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DOYLE BRAMHALL II (05 SEPTEMBRE 2018)

INTERVIEW - BLUES - DARIALYS - 12.10.2018
Après de nombreuses collaborations et productions ces dernières années, Doyle Bramhall II confirme son retour à sa carrière solo avec un nouvel album, "Shades".
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Fils du musicien Doyle Bramhall, Doyle Bramhall Junior a grandi dans un monde atypique. Guitariste autodidacte gaucher jouant sur des guitares pour droitiers, il grandit en compagnie de Stevie Ray Vaughan et de Jimmie Vaughan. Très rapidement, il joue avec les plus grands. Après avoir joué en groupe, joué pour d'autres, été musicien de studio mais aussi producteur, DB II revient à ses premiers amours : sa carrière solo, avec un nouvel album intitulé "Shades", qui s'affranchit du style blues qui l'a vu naître.

Nous aimons commencer nos interviews sur Music Waves par la question suivante : quelle est la question que l’on t’a posée trop souvent ?

Doyle Bramhall : Eh bien, peut-être… « Comment as-tu commencé à jouer à l’envers de la main gauche ? ».






Est-ce que tu en as marre qu’on te demande ça ?

Doyle : Non, c’est simplement que pour moi, il n’y a plus de mystère derrière tout ça si je te donne la réponse. Il y a un mystère si tu ne sais pas comment tout cela a commencé.



Il y a des questions qui reviennent souvent. Des fois, on demande aux groupes pourquoi ils ont donné ce nom à leur groupe. J’imagine qu’une question comme : « Comment était-ce de travailler avec Eric Clapton ? » aurait été une question fréquente également pour moi.

Doyle : Oui, c’en est une, mais ça n’a pas toujours été comme ça car je n’ai pas toujours travaillé avec Eric Clapton. Mais si tu me demandes comment cela se fait que je porte ce nom, c’est une question intéressante car mes parents étaient dans un esprit très psychédélique. Je crois que mes parents ont eu cette idée de prénom quand ils fumaient de l’herbe ou quelque chose comme ça ! Je crois que ma mère voulait m’appeler John Paul et mon père voulait m’appeler Lennon McCartney Bramhall ! (Rires). Je suis très chanceux ! Mais effectivement, quand les gens me demandent comment j’ai commencé à jouer de cette manière, je leur dis qu’il n’y avait que des guitares pour droitiers chez moi, et j’ai joué avec naturellement. Pour moi, c’est finalement une question assez inintéressante : j’ai pris la guitare, j’ai commencé à jouer et à apprendre des chansons. Je ne connaissais même pas les différences avec une guitare pour gauchers. En ayant appris comme ça, ça aurait été plus compliqué pour moi de réapprendre à jouer sur une guitare pour gauchers. Si j’avais suivi des cours, ça aurait posé problème, mais dans la mesure où j’ai appris à l’oreille, ça ne m’a pas posé de problème.



Tu aurais même pu enseigner la guitare pour droitiers dans l’autre sens aux gauchers ! Il ne doit pas y avoir beaucoup de gens qui font ça.

Doyle : Oui mais je ne pense pas qu’enseigner soit mon truc. Je n’aime pas vraiment expliquer les choses ! J’aime me contenter de jouer.

 

Cela faisait 15 ans que je n’avais pas sorti de musique sous mon propre nom


 

Ton nouvel album s’appelle « Shades ». Il sort donc deux ans après ton dernier album, « Rich Man », alors que tu n’avais plus sorti d’album en solo depuis 2001, avec l’album « Welcome ». Est-ce que l’album « Rich Man » a été un tournant au niveau créatif pour toi en tant qu’artiste solo ?

Doyle : « Rich Man » a été l’album où j’ai voulu expérimenter des choses et trouver mon son, car cela faisait 15 ans que je n’avais pas sorti de musique sous mon propre nom. Entre temps, mon son, mon inspiration, mes influences, tout a changé, ma vie a changé. J’explore la musique différemment que 15 ans auparavant. Donc cela a vraiment été l’album avec lequel j’ai voulu « briser la glace » et laisser aller mes envies librement.



Cet album, « Rich Man », est né après un long voyage en Inde et en Afrique du Nord où tu as voulu trouver de nouveaux sons. « Shades » semble suivre le chemin tracé par « Rich Man ». Il semble empli de sagesse. Penses-tu que tu as atteint une certaine maturité, même si c’est un terme un peu cliché, et que tu as gagné de l’assurance, du calme, depuis ce voyage et l’album « Rich Man » ?

Doyle : Tout est dans l’évolution qui est permanente. Tu apprends toujours des choses. Je sens que j’apprends tout le temps des choses, et que j’explore de nouvelles choses. Plus j’ai gagné de l’expérience, plus j’ai eu de la confiance en moi. Parfois, c’est pourtant l’inverse : plus les gens vieillissent, plus ils se referment sur eux-mêmes et se retrouvent coincés dans leur manière de faire les choses.



Tu es parti faire ce voyage suite au décès de ton père, c’est bien ça ?

