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KYLE EASTWOOD (29 NOVEMBRE 2017)

INTERVIEW - JAZZ - DARIALYS - 15.12.2017
Après une dizaine de dates jouées en France pour promouvoir son dernier album, nous avons rencontré le contrebassiste prodige de passage à Paris.
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C'est en compagnie d'un Kyle Eastwood particulièrement détendu que nous avons eu droit à un leçon de jazz sans... cinéma !


Nous allons commencer l’interview avec une question traditionnelle : quelle est la question que l’on t’a posée trop souvent ?

(Rires) La question que l’on m’a posée trop souvent ! Probablement : "Qu’est-ce que ça fait d’être le fils de Clint Eastwood ?" j’imagine ! A part ça, je ne vois pas trop !





Cela fait un mois que ton nouvel album "In Transit" est sorti. Quels sont les retours que tu as eus jusqu’à présent ?

Jusque là j’ai lu de bonnes critiques ! Je suis très fier du disque, je suis très content des chansons qui sont dessus et du travail des musiciens. Je pense que c’est une très bonne représentation de ce que vaut le groupe.


Dans tous les groupes que j’ai eus, j’ai toujours cherché à trouver des musiciens sympathiques avec qui je puisse développer un son




Tu viens  de parler de "groupe". Au début de ta carrière, est-ce que ta volonté était de créer un groupe de jazz dans le sens traditionnel du terme ?

Avec mon tout premier quartet de jazz créé à Los Angeles à l’époque avant que je ne sois professionnel, on écrivait de la musique ensemble parfois, j’en écrivais aussi, et on mettait tout en commun. C’était très important pour moi. Au fil des ans, et dans tous les groupes que j’ai eus, j’ai toujours cherché à trouver des musiciens sympathiques avec qui je puisse développer un son. Je ne cherchais pas à prendre des musiciens sortis de nulle part juste pour jouer sans les voir à côté. Mes groupes de jazz préférés comme Miles Davis, ce sont des excellents musiciens qui s’entendent bien entre eux, et je trouve que ça s’entend.

Quelle est la contribution de tes musiciens sur ce nouvel album ?

On a écrit quelques chansons ensemble. Ensuite, je choisis les chansons ou les passages que l’on garde. Des fois, je sors une idée, une ligne de piano, une idée, et on creuse ça ensemble.


Le fait de changer de musiciens de temps en temps permet-il de changer un peu de son d’un album à un autre ?

Sur cet album, certains musiciens jouent avec moi depuis un moment. Par exemple, le pianiste est avec moi depuis 11 ou 12 ans maintenant, le trompettiste est là depuis 8 ou 9 ans peut-être. Mais à côté j’ai aussi Stefano Di Batista comme invité au saxophone sur l’album. Je le connais depuis quelques années, on a déjà joué et écrit des chansons ensemble, mais c’est la première fois que l’on enregistre ensemble. Je suis très content qu’il soit sur cet album car c’est un bon gars et un bon musicien.


"In Transit" est un album hétéroclite qui alterne entre des titres techniques (‘Rush Hour’), des titres longs (‘We See’, ‘Boogie Stop Shuffle’) et des titres plus accessibles comme ‘Soulful Times’.  Y a-t-il une volonté de plaire aux initiés et à la fois de ratisser un public plus large avec ces titres plus faciles d’accès ?

Je ne crois pas que ce soit quelque chose de conscient de ma part.


J’aime simplement la musique qui est bonne et qui me procure des sentiments, peu importe l’étiquette que tu mets sur le genre musical





Avec du recul, est-ce que tu vois de quoi je veux parler ?

Oui je comprends ce que tu veux dire, bien sûr, mais je ne pense pas que ce soit conscient car j’aime beaucoup de genres de musique, la soul, le rock’n’roll, le R’N’B, le blues, la pop. J’aime simplement la musique qui est bonne et qui me procure des sentiments, peu importe l’étiquette que tu mets sur le genre musical. Je n’ai pas essayé consciemment de faire un disque comme ça, j’ai juste voulu faire un CD qui me plaisait en espérant que les gens l’aimeraient à leur tour.


