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CHARLY SAHONA (19 FEVRIER 2016)

INTERVIEW - ROCK - NUNO777 - 29.02.2016
A quelques jours de la sortie de son second album solo "Sahona", nous avons eu le plaisir d'échanger avec un Charly Sahona toujours aussi passionné et sincère.
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L'album sort dans quelques jours. Comment te sens-tu à l'approche de cet événement ?

Impatient, très excité, fier et... curieux de savoir comment il va être accueilli . Mais quoi qu'il en soit, je suis serein car nous sommes très contents de ce que nous avons accompli, c'est le principal.


Depuis 2010 tu alternes un album solo en un de Venturia. Est-ce que ce rythme se révèle à toi comme une nécessité artistique, comme une respiration, ou est-ce plutôt de l'ordre du hasard?

D'une nécessité artistique et d'une respiration comme tu le dis si bien. Il me faut toujours un peu de temps après la sortie d'un album afin de savoir dans quelle direction j'irai avec le prochain. J'aime prendre du recul, avoir de nouvelles influences, de nouvelles idées. En même temps, je n'aime pas rester sans créer. De ce fait, je me change les idées avec un projet parallèle tout en étant totalement investi dans celui-ci.
Mais jusqu'à présent, toutes les réalisations d'album n'ont jamais été le fruit du hasard, je sais toujours à l'avance ce dont j'ai envie et je me projette toujours dans l'avenir avec de nouvelles idées de sons, de mélodies, de riffs de guitare... bref, de musique.


Que t'apportent ces parenthèses solos?

Le fait de pouvoir faire le vide sur le précédent album de Venturia et composer dans une optique fraiche, spontanée et différente. Puis, retrouver cette fraîcheur et la vive envie de composer pour le groupe à nouveau. Chaque expérience nourrit la suivante.
Les projets parallèles sont intéressants dans le sens où je ne mets pas de pression artistique, ou plus exactement, je ne suis pas de codes. La composition de ceux-ci est abordée de manière plus spontanée et donc plus simplement, contrairement à Venturia avec qui nous nous donnons des lignes directrices à chaque début d'écriture d'album .


Travailles-tu sur cet album depuis longtemps ou est-ce un projet récent?

Il s'est construit dans le temps, en effet. Pourtant, les titres ont été composés et arrangés individuellement assez rapidement. Dû au fait qu'il n'y avait pas de date de sortie à respecter et que ce projet arrive un peu de nulle part, nous avons effectivement pu prendre le temps de le réaliser au mieux. De plus, les impératifs professionnels des uns et des autres passant avant tout et comme il  était convenu de se réunir dans le seul but de se faire plaisir, les choses ont pris un peu de temps, il est vrai. Ce qui au final n'est pas une mauvaise chose puisque tout a été réfléchi, décidé et réalisé dans les meilleures conditions possibles.





"Sahona" sonne très différemment de ce que tu as l'habitude de produire en termes de metal prog (Venturia) et metal mélodique ("Naked Thoughts From A Silent Chaos"). Comment as-tu abordé l'écriture de "Sahona" ?

Je souhaitais effectivement faire quelque chose de différent et je pense que le résultat est quasiment celui que j'avais en tête au moment de l'idée même du projet. Pour autant, mon approche d'écriture est très similaire. Je pars toujours d'une base mélodique et harmonique. L'essence de la chanson nait à partir d'une combinaison chant/guitare ou chant/clavier. C'est au moment de faire les arrangements que la couleur et le style du titre se définissent.
Outre les arrangements, ce qui va donner une réelle personnalité à un album et lui donner une âme c'est bien entendu les musiciens…De ce fait, j'ai demandé à des musiciens avant tout amis dont le parcours et la façon de jouer allaient se prêter au mieux à ce que j'avais en tête s'ils voulaient bien m'accompagner sur ce projet. J'en ai d'abord parlé à Stéphane Cavanez (batterie et compositeur sur 'Little Jack') avec qui j'ai partagé la scène un grand nombre de fois et dont j'admire l'assurance, la stabilité, la polyvalence, l'engouement et la « pêche » qu'il met dans tout ce qu'il joue.
Dans un deuxième temps, j'ai demandé à mon ami guitariste et ingénieur du son Fabien Paraillac de se joindre à nous. Tous les titres étant arrangés pour plusieurs guitares, je souhaitais vraiment les partager avec lui.

