composition est venue ensuite mettre en musique les trames scénaristiques avant que l'écriture des paroles ne parachève totalement l’œuvre. La simplicité des combinaisons et la fluidité des harmonies, malgré la grandeur des symphonies, que l'on entend tout au long de l'album tiennent pour une certaine part de la simplicité du processus de composition quand Jordan Rudess et John Petrucci se sont réunis dans l'intimité d'une pièce pour travailler la matière musicale essentielle qui sera transcendée dans le résultat final grâce à l'orchestre symphonique.

La culture du secret qui a régné autour de ce treizième album est inédite pour le groupe, pourtant aguerri dans l'exercice de la promotion sensationnelle - on se souvient de la manière dont il avait médiatisé le remplacement de Mike Portnoy. C'est le 2 novembre 2015, presque 10 mois après l'entrée du groupe en studio, que le titre de l'album est révélé et que la campagne promotionnelle va débuter. Les informations générales sur l'album et ses éléments contextuels vont être fournis au compte-gouttes jusqu'à que soient connus le nom et les visages des personnages, la carte du territoire sur lequel se tient l'histoire, la première vidéo d'extrait et l'image du NOMAC.

Dans un monde gangréné par la corruption, la cupidité et la convoitise, les tyrans maintiennent leur population dans la pauvreté et l’absence de liberté. L'art, puissant exutoire autant que contre-pouvoir qui a toujours éveillé les consciences, n'est plus créé par des hommes uniquement préoccupés par leur survie quotidienne. Un homme semble pouvoir guider le peuple vers son destin car il est doué pour la musique, qualité qui a totalement disparu et qui n'est plus que l'apanage de machines à l'intelligence programmée. L'élu guidera-t-il la révolution qui gronde ?

Ainsi débute "The Astonishing".

   


ACT I (1:19:50)


01. Descent Of The NOMACs (01:10): cette introduction nous immerge tout de suite dans l'ambiance angoissante d'un film de science-fiction avec ses bruitages type "La Guerre des Mondes" et dans la symphonie qui sera un des éléments structurants de l'œuvre. C'est la première des cinq incursions des interludes NOMACs (NOise MAChines), ces robots aux allures de machines policières qui restent les seules "intelligences" capables de créations artistiques.




02. Dystopian Ouverture (04:50): Les claviers et les guitares sont à la fête dans ce titre instrumental parfaitement maîtrisé par la groupe. Cet exercice totalement instrumental ne sera reconduit qu'une seule fois dans le disque. Ce morceau inaugural rappelle le travail effectué sur le second disque de "6 Degrees Of Inner Turbulence".

03. The Gift Of Music (04:00): Ce titre assez classique du style Dream Theater pose le contexte de l'histoire et fait référence au concept qui place la musique comme expression artistique confisquée à l'humanité et prise en charge entièrement par les NOMACs. La rébellion, emmenée par l'élu "Gabriel" né avec le don pour la musique, sera basée sur cette symbolique. Le côté très religieux, au-delà du personnage de messie, est largement rendu par les chœurs grandiloquents du titre.



04. The Answer (01:52): le premier des nombreux mid-tempi de l'album avec son association piano-guitare acoustique et arrangements de cordes. Celui-ci est très direct et très mélodique, sans charge émotionnelle excessive.




05. A Better Life (04:39): Des bruitages de marche militaire donnent le ton de la thématique guerrière qui verra la rébellion de la "Ravenskill Rebel Militia" entrer en conflit avec le "Great Northern Empire of the Americas". La guitare de John Petrucci est très expressive avec des harmonies criantes qui contrastent bien avec la modalité mid-tempo et un solo très lyrique en fin de morceau. James Labrie est parfait dans ce genre de disque, bien moins metal que les précédents, et incarne toute la narration du concept. Il a déjà montré qu'il était le chanteur idéal pour tenir ces rôles narratifs avec "Leonardo : The Absolute Man" ou dans "Human Equation" d'Ayreon.

06. Lord Nafaryus (03:27): Titre très puissant qui va bien avec le côté autoritaire et colérique de l'empereur Nafaryus (de l'anglais nefarious, infâme), dont James Labrie joue le rôle avec brio. Les thèmes associés à l'empire sont généralement plus heavy et théâtraux que ceux de la rébellion. Petite fantaisie coutumière de Dream Theater, le morceau est parsemé de sonorités tango du meilleur effet.



07. A Saviour In The Square (04:13): début très tranquille sur un mid-tempo piano+guitare acoustique avec un long chorus plein de sensibilité de John Petrucci avant un durcissement annoncé par des trompettes. La fin met en scène un Labrie très emphatique dans les émotions.

