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ANATHEMA (28 AVRIL 2017)

INTERVIEW - - - STRUCK - 04.10.2017
Nous avions de nouveau rendez-vous avec Vincent Cavanagh, de passage à Paris pour la promotion de "The Optimist"...
... et bien que ce dernier se considère mieux que jamais, vous constaterez que Vincent restera à jamais Vincent qui nous gratifiera de quelques coups de gueule notamment sur la scène djent antithèse de la musique qu'il aime, un artiste à fleur de peau qui n'est toujours pas réconcilié avec ses démons comme en atteste le refus de toute captation visuelle de cette rencontre...


Salut Vincent…


Salut, ça fait vraiment plaisir de vous revoir les mecs…


Notre première rencontre date de 2008. Quelle est le principal changement que ce soit dans ta vie personnelle et dans ta musique depuis cette date ?

Depuis 2008 ? Justement j’ai déménagé et quitté la France en 2008… J’ai vécu à Paris pendant 7 années et je me sentais vraiment chez moi plus qu’en Angleterre.
Mais oui, le plus gros changement et ce retour en Angleterre et à Londres plus précisément qui est une ville géniale, un endroit cool où vivre particulièrement si tu aimes l’art, la scène musicale… parce que c’est là où ça se passe mais j’ai toujours ce sentiment que je vais partir, je n’ai pas le sentiment que je vais rester à cet endroit. En revanche, si tu parles avec ma petite amie, elle va te dire l’exact opposé mais si ça ne tenait qu’à moi, je reviendrais vivre à Paris…





Mais ça ne dépend pas de toi si j’ai bien compris…

La décision revient à nous deux. Mais personnellement, je peux vivre à Londres, à Paris, je peux vivre n’importe où en Europe… ça n’affectera en rien ma carrière musicale. En revanche, comme c’est une artiste, elle a besoin d’être là où ça se passe au niveau de la scène artistique et aujourd’hui, 75% du marché artistique se situe à Londres et pour se construire des connections, tu dois être basé à Londres.


Ma vie est bien mieux aujourd’hui !


Regrettes-tu quoique ce soit de cette époque parisienne ?

Non, je ne regrette rien ! Non, ma vie est bien mieux aujourd’hui !


C’est la raison pour laquelle tu es optimiste aujourd’hui ?

(Rires)


Ton actualité est la sortie du onzième album d’Anathema en presque 30 ans de carrière…

Va te faire foutre (Rires) ! Mon Dieu, je ne suis pas si vieux que ça !


Il y a très peu de groupes dans l’histoire qui ont connu une évolution radicale comme la nôtre…


Avec le recul, comment juges-tu la carrière du groupe ? Es-tu fier de l’évolution musicale d’Anathema qui est parti d’un metal death/ doom à une sorte de rock alternatif post progressif dans lequel vous réussissez à vous renouveler à chaque album ?

Pour moi, c’est toujours le même groupe mais je pense qu’il y a très peu de groupes dans l’histoire qui ont connu une évolution radicale comme la nôtre …


… d’une musique extrême…

(Il coupe) mais c’est toujours extrême !


Tu estimes que la musique d’Anathema est toujours extrême aujourd’hui ?


Cela dépend de ce que tu entends par extrême. Quand tu écoutes un titre comme 'Wildfires', selon moi, il n’y a rien d’aussi heavy sur nos premiers albums car ce titre est plus intense.
A titre d’exemple, qui est le plus intense entre Chris Barne de Cannibal Corpse ou Cedric Bixler-Zavala de At the Drive In ? Moi je sais quelle est ma réponse.
C’est une forme d’intensité différente mais c’est plus « vrai », c’est comme la réalité de la vie : tu peux voir l’âme de certains quand ils chantent ! Nina Simone, Billie Holiday étaient des artistes intenses : j’ai la chair de poule dès que j’entends Billie Holiday chanter et voir les sujets qu’elle aborde. Tu ne peux pas avoir cette intensité d’émotion en growlant !


Par là, doit-on penser que ta musique est plus vraie aujourd’hui ?

