MW / Accueil / Articles / SOROR DOLOROSA (18 DECEMBRE 2017)

SOROR DOLOROSA (18 DECEMBRE 2017)

INTERVIEW - ROCK ALTERNATIF - ADRIANSTORK - 21.12.2017
Soror Dolorosa a répondu à nos questions au sujet de la sortie de son dernier album 'Apollo'.
  •  
  •  
  •  
    
Quelle est la question que l’on vous a trop souvent posée ?

Et bien ce serait : « Etes-vous un groupe revival 80? » Nous ne sommes pas un groupe de revival. Nous avons simplement eu les mêmes influences que certains groupes de années 80, pour la bonne et simple raison qu'Hervé le bassiste et membre fondateur du groupe est né en 1969 et qu’il écoutait The Cure, Depeche Mode ou Human League lorsque leurs grands albums des débuts sont sortis. Naturellement, des choses sont restées de cette époque, une manière d’entrevoir la musique et son émotion. C’est une chose qu’Hervé a transmise aux autres membres du groupe et qui a forgé le style de Soror Dolorosa et lui a donné un cachet particulier. Ce même sentiment nous lie aujourd’hui encore, même s’il s’est changé avec le temps et l’expérience, en envie dévorante de faire de la musique encore plus personnelle.


Ce même sentiment nous lie aujourd’hui encore, même s’il s’est changé avec le temps et l’expérience, en envie dévorante de faire de la musique encore plus personnelle.


Pourquoi avoir attendu 4 ans avant d'enregistrer ce nouvel album ?

A la sortie de ''No More Heroes'', nous avions l’impression d’avoir enregistré un bon album et étions relativement satisfaits de la manière dont les gens l’ont reçu. A partir de ce moment-là, se sont immiscées de manière totalement inconsciente, des idées de grandeur, une envie d’élargir notre champ lexical et de surpasser tout ce que nous avions enregistré auparavant. Alors que certains morceaux comme 'Apollo', 'The End' ou 'Everyway' se sont rapidement mis en place au fil des répétitions, j’ai pour ma part passé beaucoup de temps à voyager, composer et méditer sur un album qui allait se passer sur d’autres sphères que le goth rock abrasif de ''No More Heroes'' sans pour autant renier les racines qui nous caractérisent. Une telle ambition prend du temps, à mon sens, passé un certain stade, on devient très exigeant avec soi-même et on ne se contente pas de peu. Il a fallu donc tout ce temps pour trouver un équilibre entre les envies des différents membres du groupe l’aboutissement d’un disque qui se voulait large et complet. La session studio d’Apollo a duré deux ans. C’est presque la moitié du temps global qu’il à nécessité pour voir le jour, c’est dire si le nombre de problèmes que nous avons eus et les innombrables situations complexes que ce disque a pu créer. Nous n’avons pas attendu 4 ans avant de sortir un disque, c’est le disque qui nous a imposé ses propres volontés.





J'imagine que vous avez fait de la scène entre temps, même si vous êtes déjà rodés, quelle expérience pensez-vous avoir acquise pendant ces 4 ans?

Oui, nous avons beaucoup tourné à partir de Février 2013. Cette période a été en tous points la plus riche et la plus incroyable que le groupe ai connu jusque-là. Chaque concert, grand ou petit, donnait naissance à une énergie frénétique et ambiance de totale allégresse juvénile, ou nous nous retrouvions au bout de la nuit, marchant dans les lumières grises, fatigués mais heureux. Nous avons fait un grand nombre de rencontres, visité de superbes endroits et eu la chance de rencontrer des gens qui sont aujourd’hui toujours nos amis et chers à nos cœurs. Tout cela nous a beaucoup apporté, beaucoup influencés dans l’écriture d’ ''Apollo''. D’une certaine manière, ''Apollo'' est une ode à tout ça, à toutes les parcelles de lumière et de clairvoyance que cette énergie brute a pu réveiller çà et là au fil des rencontres. C’est aussi un album qui ne parle plus du passé mais qui réunit passé, présent et futur dans un même tout, loin de toute considération trop subjective.

Ce nouvel album s'intitule ''Apollo''. Bien entendu en regard de votre culture, l'attention se porterait plutôt vers le dieu des arts que vers la fusée.