Fabien a une approche guitaristique similaire à la mienne mais avec un son bien différent, plus rock et organique que le mien plus aseptisé et typé metal. Je savais que Fabien avait le recul, l'oreille et les connaissances nécessaires pour que les titres sonnent le mieux possible. Je l'ai même laissé choisir les réglages d'ampli de mes prises. J'ai donc parfois un son qui n'est pas celui que j'aurais naturellement choisi mais au final, celui qui sonne le mieux pour le titre. Mon souhait pour la basse s'est porté sur Cedric Artaxet (vivement recommandé par Fabien) avec qui je n'avais pourtant jamais joué et dont je connaissais finalement peu le jeu. Cependant, pour avoir parlé bien souvent avec lui, j'ai toujours accroché sur sa vision des choses, de la musique bien entendu mais aussi sur sa philosophie de vie et de groupe. C'est une personne très riche de connaissances et d'une intelligence musicale certaine. J'étais persuadé qu'il serait l'homme de la situation sur cet album. J'ai d'abord été très heureux et honoré que les trois soient d'accord pour s'investir dans ce projet et dans un deuxième temps, comblé à l'écoute de ce qu'ils proposaient à chaque chanson. Pour revenir à la question, le groupe fait incontestablement sonner l'album d'une façon unique, très personnelle, efficace et surtout musicale.


Est-ce que tu avais en tête de retrouver une certaine authenticité rock en composant de la sorte ?

Oui, tout à fait. Je voulais que les guitares soient très présentes mais dans un style différent de ce que j'ai fait précédemment où tous les riffs sont joués à la 7 cordes avec un jeu metal typique. Avec Sahona, l'approche est plus rock, plus brute , plus ouverte, plus aérée. De plus, je souhaitais apporter de la nuance et des reliefs dans les titres, chose qui n'est pas très commune dans le metal qui est une musique très puissante, très précise mais qui s'interprète principalement sur la même dynamique.


Les fans seront probablement surpris par le contenu de l'album. Penses-tu qu'ils adhéreront à cette orientation moins metal et plus rock-pop ?

C'est possible... Pour autant, je n'ai pas la sensation d'avoir fait quelque chose de vraiment différent mais je manque surement de recul. Il se peut fortement que les fans de gros riffs bien graves et amateurs de double grosse caisse ne trouvent pas leur compte avec cet album. Cependant, les fans de prog et de metal sont souvent des gens très ouverts d'esprit avec des goûts très variés et une culture musicale étendue. Je pense donc que la majorité peut apprécier ces titres.
De plus ce n'est pas comme si j'avais composé un album strictement pop-rock à la Oasis, très loin de là. Certains codes de cette musique sont cependant utilisés comme les structures, les sons et les mélodies accrocheuses, mais beaucoup d'éléments empruntés au metal et au prog comme les solos "shred" de guitares, les chemins harmoniques moins communs, des climats différents au sein d'un même titre font que cet album est musicalement métissé.


Que reflète le choix d'un titre d'album comme celui-ci ? Est-ce une manière de dire qu'il s'apparente à une expérience introspective ?

Il y a toujours une grande part d'introspection dans la création d'un album. A ce jour, je peux te dire oui, c'est l'album le plus personnel que j'ai réalisé, ce qui est normal vu que je le chante et cela implique un rapport encore plus intime avec les chansons. Mais j'ai déjà pensé cela dans le passé et il se peut qu'il en soit de même pour le prochain opus. Le choix de ne pas donner de titre à cet album est dû à deux raisons décalées. La première est tout simplement que je ne trouvais pas d'idée et qu'aucun des titres des chansons ne me paraîssait adapté. J'avais hésité avec 'Caught in Heaven' (un des titres de l'album) qui reflète pourtant bien ma vie d'heureux musicien, mais au final je ne trouvais pas cela adéquat. J'en ai parlé à Christophe Sousa (de l'agence de promotion Dooweet) qui réalise avec son équipe la promo de l'album et qui est aussi conseiller artistique. Je lui ai fait part de mon idée de ne pas donner de titre, il est allé dans ce sens en me disant que ce choix pouvait être intéressant vu qu'il amène à éveiller la curiosité.