Non, je m’en fous de tout ça ! Je ne suis pas là pour dire ce qu’il faut faire pour trouver l’émotion en revanche, pour les choses que j’écoute, il est évident que si je veux écouter un groupe heavy, j’écouterai un groupe qui jouerait de la guitare avec une main plus lourde plutôt qu’un groupe qui choisit la simplicité en augmentant le volume de l’ampli ou alors qui userait de la pédale de distorsion…
J’écoute des groupes qui jouent avec l’intensité : par exemple, le jeu de Jonny Greenwooddee de Radiohead à la guitare est dingue, voilà le type d’artiste que je veux écouter, comme Stuart Leslie Braithwaite de Mogwai ou encore Omar Rodríguez-López de At the Drive In et The Mars Volta… Ils jouent avec leur main droite avec une vraie agressivité, une agressivité qui vient du fond des tripes plus qu’un guitariste qui se la joue en mode posé… par exemple, Korn : qu’ils aillent se faire voir !


Même si les premiers albums de Korn avaient une certaine agressivité, intensité…

Ce n’est peut-être pas la bonne référence mais je ne sais pas un autre exemple, TesseracT : qu’ils aillent se faire voir ! Leurs riffs polyrythmiques n’ont rien de heavy au contraire d’un Omar Rodríguez-López qui arrive à sortir des notes de folie avec sa foutue guitare, même chose avec Jimi Hendrix : ces artistes sont intenses !


Le djent est le type même de musique à l’opposé de celle que j’écoute


Tu as cité Tesseract, tu as dû être surpris ou déçu de les voir désigné meilleur espoir progressif il y a quelques années ?

Qui s’en soucie ? Personnellement, je n’en ai rien à foutre ! Je n’écoute pas leur musique donc je m’en fous ! Mais pour autant je n’ai rien contre TesseracT, c’est juste que la musique qu’ils jouent -le djent- est le type même de musique est l’opposé de celle que j’écoute, je cherche juste à écouter quelque chose de vrai !
Par exemple, quand tu écris une chanson sur quelqu’un de mort : penses-tu qu’on a besoin d’un putain de solo de claviers de deux minutes ? C’est quelque chose que Roger Waters n’a jamais fait dans Pink Floyd : ce mec est l’exemple type du maître pour mettre de l’émotion dans une chanson avec une vraie intensité !
Le titre 'Don’t Leave Me Now' de Pink Floyd sur l’album "The Wall" : avec cinq notes, il arrive à délivrer une émotion jamais égalée.
Même chose avec Kurt Cobain, j’aime également le hip-hop, Kendrick Lamar sur lequel je trouve bien plus d’intensité que dans la plupart des groupes metal… Ce que je n’aime pas les groupes de rock moderne et technique, c’est qu’ils axent tout sur la technique justement !


Ce que je n’aime pas les groupes de rock moderne et technique, c’est qu’ils axent tout sur la technique !


Sans transition, pourquoi y-a-t-il désormais un tiret entre "Ana" et "Thema". Est-ce pour montrer que le groupe marque désormais un nouveau virage ?

Non ! Nous voulions présenter le nom du groupe d’une autre façon, nous n’étions plus intéressés par la signification du nom qui a été bâtardisé par le dictionnaire moderne anglais. Mais si tu reviens à l’étymologie originale grecque "Ana" signifie lever, un don au Dieu et "Thema" est une histoire : ces significations nous intéressaient plus et nous parlaient.
Pour tout dire, au début, je pensais les séparer complètement les deux mots et les mettre sur deux lignes différentes mais tout le monde n’était pas d’accord et on a trouvé ce compris qui est plutôt cool !


Nous voulions présenter le nom du groupe d’une autre façon, nous n’étions plus intéressés par la signification du nom qui a été bâtardisé par le dictionnaire moderne anglais


Après, Ana puis Thema, quelle est la prochaine étape : Louise ?

(Rires) !





