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TRIGGERFINGER (29 JUIN 2017)

INTERVIEW - HARD ROCK - PHILX - 20.12.2017
Rencontre avec les Belges facétieux de Triggerfinger sur la sortie de leur nouvel opus "Colossus"
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 Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée ?

(à l'unisson) Comment est-ce que le groupe a commencé, et l'origine du nom...





Nous sommes très heureux de vous rencontrer enfin, nous avons pu vous applaudir lors de votre passage au Hellfest en 2015, lors d'un set extrêmement énergique où vous donniez l'impression de vous amuser comme des enfants. Racontez-nous cette première expérience au Hellfest.

Paul Van Bruystegem : Nous ne savions pas vraiment à quoi nous attendre parce que c'est un festival qui brasse beaucoup de genres de rock et metal. Il y a eu ZZ Top, Killing Joke... C'est un super endroit, les gens sont géniaux, on s'est effectivement beaucoup amusés.


Vous avez énormément tourné en 2015 et 2016, vous étiez en permanence sur les routes, comment faites-vous pour assurer un tel rythme ? Il semblerait qu'après la tournée canadienne vous étiez particulièrement crevés...


Ruben Block
: C'est la faute de notre agent (rires). Oui, le Canada achevait une très longue phase de concerts non stop et on savait qu'après ces dates, on aurait un peu de temps pour se reposer. Mais en même temps, on ne se plaint pas, c'était une expérience incroyable, d'avoir cette chance de voyager dans des pays comme le Canada. On y a été l'espace de deux saisons : automne puis hiver, donc on a vu les paysages changer au fur et à mesure, sur la route, des arbres aux feuilles oranges aux paysages enneigés... Les différences entre des régions où il n'y a que l'horizon à perte de vue, à 360° autour de toi, et quelques jours plus tard, t'es au milieu des Montagnes Rocheuses.


De plus, c'est difficile de refuser des propositions de tournées...

Ruben : Ça dépend, ça nous est arrivé. On évalue toujours si ça vaut la peine d'accepter ce qu'on nous propose. Pour le coup, partir avec Big Sugar, dont on est vraiment fans, était une opportunité vraiment intéressante car on a pu partager le bus de tournée, et donc réduire les frais. Ça coûte toujours énormément de tourner.

Paul : Et le Canada, mec, c'est une aventure ! C'est pas tous les jours qu'on y va, c'est tellement vaste et les lieux tellement éloignés entre eux, on n'aura peut-être jamais la chance d'y tourner seuls tellement les frais sont élevés.

Ruben : Oui, une sacrée aventure ! Je me souviens avoir fait un footing et d'être tombé sur un panneau "Attention aux ours" ! Tu ne vois pas ça chez nous, à part au zoo ! (rires)


Ce qui compte pour nous c'est de pouvoir continuer à nous amuser à créer et jouer notre musique, c'est tout !





Quand on vous voit sur scène, vous avez la fraicheur d'un groupe d'ados, et le public s'amuse beaucoup à vous regarder. Quel est la raison principale qui entretient ce plaisir à être sur scène et à vous amuser comme vous le faites ?

(fou rire général) Paul : On est fan de Musique, et on la considère avec beaucoup de sérieux. Entre nous, on évite de se prendre trop au sérieux, c'est indispensable pour survivre. Notre staff technique est composé de trois potes incroyables, donc on est seulement six et on s'amuse beaucoup. Attention, il nous arrive de travailler extrêmement dur, et ce n'est pas quand on joue, c'est la partie "business" du boulot, mais on le sait et on n'a pas le choix.

Ruben : L'aspect du "business" est important, c'est indéniable. On sort des albums pour les vendre, mais on se sert de ce business pour continuer à faire ce qu'on aime, pas pour gagner de l'argent. C'est aussi grâce à ça qu'on peut se permettre d'aller à Santa Monica pour bosser avec Froom, tourner au Canada... Après, notre manager veille à ce qu'on soit plus économe, mais ce qui compte pour nous c'est de pouvoir continuer à nous amuser à créer et jouer notre musique, c'est tout !