Penses-tu que cet album puisse être une porte d’entrée pour les gens qui ne sont pas habitués à ce type de musique ?

Je l’espère, oui !


Certaines chansons de l’album me rappellent Donald Fagen ou aussi Joe Jackson. Ces personnes-là ont rendu le jazz plus populaire avec les éléments qu’ils incorporaient dans leurs chansons.

J’ai effectivement de nombreuses influences, notamment celles avec lesquelles j’ai grandi. Joe Jackson en fait partie, vu que j’ai grandi dans les années 70 et 80. Donc oui, il y a beaucoup d’influences qui viennent de cette époque.


Ces influences-là, cherches-tu à les approfondir davantage à l’avenir ?

Pourquoi pas si cela ouvre des portes aux gens ! Si ça marche, c’est super. Certaines personnes me disent parfois que mes chansons leur ont ouvert leur esprit donc c’est une bonne chose car je joue la musique qui me plaît.


J’ai toujours aimé les musiques qui te font voyager de pays en pays, cela m’inspire beaucoup

Même si tu sembles avoir arrêté d’écrire des bandes originales pour le cinéma, certaines de tes chansons ont toujours un côté cinématographique, comme la chanson romantique ‘Cinema Paradiso (Love Theme)’. Est-ce que tu l’as enregistrée en l’imaginant passer dans un film ?

On m’a déjà demandé ça quelquefois. Cela me vient peut-être simplement des nombreux films que j’ai regardés étant jeune. C’est peut-être juste l’influence de ces films. J’ai toujours aimé les musiques qui te font voyager de pays en pays, cela m’inspire beaucoup.


On parlait de la chanson ‘Soulful Times’ tout à l’heure. On a l’impression que certaines chansons dont celles-ci pourraient comporter du chant car elles respectent une structure « refrains qui jouent le thème principal » / « couplets improvisés ». Pourrais-tu envisager un jour de rajouter du chant dans tes chansons, ou alors le jazz doit-il rester instrumental pour toi ?

Non pas du tout, j’ai déjà travaillé avec des chanteurs dans le temps. Il y a eu du chant sur deux ou trois de mes vieux albums. J’aime quand il y a du chant, mais écrire des paroles, ce n’est pas trop mon truc. J’ai essayé un peu avant et je serais content qu’il y ait du chant sur mes chansons à l’avenir, j’aime le jazz avec du chant !


Tu as déjà joué avec le batteur français Manu Katché. Peut-on imaginer une autre collaboration à l’avenir avec l’un des deux chanteurs de jazz dont nous parlions avant, Donald Fagen ou Joe Jackson ?

J’adorerais ! J’adore le travail de Donald.


J’imagine qu’avec ton nom, ça pourrait se faire !

(Rires) Je ne sais pas, je ne sais pas du tout ! En tout cas j’adore le chant dans le jazz.


Les artistes ont tendance à nommer leurs chansons en fonction du sujet abordé à travers les paroles. Etant donné que tes compositions sont instrumentales, où trouves-tu l’idée du titre ?

Le plus souvent, le titre vient dans un deuxième temps, comme pour beaucoup de groupes. En général, tout commence par une suite d’accords au piano, et je propose le contenu au groupe, pour ajouter ou changer quelques petites choses. Le titre vient après. Mais des fois, c’est le titre que j’ai trouvé en premier. Par exemple, j’avais une chanson qui s’appelait ‘Marrakech’ il y a 20 ans. Là, le titre était écrit consciemment à l’avance car je venais de passer un peu de temps en Afrique du Nord et je voulais cibler cette influence-là.


D’ailleurs, beaucoup de tes titres ont des noms de lieux sur tes albums précédents. Est-ce qu’il s’agit d’endroits qui t’ont marqué et qui ont nourri ton inspiration ?

