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TOMMY EMMANUEL (21 DECEMBRE 2017)

INTERVIEW - GUITAR HERO - DARIALYS - 05.01.2018
Rencontre avec le guitariste prodige de fingerpicking Tommy Emmanuel à l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Accomplice One".
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Rencontre avec une légende vivante de la guitare, un des cinq CGP (certified guitar player) pour sa contribution au fingerpicking... qui nous a gratifié d'une interview en toute décontraction qui s'est transformée en session acoustique très, très privée...





Nous aimons commencer nos interviews par la question suivante : quelle est la question que l’on t'a posée trop souvent ?

Tommy Emmanuel : "Comment est-ce que tu as commencé la guitare ?". C’est la question que l’on me pose tous les jours.


Qui te pose cette question ?

Tous les journalistes !

Ne t’inquiète pas, nous ne te la poserons pas !

C'est très bien ! (Rires).




Il est impossible de compter le nombre d’albums dans lesquels tu as participé depuis 1979. Comment t’est venue l’idée d’enregistrer un album collaboratif comme celui-ci avec de très grands guitaristes ?

Chacun des artistes qui a participé à cet album a amené quelque chose au projet. Quand j’ai contacté Rodney Crowell, il s’avère que Rodney m’a appelé en même temps pour me demander de jouer sur son album ! Mon manager m’a dit : « Tu joues sur l’album de Rodney, et lui, il chante sur ton album ». Rodney était d’accord, et c’est là qu’il a trouvé la chanson ‘Looking Forward To The Past’. Il me l’a envoyée et elle convenait parfaitement.

Est-ce que cela veut dire que tu vas jouer sur le prochain album de chacun des artistes qui ont enregistré avec toi sur cet album ?

Non, même si je serais ravi de pouvoir le faire. Je suis ami avec Ricky Skaggs depuis de nombreuses années, et à chaque fois qu’on joue ensemble en concert, on se dit toujours : « un jour, il faut qu’on enregistre quelque chose ensemble ! ». Donc cette fois-ci, je l’ai appelé, je lui ai demandé s’il voulait participer et je lui ai dit que j’avais une chanson sur laquelle il pourrait chanter. Je lui ai appris la chanson en question, ‘Song And Dance Man’, qui est une chanson australienne. Je savais qu’il l’aimerait, c’est une chanson simple. En 5 minutes, je lui ai appris à la chanter et il a joué de la mandoline par-dessus, il a fait un très bon travail.


Il n’a fallu que 5 minutes ?

5 minutes, aucun problème.


Est-ce que c’était aussi le cas des autres musiciens avec qui tu as joué sur cet album ?

Avec Jerry Douglas, nous avons enregistré quelques chansons, dont une reprise de ‘Purple Haze’. Il ne nous a fallu qu’une seule prise, et c’était bon. Pour cette chanson, on ne parle pas d’atteindre la perfection, le but est de jammer ensemble. C’est ce qu’on a fait.


On a demandé aux gens de me dire la chanson qu’ils aimeraient m’entendre jouer. Des milliers et des milliers de personnes ont répondu ‘Purple Haze’




Tu n’avais pas peur d’être exposé éventuellement à des reproches en reprenant une chanson aussi connue ?

Bien sûr. En réalité, je n’ai jamais été intéressé par le fait de jouer cette chanson. Il y a un site Internet qui s’appelle « Reddit », tout le monde est dessus. Ma femme lit beaucoup de choses sur ce site. Via ce site, les gens ont pu me poser des questions, et ma femme tapait les réponses. On a demandé aux gens de me dire la chanson qu’ils aimeraient m’entendre jouer. Des milliers et des milliers de personnes ont répondu ‘Purple Haze’.


Comment expliques-tu cela, car c’est une chanson très différente de ton registre !

Oui tout à fait, mais je pense que les gens voulaient savoir ce que je ferais de cette chanson. C’est du Jimi Hendrix, j’aime ça mais je ne joue jamais ses chansons. Mais ma femme m’a dit que ce serait une très bonne idée d’essayer. J’ai dit « OK », et j’ai été me procurer une version de Jimi Hendrix, je l’ai écoutée deux fois, j’ai écouté les accords, et en 5 minutes, j’avais trouvé ma version. On est allé dehors, ma femme m’a filmé, j’ai joué la chanson une fois, et c’était bon. Les gens étaient fous ! Ce n’était rien de plus qu’un jam.


