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] HYPNO5E [ (26 FEVRIER 2016)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
AUTRES EXTREME
A quelques heures de leur passage sur scène pour la présentation de leur nouvel album "Shores Of The Abstract Line", Musicwaves a rencontré les membres d' ] HYPNO5E [, le temps d'en savoir plus sur les recettes de fabrication de l'excellence...
PHILX - 09.05.2016
Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée ?

Tous en chœur, amusés : Pourquoi le 5 à la place du "S" ?


Alors on ne va pas en rajouter une couche ! On est à quelques heures du début de votre set, qui inaugure en plus la sortie de votre dernier album "Shores Of The Abstract Line", comment vous sentez-vous ?

Gredin : Prêts ! Enfin, quasi... (rires) On attend du monde ce soir, donc on est prêts !

Théo : Ouais, on est prêts... Tous un peu stressés au moment de monter sur scène, mais après les 2/3 premières notes, ça ira mieux...


Êtes-vous fiers ou stressés de partager l’affiche avec un groupe aussi différent que Psykup ? Est-ce que votre musique plaira aux fans des autres groupes qui sont plus directs ?

Manu : On a quand même pas mal de points communs avec Psykup. Dans l'approche, ce n'est pas la même musique du tout, mais c'est comme nous un Metal qui se veut différent, qui ne rentre pas dans les codes qu'on attend du genre. Sur ça, les gens qui écoutent Psykup sont aussi curieux que ceux qui écoutent Hypno5e.

Gredin : Des gens avec l'oreille ouverte... Puis on a joué plusieurs fois avec eux.

Théo : Et on est fiers, oui !


On reviendra sur l'aspect live. Parlons de cet album, "Shores of the Abstract Light", qui a reçu pas moins d'un 5/5 chez Musicwaves. Le précédent a une moyenne de 4.5/5, vous êtes réellement remarquables dans le paysage du metal français. Est-ce que vous avez conscience que vous avez produit un album grandiose ?

Théo (l'air suffisant) : Bof... (Rires de tous)

Gredin : En fait, il a mis tellement de temps à sortir - environ 1 an et demi - que plus le temps passait, plus on avait de doutes...

Manu : Ca créée une expectative autour de l'album. Et les mois de décalage de la sortie de l'album n'ont pas servi à l'écriture. La compo, elle, était bouclée en 3 mois seulement. Les gens ont pu penser que ça faisait 2 ans qu'on composait donc plus on retardait, plus ça faisait monter la pression. Maintenant que c'est sorti, ça soulage !

Théo : On connait les morceaux depuis tellement longtemps que ce genre de retour est super utile car on a pris trop de recul sur ces titres depuis le temps.

Manu : On les redécouvre aussi quand on ressent l'objet physique, fini. Ca redonne du sens à ce qu'on a composé deux ans en arrière, tout reprend son sens.


On sent que vous avez franchi un nouveau stade dans votre musique, car non seulement elle fait partie d’un concept plus global, et semble plus personnelle car elle s’éloigne du metal. Est-ce une volonté de votre part ?

Manu : Quand on pense à l'évolution d'un album, il n'y a jamais de ligne directrice qu'on se fixe. On sait qu'on a une patte qui est à nous, la manière dont je compose est toujours aussi intimiste, donc on retrouve ces éléments. On ne savait pas vraiment où on allait, si ça allait être une prolongation d' "Acid Mist", ou quelque chose de vraiment différent. Le seul morceau qui était vraiment fini avant d'entrer en studio était 'Tio', qui est vraiment LE morceau qui ne ressemble à rien du tout de ce qu'on a fait avant. Cet album se nourrit de l'expérience qu'on a eu au retour de la tournée d' "Acid Mist", les parties metal sont plus denses, plus concentrées, et plus proches de la scène, sans que ce soit conscient, même. Les parties calmes sont plus travaillées, on a essayé d'asseoir les ambiances, de planter les atmosphères, de les tirer sur le temps contrairement à ce qu'on a fait sur "Acid Mist", où elles étaient plus condensées. La différence entre les extrêmes est plus creusée.