Cet album sort sous le nom d'artiste "Sahona" seul alors que ton précédent album solo sortait sous le nom de Charly Sahona. Vois-tu ces deux albums comme participant d'une même trajectoire ou est-ce que tu fais bien la distinction ?

Au départ, ces titres devaient être présentés en tant que projet solo et donc sous le nom de Charly Sahona. Cependant, plusieurs raisons m'ont poussées à l'appeler différemment. Quand nous avons commencé à bosser ensemble sur les titres ainsi qu'au moment de l'enregistrement, à l'écoute de ce que nous jouions, il était évident que le tout sonnait de façon très cohérente et une alchimie musicale de groupe était ressentie. De plus, je me suis dit qu'en sortant quelque chose sous mon nom, les gens allaient forcément attendre quelque chose de metal ou un instrumental. J'ai beaucoup hésité et en ai donc parlé à Chris (Sousa/ Dooweet) en lui faisant part de mon idée de présenter le projet sous un nom de groupe. Nous nous sommes mis d'accord et la poire a été coupée en deux. "Sahona" sonne bien en tant que nom de groupe, ne rappelle rien de précis sauf pour les gens qui me connaissent... De plus, cela m'a évité de me prendre la tête afin de trouver un nouveau nom (rires). J'en ai parlé à mes acolytes musiciens et l'aventure pouvait démarrer sous cette appellation et surtout en tant que groupe.


Je reviens sur le côté introspectif : ta voix sonne de manière naturelle, véhicule une vraie émotion et ajoute un supplément d'âme que l'on a plus de mal à entendre dans le métallique "Naked Thoughts From A Silent Chaos". Comment as-tu abordé les parties chantées de l'album ?

Merci, je suis content que tu l'aies remarqué. C'est tout à fait le cas, je voulais vraiment faire quelque chose de plus introspectif, aller plus loin vocalement et ne pas noyer ma voix sous les effets. J'ai donc également composé ces titres en fonction de ce que je souhaitais exprimer vocalement. Je voulais sonner beaucoup mieux et surtout plus naturellement même si ces titres m'ont donné (et me donnent toujours) du mal afin d'être maîtrisés. En effet, sur "Naked Thoughts From a Silent Chaos", c'était la première fois que je me présentais artistiquement en tant que chanteur. Je chantais de façon abrupte et intuitive. Je ne me sentais pas encore très à l'aise et je n'aimais pas vraiment le résultat. De ce fait, j'ai souhaité couvrir la voix d'effets notamment avec beaucoup de distorsion. Cela amène une couleur certaine et originale à l'album mais sur ce nouvel opus, je voulais vraiment apporter plus de nuances, plus d'authenticité, plus d'âme, avec un timbre plus travaillé et surtout plus de technique vocale.


Dans l'interview que tu avais faite avec Phil il y a trois ans pour la sortie de "Dawn Of A New Era", tu disais "J'ai beaucoup travaillé et je continue de beaucoup travailler le chant, c'est un autre moyen d'expression qui me plaît en plus de la guitare, du clavier, de la compo. J'ai encore à apprendre, c'est un milieu dans lequel je veux évoluer et qui me plaît". As-tu évolué dans ce secteur ?

Oui, incontestablement. J'ai toujours voulu être chanteur, mais je ne supportais pas ma voix et pensais ne pas être fait pour ça. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle je me suis totalement investi dans la guitare à partir de l'adolescence. Bien plus tard, je me suis jeté à l'eau avec "Naked Thoughts From a Silent Chaos". Il fallait que je le fasse malgré le fait que je n'étais pas à la hauteur de mes attentes. Depuis ce moment où je n'étais pas satisfait de mon grain vocal et me sentant limité techniquement, j'ai pris des cours de chant, me suis énormément documenté et ai surtout travaillé quotidiennement afin d'atteindre ce que je souhaitais. Je n'ai pas autant d'aisance dans ce domaine que celle que j'ai pour les instruments et la composition. J'ai aussi été freiné par des pensées négatives et cela est très handicapant car le chant, tout comme le sport est une discipline à 90% mentale. J'ai donc galéré et sans doute bien plus travaillé que des gens naturellement doués pour le chant mais cependant, je suis très content de cet apprentissage et surtout d'arriver peu à peu à interpréter mes chansons comme je souhaite les entendre. Donc oui, j'ai beaucoup évolué et je continue de bosser dans ce sens car même si la route est longue, j'apprécie le voyage.