En effet, c’est avant tout la mythologie qui nous a inspiré dans l’élaboration du sujet. ''Apollo'' est un titre à forte résonance et nous l’avons aussi choisi pour ça. Un titre à plusieurs sens, qui pourtant n’a pas été utilisé si souvent dans la musique, dans le sens où je n’ai pas souvenir d’avoir vu un nom d’album ou de morceau qui s’y réfère de manière aussi directe. Ce mot m’est venu lors d’un voyage en Géorgie (dans le Caucase) lorsque je parcourais de vieilles démos de Soror Dolorosa sur ma machine et que j’ai trouvé un riff perdu sur une piste oubliée que Franck (ex drum, guitars) avait enregistré quelques années auparavant lors d’une répétition. Ce fut clair comme de l’eau de roche, l’album s’appellerait ''Apollo'', initialement titré, « Apollo, Where are you ? » et lignes de chant se sont posées à ce moment-là.

La pochette est très intéressante. On pourrait y observer différentes grilles de lecture : le cours de l'Okavango voire un serpent ou qui se love dans du sable ? Mais avant tout en utilisant une image qui puisse susciter l'interrogation, est-ce une façon de laisser l'imagination faire le travail?

J’avais dans l’idée de faire un disque très mystérieux et surtout qu’il soit intemporel, de par son esthétique. Mon but était de faire une pochette qui soit suffisamment forte pour retenir l’attention mais ne pas trop en dire pour ne pas déflorer le sujet de l’album. Oui, l’imaginaire est appelé à travailler, tout comme il agit sur la matière lors des pratiques artistiques, ''Apollo'' est cette effigie mystérieuse qui fait de nous tous des créateurs, créateur de notre propre conscience, régnant sur notre monde intérieur. Il est des signes que parfois il faut écouter, auquel il faut prêter la plus grande attention. Je savais que sur le sol de cette maison-musée, perdue au beau milieu de la vielle ville de Bucarest en Roumanie, se trouvait ce serpent, tracé à même le sol. Le hasard m’a envoyé là-bas pour mon travail et j'ai pu donc m’y rendre, alors que nous avions déjà commencé la session de studio et n’avions pas encore l’idée principale de l’esthétique du disque. J'ai pris donc rendez-vous avec le musée et eu la chance de pouvoir photographier tout ce que je voulais, sans contraintes. Lorsque je pénétrai dans le couloir principal où se trouvait le serpent, je mis le pied sur un petit cafard. Lorsque je préparais mon matériel pour commencer les photos, milles pensés se mélangeaient en dans ma tête. J'ai pris une première photo du sol, du Serpent et des centaines d’autres images, dont certaines se retrouveront sur le reste de l’artwork que j’ai travaillé pendant plus d’un an. C’est en regardant de plus près, que je me suis aperçu que j’avais marché sans le faire exprès sur cette petite créature et que dans son dernier souffle de vie, là où il est tombé, la petite bête avait terminé de composer les initiales de Soror Dolorosa, sa dépouille se confondant dans la silhouette du Serpent. La pochette était née. J’ai par la suite, retiré le cafard afin de continuer à prendre des photos et l’ai posé dans le jardin de la maison.


J’avais dans l’idée de faire un disque très mystérieux et surtout qu’il soit intemporel, de par son esthétique. 



Dans tous les cas, la pochette rappelle un peu l'esprit de Dead Can Dance, un groupe qui a aussi commencé dans la cold wave. Est-ce une de vos inspirations ?

Nous sommes de très grands admirateurs de l’entière discographie de Mr Perry and Mrs Gerrard. Naturellement, le parallèle avec la pochette de Serpent’s Egg nous a sauté aux yeux, mais je crois que même en y réfléchissant des heures, je ne pourrais pas trouver plus grande satisfaction à ce qu’on m’en fasse encore la remarque.





Est-ce qu' "Apollo" peut être décrit comme un album concept?


C’est un album qui a son propre langage et qui est conçu pour un long voyage en solitaire, qui durerait une année entière fractionnée en ses quatre saisons. ''Apollo'' est le troisième volet d’une trilogie, un disque plein de détails et parsemé d’énigmes. Il est aussi un terrain d’exploration musicale sur lequel nous avons longtemps erré afin de tracer une toute nouvelle piste, longtemps imaginée mais jamais empruntée auparavant.

Le premier morceau a un climat assez asphyxiant, proche de ce que l'auditeur s'imagine entendre. Pour autant, la suite s'avère plus calme et plus sereine. Est-ce voulu?