Comment expliquer cet engouement ?

Je n’en sais rien ! Quelques jours plus tard, quand Jerry Douglas est venu pour jouer une autre chanson pour moi, je lui ai dit que je voulais vraiment emmerder les fans de bluegrass et le faire jouer ‘Purple Haze’ avec moi, et il a dit : « super ! ». On savait que ça allait déranger les puristes ! On l’a jouée une seule fois, il jouait la mélodie et moi la musique de fond.


Est-ce que tu peux expliquer la raison pour laquelle tu aimes enregistrer des chansons en une seule fois comme ça ?

Je ne réfléchis pas à quoi que ce soit, je ressens simplement la chanson. C’est la même chose pour ‘Purple Haze’.


C’est ton premier album avec le label Mascot, la masion du blues avec Joe Bonnamassa mais qui se diversifie avec la signature du label de Steve Vai. Est-ce que le fait de signer chez ce label est un accomplissement dans ta grande carrière ?

Oui et c’est la première fois que je signe chez un label européen. J’ai toujours voulu signer chez un bon label mais je n’en trouvais pas. C’est mon manager, Brian Penix, qui a eu l’idée. Il est aussi le manager de J.D. Simo qui joue sur mon album. J.D. Simo est un mec fantastique, il chante très bien sur l’album. Il est aussi chez Mascot, et le label a fait un très bon travail avec lui. Brian m’a dit un jour qu’il aimerait vraiment que cet album sorte sur un bon label européen, et il m’a demandé pourquoi nous ne chercherions pas à aller chez Mascot aussi.


Tu as sorti 3 albums en 2017. Est-ce qu’il te manquait 3 albums à sortir avec ton ancien label pour respecter ton contrat avant de signer chez un autre label ?

En réalité, il y avait un album live (‘Live! At The Ryman’) et un album avec David Grisman (‘Pickin’’) qu’on a enregistré en deux jours qui était une très bonne opportunité. A la fin de ma tournée, j’étais à Seattle, et David vit à deux heures de là. Je l’ai appelé pour lui proposer de venir le voir. Il m’a dit de prendre ma guitare, ce que j’ai fait bien sûr. Il avait des micros déjà réglés et prêts à enregistrer quand je suis arrivé. On a commencé à jouer, on faisait un enregistrement et on passait à la chanson suivante. On a enregistré 14 chansons en 2 jours, c’était très sympa. L’album est sorti et on a fait une tournée en novembre 2017 où nous avons joué 18 dates en Amérique. Je jouais de la guitare acoustique, c’était super.


Beaucoup de gens me voient comme un excellent guitariste, mais je ne me considère pas de la sorte

Tu es probablement le meilleur guitariste au monde en termes de fingerpicking et tu es reconnu comme tel par de nombreux guitaristes aux quatre coins du monde. Qu’est-ce que cela signifie pour toi ? Est-ce un accomplissement du rêve du petit Australien que tu étais quand tu as commencé la guitare à l’âge de 4 ans ?

Beaucoup de gens me voient comme un excellent guitariste, mais je ne me considère pas de la sorte, pas du tout. Il y a des guitaristes bien meilleurs que moi.


Dans ce cas, comment expliques-tu que tous ces gens te considèrent ainsi ?

Peut-être que ce sont des gens qui sont venus me voir en concert, et qu’ils ont vu que je donnais tout. Peut-être que c’est ça. Peut-être que j’ai écrit des chansons qui ont touché des gens, et il n’y a rien de mieux que cela. J’ai gagné de nombreuses récompenses, mais ce ne sont pas les récompenses qui nourrissent ma famille. C’est le fait que je travaille qui nourrit ma famille.


Mon seul but est d’être bon quand je joue, et je ferai tout ce qui est en mon possible pour atteindre ce but




Mais ces récompenses-là te permettent aussi de vendre davantage !

