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TITRE:

DEVIN TOWNSEND (04 FEVRIER 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
METAL PROGRESSIF
Le Canadien hyperactif est de retour en solo avec "Empath", l'occasion pour Music Waves de retrouver celui qui avait marqué le site par ses révélations touchantes...
08.03.2019 par DARIALYS

On ne présente plus Devin Townsend. Après avoir joué dans de nombreuses formations, le Canadien a choisi de revenir à sa carrière solo en ce début d'année 2019. A 46 ans, le musicien est revenu sur l'amélioration de son état de santé et sur ses vieux démons au cours d'une entrevue intimiste




On se retrouve dix ans après notre dernière interview ! On s'est rencontrés en 2007 pour la promo de "Ziltoid The Omniscient". Tu nous as paru fatigué et pas en paix avec toi-même. Quand on t'a retrouvé en 2009 pour la sortie d'"Addicted", tu avais l'air mieux. Comment te sens-tu aujourd'hui ?

Devin Townsend : Je pense que je vais bien ! Je crois que j'en suis à un stade de ma vie où je n'ai plus des hauts et des bas comme avant. Dans mon cas, je pense que c'est un indicateur de bonne santé !

 

Mon objectif en tant que musicien est d'être toujours motivé par ce que je fais


 

Sur le dernier album, "Transcendance", tout le groupe a été inclus dans l'écriture de l'album. Mais avec ce nouvel album, "Empath", tu marques une pause avec Devin Townsend Project pour te consacrer à cet album. C'est un moyen pour toi de rester inspiré comme tu as pu le faire par le passé avec Strapping Young Lad jusqu'en 2007, avant d'enchaîner sur Devin Towsend Project pendant dix ans, ou avec tes premiers albums solos. C'est quelque chose de conscient chez toi de te diversifier de la sorte ?

Ce n'est pas conscient, mais je pense avoir fait quelque chose de vraiment nécessaire pour moi. Je n'essaie pas consciemment de repartir à zéro. C'est simplement que mon objectif en tant que musicien est d'être toujours motivé par ce que je fais, tout comme mon but en tant que personne est d'être en bonne santé. Parfois, tu réalises que tu ne perçois pas les choses comme elles se produisent en réalité.


N'est-ce pas aussi un moyen de sortir de ta zone de confort ?

Apparemment, si ! (Rires)


Ce que je veux dire par là c'est que cela peut être un moyen pour toi de ne pas te répéter.

Il y a de ça, oui, mais ce n'est pas quelque chose de très noble. Ça me permet de me sortir de mes questionnements comme la vie, les enfants, la mort, les traumatismes…


De notre côté, il nous a semblé que c'était important pour toi de revenir à ta carrière solo après l'avoir mis entre parenthèses pour te sentir libre et hors du Devin Townsend Project. Peut-on dire qu'"Empath" est le projet d'un musicien libre et d'un homme libre ? D'un homme libre des démons qu'il avait à l'intérieur ?

Pas complètement libre, mais plus libre qu'avant.

 

Si j'étais complètement libre, je n'aurais rien à écrire

 

De quoi n'es-tu pas encore complètement libre ?

En écrivant "Empath", je pense que j'ai réalisé ma tendance à être exigeant envers moi-même et être très critique de mon travail. Si j'étais le patron de quelqu'un d'autre que moi, on m'aurait probablement mis en taule ! (Rires). Si j'étais complètement libre, je n'aurais rien à écrire. Je pense que je suis plus libre, mais si je l'étais davantage, je n'aurais plus rien à dire. Je ferais du jardinage !


Donc en fait, c'est bon pour tes fans mais pas pour toi !

Je suis quand même heureux, je le suis plus qu'avant.


Est-ce que tu penses avoir trouvé le bon équilibre entre ta vie de musicien et ta vie privée ? Quand je t'ai vu pour la promo de "Ziltoid The Omniscient"…

Je venais juste d'avoir un enfant. Tu en as aussi ?


Oui bien sûr.

Alors tu comprends ! (Rires). Maintenant il a presque douze ans donc je dors mieux ! (Rires).



Sur le morceau 'Borderlands', tu chantes : "I desire a good life", (en Français : "je souhaite avoir une bonne vie", ndlr). L'intro reggae de la chanson, est-ce un clin d'œil à ton addiction à la drogue ?

Non, pas du tout ! En fait, c'était une référence à une croisière lors de laquelle j'étais avec ma famille, quand on a été dans les Caraïbes. C'était un très bon moment. Je ne suis plus autant dérangé par mon passé. Le cannabis, la colère… A un moment de ma vie, c'était très difficile d'y repenser. Maintenant, ça ne me touche plus vraiment.