Le premier morceau, 'Apollo', ouvre l’album sur un large espace sonore et harmonique duquel on ne ressortira qu’au bout de l’Epilogue, le 14ème et dernier titre. Il y a de l’urgence, de la rage, de la force…peut-être était-ce dans cet état d’esprit que nous étions lorsque nous l’avons composé et en même temps, on pourra déceler une envie d’évasion, de briser des liens sans pour autant utiliser la violence a proprement parler. L’intensité du premier titre est capitale pour un bon album de rock au sens large, il faut avoir envie de partir sans se retourner.

Il y a une sympathie naturelle qui vient à l'auditeur de la part du chanteur. Cette voix grave mais pas plombante l'invite plutôt du côté de la lumière que dans les ténèbres ?

C’est avant tout dans un but de partage et d’élévation que me viennent les lignes de chants. Il est pour moi capital de faire passer quelque chose quand je chante, quelque chose qui est émotionnellement chargé certes, mais qui demeure positif, malgré la mélancolie qui bien souvent m’a inspiré.

Comment le texte d'Alfred Tennyson vous a inspiré pour 'Locksey Hall' ?

J’ai découvert Tennyson dans un petit livre ancien de velours pourpre qu’un personne chère m’a offert. C’est en lisant ce livre pendant l’élaboration du morceau que j’ai de suite repéré ces quelques strophes qui semblait se poser à merveilles sur les notes de guitares, comme la rosée sur les fraîches feuilles du printemps.

Vous avez même réussi une pépite pop avec 'Another Life'. Est-ce que ce ne sera pas ça au final Soror Dolorosa, un groupe qui ne veut pas se cloisonner dans un caveau mais privilégier toutes sortes d'ouvertures?

Tout à fait, 'Another Life' est une sorte de manifeste de notre envie de faire de la musique sombre sans pour autant nous cloisonner dans un registre trop stéréotypé. Encore une fois, c’est arrivé tout seul lors d’une répétition, greffé sur un riff de clavier de Nicolas (ex guitare) sans aucune réflexion ou quoi que ce soit d’intellectualisation, nous avons construit le morceau en quelques heures.





D'ailleurs on dit vous gothiques, cold-wave, que vous inspirent ces étiquettes, des préceptes à respecter à la lettre ou seulement quelques prétextes amovibles pour jouer la musique que vous aimez?

Il faut bien qu’il y ait des étiquettes, car sinon, on ne pourrait pas répertorier la musique nulle part. Mais cela, à mon sens, ça n’est pas très important. En écrivant des morceaux, on capture une parcelle de soi-même, et par la même occasion, on fractionne le temps en quelques mesures. Comme le fait un réalisateur avec les images d’un film : cette mixture provoque de l’émotion et c’est ça qui est important. Cela nous rend vivant.

Défendre ces genres (gothique/cold wave), balisés en France (Trisomie 21, Guerre Froide, Complot Bronswick, Collection d'Arnell Andréa, End Of Data, Kas Product pour les plus anciens) mais peu populaire, relève-t'il de la gageure, est-ce que le combat n'est pas perdu d'avance?

Il n’y a pas de vraie scène dark en France, et il n’y en a jamais eu. Les artistes français qui se sont aventuré sur ces rivages n’ont jamais trouvé la résonance escomptée dans leur propre contrée avant d’avoir réussi à percer ailleurs. Pourquoi, nul ne sait, mais avec Soror Dolorosa, nous avons préféré nous concentrer sur une carrière qui se passe plus à l’étranger car nous le sentions comme cela. On est pas prophète en son pays dit-on, et quand on porte un blouson de cuir et des lunettes noires, à moins qu’elles ne sentent la naphtaline et la poésie bon marché, on n’a aucune chance de percer.

Les groupes français cités dans la précédente question font-ils partie de vos inspirations ou préférez-vous vous abreuver à la fontaine anglaise voire Lacrymosa?

Le seul groupe Français à nous avoir réellement influencé est Norma Loy. Je me souviens du jour ou Hervé m’a dit avoir une cassette d’eux à me prêter, quelle claque j’ai pris quand j’ai écouté 'Power of Spirit' pour la première fois. La fontaine anglaise est inépuisable, Slowdive, Dead Can Dance, Pink Floyd, The Chameleons, Depeche Mode, Portished, Joy Division, King Crimson…ais je besoin de continuer ?

On sent qu'il y a une progression atmosphérique sur cet album, êtes-vous d'accord?