Oui, bien sûr. Mon but dans la vie est d’être bon dans ce que je fais, c’est tout, je n’ai pas d’autre objectif. Mon seul but est d’être bon quand je joue, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour atteindre ce but. Je sais comment me pousser et comment me freiner. Si j’essaie d’écrire une chanson qui est trop compliquée, je la laisse tomber, car il ne faut pas jouer une chanson simplement parce qu’elle est technique, même si j’en suis capable. Tout le monde peut écrire une chanson truffée de notes et de changements, mais dans ce cas, comment touches-tu les gens ? C’est ce que je dis aux jeunes guitaristes. N’étudiez pas la manière de jouer des guitaristes. Ecoutez les guitaristes dont la musique touche le monde. Essayez de comprendre pourquoi telle chanson est dans la playlist de tout le monde, que ce soit une chanson d’Elton John ou de Michael Jackson, trouvez pourquoi cette chanson est si bien, pourquoi elle signifie autant de choses pour les gens. Puis, essayez d’emprunter quelque chose de cette chanson et essayez de vous l’approprier pour en faire quelque chose. C’est ce que je pense. Je joue et j’écris toujours car j’aime ça, mais j’ai besoin de divertir les gens, et je fais tout ce que je peux pour les emporter hors de leur vie ordinaire. J’essaye de vous emporter hors du public pour vous emmener à un autre endroit, pour que, quand vous quitterez les lieux, vous vous disiez : « putain qu’est-ce que c’était ? Je me sens tellement bien, je veux revivre ce sentiment ! ». Dans ce cas, reviens demain soir ! C’est ce que j’essaye de faire.

Et tu le fais très bien, car tu arrives à transmettre le plaisir que tu éprouves à ton public quand tu joues.

En France, le public est merveilleux. Quand je joue à Paris, les gens crient depuis le balcon, c’est incroyable. Ça me donne envie de jouer toute la nuit, et c’est super. J’ai un rapport particulier avec mon public, et cela représente beaucoup pour moi. Tout ce que je veux entendre à la fin du concert, c’est : « quand est-ce que tu reviens ? », c’est tout ce dont j’ai besoin d’entendre.


Et du coup, quand est-ce que tu reviens ?

En novembre !  (Rires)


Tout le monde sait que ta plus grande influence te vient de ton ami Chet Atkins. Mais pour les Français comme moi, quand on parle de fingerpicking, on pense davantage à Marcel Dadi. Est-il une influence également pour toi ?

Marcel a d’ailleurs joué la musique de Chet. Marcel, sans l’aide de personne, a réussi à attirer l’attention de l’Europe sur Chet Atkins et Merle Travis. Il l’a fait tout seul. C’est un véritable ambassadeur pour la France, pour la guitare, et pour la musique de Chet et Merle. Il a très bien enseigné cette musique également. Ses vidéos sont meilleures que presque toutes les autres, car il sait très bien comment expliquer ce qu’il fait.


C’est effectivement l’une des particularités de ses méthodes qui sont primordiales pour apprendre le fingerpicking.

Absolument. J’ai découvert Marcel dans les années 70 en Australie car il y avait un guitariste français qui jouait en concert avant moi, et il a joué une chanson de Marcel. Je lui ai dit : « ça ressemble à du Chet Atkins mais ça n’en est pas ! ». Il m’a répondu que c’était Marcel Dadi, et il m’a donné l’un de ses albums.


Le fait de rencontrer des gens et de voyager m’aide à rester inspiré

Pour un guitariste, ton nouvel album, « Accomplice One », est une véritable merveille avec des chansons virtuoses comme ‘Wheelin’ And Dealin’ », ou la chanson de gipsy jazz ‘C Jam Blues’, où l’on peut entendre le plaisir que tu éprouves quand tu joues ces chansons. Est-ce que tu as toujours ressenti du plaisir tout au long de ta carrière sans jamais ressentir de fatigue ?

Bien sûr, j’ai été fatigué de nombreuses fois, mais le fait de rencontrer des gens et de voyager m’aide à rester inspiré. Chaque soir, avant le spectacle, des gens s’inscrivent sur une liste et je les rencontre une heure avant le concert. Imagine-toi pénétrer dans une pièce pleine de gens très enthousiastes. Je suis parmi ces personnes-là qui aiment ce que je fais. C’est une chose très puissante. Je prends tout leur pouvoir, leur énergie, et je les leur rends sur scène. Les gens m’inspirent, je prends et je donne tout le temps. J’apprécie le respect que j’ai en Europe et qui est bien plus important qu’en Amérique. Les Américains sont beaucoup plus critiques et analytiques. Ils n’ont pas vraiment de spiritualité. En Europe, les gens comprennent davantage ce que je veux faire passer comme émotions dans mes chansons.