Probablement, oui. Les lieux ont toujours été une vraie inspiration pour moi. Si je suis en Inde ou en Afrique du Nord, je n’aurai pas les mêmes sonorités en tête. Donc oui, les lieux influencent la composition.


Etant donné que tu écris des chansons de jazz, les structures de tes chansons sont souvent bâties autour d’un thème principal agrémenté de solos. Écris-tu ces solos-là à l’avance, ou préfères-tu donner de la liberté à tes musiciens ?

Tous les solos sont libres. Les mélodies sont écrites, la structure l’est aussi, mais les solos sont tous improvisés.


On joue quelque chose de différent tous les soirs, c’est le challenge et l’intérêt du jazz





Quand vous jouez les chansons en live, c’est donc aussi improvisé ?

Les musiciens peuvent jouer ce qu’ils veulent. On joue quelque chose de différent tous les soirs, c’est le challenge et l’intérêt du jazz. Je ne sais même pas si je pourrais rejouer les mêmes solos tous les soirs !


C’est étonnant pour nous qui sommes habitués à interviewer des groupes de rock et de metal qui jouent souvent les mêmes solos tous les soirs !

Oui, mais dans des chansons pop par exemple où le solo n’est qu’un petit passage de la chanson, c’est sûr qu’il vaut mieux qu’il soit écrit et qu’on le joue de la même manière. Mais quand on joue des concerts où la chanson est basée sur de l’improvisation, on ne peut rien prévoir, les musiciens jouent ce qu’ils veulent en fonction de la manière dont ils le sentent.


"In Transit" est ton neuvième album. Tu sembles plus productif que jamais avec 3 albums sortis en 3 ans depuis 2015. Comment expliques-tu cette accélération ?

(Rires). Celui de l’an dernier était une compilation, une sorte de best-of, donc ce n’était pas vraiment un nouvel album. J’essaye de faire un album tous les ans environ mais on tourne beaucoup et ça nous prend beaucoup de temps.


Tu écris pendant les tournées aussi ?

Parfois, oui. Quand une idée me vient, je la prends pour le prochain album. Mais sur cette tournée, je me contente de jouer les nouvelles chansons !


Être le fils de Clint Eastwood t’a certainement ouvert des portes dans ce milieu. Mais avec le recul, est-ce que ce n’était pas dur d’être son fils en un sens, n’y a-t-il pas également des côtés plus compliqués à gérer ?

Cela m’a permis d’obtenir l’attention de certains des fois, oui, ça m’a ouvert des portes. Mais je pense aussi que cela donne aux gens une idée préconçue de qui tu es et de ce que tu fais.


Est-ce toujours le cas ?

Plus vraiment maintenant, c’était plus au début. Quand je vivais à New-York, ça m’a permis de rencontrer des musiciens plus âgés qui étaient toujours très gentils avec moi, mais je leur ai aussi montré que je savais jouer. Je devais parfois prouver que je pouvais jouer.


J’ai pensé à changer de nom de famille si je me lançais dans le cinéma, mais je me suis dit que les gens finiraient par découvrir mon vrai nom de toute façon


Tu as soi-disant déjà songé à changer de nom, est-ce vrai ?

Ce sentiment m’a traversé l’esprit il y a très longtemps, pendant une courte période, quand j’étais étudiant à l’université. J’étais éventuellement intéressé à l’idée de devenir réalisateur à l’époque. J’ai pensé à changer de nom de famille si je me lançais dans le cinéma, mais je me suis dit que les gens finiraient par découvrir mon vrai nom de toute façon. Même si je m'étais appelé « Kyle Johnson », les gens auraient découvert mon nom un jour ou l’autre.


Une quantité non négligeable de tes titres sont en français comme ‘Nostalgique’ sur « Time Pieces », ‘Une Nuit Au Sénégal’ sur « The View From Here’ et bien d'autres. Tu joues aussi beaucoup en France et tu as enregistré ton album en banlieue parisienne. Tu sembles avoir un rapport particulier à la France. D’où cela vient-il ? Peux-tu me répondre en Français ?

