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MAISON CLOSE (03 MAI 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK
N'ayant pas peur de l'interdit, Music Waves entrouve les portes de la Maison Close !
CALGEPO - 28.05.2019
Avec un nom équivoque et à la consonance sulfureuse, Maisonclose a ouvert ses portes à Music Waves à l'occasion de la sortie de "Erreur Système"



Nous avons a l’habitude de commencer nos interviews par la question qui vous a été trop posée, quelle est cette question ?


JP : Thé ou café ?

Nico : Probablement, « Pourquoi vous appelez vous MaisonClose ? ». Traditionnellement, on donne une réponse différente à chaque fois qu’on nous la pose, alors pour vous j’y répondrai en disant que l’on s’est rencontré dans un bordel à la frontière espagnole.





Selon votre bio Facebook, le groupe a été fondé en 2014 puis a connu l’intégration d’un batteur (Fab) et d’un bassiste (Thomas). Le fait d’être passé à 4 a-t-il fondamentalement changé votre manière de travailler ?

JP : Nous étions 4 dès le départ, le nombre n'a pas changé, par contre, les têtes ont changé, voire changé de place...

Nico : Voilà, on est depuis l’origine  avec basse-batterie-2 guitares,  mais plutôt que raconter les nombreux changements de line up, comme on est pudiques, on a préféré simplifier avec cette formule.


Quelle a été l’implication des nouveaux membres dans la réalisation de «Erreur Système» ?

Nico : L’album a été écrit et composé à deux, en 2017-2018, antérieurement à l’arrivée des nouveaux membres. On  a pris un batteur pour les sessions d’enregistrement (Éric Manchon).

JP : Tom est arrivé à la fin de la période de maquette de l'album et Fab à la fin de l'enregistrement ils n'ont donc pas participé à l'élaboration de l'album mais ont été indispensables pour préparer avec nous la "mise en scène" des morceaux pour les concerts.


Les fissures et les tâches pourraient représenter les erreurs dans un système qui préfèrent les choses lisses et bien rangées.



La pochette de l’album représente semble-t-il une éclaboussure de sang sur un mur, une photo d’actualité à l’image de la révolte actuelle, est-ce une bonne interprétation ?

JP : C'est une œuvre (peinture) de Edouart qui a réalisé ce tableau sans savoir qu'il illustrerait notre album. Nous avions pensé, à un moment, à faire "notre" album blanc, mais bon, vu le pedigree du groupe, ce visuel nous a semblé parfait pour illustrer notre vision du blanc de ce monde contemporain. C'est aussi une bonne synthèse des thèmes abordés dans l'album.

Nico : Disons que les fissures et les tâches pourraient représenter les erreurs dans un système qui préfèrent les choses lisses et bien rangées. Mais votre interprétation est assez cohérente avec le contenu des chansons. Ça aurait pu être ça.


On pointe ce qui nous questionne, nous énerve ou nous peine, en essayant de ne pas sombrer dans la dénonciation ou la revendication simpliste.



Vous baignez dans ce qui fait l’essence du rock, l’authenticité sans fard et subversif comme il doit l’être, cette recherche d’authenticité est ce que vous cherchez à transmettre ?

JP : Oui, recherche d’authenticité et même d'un certain lâcher prise, notamment dans notre manière d'aborder la scène. Parce que c'est important d'essayer d'être le plus honnête, le plus sincère possible.

Nico : Avec MaisonClose, on cherche juste à transmettre notre ressenti et notre point de vue sur un monde qui ne nous convient pas. On pointe ce qui nous questionne, nous énerve ou nous peine, en essayant de ne pas sombrer dans la dénonciation ou la revendication simpliste. On fait les choses simplement et sincèrement. Subversifs… je ne sais pas ! Ce n’est pas notre intention en tout cas.
 

Le rock a été supplanté dans les média par le hip hop, le rap notamment, n’est-ce pas rageant de ne pas avoir plus de lumière dans les médias ou bien c’est un mal pour un bien et doit-il rester underground pour ne pas perdre justement cette authenticité ?

Nico : Peu importe l’esthétique ou le style… l’important c’est la qualité du projet et du propos : Je préfère un bon album de rap plutôt qu’un mauvais album de rock ! Dans tous les cas, on peut être relayé par les médias et rester authentique… heureusement !





Vous attachez une grande importance aux textes à la fois réalistes et parfois surréalistes ('Tai O'), que représente pour vous le fait d’écrire en français là où d’autres ont adopté l’anglais car plus facile à sonner ?

Nico : Je ne crois pas que l’anglais soit plus facile à faire sonner… Un texte bien écrit, quelle que soit la langue, il sonne ! Et je ne crois pas que les groupes qui s’expriment en anglais le font par facilité… Chacun fait comme il veut, avec sa sensibilité. Me concernant, j’écris en français parce que c’est ma langue maternelle, que j’en maîtrise mieux les subtilités, et que j’ai l’impression de mieux pouvoir exprimer ce que je veux dire, de pouvoir jouer sur des doubles sens ou avec les mots…


S’il reste encore un espoir de liberté alors il est dans la recherche de la vérit
é.