"The Optimist" semble être la suite de "A Fine Day to Exit", cela signifie qu’on retrouve le personnage de cet album aux coordonnées de l’endroit cité dans le premier morceau '32.63N 117.14W' ?

La première chanson est comme une pièce introductive qui nous entraîne sur la plage où la photo de "A Fine Day to Exit" a été prise. Le titre de cette chanson représente les coordonnées exactes de la photo de la pochette de "A Fine Day to Exit" ce qui est plutôt cool !
L’histoire en elle-même reprend quand le personnage sort de l’eau, se rhabille et rentre dans sa voiture, allume la radio et entend "We're Here Because We're Here", "Weather Systems"… toutes ces chansons mystérieuses que nous avons écrites. Et nous voilà partis avec lui dans son voyage qui est censé durer 48 heures, qui le mène à Los Angeles en passant par San Francisco et des endroits situé au milieu de nulle part dans l’Oregon. L’histoire centrale traite de la décision radicale du personnage qui suite à un burn-out décide de simuler sa mort pour échapper à sa vie… Echapper à sa famille, recommencer une nouvelle vie est une décision sans retour possible : il essaie donc de réconcilier cette décision avec les souvenirs de son passé. Et à un moment, il se retrouve dans la situation où la conclusion qu’il atteint n’est pas celle qu’il attendait… La bonne conclusion est ce qu’il aurait dû faire !
Cet album s’intitule 'The Optimist', c’est le nom que nous avons donné à ce personnage mais ce titre est ironique parce que ce qu’au final, il traverse un vrai burn-out !
Il n’empêche que les chansons en elles-mêmes sont autobiographiques…


… comme toujours…

Comme toujours ! Mais nous avons choisi d’utiliser les traits de ce personnage pour nous représenter d’une certaine façon. C’est une façon différente de présenter nos chansons.
Mais cela nous a permis de donner un côté visuel aux émotions que nous voulions apporter à l’histoire.
Pour cet album, nous avons donc bien entendu fait appel à Travis Smith pour le visuel qui avait fait celui de "A Fine Day to Exit" : c’était naturel de faire appel à nouveau à lui.
Et dans l’album physique, il y a un livret de 40 pages qui raconte toute l’histoire…


… Et au regard du projet ambitieux, souhaiterais-tu aller plus loin ?

Et faire un film ? Oui, car pour nous, cet album sonne comme une bande originale de film…
J’estime que nous devrions le faire mais cela dépend de nos moyens : avons-nous les moyens de le faire ? Si c’est le cas, la question ne se pose pas : nous devons le faire !


Justement cet album est très cinématographique et peut évoquer l’univers de David Lynch. Est-il une influence ?

C’est tout à fait ça ! Il y a un peu de David Lynch, de Stanley Kubrick peut-être un peu de Michael Mann… Mais oui, il faut que nous fassions un film !
Mais concrètement, je ne me vois pas projeter un film dans son intégralité pendant que nous jouerons. Je ne vois pas regarder un film en entier alors que je viens voir jouer un groupe. J’aimerais plutôt avoir des éléments qui viendraient apporter un plus au spectacle et pour apporter à l’idée d’un concert qui raconte une histoire, qui se transporte ailleurs…


Un peu dans l’idée de ce que fait Steven Wilson en poussant l’idée plus loin…

Probablement oui ! Je verrais bien le truc poussé entre les chansons…


… et seraient l’introduction de la chanson suivante…

Exactement !


Nous avons toujours essayé de créer un visuel massif et extravagant à la Pink Floyd mais nous ne sommes pas très riches (Rires) !


Et tu prévois de mettre ce projet en place pour la prochaine tournée qui débute en octobre ?

Oui, au Bataclan ! Nous avons toujours essayé de créer un visuel massif et extravagant à la Pink Floyd mais nous ne sommes pas très riches (Rires) ! Mais nous allons essayer de monter sur scène en commençant à essayer de franchir ce palier qui consisterait à proposer un spectacle, un voyage total qui montrerait notamment l’aspect visuel du groupe. Mais je nous verrais bien faire un truc massif à l’Olympia !


