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GOOD CHARLOTTE (17 JUILLET 2018)

INTERVIEW - ROCK ALTERNATIF - DARIALYS - 07.09.2018
Rencontre avec les frères Madden, membres fondateurs de Good Charlotte, qui reviennent sur l'évolution de la musique du groupe et leur nouvel album, "Generation RX".
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Formé en 1996, Good Charlotte a longtemps eu l'image d'un groupe de pop-punk FM. Las de donner cette vision d'eux-mêmes et de devoir jouer une musique qui ne leur correspondait plus, le groupe a marqué une pause en 2010. Six ans plus tard, la formation américaine renaît de ses cendres, à l'image du phénix. Leur musique s'en trouve changée et tend vers un style orienté vers le rock alternatif. Nous sommes allés à la rencontre de Benji et Joel Madden, frères jumeaux fondateurs du groupe, pour parler de leur nouvel album, "Generation RX".





Nous aimons commencer nos interviews sur Music Waves par la question suivante : quelle est la question que l’on vous a posée trop souvent ?

Benji Madden : Ah ! C’est une bonne question !


C’est la seule qui sera bonne ! (Rires)

Joel Madden : On nous demande toujours quelle est la chose la plus folle qui soit arrivée quand on est en tournée. Je ne sais jamais répondre à ça.


On ne vous demande plus de parler de votre histoire ?

Joel : On nous demande d’où vient le nom du groupe !

 

On trouvait que Good Charlotte était devenu ce que les gens voulaient et plus ce que nous voulions


En 2011, vous avez décidé de faire une pause. Cinq ans plus tard, vous avez fait votre retour avec l’album « Youth Authority », et deux ans après, vous sortez maintenant votre nouvel album : « Generation RX ». Est-ce que cette pause a été nécessaire pour relancer la machine ? Qu’avez-vous appris sur vous-mêmes et sur votre musique pendant cette pause ?

Benji : La pause a été très nécessaire. On trouvait que Good Charlotte était devenu ce que les gens voulaient et plus ce que nous voulions.


Tu penses que vous ne faisiez pas ce que vous vouliez faire ?

Benji : Exactement. On était loin de ce que l’on voulait faire.


On a décidé qu’on reviendrait quand on jouerait une musique sincère


Comment expliquer ça ? Vous avez trop essayé de satisfaire votre public ?

Benji : Exactement. On essayait trop de satisfaire les gens. On a trouvé que le fait de faire une pause nous aiderait pour voir si on serait attendus à notre retour, pour voir si on signifierait encore quelque chose pour les gens. On n’aurait jamais fait de pause si on n’en avait pas ressenti le besoin. Il fallait qu’on sache ce que l’on voulait. On a décidé qu’on reviendrait quand on jouerait une musique sincère.


A quel moment avez-vous pensé qu’il était temps de revenir ? Quel a été le tournant qui vous a fait comprendre que c’était le moment de vous remettre en selle ?

Benji : Je pense que c’est venu du fait qu’on a travaillé avec des groupes plus jeunes, et on est retombés amoureux de la musique. On a eu besoin de côtoyer des groupes au début de leur carrière, des groupes à fond dans leur musique, car l’industrie musicale peut être très compliquée.


Vous avez eu de la pression venant de votre label ?

Benji : Non, car à ce moment-là on était indépendants. On a été chanceux à ce niveau-là, d’être libres de toute obligation. Et on avait besoin de cette liberté. On n’avait pas envie qu’on nous dise : « il faut que vous fassiez telle chose », ou « ça, ce n’est pas bien ! ». On n’avait pas envie de penser au monde extérieur. On a eu envie de se concentrer sur nous-mêmes.


C’est compliqué car au début d’une carrière, tu es libre, mais quand tu gagnes en ampleur, tu perds de cette liberté. Mais en même temps, aujourd’hui, vous êtes suffisamment importants pour pouvoir refuser certaines choses.