Tu es en paix avec ton passé ?

Oui. Et je pense que c'est pour ça que je n'arrivais plus à faire de la musique heavy comme avant.


Est-ce que tu penses être sur la bonne voie maintenant ? Est-ce que tu touches cette belle vie dont tu parles du bout des doigts ?

Oui, tous les jours ! Mais j'ai aussi réalisé ce qui faisait qu'elle était bonne et qu'il existe une vie opposée. Sans penser à une vie opposée, tu n'as pas de point de référence. Je ne me limite pas à dire que tout va bien. Parfois, tout va bien, parfois non. Et je pense que c'est important car je ne disais pas ça pendant plusieurs années, par peur de moi-même j'imagine.


Il y a une certaine spiritualité dans ta musique, et notamment dans cet album. Sur le morceau 'Spirits Will Collide', il y a un message proche du bouddhisme et de l'hindouisme, avec un côté zen assez new age. On pourrait dire la même chose sur l'album "Transcendance". Est-ce que ce coté spirituel est nécessaire pour comprendre ta musique ?

Je ne comprends pas ma musique moi-même ! (Rires). Je ne saurais pas te répondre. La musique, pour moi, et pour les artistes en général, se produit quand tu es en présence de quelque chose qui te dépasse. Comme si tu te regardais le ciel avec émerveillement la nuit, que ton fils ou ta fille naît, qu'un proche décède, ou que tu regardes le journal télévisé et qu'il s'est passé quelque chose de grave. Il y a une inspiration qui ne vient pas de toi. En tant qu'artiste, tout ce que j'essaye de faire, c'est de représenter ce sentiment que j'ai et qui vient de ma vie, de ces moments où je suis bien, de mes peurs, de mes espoirs… Si les gens aiment ma musique, c'est qu'elle leur parle. Je pense que le côté spirituel de mon travail vient des moments où j'ai ressenti des choses comme celles dont je parlais juste avant.


"Empath" est ton premier album solo depuis "Ziltoid 2", sorti en 2014, qui était lui-même la suite de "Ziltoid The Omniscient", paru en 2007. Est-ce qu'"Empath" est la suite de ces deux albums ?

Eh bien… "Transcendance" était le dernier en réalité. Même si je sors des albums sous des noms différents. J'apprends lentement. Cela me prend plusieurs années de réaliser ce que je fais. Tout ce que j'ai fait depuis Strapping Young Lad, "Punky Brüster", "Transcendance", "The Hummer", "Ziltoid The Omniscient", "Empath"… Tout ça, c'est la même chose. C'est juste le nom qui change. Pour moi, tout ça c'est du Devin Townsend (rires).


Le morceau 'Why ?' impressionne avec son côté opéra. C'est en quelque sorte un mélange entre Luciano Pavarotti et Meat Loaf. Tu es d'accord ?

(Rires). Ça sonne bien ! J'ai fait certaines choses que je ne m'étais pas autorisé à faire. Je parle du heavy metal.

 

Tout ce temps où je n'ai pas fait ce que je voulais, c'est parce que j'avais peur de le faire


 

Mais grâce à des artistes comme toi, on peut mélanger plein de choses avec le metal ! Par exemple, quand Steve Vai a sorti "Sex & Religion", beaucoup de choses n'ont pas aimé car on n'était pas censé mélanger ces deux choses. Et tu peux être fier du fait que tu as ouvert l'esprit fermé des fans de metal !

C'est sympa que tu dises ça mais je ne sais pas si je me sens réellement fier de ça. Je n'y ai jamais vraiment pensé. Ce que je peux dire est que je ne m'autorisais plus à essayer des choses car je ne m'aimais pas moi-même. Mais ce coup-ci, je me suis de faire ce que je voulais. Et ça a été super. Tout ce temps où je n'ai pas fait ce que je voulais, c'est parce que j'avais peur de le faire. Des gens m'ont dit dans des interviews : 'Why ?' est quelque chose de tout nouveau pour toi ! Mais en réalité, j'écrivais déjà des morceaux comme ça quand j'étais jeune !


L'écriture et l'enregistrement de l'album ont pris 18 mois, et cet album est incroyable. Est-ce que tu as eu une période de doute à un moment donné du process ?

Tous les jours. Chaque minute de chaque jour.

 

Le courage n'est pas une absence de peur, c'est d'être terrifié mais de quand même faire ce que tu as à faire

 

Et comment te sens-tu maintenant que l'album est sorti ?

Soulagé. Ça m'a demandé beaucoup de courage pour le sortir, mais j'ai aussi été très bien aidé. Certaines personnes me tapaient juste dans le dos en me disant : "Continue, fais ce que tu as à faire !". Je dirais que le courage n'est pas une absence de peur, c'est d'être terrifié mais de quand même faire ce que tu as à faire.