Pour en revenir au rendu authentique de l'album j'ai été frappé par la section rythmique qui est particulièrement mise en avant et c'est un véritable plaisir d'entendre cette basse et cette batterie. Tes collègues musiciens doivent t'être reconnaissants de ne pas les avoir noyés dans le mixage ?

C'est moi qui suis reconnaissant de ce qu'ils ont apporté. Il était hors de question qu'ils soient sous-mixés. De plus ça n'aurait eu aucun sens musicalement tant l'esprit groupe est présent. Steph (batterie) s'est approprié les titres naturellement avec un groove, une frappe et une énergie communicative. Les lignes de basses de Cédric sont très vivantes, soutiennent et embellissent l'harmonie et collent parfaitement à ce que fait la batterie. Quant à Fabien (guitariste qui a également réalisé le mixage), il a su transcender ce que nous avons apporté à l'enregistrement et donner encore plus de vie, de dynamisme au son et aux chansons. Je suis en effet content du mixage et de ce que tout le monde a réalisé.
Je tiens également à préciser que Carryl Montini (Artsonik Studios, Suisse qui a enregistré les 2 premiers albums de Venturia ainsi que "Naked Thoughts... ") a mixé les titres 'On this Winter Night' ainsi que 'A Modern Sleeping Beauty' dans un style un peu différent, très intéressant notamment dans la gestion des effets. Brett Caldas-Lima (Tower Studio) a réalisé brillamment le mastering.


A côté de ça, "Sahona" m'est apparu comme un véritable album de guitariste. Et pas dans le mauvais sens du terme, c'est-à-dire que la virtuosité n'étouffe pas les compositions. Il y a bien au contraire un super travail sur les effets et les styles à la guitare avec de très bons riffs qui régaleront les guitaristes. Est-ce avec cet esprit là que tu as composé ?

Absolument, je voulais aborder la guitare rythmique d'une autre façon, plus rock, plus variée. La rendre parfois spatiale, parfois sauvage, faire des arrangements stéréos à deux guitares pendant que la basse et la batterie soutiennent la rythmique principale. Jouer avec des effets et des sons différents. Au final, ce n'est pas un album démonstratif, bien qu'il y ait des solos dans tous les titres. Je me suis d'ailleurs obligé à en rajouter mais ils ne sont jamais très longs et ne prennent jamais le dessus sur la composition.  


Les claviers ont aussi leur importance dans l'album. Ils apportent une vraie couleur sans charger l'ensemble. Est-ce que ta formation de pianiste t'a aidée dans la manière de bien doser les différents instruments pour que l'association s'équilibre parfaitement ?

J'adore travailler les sons de claviers. J'aime la multitude de couleurs qu'ils peuvent apporter, les différentes ambiances qu'ils peuvent réaliser. Je les considère souvent comme des outils permettant de créer musicalement des paysages abstraits. Un peu comme dans les films de science-fiction où les décors nous plongent dans un univers dans lequel évoluent les protagonistes. Mon parcours de musicien classique m'a appris en effet à comprendre comment interagissent les instruments ou les différentes voix dans une oeuvre pour piano solo par exemple. Le principe est le même dans la musique électrique. Chacun doit être à son poste, évolue pendant l'oeuvre, mais doit toujours être en accord avec les autres. Un peu aussi comme dans le sport d'équipe en fait.


Aurons-nous le plaisir d'écouter "Sahona" sur scène ?

Nous le souhaitons vraiment. Je me bute toujours au fait que faire tourner un groupe est difficile au niveau organisation et surtout financièrement. Je n'ai pas envie de risquer plusieurs milliers d'euros pour au final perdre cet argent et l'envie de partager ces compositions en live. Cependant, nous sommes très heureux de ce que nous avons enregistré et avons tous les quatre très envie de jouer ces titres qu'y se prêtent également au live. Dans l'absolu nous devrions tourner en ce moment même afin de promouvoir l'album, mais nous serons plus disponibles pour une petite tournée à partir de septembre.





Parlons de Venturia si tu le veux bien. Comment a été accueilli le dernier album en date "Dawn Of A New Era" ?