Doyle : En réalité, j’étais déjà en voyage à ce moment-là. Vu que cela faisait 15 ans que je n’avais pas sorti d’album solo, donc j’avais envie d’explorer de nouveaux aspects et de nouvelles dimensions dans ma musique.

 

La musique est ma vie, c’est tout ce que je sais


Peut-on dire que grâce à ce voyage, tu t’es à la fois trouvé en tant que musicien et en tant qu’être humain ?

Doyle : Oui ! Je devais surtout me trouver en temps qu’être humain à ce moment-là. J’avais envie que ce changement musical transparaisse sur l’album « Rich Man ». J’ai encore gagné en maturité depuis car j’ai passé beaucoup de temps sur les routes. Je ne sais pas combien de concerts j’ai joués, mais la musique est ma vie, c’est tout ce que je sais.



« Shades », ce nouvel album, est un album très chaleureux. Chaque chanson a son propre groove. C’est le cas de ‘Everything You Need’ qui a une rythmique funky. Quel est ton secret pour avoir un album aussi équilibré ?

Doyle : Je joue depuis si longtemps ! J’ai eu l’opportunité de jouer avec des musiciens incroyables : Roger Waters, Eric Clapton, Erykah Badu, Questlove… J’ai joué avec des gens venant d’horizons très différents, mais ils sont tous très créatifs et talentueux. Pendant toutes ces années, j’ai aussi été musicien de studio et j’ai joué avec de très bons musiciens. J’aime collaborer avec des musiciens, j’aime les conversations que l’on peut avoir au niveau musical.



Si tu aimes communiquer et échanger avec les musiciens, pourquoi ne voudrais-tu pas reformer le groupe Arc Angels ? Car c’est une forme de collaboration. Pourquoi est-ce que tu as sorti un album solo et pas sorti un album avec ce groupe ?

Doyle : Je ne sais pas. Pourquoi Eric Clapton ne sort pas de nouvel album avec The Yardbirds ?



Bonne réponse !

Doyle : Ou pourquoi Jimi Hendrix ne sort pas de nouvel album avec The Isley Brothers ?

 

Si les fans aiment vraiment ce que je fais, alors ils évolueront avec moi

 

A l’heure actuelle, c’est difficile pour Jimi Hendrix de faire un nouvel album ! (Rires). Cet album est très orienté vers la soul avec notamment des chœurs de gospel. Il y a aussi des influences venant du blues, du rock psychédélique, du rock, du rhythm’n’blues… Est-ce que tu n’as pas eu peur en écrivant cet album de perdre ton public ? Ou peut-être pas de le perdre mais de le déstabiliser ?

Doyle : Je suis très reconnaissant d’avoir des fans qui aiment ma musique, mais je dois quand même suivre la musique qui me vient. Si les fans aiment vraiment ce que je fais, alors ils évolueront avec moi. Il y a toujours des gens qui aimeraient que je joue la même chose que sur mon premier album solo, même si j’ai traversé de nombreuses phases depuis. Sur mon prochain album, je peux choisir de faire du blues, et ce sera toujours moi même si je change d’angle d’attaque.



Quand est-ce que tu as su que tu avais trouvé ton propre style ?

Doyle : C’est dans mon ADN, j’ai toujours eu ce style en moi. Quand j’avais 15 ou 16 ans, je me rappelle avoir enregistré ma première chanson. Je me rappelle que ça m’avait beaucoup surpris car ce n’était pas du blues, c’était différent. Quand j’avais 15 ans, j’étais un puriste du blues, je n’écoutais que ça. J’étais un peu snob par rapport à ça. Quand j’écrivais des chansons, j’écrivais des chansons avec des progressions, et ça m’a surpris ! Je me demandais d’où cela venait et ce que c’était. Mais en même temps, à cette époque, j’aimais aussi les Beatles, Stevie Wonder… Il y avait un vrai travail de composition sur leurs morceaux. C’était différent.



Tu dis qu’il y a de la progression dans ta musique. Est-ce que ta contribution avec Roger Waters fait partie des raisons qui ont fait que tu aies intégré des éléments de rock progressif dans ta musique comme c’est le cas sur ‘Parvanah’ ou ‘She’ll Come Around’ ?

Doyle : C’est marrant que tu cites le titre ‘She’ll Come Around’, car pour moi, c’est une chanson de soul.



Oui mais il y a des éléments progressifs.

Doyle : Vraiment ? Sur ‘Parvanah’ effectivement, car il y a des changements de mesure et tout ça, comme c’est aussi le cas sur ‘London To Tokyo’, il y a des arrangements au niveau des instruments à cordes… Cette chanson, ‘Parvanah’, je l’ai écrite en 5 minutes. Je pensais à la poésie et à la musique perse. Ce sont les influences que j’ai eues pour cette chanson, mais je ne pensais à rien d’autre.

 

Ce que je fais en tant que producteur, je le vois comme du contrôle qualité


Tu m’as dit que tu avais produit beaucoup d’albums (Eric Clapton, BB King, Sheryl Crow, Elton John, Norah Jones). J’aimerais savoir comment ton côté « producteur » influence ton travail en tant que compositeur.