Théo : Le nouveau line up aussi a importé. Pour "Acid Mist", Jo n'avait pas pris part à la compo, moi je n'étais pas dans le groupe... Alors que pour celui-ci, on était là tous les deux. On vient du metal donc ça nous a permis de creuser dans le metal de manière plus personnelle. On aime le metal compliqué, et tout en restant technique, on aime de plus en plus un riff qui parle à beaucoup de gens, au détriment d'un riff compliqué qui restreint le public. En gros, c'est l'album du nouveau line up. C'est cool.





Est-ce que comme l’enfant de « Planche Courbes » avez-vous le sentiment d’être passé de l’autre côté de la rive ? D’avoir franchi une nouvelle étape dans votre carrière musicale ?

Manu : Je ne parlerai pas d'étape franche, nette, mais plutôt d'évolution, en tout cas dans la composition. Par contre, on sent aussi qu'il y a une réelle professionnalisation du groupe, de la manière dont on voit les choses. Les choses sont beaucoup plus concrètes dans la façon dont on présente notre travail. Autour de nous aussi, on s'entoure de gens qui travaillent pour le groupe. On a passé l'étape du Do It Yourself où on s'occupait vraiment de tout.


Pourquoi avoir ajouté des passages de Voyage au bout de la Nuit et Planches Courbes, car ces textes contrastent vraiment avec l’ambiance sombre de l’album. (Notamment « Planches Courbes » est assez onirique et est un récit poétique) ?

Manu : Pour moi, l'album n'est pas si sombre que ça. Il est mélancolique mais qui n'est pas triste. C'est un regard vers le passé qui n'est pas dans le regret mais pousse vers l'avant. C'est même moins sombre que ce que pouvait être "Acid Mist". Dans la musique, j'espère qu'il y a ce quelque chose de libérateur.

Gredin : MiLKa de Psykup explique ça très bien, comment le négatif peut être transformé en quelque chose de très positif.


Qui plus est la récitation de Voyage au Bout de la Nuit est faite par Arletty, pourquoi avoir choisi cette récitation ? Qui plus est Arletty contraste totalement avec votre musique aux sonorités modernes, est-ce un hommage ou encore une fois un nouveau contraste (malgré les critiques faites sur son interprétation, mais avec sa voix vieillotte) ?

Manu : Pour ma part, j'ai un petit faible pour le parigot de cette époque-là. Cette voix-là, cet accent à couper au couteau, la manière dont elle le lit avec l'intonation qu'elle prend à ce moment-là marche très bien selon moi.

Gredin : Avec l'écriture de Céline, personne d'autre n'aurait pu mieux l'interpréter qu'elle. Elle a l'accent, la manière de nous faire croire au texte. Quand tu lis Voyage au Bout de la Nuit, le vocabulaire te bloque un peu, mais récité par Arletty, t'as plus besoin de le relire, ça passe tout seul !





Par ailleurs votre musique est dérangeante, mélancolique, (étrange dans l’esprit de Farmakon, Pain of Salvation ou Faith No More), différente. Cultivez-vous cette différence comme une identité ou cela vient-il naturellement ?

Gredin : C'est complètement naturel. On ne cherche pas à calculer, ça vient tout seul.

Manu : C'est complètement naturel, mais si on ne faisait plus rien de différent, alors autant tout arrêter. Pour moi, à partir du moment où on se met derrière à un instrument, c'est pour faire quelque chose qui n'est pas une copie d'une autre, c'est pour créer un langage qui nous est propre. Quand tu as la prétention de composer quelque chose, ça me parait essentiel d'apporter quelque chose de nouveau.


Quel est le thème de l’album, qu’avez-vous voulu raconter dans cet album ? On sent comme un concept se dégager avec ces poèmes et la mise en place de votre musique ?

Gredin : C'est une espèce d'errance métaphysique, comme une cartographie intérieure on a les différentes rives qui bordent cette errance. On refait le parcours des différentes facettes de sa personnalité. On passe donc à travers diverses émotions - les rives -, totalement différentes, où chacune représente une étape, un souvenir et au milieu on a 'Tio' qui est le cratère, une sorte de cuve...


Avant que vous ne disiez que l'album a pris seulement 3 mois à composer, on aurait pu imaginer une réflexion longue. On peut dire que votre musique est réfléchie quand on voit la mise en place au cordeau et la qualité des compositions, comment s’est déroulée cette étape de composition ?