Paul : Je pense que le jour où on ne fera plus ça pour s'amuser, où le business aura pris une part trop importante, il sera temps pour nous d'arrêter.


Vous y veillez particulièrement, à rester aussi unis ? Quelle est votre recette ?

Paul : L'alcool, la drogue, les femmes (rires). Non, en fait, c'est presque tout l'inverse de ça... hum, presque ! Un équilibre entre les choses, c'est tout.


La maturité, peut-être ?

Paul : Ahahah non, pas ça, non ! On ne sait pas ce que c'est ! Je dirais plutôt l'expérience. Pour certains d'entre nous, ça fait 20 ans qu'on côtoie l'industrie de la musique, on fait avec.

Mario : Quand on a commencé, les choses se sont faites très lentement, ce n'est pas comme si on avait connu un succès immédiat. Donc on a eu le temps de constater comment le business fonctionnait. Ça nous a aidé à apprendre et on parle aussi beaucoup entre nous. Ça nous aide à rester sains, on pose les choses et on les réfléchit avant de se lancer, on met tout dans la balance et on évalue.


Une fois rentrés, vous vous êtes mis à composer ce nouvel album. Vous n'avez pas trainé pour vous y mettre, de combien de temps avez vous eu besoin pour tout boucler ?

Ruben : En avril (2016, NDLR), on s'est mis à écrire quelques chansons à partir d'idées qu'on avait amassées au fur et à mesure pour savoir ensuite ce qu'on pouvait en faire et avec qui, comme producteurs. En deux mois, on avait déjà enregistré une démo de 4 chansons et on a pris contact avec Mitchell Froom (Tom Waits, Costello, McCartney, NDLR) qui était le premier producteur avec qui on voulait travailler. C'est également le premier à nous avoir répondu qu'il adorait notre musique et qu'il était chaud pour réaliser l'album, donc on l'a rejoint à Santa Monica pour en parler. C'était génial parce qu'on est fans du bonhomme et qu'en plus on s'est super bien entendus. On a continué à composer le temps de l'été. C'est intéressant parce qu'une fois que tu valides 2/3 titres, le reste vient plus naturellement et très vite, à partir du moment où tu rentres dans l'ambiance que tu veux y donner. Ensuite, on a confié le mixing à Tchad Blake (Peter Gabriel, Pearl Jam, Tom Waits, U2, Sheryl Crow...) et en mars c'était mixé. On a dû attendre août pour que la maison de disques fasse tout le reste...


On peut définir votre musique comme un subtil mélange de blues et country sur une base rock des 60's et 70's avec des éléments modernes. Sur le précédent album, "By Absence of the Sun ", des influences étaient empruntées à la musique rock plus heavy. Dites-nous en plus sur ces influences. De quels groupes vous inspirez-vous le plus, disons jusqu'à cet album ?

Ruben : C'est toujours les mêmes, on n'a pas changé drastiquement pour celui-ci. Il s'agit plutôt des thèmes abordés et de la dynamique des chansons. Avant, on axait plutôt notre musique sur l'aspect live, ce qui était vraiment très intéressant, on en a fait 2 albums et ça a enrichi notre son live. Maintenant, il s'agit de savoir quelles nouvelles portes ouvrir. On apprend toujours sur la musique et notamment sur des vieux morceaux qu'on n'avait jamais entendus auparavant. Mais notre inspiration vient toujours des mêmes albums, peut-être ceux qu'on avait moins écouté, mais sans pouvoir les nommer directement, il s'agit aussi de ce qu'on se permet d'écrire qui a changé. Quand tu écris, c'est toi qui donnes, donc ça peut fatiguer au bout d'un moment. Quand tu fais un disque, tu as besoin de prendre. Que ce soit d'autres musiques, de tes lectures, de marcher ou de ne rien faire. C'est ce que tu décides d'en faire qui va faire que tu prends telle ou telle direction. C'est très bizarre parce qu'avec cet album, on n'avait pas d'idée fixe à suivre. On a senti ce besoin et cet intérêt de s'ouvrir un peu, mais sans avoir identifié la cible. C'est un peu flippant quand tu y penses ! Il faut à chaque fois se plonger dans l'écriture sans savoir si tes idées seront cool ! Peut-être qu'on n'en est plus capables ! Alors il faut y aller, creuser, virer le mauvais, garder le bon, et tout d'un coup : voilà ! D'une simple idée de vouloir changer une façon de jouer un riff à la basse, boum, quelque chose d'exceptionnel peut se produire ! Notre but était de faire un album cool, quelle que soit la façon et c'est vraiment ce qui s'est produit.