Vous dénoncez dans ‘Vidéo Nécrophage’ les médias et surtout les chaines d’information qui diffusent 24h/24h les informations. Aujourd’hui on est envahi d’informations, de fake news, d’images violentes...  Avant, nous devions aller à l’information aujourd’hui c’est elle qui s’impose à nous (TV, téléphone... ), pensez-vous qu’il nous reste encore un espoir de liberté ?

JP : Beaucoup de choses se construisent dans notre société moderne autour du mensonge : consommation, politique, médias, publicité, économie, écologie… S’il reste encore un espoir de liberté, alors il est dans la recherche de la vérité. Pour que le monde commence à changer, il faudrait d'abord qu'il arrête de mentir. Il faut réapprendre à être vrai, car nous sommes contaminés par le "faux".

Nico : On a heureusement la liberté de choisir ce qu’on regarde, et on peut apprendre à trier l’information ! Dans 'Vidéo Nécrophage', on parle autant des médias que des spectateurs.  Il y a bien sûr les images qu’on nous montre, mais il y a aussi la fascination morbide de celui qui regarde. Le déluge d’information en continu, on peut le filtrer, le canaliser, ne pas y être totalement soumis…mais ça demande peut être un minimum d’effort de sélection, de réflexion, et de prise de recul.


Au demeurant les médias restent importants pour les groupes pour une promotion qui puisse toucher un maximum de monde, quel est votre rapport par exemple vis-à-vis des réseaux sociaux intrusifs mais utiles ?

JP : Il faut se protéger un minimum (mais c'est valable pour tout le monde), ne pas trop s'exposer personnellement, préserver ses proches. Pour un groupe, ça reste essentiellement un outil de communication, pour donner des infos sur les concerts, présenter son travail, et dire pas mal de conneries aussi pour faire marrer les potes...

Nico : Je suis en plein paradoxe ! Je déteste l’idée que mes informations personnelles soit exploitées, qu’on m’adresse des pubs ciblées, et je n’aime pas des masses être abreuvé de photos de vacances, de repas, ou de vidéos de chatons. Mais bien sûr, je me sers des réseaux sociaux pour la promotion du groupe, pour entrer ou rester en contact avec mes interlocuteurs du secteur musical…Du coup, j’évite juste de l’utiliser à titre personnel.



 

L’actualité débordante est sans doute une source importante d’inspiration, pour vous quelle est la place d’un artiste dans cet engagement ? Lui appartient-il d’avoir ce rôle de transmettre des messages aux fans ? On a par exemple vu des artistes dire leur soutien aux gilets jaunes et par la suite, on les a moins entendus... quel doit être la place des artistes dans le débat sociétal ?

JP : Pour le groupe, il y a des thèmes essentiels sur lesquels nous sommes tous d'accord, et nous en parlons dans nos chansons. Pour le reste, la démarche est personnelle. Donc, chacun de nous a ses chevaux de bataille, mais on se fait parfois embarquer dans l'histoire d'un autre, pour soutenir une cause qui nous semble juste.

Nico : Je pense que c’est à chaque artiste de déterminer la place qu’il veut occuper… Plus ou moins engagé ou politisé, c’est un choix que chacun assume comme il l’entend.
Pour ma part, je ne me considère pas comme un artiste engagé, mes chansons ne sont pas militantes et je ne défends activement pas de cause. Je trouve le monde laid, et j’essaye de le rendre moins laid en mettant de la musique dedans. Nos chansons sont politiques parce qu’elles parlent de la société, mais on ne vend pas d’idéologie, on ne vient pas donner de leçons à qui que ce soit : on tend un miroir déformant, qui grossit les traits ou qui montre une vision d’ensemble, et après c’est à chacun de se faire sa propre idée.


On serait un groupe de rock festif, on aurait probablement fait une chanson qui dirait « Tinder, c’est super ! ». Comme on est MaisonClose, on parle plutôt des travers et des effets pervers.


Dans le clip Vidéo ‘Perplexes’ on voit des gens qui ne communiquent plus en se parlant en face à face mais en écrivant sur un smartphone. Le progrès, le digital sont-ils foncièrement déshumanisants ?

JP : Le progrès est déshumanisant à partir du moment où on n'est plus maître de la situation. En musique aujourd'hui, tout passe par le digital et les ordinateurs et ça peut donner des trucs formidables. Par contre, dans la vie de tous les jours, l'aspect chronophage de la technologie et le fait que l'on nous présente des concepts (appli ?) comme étant indispensables, alors qu'il s'agit de gadgets, peut nous amener vers quelque chose de tout à fait aliénant et désocialisant.