Dans l'ensemble très bien, surtout dans la communauté "Female fronted metal". Par contre, les gens qui avaient apprécié le côté prog et très technique des deux premiers albums étaient plus sur la réserve. Ce qui est normal vu que nous avions convenu de faire des titres efficaces, adaptés pour le live de façon à leur donner le plein d'énergie plutôt que de rester concentrés toutes les deux mesures avant d'arriver à la prochaine difficulté technique. Avec le recul, je trouve que cet album a de super titres mais qu'il manque de relief et de variété.


Prêtes-tu attention aux critiques (positives ou négatives) ? Ont-elles une influence sur ta manière d'aborder chaque nouvel album ?

Oui, absolument. Plus particulièrement quand je les trouve justes et quand elles raisonnent avec ce que je projette de faire afin de faire évoluer le groupe. Par exemple, tu viens tout à l'heure d'évoquer l'émotion et le supplément d'âme perçus dans le chant. C'est effectivement un paramètre très important que je tiens à développer, mais le fait d'en avoir parlé peut me pousser en effet à me focaliser encore plus là-dessus plutôt que sur la pure performance des hautes notes tenues qui m'obsède parfois. Tout comme le fait que certains chroniqueurs ou proches regrettent au final la complexité et le côté prog des précédents opus de Venturia va être en accord avec ce que je pourrais planifier pour le suivant. Après, dès que la direction de l'album à venir est décidée, je ne fais rien écouter et suis l'idée directrice sinon les doutes pourraient freiner le processus de créativité qui doit garder sa spontanéité. Je préfère avoir des regrets et me dire que je ferai mieux la prochaine fois plutôt que d'hésiter et ne rien faire en attendant de réaliser l’œuvre parfaite, ce qui est évidemment impossible.
Je trouve toujours intéressant et enrichissant de lire des chroniques, bonnes ou moins bonnes ainsi que d'échanger comme nous le faisons avec des gens qui ont écouté énormément de musique et qui ont un recul certain par rapport à ce qu'on leur présente, vu que nous sommes totalement plongés dans nos réalisations.


J'ai appris il y a peu de temps qu'il y avait du changement dans le groupe avec le remplacement de Lydie Lazulli par Claire Pinochi. Peux-tu nous expliquer quelles sont les raisons de ce changement ?

Lydie a décidé il y a un an et demi de ne plus continuer pour des raisons personnelles afin de poursuivre un choix de vie qu'il nous fallait accepter. Ce n'est jamais évident et même triste de devoir laisser partir un membre du groupe particulièrement quand il ou elle a apporté beaucoup à celui-ci. Lydie a été ma muse et a toujours transcendé les lignes mélodiques que je lui proposais, je lui en serai toujours reconnaissant. Après son départ, le groupe a été en sommeil pendant un an et cela m'a permis de me focaliser sur "Sahona". Cependant j'ai fait la connaissance de Claire Pinochi il y a un an, une jeune chanteuse au potentiel étonnant. Cet été nous avons parlé de nos occupations artistiques et après lui avoir parlé de Venturia et que nous cherchions une chanteuse, elle s'est montrée curieuse et intéressée de tenter une expérience comme celle-ci. Très vite, j'ai réalisé qu'elle pourrait vraiment apporter quelque chose au groupe même si elle ne connaissait que très peu ce style de musique à ce moment-là.


Quelles sont les qualités de Claire Pinochi ? Son arrivée va-t-elle faire évoluer la musique de Venturia ?

Incontestablement, oui. Ce qu'on remarque la première fois en entendant Claire, c'est sa technicité et une grande maîtrise de ce qu'elle fait. Elle a une capacité d'écoute certaine, une grande faculté d'adaptation et sait se remettre en question afin de progresser et d'évoluer. De plus, c'est quelqu'un qui travaille beaucoup et qui souhaite constamment donner le meilleur d'elle même. Je partage cette vision des choses et de ce fait, il est aisé de travailler avec elle d'autant plus que c'est une fille très cool, posée, réfléchie qui n'a pas ce côté imprévisible et capricieux de certaines divas.
Elle nous a totalement bluffés le premier jour de répétitions que nous avons fait ensemble. Tout semblait facile, évident, acquis et elle s'était déjà approprié les titres. Nous avons également joué cet hiver en Suisse pour un festival. On aurait pu imaginer qu'elle chercherait ses marques en tant que « frontwoman » dans un style de musique qu'elle ne connaissait pas tant que ça. Et là aussi, elle a été remarquable de part sa présence et par sa faculté d'adaptation. Pour vous faire une idée sur sa voix, elle serait plutôt dans la lignée de Floor Jansen (Nightwish). Elle a donc une façon de chanter bien différente de celle de Lydie et de ce fait, cela me pousse à composer pour elle d'une façon différente, ce qui est donc passionnant. De plus, elle est belle comme tout. Elle a donc tout le potentiel pour être une référence dans le style.


