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CLINT SLATE (18 OCTOBRE 2017)

INTERVIEW - ROCK - CORTO1809 - 09.11.2017
Clint Slate revient pour Music Waves sur l'expérience un peu folle de l'enregistrement de "Woodn Bones".
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Quelle est la question que l’on t’a trop souvent posée ?

"Pourquoi ?". "Pourquoi un spectacle scénographié dans un théâtre ?", "Pourquoi un album en direct ?", "Pourquoi Clint Slate ?". Ce à quoi je réponds invariablement "Et pourquoi pas ?".





"Woodn Bones" a été enregistré dans des conditions live dans un théâtre. Pourquoi prendre un tel risque pour ce deuxième album souvent considéré comme celui de la confirmation ? Challenge personnel ? Ras-le-bol de procédures d’enregistrement tellement sophistiquées qu’elles en deviennent aseptisées ? Pari perdu à l’issue d’une soirée trop arrosée ?

Le premier album, "Before The Dark", a été entièrement réalisé en solo à part quelques interventions. Cette fois j’ai voulu faire la démarche inverse et être le plus entouré possible, histoire de sortir à nouveau de ma zone de confort. Pour être honnête, je bossais sur un autre album (sur lequel je suis toujours actuellement) et cherchais un projet simple qui me permette de m’aérer la tête et de générer un peu d’actu. L’idée d’enregistrer en direct sur la toile est venue naturellement et en une soirée j’avais déjà une liste de titres possibles, le lieu, des noms de musiciens et leurs placements : au final, 90% de ce qui a été griffonné dans mon cahier ce soir-là s’est transformé en réalité. Evidemment, le "projet simple" en forme de parenthèse s’est transformé en trois mois intensifs de préparation et en six mois de post-prod, avec la dose de stress et d’angoisse qu’on peut imaginer. Mais le jeu en valait la chandelle. L’idée en elle-même vient d’un documentaire sur la Motown, qui expliquait qu’à l’époque on enregistrait tout le monde en même temps, voix y compris, en deux ou trois prises maximum, et que le 45 tours était pressé dans la foulée. C’est cette urgence qu’on entend encore aujourd’hui dans ces morceaux. Je me suis aussi souvenu d’une interview de Mark Knopfler expliquant que 'Fade To Black' sur "On Every Street" avait été enregistrée de la même manière et je me suis dit : "Ok, je veux faire ça moi aussi". Et puis surtout je m’ennuie vite donc un truc qui semble compliqué voire irréaliste m’attire forcément.





8 musiciens, une chorale, le tout enregistré live et diffusé simultanément sur Internet, cela ne s’improvise pas. Comment s’est organisée la logistique de l’évènement ?

L’idée m’est venue fin août 2016 et l’enregistrement a rapidement été programmé au 29 novembre suivant. A partir de là il me suffisait de sélectionner une dizaine de titres, trouver les musiciens et l’équipe technique. J’ai passé quelques coups de fil, envoyé des mails et le projet a commencé à prendre corps. Il y a eu peu de répétitions, aussi chacun a travaillé dans son coin pour être le plus efficace possible, ce qui m’a amené à rencontrer tout le monde séparément pour mieux expliquer ce que j’attendais et comment rendre tout ça possible. J’envoyais des démos, on me renvoyait des idées, je prenais des photos pour le régisseur, les techniciens remplissaient des tableaux Excel, etc. Toutes les personnes investies ont donné du temps, de la concentration, de l’imagination, de l’énergie et du talent au projet alors que ça semblait irréaliste, voire complètement fou. Elles ont fourni un boulot monstre et je ne pourrai jamais assez les remercier.


Quelles difficultés, prévisibles ou inattendues, as-tu rencontrées ?