Théo : C'est le fruit du parcours de Manu qui compose les riffs et récolte une partie des samples. Cette phase prend du temps, mais l'assemblage qui est fait quand on se réunit est très rapide.

Manu : Celui-ci a été composé plus vite que les précédents qui étaient plus durs à faire, c'est sûr. Pour ce dernier, quelque chose de plus naturel s'est lancé, on n'a pas eu beaucoup d'impasses, même si on a toujours eu beaucoup de doutes. En fait, jusqu'au moment de dire "Allez, maintenant, on arrête !" On n'a jamais de certitude sur nos compos. D'autant qu'une partie de notre musique est faite sur les arrangements, qui ont eu lieu pendant le mix, donc qui pour moi ne font pas partie de la compo, même s'ils font beaucoup de ce que les morceaux sont ce qu'ils sont. Les morceaux ont été structurés sur une période assez courte mais c'est le fruit d'une longue maturation.





On sent par ailleurs que chaque composition fourmille d’idées, d’ambiances et de variations. On voit des thèmes s'étendre sur plusieurs titres, comme c'était déjà le cas dans 'Gehenne' (part I, II et III), 'Brume Unique Obscurité'... Vous considérez vous comme un groupe de progressif ?

Théo : Oui, dans l'idée où le progressif veut dire développer une idée sur plus de temps qu'un format classique, oui, mais après, le référentiel de chacun pour la musique prog est différent. Je suis d'accord sur le terme progressif, sans l'encenser. On a tous des affinités avec le prog. Moi mes débuts, c'était avec Yes, King Crimson, et on retrouve la chanson de 23 minutes qui va être divisée en plusieurs parties. C'est la vision étroite du terme. Pour nous, progressif ça va être : progresser dans notre voyage.

Gredin : Pour moi, progressif au sens large. On essaye de faire autre chose, faire progresser la musique, littéralement. Par contre, c'est parce qu'on essaye de faire de la musique qu'on s'éloigne des étiquettes de base. On fait de la musique qui nous ressemble et qui nous plait, point.

Manu : Comme tu disais, dans la totalité de l'album, on a une idée de départ et on va la faire progresser sur plusieurs titres. Le sens de l'album se détermine plus sur la totalité de l'œuvre à l'aide de séparations musicales.


Votre musique est faite de contrastes entre puissance et douce caresse, est-ce indispensable pour vous d’avoir ces deux aspects ? Par ailleurs certaines parties s’apparentent au djent, de par la difficulté rythmique ('East Shore - In Our Deaf Lands', 'North Shore - Sea Made Of Crosses', 'South Shore - Blind Man's Eye'), faites-vous du djent ?

Théo : Non. Le djent est né assez récemment et quand c'est apparu, aucun de nous n'avait de raison de s'y intéresser, ça ne nous a pas interrogés. En fait, personne d'entre nous ne pense que la technique est essentielle pour développer un intérêt dans le public. On l'a parce que ça fait longtemps qu'on joue. On est assimilé au genre par Euroblast qui est notre management, et chez qui on joue tous les ans. C'est aussi le festival européen qui permet de promouvoir la musique djent. Moi j'aime bien, mais on ne s'y apparente pas du tout.

Manu : Moi je ne sais même pas ce que c'est ! (rires) Je ne suis pas du tout metal, on écoute beaucoup de trucs différents.


Tio est un monument de cet album, balade arrachant le cœur et trônant comme un point d'orgue à la moitié du disque, seule d'ailleurs dans le 'Central Shore'. Cette chanson semble être un hymne à ce Tio. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce qui semble être un hommage poignant ?