Benji : Exactement. Et je pense que quand tu écoutes le nouvel album, « Generation RX », tu le ressens. Je pense qu’on ressent que l’on ne demande rien à personne, qu’on ne se préoccupe pas du résultat, qu’on ne se préoccupe de rien du tout. C’est comme quand tu es jeune et que tu débutes. Tu ne fais que t’exprimer. Et je pense que sur cet album, on est revenus à ça. Quand on a écrit cet album, on s’est dit qu’on allait sortir ce qu’on avait en nous.


On a fait une pause, et je pense que ça nous a aguerris




C’est le but même du travail de l’artiste !

Benji : Oui, c’est à ça qu’on a voulu revenir. Mais c’est paradoxal, car tu veux aussi satisfaire tes fans ! Et quand on a démarré, on était jeunes et pauvres, il n’y avait pas d’adultes autour de nous pour nous encadrer. C’était une industrie très difficile et je pense qu’on avait besoin de se remettre de certaines expériences malencontreuses. Et comme on dit : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ! ». C’est pour ça qu’on a fait une pause, et je pense que ça nous a aguerris. Maintenant, on n’a plus peur ! C’est la première fois que ça nous arrive et ça fait plaisir ! Personnellement, j’avais envie d’envoyer valser toute peur quelle qu’elle soit. Je ne voulais plus avoir aucune obligation, ni avoir le sentiment d’être obligé de faire quelque chose.


Est-ce que vous avez pensé peut-être pas à arrêter le groupe, mais à recommencer avec un autre groupe tous ensemble avec un nouveau nom, pour être loin de la pression ?

Benji : Oui, et on l’a même fait. On a sorti un album qui s’appelle « The Madden Brothers » (car Benji et Joel Madden sont frères jumeaux, ndlr). C’était juste pour faire de l’art.


Vous avez voulu retourner à ça avec “Generation RX” ?

Benji : Oui, et avec cet album, je ne voulais que personne ne me dise que je ne pouvais pas crier sur cet album.

Joel : Si tu as envie de crier dans un album, c’est un vrai besoin, il faut le laisser s’exprimer.


Sur la chanson ‘Self Help’, la guitare et la batterie sont presque metal. Le chant est parfois hurlé. Est-ce cathartique pour vous ?

Benji : Oui, cette chanson en particulier.


J’imagine que vous êtes fiers de ça, car vous voulez montrer à votre public que vous ouvrez totalement votre cœur sur cet album !

Benji : L’intérêt de cet album, et j’en suis très content, est qu’il est cathartique. C’est le bon mot. C’est ce qu’on a voulu montrer sur cet album. On a voulu donner un son cru et réaliste. C’est quelque chose qui nous ressemble. Quand tu chantes des chansons qui ne te correspondent pas, ou que tu traites des sujets douloureux pour toi, ça rend certaines personnes mal à l’aise.


Il semblerait que vous ayez été touchés par le décès de Lil Peep (un rappeur américain, ndlr). Cet album nous rappelle celui de Mike Shinoda (le musicien de Linkin Park a sorti un album solo cette année, « Post Traumatic », sur le décès de Chester Bennington, ancien chanteur de Linkin Park, ndlr).

Benji : Quand tu penses à Chester, tu penses aussi à Chris Cornell (ancien chanteur et guitariste de Soundgarden, d’Audioslave et de Temple Of The Dog, décédé en 2017, ndlr), tu te mets à questionner ta propre existence.


C’est quelque chose qui vous fait peur ?

Benji : Je comprends le sentiment d’être seul, incompris, d’avoir mal…

Joel : En tant que musiciens, on a une ombre sur nous. Je ne peux pas l’expliquer. C’est une ombre sombre qui ne te quitte pas.


Je pense que tu peux faire des bons albums quand tu es heureux, mais tu vas chercher l’inspiration dans tes expériences douloureuses




C’est peut-être la raison pour laquelle cet album est bon ! C’est paradoxal, mais si tu es heureux, c’est plus dur de faire des bonnes chansons. C’est peut-être pour ça que « Generation RX » est bon, car vous avez vécu des expériences douloureuses.

