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SABATON (15 MAI 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
HEAVY METAL
Music Waves est parti à la rencontre de Joakim, chanteur emblématique de Sabaton, à l'occasion de la sortie du nouvel album consacré à la première guerre mondiale.
CALGEPO - 19.07.2019
Music Waves a rendez-vous avec l'Histoire avec les passionnés de Sabaton qui sortent enfin un album entier sur le premier conflit mondial de l'ère moderne. Une rencontre marquée du sceau d'un profond respect du groupe pour les acteurs de cette guerre.


Nous nous voyons pour la troisième fois, "The Last Stand" a été un gros succès et vous avez encore franchi un palier, comment avez-vous vécu cette période, c’était un tourbillon facile à gérer ? Pensez-vous encore pouvoir franchir des paliers et en fait si vous devenez encore plus gros parlerez-vous encore à la presse ou finirez-vous comme ces grandes formations à faire juste des conférences de presse ou des interviews à de gros médias ? Vous nous promettez de garder les pieds sur terre ?!

Pour nous faire un nouvel album est une nouvelle plongée dans l'émotion.  A chaque fois que nous entamons l'écriture nous voulons que ce soit le meilleur album de Sabaton mais c'est impossible. Parfois vous pensez tenir une chanson géniale et au final ce n'est pas le cas, parfois c'est l'inverse qui se produit. C'est difficile aujourd'hui d'écrire un album en le pensant tel quel et ça le devient de plus en plus parce que nous ne pouvons pas faire de comparaison. Nous faisons des albums sur les conflits et comparer nos albums reviendrait à dire à dire que la première guerre mondiale a été meilleure que la seconde guerre, ce qui est aberrant en soi. A la limit, extraire certains titres oui mais pas un album entier par rapport à un autre. Par exemple pour le titre 'Seven Pillars Of Wisdom' je pense que nous tenons là l'un des meilleurs solos que nous ayons composé. Au final, c'est comme ça que nous arrivons à garder la tête froide.





Le nouvel album c’est "The Great War" qui évoque la première guerre mondiale et sa riche et terrible histoire, j’ai le sentiment que vous murissiez ce projet de longue date et que c’était un passage obligatoire pour vous dans votre cheminement autour des conflits ?


Oui c'est une période sombre de l'Histoire de l'humanité, peut-être la plus sombre. Nous avons fait beaucoup de recherches avec ces films et documentaires qui sont sortis qui témoignent de ces événements dramatiques. J'ai lu et me suis documenté sur chaque conflit et je pense que la Première Guerre mondiale a été l'une des plus troubles de toute l'Histoire, j'étais très mal en tout cas au cours du processus. C'était donc important pour nous de l'évoquer dans un album entier.


Ce fut un moment d'une intense émotion, probablement la plus forte que nous avons pu ressentir.




Outre vos recherches,  vous avez fait un voyage à Verdun pour présenter l’album récemment, aller là-bas c’était un pèlerinage important pour s’imprégner plus encore ? Comment avez-vous vécu ces journées au cœur de la grande guerre, sur le terrain, avec ces tombes à perte de vue (l’ossuaire de Douaumont) ? Tout cela doit prendre aux tripes je pense, on en ressort comment ?


Ce fut un moment d'une intense émotion, probablement la plus forte que nous avons pu ressentir. Autant personnellement que pour tous ceux qui j'imagine avoir vécu ce conflit. Je me suis dit : "Mince, je suis ici sur un lieu si fort en symboles !". Parfois vous rendre sur les lieu après avoir écrit les chansons peuvent vous faire changer l'état d'esprit de ce que vous avez voulu exprimer. J'ai été touché par le musée, par le champ de bataille et l’ossuaire surtout. Souvent lorsque nous sommes en tournée, certaines personnes nous invitent à visiter les musées ou autres lieux de conflits mais nous ne pouvons pas tout accepter sinon, si vous faites ça tout le temps vous tomberez assurément dans une forme de dépression.


Vous avez commencé à enregistrer le 11 Novembre 2018 c’était très symbolique, c’était une manière de rentrer dans l’histoire, une mise en conditions obligatoire ? Comment on ressort de cette plongée, ça vous a un peu changés en tant qu’hommes d’être confrontés à ce qu’ont vécu nos arrière-grands-parents ?

C'est presque un pur accident. Nous ne savions pas si nous allions le faire 5 ans avant. En fait l'idée est venue un an auparavant. Nous avons su que nous allons rentrer dans un processus créatif pour un nouvel album et plusieurs options s'offraient à nous et nous avons décidé que c'était le moment de faire un album entier sur la première guerre mondiale et qu'il allait être enregistré au cours de la fin de l'année 2018 et pensions que le mois de novembre était un bon choix et sans doute symbolique, en effet. Alors ce n'est pas un grand plan de 5 ans mais une décision qui est venue au fur et à mesure. Après cet album a demandé beaucoup d'investissement et comme je l'ai dit, ça a été vraiment intense de se plonger dans les recherches et honnêtement ça a été le plus émotionnel et bouleversant à faire de tous nos albums.