Tout à fait, nous nous somme laissés aller à créer les envolées et les atmosphères poignantes, quasi cinématographiques. Désir d’absolu, de composer la bande originale de ses rêves, c’est peut-être ça ? Nous avons laissé parler notre imaginaire pour pousser plus loin la ligne d’horizon du groupe. Cependant, nous tenons à rester un groupe de rock avec cette énergie franche et directe qui nous caractérise. On pourra trouver des influences post rock / shoegaze qui rendent cette atmosphère proche de l’extase et des éthers. Beaucoup de choses dans ce disque ont été écrites en apesanteur…

Est-ce que vous ne craignez pas que l'adhésion de l'auditeur soit altérée par la longueur de l'album?

Pas du tout. Beaucoup de gens aujourd’hui zappent et n'écoutent qu’un titre ou deux des groupes, mais nous, on n'est pas du tout comme ça. On a plutôt tendance à se plonger profondément dans l’album et en écouter chaque recoin, surtout quand l’album est bon. Si nous nous arrêtions de voir les choses comme cela avec Soror Dolorosa, nous ne serions plus du tout authentiques. Soror Dolorosa est un groupe tout ce qui est de plus authentique et il le restera ou disparaîtra.

Pourquoi avoir utilisé des synthétiseurs typés 80's? Hommage ou simplement pour montrer que ce son ne devrait pas être révolu?

Car les synthétiseurs analogiques sont les seules machines à pouvoir produire des sons et que l’on construit sur mesure pour inclure telle ou telle partie musicale a un morceau. Les synthé à son « réalistes » ne sont rien de plus que des samplers de sons déjà enregistrés et nous préférions utiliser de vrais instruments plutôt que des samples si cela se trouve être notre souhait. C’est vrai que ce sont des sons typés 80 car ils sont apparus dans les années 80 et ont ouvert de nouvelles portes à la musique, la possibilité de jouer des mélodies hyper entraînantes et hypnotiques où on est bercé par la machine. Cette froideur nous plait, elle a toujours fait partie de nous.

Music Waves est un site musical d'obédience progressive. Que vous inspire ces mots ''rock progressif''?

King Crimson, Mike Oldfield, Pink Floyd, Sweet Smoke, Mort Garson.





Qu’attendez-vous de la sortie de cet album avec le soutien de Dooweet?

Avoir plus de visibilité en France, car nous aimons ce beau pays et adorons nous y promener. Si on pouvait finir par avoir l’occasion de jouer plus souvent en France, ailleurs que Paris, nous en serions très heureux !

Quel est votre meilleur souvenir en tant qu’artiste ?

Ma vie artistique est très chargée, entre la photographie et la musique, j’ai beaucoup de beaux souvenirs. Mais s’il devait m’en venir un en tête pour faire écho au reste des réponses de cette interview, ce serait le mix du morceau 'Low End' sur nôtre premier album ''Blind Scenes'' Lors des prises, j’avais l’impression d’être tombé au plus bas, d’avoir tout raté, de n’être plus rien. Lorsque j’ai entendu le mix sur lequel nous avons réussi à faire avec Mr Xort notre producteur, j’ai eu l’impression de renaître.

Au contraire le pire ?

La fête de la musique 2005, pour des raisons que je ne citerai pas en public.

Quelle est la question que vous aimeriez que l’on vous pose ?


Etes-vous déjà mort?

Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?


Ce ne sera pas des mots, mais des notes…https://www.youtube.com/watch?v=Ewn0nTNploI Merci !


Plus d'informations sur http://www.sorordolorosa.com/
EN RELATION AVEC SOROR DOLOROSA
DERNIERE ACTUALITE
SOROR DOLOROSA: Nouvelle vidéo
VIDEO

Lire l'actualité
Voir toutes les actualités concernant SOROR DOLOROSA
 
DERNIERE CHRONIQUE
3
Apollo (2017)
Le charme vénéneux gothique à la francaise n'enivrera qu'à moitié l´auditeur en raison de longueurs et de choix de facilité.

Lire la chronique
Voir toutes les chroniques concernant SOROR DOLOROSA

F.A.Q. / Vous avez trouvé un bug / Conditions d'utilisation
Music Waves (Media) - Media sur le Rock (progressif, alternatif,...), Hard Rock (AOR, mélodique,...) & le Metal (heavy, progressif, mélodique, extrême,...)
Chroniques, actualités, interviews, conseils, promotion, calendrier des sorties
Quelques uns de nos partenaires :
Roadrunner, Metal Mind, Mascot Label Group, Spv Steamhammer, Afm Records, Sony Bmg, Peaceville, Warner, Unicorn, Prophecy, F2, Frontiers Records, Karisma, Insideout, Nightmare, Kscope, Ear Music, Klonosphere, Progressive Promotion, Gentle Art Of Music

© Music Waves | 2003 - 2018