Nico : Oui, le problème ce n’est pas le progrès ou le digital, c’est l’usage qu’on en fait ! 'Perplexe' parle en particulier des applications de rencontre. Sur le principe c’est très bien, il y a plein de gens isolés qui ont du mal à rentrer en contact avec d’autres, une interface pour faciliter la mise en relation, c’est top ! Mais il y aussi bien sûr des dérives, comme l’aliénation et la déshumanisation que tu évoquais. On serait un groupe de rock festif, on aurait probablement fait une chanson qui dirait « Tinder, c’est super ! ». Comme on est MaisonClose, on parle plutôt des travers et des effets pervers.

  
Nous sommes dans une société d’image, comment s’est déroulé le tournage et la réalisation du clip ?

Nico : Assez simplement, en fait. J’ai épluché des banques de vidéos libres de droit, et monté celles qui me semblaient les plus parlantes. Mon ami Christophe Asnar a fait le plus gros du boulot en rajoutant et en synchronisant les messages SMS dans lesquels on peut lire les paroles.





La manière dont vous abordez certaines chansons comme dans ‘Leviathan’ s’approche du rock plus progressif à la Ange ou Galaad (groupe suisse), est-ce que vous êtes sensibles à cette scène là également ?


Nico : Non, pas du tout ! Je connais Ange bien sûr, mais je n’ai jamais particulièrement écouté et ça ne fait pas partie de mes influences musicales. Et je ne connais pas Galaad (mais j’irai écouter dès que j’aurais fini de répondre à tes questions !


Quelle configuration préférez-vous entre l’écriture, l’enregistrement en studio et le live ?

JP : C'est comme de la cuisine : quand on écrit, on choisit les produits, on les prépare puis quand on enregistre on les assemble, on les agrémente, on les mijote... enfin, en concert, on partage et on savoure tous ensemble.

Nico : Le live, évidemment. C’est le but ultime de tout ça !
 

Sortir un album dans l’industrie musicale actuelle est gonflé car la manière dont on écoute la musique a changé en quelques années. Souvent les gens n’écoutent plus un album de A à Z mais consomment la musique plus comme une playlist. C’est devenu un produit de consommation. Mesurez-vous ce risque que vous semblez totalement assumer ?

JP : Ce qui est sûr, c'est que nous avons pensé cet album en donnant vraiment une place à chaque morceau : celui-ci avant, celui-là plutôt à la fin... Parce que l'album raconte une histoire et présente une pensée, un peu comme dans une soirée avec des gens qu'on connait plus ou moins bien, et on voit, on participe à des sujets de conversation qui évoluent, certains arrivant en réaction avec ce qui s’est dit avant... Et quand on arrive au dernier morceau de l'album, si on laisse le premier repartir après, il est éclairé d'une manière différente, car baigné par le souvenir de ce que l'on a entendu avant. Et on aime d'autant plus un morceau que l'on a traversé les autres plages de l'album, comme quand on apprend à connaitre quelqu'un et que l'on est encore surpris de découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité.

Nico : On voulait faire un album qui forme un ensemble cohérent, et pas juste une liste de morceaux. Ça n’empêchera pas les gens de le « consommer » comme ils l’entendent, mais on espère que ça donnera envie à quelques curieux d’écouter l’album dans sa globalité. Et même dans l’ordre, soyons fous !
Pour les mêmes raisons, on ne voulait pas d’une sortie purement digitale, mais bien d’un objet physique, qu’on peut toucher, sentir, humer…


Qu’attendez-vous de la sortie de cet album ?

JP : Que les gens prennent autant de plaisir à écouter cet album que nous avons pris du plaisir à le concevoir et à le jouer en concert. Et puis ça vaut le coup de prendre le temps de l'écouter sur la longueur. C'est un voyage sympa !

Nico : Pas grand-chose : des millions de fans, des groupies avides de sexe, de l’argent qui coule à flot, une tournée internationale, les grand festivals qui nous appellent, deux ou trois victoires de la musique, et si on a de la chance, une interview dans Music Waves.


La suite de vos projets dépendra-t-elle de l’accueil public et critique de «Erreur Système" ?

JP : Suite à un suicide collectif ? C'est possible... Mais nous avons encore plein de projets, plein d'idées...  Et puis on aime ce que l'on fait. Donc on espère que les gens vont encore aimer MaisonClose.

Nico : Si on obtient ce que j’ai cité à la question précédente, ça risque de changer nos plans !


Nous avons commencé l’interview par la question qu’on vous a trop posée, quelle est celle que vous auriez aimé qu’on vous pose ?


JP : Un sucre dans le thé ? ...

Nico : « La reproduction des ours en Sibérie septentrionale, mythe ou réalité ? »


Avez-vous pu défendre vos titres sur scène et quelles sont vos prochaines dates ?

Après notre release party fin mars, on se prépare pour un mois de juin chargé (Montpellier, Millau, Toulouse,..) et on est en pleine programmation pour le second semestre. Toutes les dates sont sur notre site : www.maisonclose.org !



Plus d'informations sur http://maisonclose.org/
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