On a appelé cette guerre la der des ders et ça n’a pas été le cas, actuellement notre monde tourne mal et on ressent une sale atmosphère, craignez-vous parfois de revivre le passé encore et encore ?


L'esprit n'a rien appris de ces conflits et nous avons l'impression que tout se répète. C'est un avertissement. Toutefois il faut relativiser les choses quand on regarde l'Histoire sur une grande période. D'un côté on a le sentiment d'avoir un monde en guerre perpétuelle mais comme je l'ai dit, si on regarde sur une longue période cela ne va pas si mal que ça.


Chaque génération a une perception différente de la géopolitique et des conflits actuels qui sont pour les uns très importants et pour les autres moindres par rapport à ce qu'ils ont vécu eux.


Pourtant on relève une autre guerre celle contre le terrorisme et le sentiment que tout est sur le point d'éclater avec Trump, Poutine ...

Oui, mais il faut ne pas être si pessimiste, au regard de l'Histoire, cela va mieux pour de plus en plus de populations. Il faut relativiser dans le degré des conflits. Nous avons notre propre regard sur notre monde actuel, mais les anciens qui sont encore là et ont vécu les grands conflits vous diront que ce n'est pas si mal dans ces circonstances. Mais c'est aussi une vision de génération, si tu poses la question dans les années 70-80 il y avait la guerre froide et on pensait que ça pouvait tourner déjà à l'apocalypse... Toutes les générations ont connu plus ou moins des conflits à différents degrés et souvent les parents, les grands-parents ne disaient rien, souhaitaient oublier parfois ce qu'ils avaient eux-mêmes vécu et donc chaque génération a une perception différente de la géopolitique et des conflits actuels qui sont pour les uns très importants et pour les autres moindres par rapport à ce qu'ils ont vécu eux.


Votre visite a fait parler, la presse locale l’a relatée, vous aviez convié des journalistes généralistes et des historiens, c’était important de donner un côté sérieux à votre démarche, vous aviez peur que certains vous prennent à un peu à la légère ?

Il faut pas perdre de vue que nous sommes un groupe de metal mais dont chaque membre est passionné d'Histoire. On nous perçoit comme des buveurs de bière plus que par notre passion. Mais ces gens, du moins 50%, ont oublié que la musique peut être vecteur de choses sérieuses. Je suis d'accord, l'Histoire est parfois ennuyeuse mais les histoires dans l'Histoire sont passionnantes. L'histoire des acteurs se révèle souvent très intéressante. Nous produisons un album de metal mais au-delà d'un simple album de metal nous représentons autre chose. Nous célébrons les mémoires de ces acteurs de l'Histoire, nous soulignons leurs souffrances, leur héroïsme, c'est ce que nous tentons de faire, pour ne pas les oublier et avoir des historiens autour de nous rajoute au sérieux du projet. 


Parlons de l’album quand même, ce n’est pas un disque conceptuel mais thématique, comment avez vous défini ces thèmes, Le baron rouge, les tranchées et Verdun, c’était des passages obligés ? A côté on trouve aussi ‘Seven Pillars Of Wisdom’, ce titre évoque bien Thomas Lawrence, alias Lawrence d’Arabie et son livre, les 7 piliers de la sagesse ? Pourquoi ce choix, le côté épique et aventureux vous a fasciné tout comme cet homme peu banal ?


Dans chaque album nous essayons de trouver à la dernière minute quelque chose qui n'apparait pas initialement. Parfois nous avons la musique qui va mais pas les paroles. Ou bien l'inverse. Il faut absolument que ça matche entre eux. Pour Lawrence, c'est un personnage très fascinant, intéressant qui a tracé sa propre légende dans l'Histoire. Pour moi cette chanson est la plus évocatrice de l'album quand je ferme les yeux et que j'entends les premières mesures et le chant. Il y a quelque chose de très visuel que nous avons recherché.


Votre musique est d'ailleurs très cinématographique, les images viennent souvent en tête.... C'est une couleur que vous recherchez à donner absolument à votre musique ?

Oui, nous avons conscience que notre musique est relativement visuelle. Après nous essayons aussi au travers notre projet que ce soit à la musique ou aux paroles de susciter la curiosité. Pourquoi avoir mis là une telle ligne de basse, tel riff... Par exemple la chanson 'The Attack Of The Dead Men' est un titre qui parle de l'utilisation des gaz pendant les batailles et il y a des passages un peu électroniques dont certains diront qu'ils n'ont rien à faire dans un album de rock, et ça donne quelque chose qui signifie que quelque chose va de travers là, et donc ainsi nous transposons cette histoire dans la musique.


