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GRANDS BOULEVARDS (29 MAI 2017)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK INDÉ
Rencontre avec le quatuor de Grands Boulevards à l'occasion de la sortie de leur deuxième opus, savant mélange rock et dream pop séduisante.
STRUCK - 22.06.2017

Quelle est la question que l’on vous a trop souvent posée ?

Adrien : « Vous jouez quoi comme style ? » 

Daniel : « Et sinon, à part la musique, tu as un vrai métier ? »

Pierre : « Pourquoi vous chantez en anglais ? »

Julien : « Pourquoi tu joues plus torse nu en concert ? » Parce que je suis gros maintenant.


Selon les informations qui circulent, le groupe est composé de Lyonnais et de Parisiens, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Adrien : Daniel et moi, on se connaît depuis plus de 10 ans, du temps où Daniel était sur Lyon. Nous fréquentions les mêmes sphères artistiques et j’ai réalisé 2 clips de son précédent groupe. Daniel est ensuite retourné à ses sources parisiennes. J’ai continué à l’accompagner sur ses projets musicaux, en tant que guitariste, tout en restant à Lyon. Aujourd’hui la distance n’est plus trop un problème à la réalisation musicale. Nous avons monté ce groupe et avons rencontré Pierre à Paris, puis Julien à Lyon.


Votre premier album amorçait le début d'un savant mélange de rock et de synth pop. Avec "Blue Paradise", cette fusion semble s'accentuer, comment s'est déroulée la composition de cet EP ? Quelle a été la direction musicale ?

Daniel : Pierre est arrivé pendant la réalisation du premier opus, sur lequel je chante la quasi totalité des titres. Il a donc fallu qu’il trouve sa place et s’imprègne de cet univers « boulevardien ». Pour « Blue Paradise » on a voulu mettre en avant son écriture et sa voix. Tous les titres sont de lui, à part Children of Light qui a été écrit et composé par le groupe sous la forme d’un cadavre exquis.

Pierre : Lorsque j'ai intégré le groupe, l'idée qui me plaisait le plus était que tout le monde pouvait apporter sa touche. Je n'ai pas été très présent sur le premier EP, mais sur ce second j'ai pu proposer des choses qui ont plu. Un mélange entre ce que je faisais déjà et ce qui existait dans Grands Boulevards. Si j'ai amené les compositions de cet EP, tout le monde a bossé sur les arrangements, les idées et les structures. Des deux EPs, je pense que celui-ci nous ressemble le plus.





Vous abordez différents thèmes dans cet album, l'environnement notamment avec l'extrait d'un discours en 1992 d'une jeune fille devant l'ONU (Severn Cullis-Suzuki) que vous mettez en musique ? Quel est le message que vous souhaitiez faire passer aux auditeurs ?

Adrien : Celui que l’auditeur comprendrait à l’écoute de ce discours ; qu’il est urgent d’ouvrir les yeux et de voir la réalité en face. 'Children of Light' est un titre à part ; tout le disque parle d’ailleurs et de rêves quand ce titre te met une putain de claque pour te réveiller. Le clip renforce cette idée un peu brutale, le message est encore plus clair quand il est visuel.

Pierre : L'idée de 'Children of Light' est de faire passer un message d'union et d'espoir.


Quels sont les autres thèmes développés dans cet album hormis l'environnement ?

Adrien : Le voyage, l’imaginaire, l’ailleurs. Mais aussi la révolte.

Pierre : Le rêve. Rêver que certaines choses soient différentes.


Devrions-nous nous taire sous prétexte d’être des artistes ? Bien au contraire !




Vous donnez l'image d'un groupe concerné par les sujets de société et d'actualité, pensez-vous que c'est le rôle d'un groupe de passer ce genre de messages à ses fans ? Où est la limite de l'engagement ?

Adrien : ll y a des milliers de personnes engagées pour des causes et notre but en tant que groupe de musique n’est pas de se substituer à elles ou de prétendre avoir un message politique, car nous faisons de la musique. Mais avant d’être un groupe nous sommes des individus, nous avons nos propres convictions et parfois des idées communes. Ouais, on trouve ça dégueulasse qu’une usine pétrochimique dégaze sur les habitations. On trouve ça inutile et barbare de trancher la gorge d’un dauphin pour exprimer sa virilité d’homme. On trouve ça débile de s’enfoncer dans une société qui déporte les problèmes plutôt que de les résoudre. C’est un droit, et un devoir de le dire. Encore d’avantage quand cela concerne notre avenir en commun sur cette planète. Il ne s’agit ni de revendiquer une étiquette d’écologiste ou de militant radical, ni de récupérer quoique ce soit. Ceux qui le croient se trompent. Devrions-nous nous taire sous prétexte d’être des artistes ? Bien au contraire ! L’artiste a le rôle d’éveiller les consciences et là, précisément, il s’agit de notre conscience collective en tant qu’Hommes. Celui qui écoute en fait ce qu’il veut. Au moins un son lui est parvenu aux oreilles. La limite ? Si tu t’appelles Bono et que tu as des choses à dire alors vas-y, revendique, fais le. Libre à toi ! Si tu t’appelles JLO et que tu veux remuer ton « Booty » en le citant 50 fois dans ta chanson, vas-y ! Libre à toi aussi. Tu seras toujours le con d’un autre. Nous, on est Grands Boulevards, personne et tout à la fois, peu importe. On fait ce qu’on a à faire avec le plus de sincérité possible, avec nos tripes. Ce qui se passe ensuite ne nous appartient déjà plus.