5e album pour vous, dont le premier single 'Flesh Tight' fait d'un rock mainstream, sexy, pop... On note le jeu de mot dérivé de l'expression 'Skin Tight', pourquoi accentuer cet aspect charnel ?

Ruben : Tu vois, la chair est en profondeur alors que la peau reste à la surface... Mais aussi parce qu'il sonne différent, on va plus loin...


Est-ce pour insister sur l'authenticité ?

Ruben : Non ! ... Oui ! ... Peut-être ! C'est aussi l'intérêt du concept : tu sais ce qu'est Skin Tight ("moulant" en français, NDLR), mais pas Flesh Tight, alors ça va t'intriguer ! C'est ce qui est génial avec l'écriture des textes, pouvoir jouer avec les mots. Tu vas te creuser un moment à te torturer jusqu'à ce que quelque chose se produise.


Cette chanson est moins brute et sombre que ce à quoi vous nous avez habitués. Il semblerait que vous vous soyez accordé plus de liberté sur cet album, plus d'expérimentation. Qu'est-ce qui vous a poussé à défier l'inconnu ?

Ruben : Notre approche a été différente. C'est la première fois que nous avions laissé autant de place au producteur dès l'élaboration des démos, alors qu'en temps normal on prend le temps de répéter et de donner le ton qu'on veut à nous trois. C'est très différent, c'est un peu comme si on voulait créer une nouvelle recette de spaghetti, sans se servir des ingrédients connus. On arrive au final à obtenir des spaghetti, mais la façon d'y arriver est complètement nouvelle. Ça nous a ouvert beaucoup de portes d'un point de vue créatif. Mitchell nous a également donné toute la liberté dont on avait besoin en nous laissant essayer de nouvelles choses et observer ce qui fonctionnait. Au final il s'est trouvé qu'on a utilisé énormément d'éléments enregistrés sur nos démos, c'est ça qui est étonnant !


Des idées, ou des éléments précis ?

Ruben : De tout et même des chansons entières !


Donc vous avez dû les ré-enregistrer à l'identique ?

Ruben : On a essayé, mais les démos avaient été enregistrées dans notre studio et on n'a jamais réussi à obtenir le même son, donc on les a gardées telles quelles.

Mario : Et parfois, il nous suffisait de lancer la démo pour qu'on joue dessus et qu'on s'enregistre à nouveau, aussi simplement que ça !


Ne craigniez-vous vous pas, en ré-enregistrant ces éléments, de perdre le côté organique et spontané des démo ?

Ruben : En général, c'est toujours le compromis qu'on doit faire : perdre un peu de quelque chose pour mieux gagner sur un autre plan. Si on a une super ambiance et spontanéité sur une démo, on cherche à améliorer le son, donc on va en studio où on obtient celui qu'on veut, mais du coup on perd la spontanéité de la version démo. Mais avec ce home studio, on a pu s'enregistrer avec une super qualité dès le départ donc on a pu conserver cette spontanéité en intégrant directement ces morceaux/extraits tels quels.

Avec le recul, c'était agréable d'être dans une telle perspective créatrice en tant que musicien parce que ça m'a particulièrement aidé à identifié ce que je voulais






On entend cet aspect live dans l'album, comme sur le précédent, d'ailleurs. Mais cette façon d'intégrer des enregistrements d'autres sessions auraient pu vous refroidir car c'était un ingrédient remarquable et vous auriez pu perdre cet aspect naturel de votre musique. N'avez-vos pas craint cette perte ?