Tu disais en début d’interview que tu étais bien mieux aujourd’hui qu’en 2008, peut-on en conclure pour autant que tu es optimiste ?

Je suis optimiste…


J’ai traversé plein d’expériences difficiles durant toute ma vie, j’ai eu une enfance très difficile… Mais aujourd’hui, je vois ça d’un autre œil avec beaucoup de recul et je me sens très fort !


Tu ne peux pas dire ça…

Non, je pense vraiment que je le suis ! On peut vraiment parler d’optimisme : j’ai traversé plein d’expériences difficiles durant toute ma vie, j’ai eu une enfance très difficile… Mais aujourd’hui, je vois ça d’un autre œil avec beaucoup de recul et je me sens très fort ! Si j’avais des enfants, j’aurais quelques leçons très importantes à leur apprendre et en ce sens, je suis optimiste…


Malgré tout, tu es d’accord avec nous pour dire que si cet album est très beau, ce n’est pas la bande-originale de l’optimisme ?

Effectivement, ce n’est pas le cas car comme je l’ai dit c’est autobiographique sans trop aller dans des détails personnels mais tout est vrai !


Comme la pochette : quand tu la vois, tu t’attends à un accident… est-ce que l’optimisme est de penser qu’on va échapper à l’accident ?

C’est très intéressant la façon dont tu interprètes la chose, non c’est vraiment très intéressant. L’esprit du personnage est de se foutre en l’air, il conduit pour échapper à son esprit mais il n’y arrive pas : cela va arriver !


Mais ce n’est pas ce qui semble se dessiner à l’écoute du dernier titre notamment après la longue plage de silence…

Il revient chez lui mais je ne veux pas trop en dire et trop en dévoiler…


C’est donc une fin heureuse…

Oui d’une certaine façon (Rires) !


La musique d’Anathema évolue par petites touches au fil des albums et réserve toujours quelques surprises. Dans "The Optimist", ‘Close Your Eyes’ est un titre jazz. Comment est née l’idée d’inclure du jazz dans votre musique ?

Cette pièce en elle-même est une sorte de transition cinématographique. Mais j’ai toujours été imprégné de jazz : c’est juste que cette fois-ci s’est sorti ainsi…
Si tu veux vraiment faire du jazz, il faut jouer avec les instruments et les musiciens qui comprennent et savent jouer ce style de musique : c’est pourquoi nous avons fait appel à des musiciens additionnels comme un joueur de contrebasse et un musicien qui jouait du trombone…


De même certains titres ont une orientation post-rock, notamment ‘Wildfires’ et ‘Springfield’. Première question est-ce le Sprinfield des Simpsons ?

Hum peut-être oui (Rires) si le Sprinfield des Simpsons est en Oregon : oui !


Deuxième question, ce post-rock : est-ce l’orientation future de la musique d’Anathema ?

Hum, oui et ensuite, nous ferons un album électronique (Rires) ! Je te laisse retranscrire cela comme tu veux mais nous ne ferons jamais d’album électronique même si nous pourrions faire quelques morceaux…





Au fil des albums, tu laisses de plus en plus de place à Lee Douglas au chant. Son apport dans votre musique est fondamental depuis "We’re Here Because We’re Here" si bien qu’Ana-Thema sonne plus que jamais comme un groupe…

Oui, un groupe contemporain…


… et non plus le groupe des frères Cavanagh…

Ce n’est jamais été le cas, nous avons toujours voulu que les gens n’aient pas cette idée. Ce n’est pas un groupe de trois mais bel et bien une groupe famille dans laquelle j’inclus Daniel Cardoso.


Malgré tout à notre époque où tout se consomme vite, penses-tu que l'auditeur attendra cette fin ?

Il faut qu’ils vérifient le compteur dans le même temps (Sourire)… mais j’aime l’idée qu’ils le feront ! J’aime croire que les gens écoutent les albums comme je le fais c’est-à-dire de la première à la dernière note !


C’est une très belle conclusion… Merci

A la vôtre les mecs !


Merci à Newf pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.anathema.ws/
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