Et avoir peur n'enlève pas le danger pour autant.

Dans mon cas, j'ai été terrorisé à chaque instant.

 

Ce que j'ai réalisé avec cet album est que je n'avais pas seulement peur de l'échec, mais aussi peur de la réussite


 

La peur aurait aussi pu faire que l'album ne soit pas une réussite.

C'est sûr. Ce que j'ai réalisé avec cet album est que je n'avais pas seulement peur de l'échec, mais aussi peur de la réussite. Car si tu te prouves à toi-même que tu es capable de faire quelque chose, ton dialogue interne doit changer. Il ne faut pas tomber dans une routine où tu vas être négatif envers toi-même.


N'as-tu pas peur de sortir un autre album après avoir sorti "Empath" qui est excellent ?

Ça va, je pense. Je crois même que ce sera plus simple, parce que si je peux me regarder et avoir plus de compassion envers moi-même, alors le futur sera moins fait de peur que d'opportunités.


Musicalement parlant, tu n'as jamais mélangé autant de styles que dans cet album, et même au sein d'une même chanson ! Il y a du metal progressif, du metal symphonique, de la pop, de l'electro sur 'Sprite', même du reggae comme on l'a dit sur l'intro de 'Borderlands'. Malgré tout ça, "Empath" est un album cohérent. Comment arrives-tu à mélanger tout ça ?

Il y a deux raisons. La première, c'est l'intention. J'ai eu peur tout le long du processus d'écriture. La vie est faite de hauts et de bas, et j'ai voulu le représenter dans ma musique. Mais au final, tu as toujours le choix. Que tu sois affecté par le bien comme par le mal, tu peux toujours choisir à quel camp tu appartiens. La seconde chose est qu'en tant que personnes, nous absorbons de l'énergie. Si quelqu'un est triste, je me sens triste. Si quelqu'un est en colère, je me sens en colère. Notre état émotionnel est changeant.


'Singularity' représente l'apogée de l'album, du haut de ses 23 minutes. J'ai eu l'impression que tu as gardé cette chanson en toi pendant un long moment et qu'il a été difficile de la terminer. Es-tu d'accord ? Et peut-on dire que cette chanson résume la vie entière ?

La partie difficile n'est pas l'écriture. L'inspiration vient rapidement. La partie difficile, c'est de l'enregistrer. Souvent, je préfère quand les gens complimentent le rendu au niveau du son, plutôt qu'ils complimentent l'écriture-même de la chanson. Essayer d'avoir la bonne fréquence au niveau de la grosse caisse pour que ça n'interfère pas avec la basse, avoir un mix qui change toutes les minutes pendant 23 minutes, ça, c'est dur. Mais écrire la musique, ce n'est pas dur. Si tu as des raisons d'écrire, c'est que tu veux honorer la vie. Alors il faut que tu travailles sur toi. C'est l'enregistrement de l'album qui a été très dur ! (Rires). L'écriture, c'est fun.





Steve Vai  et Morgan Ågren jouent dans cet album. Mike Keneally a été le producteur. Est-ce que tu te considères comme l'héritier de Frank Zappa ?

Non. Frank Zappa est quelqu'un que je ne pourrais jamais être. Frank Zappa était un scientifique que je ne pourrais jamais être.


Tu disais que ton but était de trouver la vérité. Quelle vérité as-tu rencontré en écrivant "Empath" ?

Sortir cet album a été vraiment libérateur. Je crois que je n'ai jamais détenu aucune vérité dans ma vie. Peut-être qu'il n'y a rien d'autre à savoir, à part que j'aime la nourriture, j'aime ma famille, le sexe c'est cool, tu vois ce que je veux dire ? A part ça, je ne sais rien. J'ai commencé la méditation il y a 18 mois. Je pense que l'on peut progresser avec la méditation.


Qu'attends-tu de cet album ? Est-ce que l'on peut avoir encore des attentes quand on s'appelle Devin Townsend et que l'on a eu une telle carrière ?

Rien. J'espère juste que les gens comprendront que j'ai voulu écrire cet album. J'ai beaucoup d'amis qui sont dépressifs. Je l'ai été aussi. J'ai des amis qui se sont suicidés, j'ai des amis suicidaires. Plutôt que d'avoir des attentes pour cet album, j'espère que les gens comprendront que le suicide ne mène à rien.




Merci beaucoup !

Merci beaucoup, ça m'a fait plaisir de te revoir !


Merci à Newf et Noise pour leur contribution...



Plus d'informations sur http://www.hevydevy.com
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