Manu : C'est un morceau qu'on a composé en marge, avant d'attaquer la compo de cet album. C'est un morceau qui est sorti comme ça, je ne savais pas bien pour quel projet j'allais m'en servir. Elle est liée à l'histoire que j'ai avec ce pays qui m'a beaucoup inspiré, la Bolivie. C'est là-bas que j'ai commencé à avoir un rapport avec l'art et la création, j'ai appris à faire de la musique là-bas notamment. Mon goût de la représentation, des images, me vient de ce que j'ai pu voir là-bas. C'est un pays qui est plein de contradictions, et ça se ressent dans la musique. C'est aussi pour ça que la musique qu'on fait est ce qu'elle est, ce côté baroque vient de là. Tio, c'est le Dieu des mineurs, le gardien des Enfers et des abîmes auquel les mineurs viennent faire offrande avant d'aller s'enfoncer sous la terre. Quand je vivais là-bas, ma mère dansait au carnaval d'Oruro, où on y voit les masques endiablés, c'est absolument sublime. Ca danse non stop pendant 3 jours dans une effervescence que je n'avais jamais vue ailleurs. Après avoir dansé en transe pendant des heures, les danseurs enlèvent leurs masques et descendent sous l'église ou il y a Tio, ce démon, encore une fois ce syncrétisme insensé, de contradictions qui m'inspire beaucoup, dans le film que j'ai fait là-bas, et dans la musique que je veux construire. Tio, c'est une chanson sur laquelle j'avais besoin de dire des choses, en espagnol... On se demandait quelle place on pouvait lui donner dans l'album, et si on pouvait l'y mettre tout simplement. Au début, j'étais le seul à le vouloir. En Bolivie, au milieu du désert, il y a un cratère de météore immense avec un bassin au milieu, donc quand on a perçu l'album avec ses rives, on a imaginé le personnage arriver en bas et rencontrer le Tio.





Pourquoi parfois choisir l'espagnol ('Tio' comme vu à l'instant, 'Gehenne' Part I et III sur le précédent), dont la douceur contraste fortement avec la puissance du chant en anglais et la noirceur du texte de Céline, un héritage de ton séjour ?

Manu : L'espagnol a une charge musicale,et poétique qui lui est intrinsèque et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Dans ma perception de la langue, il y a avec l'espagnol un rapport beaucoup plus direct avec les choses, avec la Terre, je trouve ce rapport beaucoup plus palpable. On a utilisé aussi pas mal de samples du film que j'ai écrit là-bas. On ne pourrait le faire partout, mais elle a sa place à certains moments, ça vient naturellement.


Plus généralement, votre musique synthétise presque tous les arts : cinéma, musique et poésie, votre musique rappelle le Pink Floyd du début, quand le cinéma, la poésie et le spectacle total ne faisait qu’un ? Est-ce votre héritage ?

Manu : C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire...


...donc on pourrait imaginer un concept qui vise à avoir quelqu'un dessiner une fresque au mur, avec des projections de films...


Manu : On est ouverts à tout, et on cherche le mélange de disciplines artistiques qui nous paraissent logique. C'est quelque chose qui s'acquiert avec le temps, quand on aura la liberté de le faire et tenter même des choses plus audacieuses, visuellement uniques.

Théo : Ca commence déjà ce soir avec la vidéo...


Question traditionnelle de MusicWaves, quel est votre meilleur souvenir d’artiste ?

Gredin : Toujours cette fille au premier rang, qui ferme les yeux en nous écoutant... On ne fait pas de la musique de bourrins, on ne cherche pas absolument à ce qu'il y ait des pogos...

Théo : S'il y en a c'est bien ! (rires)

Gredin : Oui, mais voir les gens qui font attention à ce qu'on fait, s'imprégner de ce qu'on joue, ça, ça me fait vachement plaisir.

Jo : Pour moi le Hellfest...


Parlons-en justement, on vous y a vu l'été dernier. Programmés à 10h30, il était difficile d'imaginer autant de monde venus vous voir, vous avez fait lever du monde aux aurores ! Comment avez-vous vécu ce moment ?

Gredin : On était super stressés parce que quand on a su qu'on jouait à 10h30... On s'est dit, "On y va, mais ... (rires)" Le samedi matin, j'étais allé voir Agoraphobic Nosebleed à la même heure, et il n'y avait personne ! Je me suis dit que le dimanche allait être pire ! Et quand on est montés sur scène pour se préparer et qu'on a vu que c'était blindé, tout ce stress a explosé et s'est transformé en pure énergie. On a plané pendant une demi-heure.

Théo : Pourtant on avait bien la tête dans le cul, à la fin du show, c'était passé tellement vite qu'on avait l'impression que c'était un rêve déjà terminé. La journée commençait après ça genre "Ah oui, on a joué ce matin, c'était génial"...


Merci les gars, bon concert !

Merci à toi, c'était cool





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