Benji : Tu sais, c’est intéressant car je pense que tu peux faire des bons albums quand tu es heureux, mais tu vas chercher l’inspiration dans tes expériences douloureuses. Ça t’aide à aller mieux. Parfois, quand je fais écouter certaines chansons à ma femme, ça la rend triste car elle sait que ce sont des histoires vraies. C’est ce qui nous rend vivants, cette possibilité d’évacuer tous nos démons ! Car nous avons tous des démons. Quand on est confrontés à la mort, on s’identifie aux gens qui sont touchés, et ça nous rend humbles, car on pourrait être à la place de la personne décédée. Il faut être honnête et il faut le dire quand on n’est pas bien, si on a eu des expériences traumatisantes. Nos chansons font partie de ça. C’est étrange car tu dis au monde entier que tu es anéanti par quelque chose. C’est délicat. C’est quelque chose d’intéressant d’être compositeur et artiste car tu y mets du cœur.


La thématique « dark » est très forte sur cet album, et les chansons font partie d’un tout. Il est difficile de prendre une chanson de manière isolée. Il semblerait que ce soit un album-concept. Est-ce le cas ?

Joel : C’est intéressant car c’est devenu un album-concept. Le nom original devait être « Cold Song ». Quand on travaillait sur cet album, c’est le nom qu’on lui avait donné.

Benji : Il y avait une phrase dans l’une des paroles qui disait : « Life is a cold song » (« la vie est une chanson froide », ndlr).

Joel : Quand on a fini l’écriture, on a trouvé que ce n’était finalement pas le bon titre. On se demandait comment les gens géraient leur douleur. Pour nous, c’est grâce à la musique. On pensait à ça, et on a remarqué que toutes les paroles parlaient de douleur et de traumatisme.

Benji : Au début de l’album, il y a cette question qui est posée : « d’où vient cette douleur et où va-t-elle ? ». J’aime le début des paroles de ‘Actual Pain’ : « est-ce que je devrais continuer à t’aimer ? ». Cette chanson parle de problèmes mentaux. Quand tu grandis avec des problèmes mentaux, tu ne te rends pas compte que tu en as. Personne ne te le dit ! C’est douloureux pour les enfants. Les gens de la « génération RX » ne sont pas connectés aux autres, à ceux qu’ils aiment. Le but est de se demander si l’on fait partie de cette génération. Dans tous les cas, à la fin, tu en feras les frais, à un moment donné. Plus tu vis comme ça, plus tu finis sans rien.


La musique a sauvé notre vie et nous a donné de l’espoir





Sur ‘Shadow Boxer’, l’atmosphère est étouffante et les paroles sont sombres (« J’aurais aimé mourir »), mais paradoxalement, les chansons ne sont jamais déprimantes, surtout avec les refrains où l’on retrouve des bons conseils pour ne pas être déprimé (« Toute cette haine gâchera ta vie »). Sur le titre ‘Hold On’, vous ne considérez pas que le suicide puisse être une solution. Est-ce qu’écouter Good Charlotte est une thérapie aux problèmes que l’on peut avoir, et est-ce que cela permet de les dépasser ?

Joel : Faire cet album a été un bon exercice thérapeutique pour nous, et j’espère que ça le sera pour les gens qui écouteront l’album aussi. Je pense aussi que depuis le début, sur le premier album et sur « The Young And The Hopeless » (leur deuxième album paru en 2002, ndlr), c’est à la fois sombre et optimiste. La musique a sauvé notre vie et nous a donné de l’espoir. Ça nous a permis de traverser des moments difficiles. Notre but avec le groupe est d’apporter la même chose aux gens, même si ça n’aide qu’une seule personne.  C’est notre mission.


On parlait de Chester tout à l’heure. Sur le titre ‘Leech’, je trouve qu’il y a l’empreinte Linkin Park. C’est un groupe qui vous influence ?

Benji : Oui, c’est une grosse influence.


C’est une sorte d’hommage que vous leur rendez ?

Benji : Le décès de Chester a été tragique pour nous tous. Ça nous a affectés artistiquement.

Joel : Et encore une fois, on a la liberté de jouer le style qu’on veut. Beaucoup de fois, certaines personnes nous ont dit : « ce n’est pas le style de Good Charlotte, ne faites pas ça ».