08. When Your Time Has Come (04:19): de surprenants applaudissements d'une foule introduisent le morceau qui tend vers le mid-tempo un peu plus rock que ceux plus mélancoliques déjà entendus, et qui seront légion dans l'album. Morceau aussi très typique de Dream Theater dans le genre 'Solitary Shell' avec un bon solo élégant et plein de toucher de Petrucci.

09. Act Of Faythe (05:00): symphonie classique et romantique pour ouvrir ce morceau dont le titre est un jeu de mot avec le nom du personnage Faythe. Le piano de Rudess et la voix douce de Labrie sont mis au service d'une composition empreinte de féminité avec une montée en puissance dramatique et une voix lyrique d'une grande pureté qui achèvent le morceau.

10. Three Days (03:44): la voix de Labrie se module pour incarner la rudesse (sans jeu de mots) du personnage et son cynisme. L'entrain fait son retour après plusieurs minutes assez lourdes émotionnellement. La musique est très progressive et les mariages surprenants avec une densité de nappes, des accords de puissance sombres, des ambiances de cabaret où le jazz y est festif et des chœurs majestueux. Un des titres les plus barrés de l'album mais toujours dans les limites du raisonnable.



11. The Hovering Sojour (00:27): Les méchants robots-musiciens nous donnent un aperçu de leurs grandes "qualités" musicales dans ce court "séjour planant".  

12. Brother, Can You Hear Me (05:11): les connotations guerrières reprennent avec des bruits de combats et une fanfare martiale qui débouchent sur un passage très grandiloquent avec chœurs déployés et trompettes. La fin vire à l'emphase un peu grasse martelée par des rythmes militaires.

13. A Life Left Behind (05:48): un des morceaux les plus originaux de l'album avec son intro jazz fusion et ses étonnantes sonorités de claviers. Le meilleur reste à venir avec ses superbes mélodies de refrain d'une grande limpidité. La montée en intensité est un modèle du genre. Un titre époustouflant !

14. Ravenskill (06:00): le chant de Labrie est éthéré et baigné de réverbération. Une ambiance irréelle, qui rappelle certaines atmosphères de "6 Degrees Of Inner Turbulence", règne sur le début de 'Ravenskill' qui tient de la mélancolie et du tragique. Les guitares puissantes entrent dans l'arène pour ajouter à la lourdeur du titre dont le sujet concerne la milice Ravenskill menée par le Chosen One Gabriel. La fin grandiose verse dans l'épique. Par sa construction, 'Ravenskill' exprime le parfait syndrome "The Spirit Carries On" qui touchera plusieurs morceaux dans l'album.



15. Chosen (04:32): ce passage prend le relais de 'Ravenskill' dans le côté "dramaturgie" avec une structure comme le disque en installe beaucoup dans ce premier acte : piano, guitare acoustique, intonations souples de Labrie et orchestrations. Le solo de John Petrucci est un petit bijou.

16. A Tempting Offer (04:19): début troublé avec piano et guitare électrique qui installent un climat angoissant. James Labrie est plus grave dans ce contexte de saynètes où l'on entend des femmes qui crient et des chœurs qui se lamentent. Une surprenante séquence instrumentale donne encore plus d'étrangeté à ce morceau à la tension palpable.

17. Digital Discord (00:47): deuxième interlude NOMACs aussi intéressant que le premier.

18. The X Aspect (04:13): introduction au piano et chœurs avant qu'une couleur médiévale jouée à l'orgue ne vienne donner une saveur originale au titre. L'entrée des accords de puissance accompagne la montée en intensité émotionnelle. Une cornemuse et des chœurs clôturent le morceau sur une touche bucolique.    



19. A New Beginning (07:40): une véritable débauche d'énergie rock que l'on n'avait pas entendue depuis de longues minutes éructe de ce nouveau commencement. Ce titre est le plus long de l'album et renoue avec le Dream Theater heavy à la relative discrétion pour l'instant. Avec ses cuivres, ses accents queeniens, ses clavecins et ses orgues, le titre prend une tournure vintage qui se marie bien avec ses facettes modernes. La fin très entraînante est dominée par une jubilatoire séquence instrumentale et un superbe solo de Petrucci qui se développe sur plusieurs minutes. Cela permet à John Myung, quasiment inaudible jusqu'ici, d'être enfin perceptible. Ce sera son moment de gloire, après il retournera dans les limbes du mixage. 'A New Beginning' est un des moments forts de l'album.

20. The Road To Revolution (03:34): dernière piste du premier CD avec un mid-tempo plutôt varié dans lequel les riffs d'une guitare assez aride apportent une saine nervosité.