Quelles sont les raisons pour lesquelles ton choix pour le chant dans Venturia se porte sur des voix féminines ?

J'ai besoin de ce côté Yin-Yang, j'aime créer un équilibre entre la puissance et la force apportées par la rythmique et l'intention de jeu qui contrastent mais qui s'harmonisent avec le côté planant et sensuel des claviers, de la voix féminine et des mélodies. J'ai toujours été fan des belles voix sensuelles tout comme de l'énergie des groupes de metal. Je peux tout autant apprécier l'album d'Ariana Grande que le dernier Meshuggah. 


Vas-tu assumer plus de parties chantées dans le prochain Venturia ?

Dans l'absolu, je devrais. Cependant, je pense me recentrer sur la guitare et laisser Claire nous enchanter. Chanter des parties difficiles et jouer des parties compliquées au même moment est quasiment impossible. De plus, il faut souvent dissocier une intention différente entre la guitare et le chant, je n'ai hélas pas 2 cerveaux. C'est la raison pour laquelle j'avais simplifié mes parties guitares sur le dernier Venturia. Je compte plus me concentrer sur de nouvelles idées complexes à la guitare qui me demanderont une concentration supplémentaire sur scène et laisser quasiment tous les lead à Claire, je pense.


A quoi peut-on s'attendre pour le prochain album ? As-tu des infos à nous livrer sur son avancement ?

Oui, je peux en livrer quelques unes. L'album est en cours d'écriture. A ce jour, j'ai quatre titres bien avancés . Nous avons même joué 2 nouveautés lors de notre dernier concert.  Il est un peu tôt pour décrire ce que sera notre 4ème album. Mais je peux te dire que nous retournons vers le metal prog, avec des influences et des couleurs différentes. L'album sera plus sombre et varié. Les titres seront toujours basés sur des mélodies fortes. Thomas (James-Potrel bassiste) a de son côté écrit des choses très intéressantes et différentes de ce que nous avons fait jusqu'à présent. Je suis ravi par l'évolution de ce 4ème opus.  


Tes goûts musicaux ont-ils évolué au fil des années, ou es-tu resté fidèle à certains styles ?

Les deux… Je reste fidèle à mes styles préférés. Je guette l'actualité musicale et apprécie l'évolution des groupes dont je suis la carrière. J'attends surtout l'émergence de nouveaux groupes qui font évoluer les choses. J'aime depuis l'adolescence la musique classique du début du XXème siècle, le metal, le prog, le rock alternatif et la musique électronique, ça n'a pas changé. Par contre, j'aime comment ces styles évoluent. Prenons l'exemple du metal-prog, j'adore Periphery, Tesseract ou encore Monuments car ils ont su faire évoluer ce style dans une dimension bien différente de celle de Dream Theater. D'accord, ils sont assimilés à la scène djent mais ils sont influencés par le metal-prog et s'en revendiquent. Ils apportent des idées novatrices, ont instauré de nouveaux codes et une façon de jouer différente avec des sonorités très typées qui font désormais office de référence.





Joe Satriani a su s'essayer, avec plus ou moins de réussite mais toujours avec sincérité, à d'autres styles que ceux qui l'ont rendu populaire. Je pense à cette période electro-techno de "Engines Of Creation" ou la bluesy de "Joe Satriani". Y a-t-il des territoires musicaux différents de ceux pour lesquels tu es connu et reconnu qui t'intéresseraient au point d'en faire la thématique d'un futur album ?

Il faut que j'essaie de ne pas trop m'éparpiller, j'ai deux projets de groupes et je fais de temps en temps des instrumentaux de guitares. Dans l'absolu, j'aimerais essayer de m'aventurer dans des styles différents comme faire du blues moderne ou de l'electro par exemple. Mais je préfère garder ma ligne directrice et faire évoluer ce que je fais le mieux. Alors à moins que je fasse de nouvelles rencontres humaines et musicales qui me poussent à faire quelque chose de différent, je compte rester sur ma route.