Le plus gros écueil a été la diffusion en direct. Le Théâtre Trévise possède une structure métallique et le réseau était donc totalement instable, pris au milieu d’une immense cage de Faraday. Il a fallu trouver un routeur, faire tout un tas d’essais techniques, puis croiser les doigts pour que ça fonctionne le jour J. Après, il était évident que la journée allait passer très vite et qu’il faudrait jouer serré. Installer le matériel et optimiser le son pour enregistrer dans un théâtre est déjà un défi en soi, la salle n’étant pas adaptée à cela au départ. Il fallait aussi tenter d’isoler au maximum chaque instrument pour faciliter le mixage. Au final tout le monde s’était préparé comme on prépare un marathon donc les mauvaises surprises ont pu être limitées au maximum.


Quel bilan tires-tu de l’expérience ? Quels sont tes satisfactions et tes regrets ? Si c’était à refaire, le ferais-tu différemment ?

Je crois que c’est à la fois l’idée la plus improbable et la plus marquante que j’ai pu avoir jusqu’ici. Trois mois de préparation qui ont culminé en une heure totalement hors du temps et de l’espace, un moment unique et très difficile à expliquer. Je referais la même chose si je devais recommencer, avec les mêmes erreurs et les mêmes succès, car c’est la somme de tout ça qui a créé cette "parenthèse enchantée".





Sur certains titres, les voix "frottent" un peu, semblant ne pas chanter dans la même tonalité que les instruments. C’est notamment le cas pour le chant lead sur ‘Runaway’ ou pour les interventions de la chorale sur ‘Unity’ et ‘Blackmail’. Partages-tu ce constat et, dans l’affirmative, pourquoi ne pas avoir retouché ces parties sur la version définitive ?

Les morceaux étaient maquettés et j’entendais clairement certaines choses mais je suis autodidacte et donc pas vraiment versé dans les techniques d’harmonie. On va dire que ma règle d’or est qu’il faut que ça sonne à mes oreilles. J’ai donc découvert en travaillant avec Stéphane, le pianiste, que j’étais plutôt orienté sixtes, quartes et neuvièmes que tierces et quintes. On a pas mal discuté, fait des essais, et on a conclu que c’était inhabituel mais que ça fonctionnait. Ce qui "frotte" vient aussi du stress : là où on prendrait le temps de peaufiner les intentions et la justesse en temps normal, nous n’avions qu’une seule prise pour réussir à capturer la meilleure interprétation possible. Le choix de ne pas faire d’overdubs vient du concept même : une prise pour un résultat le plus humain possible, avec ses forces et ses fragilités. C’est de là que vient "Woodn Bones", qui est un jeu de mots sur "Des os de bois" et "Du bois et des os". L’enregistrement devait donc être chaleureux, proche de l’os et sincère.


A ce propos, notre chronique dit "Quant au chant, Clint Slate fait partie de ces artistes qui privilégient l’émotion et la sincérité à l’académisme. ‘Dead of Night’ ou mieux encore ‘The Last Laugh’ réveillent l’écho d’un Neil Young chantant ‘Ohio’, surfant sur la limite de la fausseté sans jamais la franchir, créant chez l’auditeur un sentiment d’inconfort et de profonde tristesse.". Qu’en penses-tu ?

Je suis d’accord, et c’est un beau compliment. Les gens qui m’ont donné envie de chanter ou d’écrire sont ceux qui se sont mis à nu et ont fait résonner des choses en moi dont je ne soupçonnais pas l’existence. Adolescent, j’ai pris mes premières grosses claques musicales avec Jeff Buckley interprétant 'Grace' sur le plateau de Nulle Part Ailleurs ou Robert Plant hurlant "Babe I’m Gonna Leave You". C’était du lâcher prise, un vrai sentiment plus fort que la technique, un partage. Puis je suis tombé dans la marmite Queen et Freddie Mercury n’a cessé de m’impressionner, pas uniquement par sa technique mais par sa manière de devenir chaque personnage de ses chansons. Les disques qui revenaient lors de l’élaboration de "Woodn Bones" étaient aussi portés par ces émotions à fleur de peau : l’Unplugged d’Alice In Chains, "Days Of Speed" de Paul Weller, mais aussi U2, Soundgarden, Frank Sinatra, David Bowie, Pink Floyd, Archive, Radiohead, A-Ha, Foo Fighters, Skunk Anansie, Depeche Mode… Une chanson ne me plaira jamais autant que si elle me prend par surprise, si elle est sincère, viscérale. C’est vers ça que j’ai voulu tendre à mon tour, me mettre volontairement à nu pour que les émotions soient, je l’espère, partagées par l’auditeur.