Vous chantez en anglais, est ce plus facile pour vous dans la composition et pensez-vous ainsi toucher plus de gens ? 

Daniel : Pour ma part, j’ai surtout eu des projets francophones. Écrire et chanter en français ne me pose absolument aucune difficulté. L’anglais sur ces premiers titres est un choix délibéré. Ayant vécu tout gosse à Atlanta dans les années 80, j’ai eu envie de retrouver cette ambiance et cette langue s’est naturellement imposée pour ce projet. Mais il n’est pas impossible que la langue française fasse quelques incursions dans les futurs titres.

Julien : Cé tro bi1 l’englais. Sa fait stylé.

Pierre : La voilà la question sur l'anglais ! J'ai l'impression que c'est un problème de nos jours de chanter en anglais. En tout cas pour ma part j'adore cette langue. J'aime comme elle sonne. J'aime comment on peut tourner les textes, comment on peut la travailler. Toute la musique qui m'inspire et que j'écoute depuis que je suis gamin est en anglais. C'est une langue universelle qui peut parler à n'importe qui sur Terre.


Qui apporte les idées de ces sujets ?

Daniel : Julien notre batteur. Il suffit de le suivre lors d’une de ses virées nocturnes et tu as de quoi écrire un double album.


A l'écoute de l'album on ressent une influence Sigur Ros ou M83, ces groupes constituent-ils une de vos influences ? Quels sont les autres groupes qui vous ont donné envie de vous lancer dans la musique ?

Daniel : Quand j’écoute les productions de Grands Boulevards, j’entends des dizaines d’influences musicales mais aussi cinématographiques. Je dirais qu’on se situe entre Into The Wild, E.T. et Jean-Michel Jarre ; enfant « Equinoxe » est sans doute le vinyle que j’ai le plus écouté.

Adrien : Moi pareil, mais en K7… Et le Black Album. Je le foutais sur mon walkman et je m’endormais avec.

Pierre : Ce ne sont pas eux qui m'ont donné envie de faire de la musique, mais ma guitare pourrie des années 70 que j’avais à l’époque. Il y avait un espace de trois centimètres entre les cordes et le manche, autant vous dire qu'il fallait vraiment être motivé.

Julien : J’ai honte de le dire à présent, mais moi c’était le premier album de Placebo. Et « Sacré Charlemagne », de Georges Liferman.


On sent une fragilité dans le chant qui transmet beaucoup d'émotions, comment êtes-vous arrivé au chant, c'est quelque chose que vous travaillez régulièrement ?

Pierre : Non, pas du tout ! Je le fais souvent en répètes et en concerts mais en dehors je ne chante pas. C'est même Daniel qui me coache là dessus. Ce n'est vraiment pas un plaisir de faire les échauffements vocaux. Je chante avec ce que je ressens, ce que je veux faire passer à travers les textes.


Testez-vous vos chansons en live comme beaucoup de groupes ?

Daniel : Oui bien sûr, mais seulement une fois qu’ils sont produits. À l’époque des mes premiers projets, la technologie d’aujourd’hui n’existait pas. Il était impossible de produire soi-même des disques de qualité professionnelle. On entrait en studio une fois tous les deux ans, quand on avait économisé assez d’argent pour se payer une session d’enregistrement. C’était très dur car nous n’avions aucun entraînement en amont et les heures de studio coûtaient horriblement cher. Aujourd’hui, on peut s’équiper avec du matériel de qualité sans trop se ruiner et maîtriser plus rapidement les techniques du studio, s’enregistrer devient naturel. Avec Grands Boulevards, tous nos titres sont enregistrés et produits en amont des concerts. C’est l’école inverse.

Julien : On teste nos chansons en répètes. En passant environ une heure à brancher des câbles et ensuite une demi-heure à les débrancher. Enfin, Daniel surtout. Moi je ne sais toujours pas faire.

Pierre : C'est vrai que sur deux heures de répète, il ne nous reste pas beaucoup de temps pour jouer nos titres. Donc oui on les teste en live.


Avez-vous l'occasion justement de jouer sur scène en France qui n'a pas bonne réputation en termes de live et d'aide à la création musicale par rapport à d'autres pays européens ?

Daniel : Je ne suis absolument pas d’accord avec cette idée. La France propose énormément d’aides aux créateurs (SMAC, FCM, résidences etc.). Nous avons aussi de très belles salles de concert avec des équipes techniques qui n’ont rien à envier à personne. Pour le moment, avec Grands Boulevards, nous n’avons joué qu’en France mais l’idée de ce projet est évidemment d’aller jouer partout dans le monde.