Je sais que c’est un peu cliché mais peut-on dire que c’est l’album de la maturité ? La première chanson n’est pas vraiment ce que l’on peut attendre de Good Charlotte. Vous avez ajouté des instruments comme le piano. Vous pensez que vous avez commencé à vous faire plus confiance avec cet album ?

Benji : Oui, tout à fait. C’est l’album avec lequel on s’est trouvés.

Joel : Personne ne nous a dit de sortir cet album. On a senti que c’était le moment.

Benji : On écrit nos propres chansons.

Joel : Il n’y a eu personne pour nous dire : « allez, on retourne en studio ! ».


On est à un stade de notre vie où on veut mourir heureux





Avez-vous peur des critiques sur cet album ? Vous ne craignez pas qu’on vous reproche d’avoir suivi ce chemin ?

Joel : On est à un stade de notre vie où on veut mourir heureux. Même si je veux mourir très vieux !

Benji : Je pense aussi que l’on a notre propre définition de la réussite maintenant. Il y a quelques années, il y a un moment où je n’étais pas très bien. Ma femme m’a demandé ce qui n’allait pas, et je lui ai dit que j’avais l’impression d’être un loser. Elle m’a dit : « c’est fou que tu dises ça, ça me rend triste, car tu es l’une des personnes les plus incroyables que j’ai jamais rencontrées ! Tu es une très bonne personne ». Je lui ai répondu que oui, mais que j’avais envie de réussir. Et il faut savoir ce que la réussite signifie pour soi. Est-ce que c’est le fait de remplir des stades ? Est-ce que c’est le fait de rendre les gens heureux ? J’ai passé plusieurs semaines à me poser cette question,  et j’ai réalisé que ma vision de la réussite était d’être connecté aux gens.


Surtout des gens dont tu es proche. La famille, notamment. Tu as raison.

Joel : Oui. Il faut bien définir sa vision de la réussite car cela affecte l’art que l’on produit.


Nous avons commencé cette interview en vous demandant quelle avait été la question que l’on vous avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait celle que vous auriez aimé que je vous pose, ou celle à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Benji : Pour moi, n’importe quelle question sur les paroles importe beaucoup.

Joel : Tu as posé plusieurs questions auxquelles j’ai beaucoup aimé répondre. Pour moi, c’est la meilleure interview à laquelle j’ai participé depuis très très longtemps. C’est vrai ! Cet album est très important pour moi. Donc la question que j’aurais aimé que tu me poses aurait été : « pourquoi cet album est si important pour toi ? Que signifie-t-il ? ». Sur la pochette de l’album, il y a beaucoup de significations. A première vue, c’est très Good Charlotte. Mais il y a beaucoup de significations derrière cette pochette car on est tous cachés (derrière un masque, ndlr). J’avais envie de faire la pochette la plus évidente possible. Je voulais que ça ressemble à du Good Charlotte, mais il y a une signification plus profonde derrière les masques, derrière cette pochette. Quand tu entres dans l’album, ça ne ressemble pas au Good Charlotte auquel tu t’attends.


On est loin du groupe punk typique que vous étiez, et c’est pourquoi on aime autant cet album.

Benji : Merci beaucoup ! C’est important pour nous.

Joel Je suis touché que tu aies cité et que tu dises que 'Self Help' est le titre que tu préfères. C’est également mon cas car ce titre a une réelle signification pour moi…


Mais pourquoi ne pas l’avoir choisi comme premier single dans ces conditions ?


Benji : Nous voulions réserver la surprise à ceux qui découvriront ce titre sur l’album…


Album que vous jouerez en France ?

Benji : Oui c'est prévu le 08 février au Zénith de Paris





Rendez-vous est pris !

Benji : Oui, vous serez nos invités très spéciaux (Sourire)


Merci à vous !

Benji : Merci à vous pour cette interview passionnante...

Joel : Non vraiment la meilleure à laquelle j'ai pu répondre...





Merci à AdrianStork pour sa contribution...



Plus d'informations sur https://www.goodcharlotte.com/
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