ACT II (50:34)

1. 2285 Entr’acte (02:20): 2285 (85 comme l'année de création de Dream Theater) est l'année à laquelle se déroulent les aventures de "The Astonishing". Avec ce second morceau totalement instrumental s'ouvre ce second disque de manière bien plus puissante que 'Dystopian Overture' ne le faisait pour le premier acte en gardant une constante pulsion rock. Il donne le ton d'un disque plus concerné par le côté heavy de Dream Theater.

2. Moment Of Betrayal (06:11): confirmation de l'orientation rock de ce second disque avec un moment jouissif qui pourvoit à notre appétit de séquences instrumentales virtuoses, de haute densité progressive et de refrains entêtants. Le solo de Petrucci est une fois de plus une démonstration de classe et de feeling. Pour l'instant, aucune faute de goût chez le guitariste, peut-être moins mis en valeur que le travail de Jordan Rudess, mais qui se rattrape dans ses soli.



3. Heaven’s Cove (04:19): une ambiance sombre aux arpèges mineurs de guitare acoustique introduit la piste. Quelques riffs secs ponctuent l'introduction pour donner encore plus de tension. Quand le chant arrive, c'est un Dream Theater ténébreux des récents albums qui se met en place.

4. Begin Again (03:53): il règne toujours une même tension tragique palpable sur ce début de titre très mélancolique. Quelques subtiles harmonies jazz se font entendre dans les phrases de guitare prises par John Petrucci. Le chant s'accorde avec une guitare acoustique et un piano dans une combinaison très pure. "Begin Again" prend de la densité au fur et à mesure pour aboutir à une fin assez enlevée emmenée par des chœurs joyeux et un piano euphorique.

5. The Path That Divides (05:09): Les violons très oppressants fixent une ambiance qui cultive la dramaturgie qui monte à l'approche de l'issue du disque. James Labrie est dans une modalité incantatoire quand la dynamique du morceau se met en place. Des orgues et des filtres vocaux donnent beaucoup de relief à ce titre bien rythmé. Des bruitages de duels rajoutent à la dimension cinématographique de cette séquence forte.



6. Machine Chatter (01:03): l'évolution de la production artistique des NOMACs depuis le début de "The Astonishing" fait écho aux événements contés par le récit. En se rapprochant du dénouement leur activité musicale semble se réduire de plus en plus à quelques bruits de machines.

7. The Walking Shadow (02:58): James Labrie est possédé dans ce morceau court mais plein d'ardeur progressive et transmet avec conviction une sensibilité meurtrière renforcée par le trépas final d'un des personnages féminins.

8. My Last Farewell (03:44): La douleur de l'événement précédent guide l'harmonie lourde du début de cette piste. Mais rapidement les rythmes s'emballent pour tourner à la frénésie instrumentale pondérée par des chants empreints d'émotions de Labrie. Un des titres les plus variés et jubilatoires de l'album, qui se termine sur un cri déchirant de Labrie.

9. Losing Faythe (04:13): titre débutant par la douleur de certains personnages. Retour à une ballade très mélancolique qui reprend des thèmes harmoniques déjà développés par ailleurs. Ce deuil mis en musique est une illustration du syndrome "The Spirit Carries On" avec sa montée déchirante.




10. Whispers In The Wind (01:37): dernières traces évanescentes de la tristesse exprimée précédemment dans ce passage piano voix et violons avant la dernière ligne droite.

11. Hymn Of A Thousand Voices (03:38): la fin est très proche et ce mid-tempo aux accents médiévaux avec son violon soliste et banjo, qui fait penser à certains titres du second disque de "6DoIT", évolue vers toujours plus de gravité.

12. Our New World (04:11): symbolique assez positive pour ce titre qui annonce un nouveau monde. Le rock plutôt frais qui se déroule ici accroît cette impression. Dernier solo pour un Petrucci très en verve dans ces exercices de style assez bien distribués dans l'ensemble du double-album.

13. Power Down (01:25): parfait symbole de la révolution triomphante, le dernier interlude NOMACs résonne comme le dernier souffle électronique de machines ayant perdu leur monopole sur la création artistique...



14. Astonishing (05:50): l'arrivée brusque d'une orchestration très grave se fait sans transition. La succession des trois derniers morceaux avec un rock, un interlude NOMACs et cet épilogue n'est pas la plus pertinente qui soit pour achever un double-album de cet acabit. L'étonnement final n'est que partiel car Dream Theater nous rejoue une des modalités largement entendues dans ce double-album assez richement pourvu en mid-tempi symphoniques. L'effet d'apothéose que le dernier morceau devrait incarner en contraste du reste de l'album est forcément atténué.



Plus d'informations sur http://www.dreamtheater.net
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