Vos artworks comme les clips sont très travaillés, qui participe à cette création ?

Adrien : Pour l’instant je suis seul aux manettes pour créer les visuels et gérer toute la communication du groupe par l’image. En dehors de la musique, je suis également graphiste et illustrateur. J’aimerais bien ouvrir cette création en collaborant avec d’autres artistes ; aujourd’hui, avec tous les réseaux sociaux et les exigences de développement d’un artiste cela prend un temps de dingue. Pour la partie purement photographique, on travaille avec Anaïs Novembre.

Julien : Big up à Adrien qui accomplit un travail faramineux. Évidemment c’est son métier, donc en fait il adore ça.


Le mixage est très équilibré, très ample et fait la part belle à tous les instruments, où a été enregistré et mixé "Blue Paradise" ?

Adrien : (rires) On a enregistré dans une cave de 5m2. Chez nous.

Daniel : Comme sur Hit the Ground ; nous avons tout enregistré nous-mêmes. En revanche, à l’inverse du premier opus qui a été mixé par mes soins, nous avons décidé de confier le mixage et le mastering aux studios Zoé H. On avait besoin d’avoir une oreille extérieure pour ce disque. Ils ont fait un travail fabuleux. D’ailleurs, depuis la production de ce disque ils s’occupent de notre son sur scène. On a aussi invité Anaïs Novembre et Marion Parfait pour des chœurs sur 'Brings me Back'. Et Maria Melnikova pour la lecture d’un texte sur le titre 'Dream'.

Pierre : Bravo à Zoé pour ce travail. Nous sommes vraiment contents de travailler avec lui.


Souvent les artistes nous disent que dès qu'un album est sorti il ne leur appartiennent plus et qu'ils se lancent dans de nouvelles compositions pour retrouver l'excitation de la création, avez-vous déjà d'autres projets ?

Adrien : Ouais, enfin je peux te garantir que quand tu gères aussi la communication visuelle il t’appartient encore un long moment ! Tu le sens passer… !

Daniel : Pour le moment, rien n’est défini pour la suite. Enfin si, le titre du futur disque. Il se cache partout dans cette interview…

Pierre : Pour ma part, il m'appartient encore mais il appartient aussi à tout le monde qui veut le posséder désormais. Mais voilà, quand ça sort je me dis : ok maintenant passons à autre chose.





Aurons-nous la chance de vous voir prochainement en live (Paris, Lyon ou autres...) ?

Daniel : Oui nous sommes sur les routes début juin ! Le 7 à Chambéry au Brin de Zinc, le 8 à Lyon à La Marquise, le 9 à Paris au Batofar avec Dead Sea et Daymark. Et enfin le 10 à Reims au Cochon à Plume.
07/06 Chambéry - le Brin de Zinc
08/06  Lyon - la Marquise
09/06  Paris - le Batofar (avec Dead Sea et Daymark)
10/06 Reims - le Cochon à Plume


Qu’attendez-vous de ce premier album ?

Adrien : Ce disque nous a permis d’affirmer notre direction musicale et artistique. On grandit, on évolue. C’est plus lui qui attend de nous qu’on aille le défendre auprès du public, non ?

Daniel : Qu’il soit écouté et aimé à sa juste valeur.

Julien : Quel album ?

Pierre : Qu'il nous permette d'avancer encore un peu plus, et qu'il vous fasse vibrer en live ; à la base la musique est faite pour ça.


Quel est votre meilleur souvenir en tant qu’artiste ?

Adrien : Grands Boulevards…

Daniel : Il y en a beaucoup trop… Comme ça, je dirais une soirée passée avec les membres de Queen Adreena. Géant.

Julien : Aucun. C’est le pire boulot que j’ai eu à faire. Et le plus dingue c’est que tu n’es même pas payé. La plupart du temps…

Pierre : Pour ce que tu fais… Tu ne penses quand même pas être payé !? Meilleur souvenir ? Tous les concerts que j'ai faits, sauf les pires.


Au contraire le pire ?

Adrien : Grands Boulevards… (Rires)

Daniel : Une session studio avec une chanteuse, dont je tairai le nom (sur un titre de Triste Sire). Un cauchemar, elle a réussi à mettre KO autotune.

Julien : Chaque fois qu’il faut charrier du matos après un concert. Donc, chaque fin de concert, en fait.

Pierre : Tous les concerts, sauf les meilleurs.


Quelle est la question que vous souhaiteriez que l’on vous pose ?

Adrien : Seriez-vous disponible le 14 octobre 2017 pour jouer au Madison Square Garden ?

Daniel : Vous seriez libres pour accompagner Dead Can Dance sur toute leur tournée américaine ? Oui je sais on a rien à voir avec eux musicalement, mais je m’en fous.

Julien : ASV ?

Pierre : Ça vous dirait de faire de la musique et d'en vivre ?


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Adrien : Sortez de chez vous, allez voir les groupes jouer en live !

Julien : Je ne bois que du Jameson.

Pierre : Julien est alcoolique.


Merci à Calgepo pour sa contribution...



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