Je sais que tu es un grand amateur de Dream Theater. As-tu écouté "The Astonishing" ? Qu'en as-tu pensé ?

J'aime ce groupe depuis "Images and Words", qui date de... 92, non ? tout cela ne nous rajeunit pas. Ils ont crée et ouvert la porte au métal progressif et depuis, leur carrière est complétement hallucinante. C'est un très grand groupe qui ne fait que progresser, créer, évoluer, dont le public ne fait que s'agrandir. Ils ont réussi à se faire connaître du grand public, à être nommés aux Grammy awards tout cela en ne respectant aucun code de la musique mainstream, en faisant des titres très complexes sans aucune concession. Ils ont toujours été constants, au top de leur art que ce soit sur album comme sur scène. Pour cela, grand respect !!!

Après, quel est mon humble avis sur le dernier album ?…
Ce qui est sur, c'est qu'on ne peut pas en penser du mal tant le travail fourni est énorme et parfaitement accompli. Presque deux heures et demie pour un album dont les idées foisonnent toutes les deux secondes, c'est juste hallucinant. Je trouve cependant que l'album est assez difficile d'écoute déjà par sa longueur mais aussi par son extrême richesse. Après l'avoir écouté d'une traite la première fois, j'avais l'impression d'être sorti d'un restaurant gastronomique après avoir trop mangé. Je regrette toujours le départ de Mike Portnoy (même si Mike Mangini est un très grand batteur et s'est intégré parfaitement au groupe) pas seulement en tant que batteur mais en tant que leader. En effet, je trouve que les trois derniers albums mettent trop en évidence le duo Petrucci/Rudess aussi brillants et prolifiques soient-ils. De ce fait, je ne trouve pas beaucoup de différence entre les trois derniers albums, je n'y vois pas de direction précises si ce n'est celle d'un génial fourre-tout d'idées. Ils ont leur propre fonctionnement, ça marche vraiment bien, ils gèrent parfaitement ce qu'ils font mais je ressens une certaine habitude. On trouve souvent dans certains titres une nouveauté soudaine, une super bonne idée, mais quinze mille autres viennent après. De plus, les orchestrations ont parfois tendance à alourdir encore plus le flots d'idées incessant.
D'accord, c'est le propre du progressif et c'est remarquable d'arriver à cela. J'aime reprendre l'image que me donnait Diego (Rapacchietti batteur de Venturia sur les deux premiers albums) quand il me freinait dans mes élans de démonstration technique. Il me disait qu'on prêtait plus attention à une montagne quand elle se dégageait du paysage plutôt que si elle se trouvait au milieu de dizaines d'autres.  En musique c'est un peu pareil. Leurs ballades apportent néanmoins de la respiration mais depuis "Scenes From A Memory" je ne suis pas spécialement fan de leurs titres plus posés dont les suites d'accords me font souvent penser aux musiques de comédies romantiques hollywoodiennes. Mais bon, c'est pour cela qu'on aime le prog et Dream Theater, on ne peut pas s'ennuyer à l'écoute d'un album et il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir ou à entendre de façon différente.  

Autre chose qui m'étonne est leur choix de production, ils collaborent avec des ingénieurs du son parfois old-school alors que d'autres groupes plus jeunes ont un son de folie et concernant Dream Theater, cela fait bien longtemps que je ne trouve pas qu'ils aient un son incroyable sur album même si le tout est plutôt cohérent. J'écoute "The Astonishing" régulièrement et il se peut que mon avis évolue encore au fil des écoutes. Mais il serait malvenu de leur reprocher quoique ce soit après autant d'albums, de constance, de créativité, de projets parallèles réussis, de tournées grandioses, de perfection et de réussite.

Je pense que l'on a fait le tour des questions importantes concernant ton actualité. Je te remercie d'avoir pris le temps de répondre avec autant de sincérité de précision à nos questions.

Merci à toi, ton analyse est vraiment pertinente, j'ai trouvé les questions très justes et très bien amenées et de ce fait, c'était un plaisir d'y répondre .

Merci à Struck qui a rendu cette interview possible.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/sahonamusic/?pnref=lhc
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