(En Français) (Rires). Le public français a toujours apprécié beaucoup de styles de musique, dont le jazz. Il y a beaucoup d’opportunités pour jouer du jazz en France et en Europe.


Tu as presque 50 ans maintenant, mais tu sembles en avoir 30 !

(En Français) C’est très gentil ! (Rires).


Je pense que si tu fais ce que tu aimes faire, ce n’est plus vraiment du travail




Après avoir été acteur, réalisateur de bandes originales et musicien, quels sont tes projets ? En français, on dit que les gens ont la « crise de la cinquantaine ». Est-ce qu’il y a des projets que tu veux mener à l’avenir, au cours de ta crise de la cinquantaine ? Te mettre à la moto ? (Rires)

Non, ça je l’ai déjà fait ! (Rires). Je ne sais pas à vrai dire, je suis content de faire de la musique. Je pense que si tu fais ce que tu aimes faire, ce n’est plus vraiment du travail. Les moments durs, c’est de se lever à 6 heures du matin pour aller prendre un avion. Mais le reste, c’est de l’amusement. J’aime faire des musiques de films aussi, même si c’est très différent. J’aime faire des arrangements sur mon ordinateur, jouer du piano, éditer les morceaux, etc. C’est dur de trouver le temps de faire les deux, du jazz et des musiques de films, mais c’est ce qui me rend heureux.

Qu’est-ce que tu attends de cet album ?

J’espère que les gens l’aimeront ! Pour l’instant, les retours sont bons, les chroniques que je lis sont bonnes, même si elles sont un peu snob des fois dans le milieu du jazz (rires).


Est-ce que c’est dur pour toi de lire des mauvaises critiques concernant ton travail ?

Non pas vraiment, je ne les lis pas toutes. J’essaye de ne pas trop y penser. Je suis content du rendu de l’album, je pense que c’est le plus important. J’espère simplement que les gens l’aimeront aussi.


Est-ce que tu penses que certaines personnes chroniquent parfois ton album en se fiant à ton nom sans vraiment écouter l’album ?

C’est toujours le risque. Comme je te le disais avant, mon nom donne une idée aux gens avant même qu’ils écoutent le disque. J’espère qu’en général, les gens jugeront mon travail seulement après l’avoir écouté. Mais si quelqu’un vient à l’un de mes concerts sans connaître le jazz et que ça leur plaît, pour moi c’est une réussite.


Quel est ton meilleur souvenir en tant que musicien ?

Je ne sais pas vraiment, il y en a eu beaucoup. J’en ai eu beaucoup en France d’ailleurs. J’ai le souvenir d’un très bon moment, il y a 8 ans, où j’ai joué avec Lalo Schifrin qui a écrit la musique de "Mission Impossible" et d’ "Inspecteur Harry" et de certains films que mon père a réalisés. J’ai joué avec lui et un orchestre au Grand Rex, à Paris. C’était super.





Au contraire, quel serait ton pire souvenir en tant que musicien ?

Ça m’est arrivé d’avoir des publics pas très enthousiastes ou des problèmes techniques, ça m’est déjà arrivé mais pas très souvent !


Nous avons commencé cette interview avec la question que l’on t’avait posée trop souvent. A l’inverse, quelle serait la question que tu aimerais que je te pose ?

Je ne sais pas, tu m’en as posé des bonnes, c’était bien ! On ne me demande pas souvent qui m’a enseigné la musique, alors que je pense que c’est quelque chose de très important, d’avoir quelqu’un qui te pousse à avancer davantage que si tu étais seul. L’un de mes meilleurs professeurs était d’ailleurs un bassiste français. Il vient de Nice et s’appelle Bunny Brunel, il jouait dans Chick Corea. J’en ai eu plusieurs, mais lui, il a été très important pour moi. Il m’a appris à lire la musique et il m’a beaucoup poussé.


Merci beaucoup !

(En Français) Je t’en prie !

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