Doyle : Ce que je fais en tant que producteur, je le vois comme du contrôle qualité. Je ne me consacre pas sur un aspect précis mais sur le rendu. Je me projette sur le résultat final et j’essaye d’assembler toutes les pièces du puzzle. Mais il y a aussi des aspects moins amusants comme un côté administratif et logistique. Je n’aime pas vraiment ça. C’est quelque chose que je délègue quand je le peux. Récemment, je travaillais avec un jeune artiste qui s’appelle Quinn Sullivan. C’est un guitariste. J’ai écrit des chansons avec lui et je l’ai aidé à produire des chansons sur son nouvel album. En tant que producteur, quand on écrivait les chansons, je pensais au son que cela aurait, au son des guitares et de la batterie, au style que l’on pourrait donner à la chanson.



On a parlé de Clapton et de Norah Jones qui a joué sur ton album et non pas Sheryl Crow ou Elton John par exemple. Comment tu choisis tes invités ?

Doyle : Elton John, je n’y ai jamais pensé. Mais effectivement ce serait incroyable. Peut-être que je le ferai un jour ! Je n’y avais jamais pensé. Sheryl, on a beaucoup travaillé ensemble. Eric, ça a été un choix facile pour moi car on adore jouer ensemble. Quand j’ai écrit l’une des chansons de l’album, j’ai pensé qu’il l’aimerait beaucoup. Ça aurait pu être une chanson à lui, donc je lui ai demandé de jouer dessus. Norah Jones, on est amis depuis quatre ou cinq ans et j’aime beaucoup sa manière de jouer du piano, donc j’avais envie d’enregistrer une chanson avec elle. Elle vit très près du studio où j’enregistrais à Brooklyn, donc à chaque fois que j’allais au studio, je m’arrêtais chez elle pour écrire de nouvelles chansons.



C’est sympa d’avoir Norah Jones comme voisine !

Doyle : Oui, c’est mieux que certains qui ont un voisin dont le chien vient chier dans ton jardin ! (Rires). Mais pour revenir à Norah, j’avais envie de le faire, j’avais envie d’écrire une chanson et de chanter avec elle. J’adore sa voix et je me suis dit que nos voix sonneraient bien ensemble.






Ton père était très populaire. Il a joué avec les plus grands.

Doyle : Notamment avec Lady Gaga !



Quel dommage !

Doyle : (Rires)



Tu as commencé très jeune dans le milieu. Est-ce que tu as ressenti de la pression en tant que musicien par rapport à ce que ton père a réussi à accomplir ?

Doyle : Non car j’ai suivi une évolution naturelle. Mon père ne m’a jamais vraiment poussé. Il était là pour m’encourager. Il savait au fond de lui que je deviendrais musicien, mais si j’avais voulu faire autre chose, il m’aurait encouragé à faire ce que je voulais. J’ai senti que je voulais faire ça. Quand j’ai commencé à jouer de la guitare à 14 ans, un an plus tard, je jouais déjà dans 3 ou 4 groupes. Donc j’étais déjà guitariste professionnel un an après avoir commencé la guitare. C’était dans mon sang.

 

Tu ne peux pas réussir simplement sur la base de ton nom de famille. Il te faut du talent.


C’est dans ton ADN, comme chez ton père !

Doyle : Oui, mais il faut avoir quelque chose de spécial, il faut savoir se démarquer. Tu ne peux pas réussir simplement sur la base de ton nom de famille. Il te faut du talent.



Et dans ton cas, tu as le nom mais aussi le prénom de ton père ! C’est encore plus dur. Est-ce que tu penses avoir atteint ton but ? Est-ce que tu penses que ton père serait fier de toi ?

Doyle : Oui, mon père a toujours été fier de moi. Il m’a amené en studio pour la première fois quand j’avais 15 ans. Il a réservé un studio professionnel et m’a amené avec mon demi-frère qui faisait de la batterie. Je ne me rappelle pas s’il y avait un bassiste. On a enregistré quelques chansons de blues, je les ai chantées, et je me rappelle m’être senti incroyablement bien. Je commence à jouer de la guitare et un an après, je suis en studio en train d’enregistrer. C’était très naturel, je me sentais bien en studio dès la première seconde. Puis j’ai commencé à jouer avec des gens dans des nightclubs avec des musiciens de différentes générations.






Nous avons commencé cette interview en te demandant quelle était la question que l’on t’avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait celle que tu aimerais que je te pose ou celle à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Doyle : Eh bien… « Est-ce que tu aimes la France ? ».



Et est-ce que tu aimes la France ?

Doyle : J’aime la France ! (Rires). J’aime la culture française. Je me suis promis que je parlerais Français un jour.



Pour la promo de ton prochain album, on fera donc une interview en Français !

Doyle : Alors il faudra que ce soit dans un niveau de Français d’un enfant de 5 ans ! (Rires).



Comme mon Anglais est du niveau d’un enfant de 5 ans ! (Rires). Merci beaucoup !

Doyle : (Rires). Merci !




Merci à Newf pour sa contribution...
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