Certains passages semblent faire l’objet d’improvisations, notamment pour le piano (mention spéciale pour ses interventions) et le saxophone. Est-ce une fausse impression, toute la musique ayant été préalablement écrite, ou bien les musiciens avaient-ils réellement la latitude d’improviser, ce qui constituait un risque supplémentaire ? Et, dans ce cas, quelles consignes avaient-ils pour ne pas se perdre en chemin ?

Les six musiciens formant le noyau de l’enregistrement (Francesco Arzani à la basse, Philippe Balma à la guitare électrique et aux chœurs, Stéphane Flachier au piano, Fabien Rault à la batterie, Raphaële Sabater aux chœurs et moi-même au chant et à la guitare acoustique) ont répété et écrit leurs parties, puis j’ai travaillé avec Mariette Girard pour mettre au point les partitions de la chorale. Steban, des Petites Bourrettes, avait également travaillé ses interventions à l’accordéon en amont. Quant à Olivier Temime, étant un génial saxophoniste de jazz, il a improvisé ses parties et n’avait jamais joué avec nous avant l’enregistrement ! Cela semble dingue mais on a juste discuté de l’ambiance, du ton, des endroits où il devrait se placer et c’est à peu près tout. C’est l’assemblage de toutes ces méthodes de travail et de jeu différentes qui donnent son identité à l’album.


L’ambiance générale de l’album est assez mélancolique. Quelles sont tes principales sources d’inspiration ? Dans la vie de tous les jours, te décrirais-tu comme une personne plutôt nostalgique, comme l’écoute du disque inciterait à le croire, ou comme quelqu’un de plutôt optimiste, auquel cas tu caches bien son jeu ?

J’imagine que je suis assez nostalgique oui, mais pas sombre. Les chansons parlent de différentes choses, qui sont soit des extensions de ce que je ressens ou vis, soit des nouvelles avec des histoires et des personnages bien distincts. L’inspiration peut donc venir d’un peu n’importe où, d’un livre, d’un film, d’une rencontre, d’une conversation…





Es-tu un auteur-compositeur prolifique capable comme Elton John d’écrire une chanson en 5 minutes ou au contraire enfantes-tu tes créations dans la douleur après de longues semaines de travail ? Est-ce les textes qui t’inspirent les mélodies ou les musiques viennent-elles d’abord avant d’y plaquer des textes ?

Au total, j’ai composé plusieurs centaines de chansons et je continue encore et encore. Il y a des exceptions mais j’ai tendance à écrire assez rapidement, sinon je perds le fil, tout simplement. J’ai besoin de m’immerger totalement dans ce que je suis en train de faire pour que ça fonctionne, j’apprivoise la chanson et je la laisse me guider. La musique vient en premier puis, quand je me mets à chanter en yaourt pour trouver une mélodie vocale, certains mots se dégagent et j’essaie de suivre les images qu’ils m’inspirent. 'Flowers' est un bon exemple : La phrase "I’ll keep bringing you flowers, dead flowers from a grave" ("Je continuerai de t’apporter des fleurs, des fleurs mortes depuis une tombe") est sortie toute seule et tout à coup j’ai vu la scène, les personnages et la narration.


On a cité la chronique, on citera l’entourage du chroniqueur. Comment expliques-tu que celui-ci se soit extasié à l’écoute de ta musique quand d’habitude, il s’enfuit à l’écoute des premières notes des albums à chroniquer ?

Ah, c’est encore un beau compliment ! J’aime à penser que la sincérité de la chose a réussi à passer du théâtre au CD… Ou alors il était menotté à son siège et la porte était fermée, allez savoir.


Le premier album a donné lieu à un spectacle scénographié avec des projections vidéo, le second est enregistré en conditions live et diffusé simultanément sur Internet… quel défi pour le troisième ?