Mario : Je pense que j'étais le seul à avoir quelques réserves sur ce procédé. On se connait tellement bien, je savais que ça pouvait marcher, mais ils m'ont réellement sorti de ma zone de confort ! J'aime être préparé à ce que je dois faire, et là, on n'avait pas tant répété que ça ! J'avais plein de questions, mais Mitchell a su nous mettre en confiance, tellement il restait ouvert à nos expérimentations. Contrairement au précédent album, on n'avait pas un plan clairement établi. Avec le recul, c'était agréable d'être dans une telle perspective créatrice en tant que musicien parce que ça m'a particulièrement aidé à identifié ce que je voulais.

Ruben : Pour les précédents albums, pour continuer avec nos spaghetti, on avait les ingrédients et la recette prêts au moment où nous entrions en studio. Pour celui-ci, on a pris tout ce qu'on pouvait et on a découvert quoi en faire une fois dedans. On aurait très bien pu finir avec une moussaka ! (rires) Au départ, on voulait des spaghetti mais l'important est d'avoir fait un bon plat !

Paul : Tu devrais écrire un livre de cuisine, toi ! Tu m'as donné faim avec toute cette bouffe... (rires)


Le single est sorti accompagné d'un clip. On se souvient que vous commentiez qu'un clip représentait un gros investissement et ne rapportait presque rien. Et pourtant celui-ci s'approche davantage d'un court métrage que d'un clip musical classique. Qu'est-ce qui a changé dans votre approche du clip ?

Ruben : Le réalisateur est un membre de la famille de ma femme. C'est étrange parce que je n'avais jamais imaginé qu'il pourrait travailler avec nous. C'est un vrai réalisateur de films et de séries en Belgique. Et un jour, ça a percuté ! Est-ce qu'il serait d'accord avec si peu de budget ? Je savais qu'il avait constaté qu'il n'y avait plus beaucoup d'argent dans ce milieu mais aussi que s'il s'investissait, il s'entourerait de gens passionnés et pas motivés par l'argent. Donc je lui ai donné quelques idées d'images pour démarrer, et il a fait le reste.





Vous venez de signer avec la prestigieuse Mascot qu'on ne présente plus. Comment s'est faite cette rencontre ?

Ruben : Nous étions disponibles à l'époque, délivrés de tout contrat. Ils nous ont témoigné leur intérêt et nous avons discuté avec plusieurs labels avec qui nous étions susceptibles de bosser. On a apprécié de voir qu'ils centralisaient tout et s'occupaient d'une diffusion massive. C'est très appréciable quand on n'a qu'un seul point central, on n'a qu'une personne à appeler, qui porte toute la responsabilité si un problème arrive. Il y a pléthore de maisons qui distribuent sur un pays, puis c'est une autre qui diffuse dans une autre région etc. On ne connait pas toutes ces personnes et elles peuvent se défausser facilement et on se retrouve dans une situation rapidement enlisée. De plus, ils s'y connaissent, y'a pas à dire. C'est très plaisant. Ceci dit, on a eu beaucoup de plaisir à bosser avec Verycords, qui nous a apporté beaucoup et qui a travaillé très dur pour nous. Avec Mascot, on n'a pas eu le choix de choisir un territoire, c'est notre seul regret. Mais on continue de travailler avec Veryshow !


Quel serait votre meilleur souvenir d'artistes ?

Ruben : Jouer. C'est tout. C'est incroyable de pouvoir faire ce qu'on fait et d'appeler ça un boulot.

Paul : Mon meilleur, comme mon pire c'est le jour où j'ai quitté l'école pour faire de la musique. (rires)


Le pire ?

Ruben : Tu vois cette chose qui m'apporte autant de plaisir et de bonheur ? C'est aussi celle qui risque de m'épuiser. Il y a cette frontière toute fine qui menace où je crains qu'un jour je ne sois plus à la hauteur pour continuer à écrire des choses qui vaillent la peine. C'est l'aspect frustrant. Je sais qu'on ne peut pas le faire infiniment.


Quelle est la question à laquelle vous auriez souhaité répondre ?

Ruben : Avec toutes ces images de bouffe, je dirais "Vous voulez manger quoi ?" (fou rire général)


Je vous libère, merci et bon appétit !

Merci à toi !


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