Comment expliques-tu cela ?

Je n’en sais rien !


L’une des plus belles chansons de cet album est ‘Rachel’s Lullaby’ qui est un duo avec Jake Shimabukuro. L’union entre tes arpèges de guitare et le ukulélé est fantastique. Est-ce que tu peux nous en dire plus concernant l’amour que tu portes à ta famille et à ta plus jeune fille en particulier à travers cette chanson ?

J’ai écrit cette chanson car Rachel adore la chanson ‘Blackbird’ des Beatles. Elle l’adore vraiment. Ma femme m’a dit que je devrais écrire une berceuse pour Rachel. Du coup, j’ai écouté ‘Blackbird’ en boucle, et j’ai commencé à jouer avec les idées que j’avais. Au final, mes idées ont créé ‘Rachel’s Lullaby’. Laisse-moi te montrer. (Il sort sa guitare et joue une partie de la chanson).


Au final, est-ce que Rachel préfère cette chanson à ‘Blackbird’ ?

Elle aime toujours ‘Blackbird’, mais elle aime cette chanson aussi ! J’utilise tous les outils dont je dispose pour écrire une chanson. Je cherchais une manière d’écrire cette chanson de sorte à ce que l’on ait envie d’entendre le couplet encore et encore. (Il joue alors le couplet, le pont et le final de ‘Rachel’s Lullaby’). C’est ce que je recherchais. Si tu es inspiré par ‘Blackbird’, il vaut mieux que tu écrives quelque chose de bien, car c’est une chanson incroyable.




Peut-être que dans quelques années, certains guitaristes seront à leur tour inspirés par ‘Rachel’s Lullaby’ pour écrire une bonne chanson !

Je l’espère !


Cet album mélange de nombreux genres musicaux allant du blues country au rock shredding en passant par le gipsy jazz. Peut-on dire que cet album est en quelque sorte ton meilleur album ?

En tout cas, c’est ce que je pouvais faire de mieux à ce moment-là ! (Rires).


Penses-tu pouvoir faire encore mieux la prochaine fois ?

Je continuerai à chercher des bonnes chansons !


Penses-tu que tu continueras à faire appel à d’autres musiciens pour enregistrer tes chansons ?

Bien sûr !


Tu as rencontré Joe Satriani au G4 Experience. Peut-on s’attendre à ce qu’il fasse partie du prochain disque ?

Je l’espère ! Joe et moi nous sommes toujours dit qu’il fallait que l’on travaille ensemble.


Justement, est-ce que tu penses que tu pourrais sortir un album entièrement joué à la guitare électrique un jour ?

Peut-être que je le ferai un jour, oui !





Tu l’appellerais « Accomplice Four » ? (Rires)

Il faudrait penser à un autre mot pour dire « électricité ». Quelque chose qui ferait comprendre aux gens que les chansons seront jouées à la guitare électrique. Je vais y réfléchir !

Sur le titre ‘You Don’t Want To Get You One Of Those’, tu joues avec Mark Knopfler. Comment l’as-tu convaincu de jouer avec toi sur cette chanson ? Est-ce que l’on ne peut décidément rien refuser à Tommy Emmanuel ?

Eh bien, ça a été difficile de réunir tous les musiciens que je voulais. J’ai écrit à Bonnie Raitt, à James Taylor, à Allison Crowe et à d’autres encore. Allison jouera sur le prochain album, « Accomplice Two ». On a déjà quelques chansons à jouer ensemble.

Qu’attends-tu de cet album ?

J’espère que tout le monde l’aimera. Je pense que le choix des chansons est bon et que tous les musiciens ont réalisé une bonne performance.

Nous avons commencé cette interview en te demandant quelle était la question l’on t’avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait celle à laquelle tu aimerais répondre ?

Je pense que l’on a tout abordé !

Merci !

De rien !


Merci à Newf pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://tommyemmanuel.com/
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