Ce sera un concept album cette fois, avec une histoire globale, et j’aimerais le développer de manière visuelle en parallèle. Enfin, si je n’ai pas encore une autre idée farfelue entre temps !




Sur le premier album, des invités prestigieux comme Eric McFadden ou Kyan Khojandi, surtout connu pour être Monsieur Bref, avaient fait partie de l’aventure "Before the Dark". Peux-tu revenir sur ces rencontres ?

Je fais partie du Fieald, la plus ancienne scène ouverte de Paris, depuis une dizaine d’années maintenant et c’est là que j’ai fait la connaissance de Kyan. Touche-à-tout talentueux, c’est aussi un excellent musicien et on a enregistré ses parties d’alto pour 'Sleep' un peu avant la diffusion de Bref!. Quant à Eric, c’est un musicien extraordinaire, un vrai virtuose de la guitare qui a joué notamment avec Eric Burdon, Les Claypool ou Gov’t Mule mais qui est malheureusement trop peu connu ici. Sa participation à 'Harder' est un hasard là encore, il était de passage à Paris avec un après-midi de libre, il est passé voir ce que j’avais en stock et a enregistré son solo en deux prises. Simple, rapide, efficace, comme lui.


A ce titre, pour le troisième album, quel artiste rêverais-tu d’inviter ?

Ouh, il y en a beaucoup ! Dave Grohl à la batterie, Gail Ann Dorsey à la basse, Brian May et The Edge à la guitare, Brad Mehldau au piano, Skin et Björk au chant, Brian Eno aux expérimentations sonores et Nigel Godrich à la production, ça pourrait faire un groupe qui a de la gueule ! Mais il y en a beaucoup d’autres.


Qu’attends-tu de la sortie de cet album ?

Il faut que les chansons vivent leur vie maintenant, qu’elles se frayent un chemin jusqu’aux oreilles du public et voient si elles peuvent les toucher autant qu’elles me touchent. Cet album est un polaroïd, un moment figé dans l’ambre et j’espère que ces sensations ressenties par toute l’équipe durant l’enregistrement seront partagées par les auditeurs. J’espère aussi qu’il permettra au projet de continuer, de se faire un nom. Avant le prochain.





Quel est ton meilleur souvenir en tant qu’artiste ?

Cet enregistrement en fait partie, au final. Les regards échangés au moment où on sait qu’on va être en direct dans quelques secondes et qu’on ne peut plus reculer, c’est quelque chose d’inoubliable. J’ai rarement senti une telle osmose et un tel partage, c’est un souvenir que je garderai très longtemps. Sinon jouer avec Eric McFadden au Café de la Danse des morceaux absolument pas répétés reste un grand souvenir également. Et puis les gens qui viennent te voir pour te dire qu’ils ont aimé tel ou tel morceau, que le concert leur a plu, etc. Après tout c’est pour ça qu’on fait ce métier, pour être connecté aux autres.


Au contraire le pire ?

Je n’en ai pas vraiment. Bien sûr il m’est arrivé de perdre ma guitare sur scène, de m’ouvrir la main, de casser des cordes, ma voix ou mon dos, voire tout ça en même temps mais bon, à qui n’est-ce pas arrivé, hein ? A la rigueur, on pourrait citer les énergumènes dans les bars qui te hurlent de baisser le son pendant que tu joues parce qu’ils n’arrivent pas à suivre le match de foot à la télé mais est-ce que ça vaut vraiment le coup ?


Quelle est la question que tu aimerais que l’on te pose ?

"Je possède une station spatiale, vous ne voulez pas venir enregistrer votre prochain album chez moi avec un orchestre symphonique ?"


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Merci d’avoir pris le temps de me lire, j’espère que la curiosité vous mènera jusqu’aux albums et que ces derniers vous parleront d’une manière ou d’une autre. Et puis n’hésitez pas à faire passer l’info car, comme le dit si bien Cortex : "Nous allons conquérir le monde, Minus !".


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/clintslate
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