Pourquoi avec sortir un single non issu de l’album avec 'Bismarck', la chanson est un tube total et ce clip énorme, ce n’est pas dommage de ne pas l’avoir sur un disque ? Il a fait un carton total sur le net, avez-vous été surpris de cet énorme succès ?

Premièrement, ça concerne surtout la seconde guerre mondiale. Nous voulions surtout faire quelque chose de spécial pour fêter les 20 ans de Sabaton, sans pour autant que ce soit un album. Nous avons sorti le single pour cette occasion et nous l'avons intégré à la box set anniversaire qui est une sorte de cadeau pour nos fans. Seulement les gens ont beaucoup aimé le titre et étaient mécontents que ce ne soit pas disponible sur Spotify ou autres et donc nous l'avons mis à disposition sur ces sites. Il faut voir ce titres surtout comme un cadeau à nos fans et une collaboration à un jeu de guerre.


A la réflexion, chaque personne qui écoute Sabaton pourra estimer que nous avons atteint un pic avec tel ou tel album.




Musicalement on retrouve du Sabaton pur jus bien sur, épique, mélodique et heavy, entrainant et accrocheur, vous avez atteint une plénitude artistique je trouve, c’est fluide et évident à l’écoute avec une fraicheur énorme, pensez-vous être arrivés à un sommet artistique comme Maiden en son temps avec "Powerslave" ou "Seventh Son" ?


Je déteste penser que nous avons atteint un pic artistique, car après plus dure sera la chute (Rires)... Je pense que ça dépend et même je vais te dire, ce n'est pas à nous de l'estimer mais aux auditeurs de le faire. A la réflexion, chaque personne qui écoute Sabaton pourra estimer que nous avons atteint un pic avec tel ou tel album. Je suis fier de tous les albums que nous avons pu faire et nous avons essayé de progresser bien entendu au fil de notre carrière.


Pourtant lorsqu'un groupe sort un nouvel album, souvent il affirme que c'est son meilleur qu'il n'ait jamais fait... Vous n'avez pas cette prétention ?


Du tout, non, car je suis le plus mal placé pour juger de sa qualité. Il y a un an, j'ai commencé les recherches, à écrire, composer, rechercher, enregistrer, mixer... Je suis tellement impliqué que je ne peux être juge et partie pour dire si c'est le meilleur ou le pire album de Sabaton... Bien sûr je me sens bien avec cet album, je le trouve bon mais au final celui qui juge sera l'auditeur.


Par petites touches il y a de l’évolution dans Sabaton, 'Attack Of The Dead Men' propose des petites boucles électro, '82nd All The Way' a un côté 80’s un peu hair glam dans son intro, innover tout en restant soi-même c’est délicat ?

C'est dur de faire quelque chose de nouveau tout en conservant sa base. C'est une sorte de cycle qui se pose pour chaque compositeur car si vous ne faites pas d'évolution, les gens vont se souvenir des anciens albums et vont vous reprocher de tourner en rond et si vous révolutionnez trop votre style, si vous l'innovez trop, les gens ne seront pas contents car ce ne sera plus Sabaton... Certaines personnes vont vouloir écouter du super Sabaton et d'autres voudront que nous prenions certains risques... Au final nous ne sommes pas un groupe qui révolutionne notre musique mais qui essaye d'apporter quelques petites nouveautés pour ne pas bousculer nos fans. Si tu écoutes "The Last Stand" et "The Great War" tu peux percevoir quelques évolutions mais si tu écoutes "The Great War" avec notre premier album, tu peux voir qu'il y a une énorme évolution. Elles se sont faites au fur et à mesure.


L’intro à l’orgue Hammond de 'Red Baron' puis les claviers bien présents donnent au titre toute sa force épique, on se sent plongé dans un combat aérien vraiment, c’était l’idée ? La place du clavier c’est quelque chose de très important dans la composition pour vous ? L’intro m’a rappelé un air de Bach, c’est un hommage ?


C'est une mélodie de Bach, absolument. Pour moi c'est l'un des plus importants compositeurs de l'Histoire de la musique. J'ai pris mon orgue Hammond et je l'ai branché sur un ampli de guitare comme Deep Purple à l'époque et créé une distorsion. Cela a donné une couleur particulière à la chanson, du coup ça collait assez bien au Baron Rouge, ce thème de Bach.


'The End of the War to End All Wars' a un fort côté symphonique avec le piano, le clavier et les chœurs, vous pourriez pousser dans cette voie dans le futur ?


Je ne sais pas. Avec cette chanson je savais qu'elle allait clôturer l'album car elle en est la rétrospective. On est le 11 novembre et c'est l'histoire d'un homme qui a combattu qui regarde derrière lui et revoit ainsi son parcours émotionnel. Je ne maitrisais pas totalement la structure du morceau : chorus, couplet, symphonique, intro, solo, outro... Ce morceau est un peu à part et légèrement expérimental. Peut être que ça se reproduira à l'avenir, je ne sais pas.


Il n’y a quasiment que des singles sur ce disque, le jouer en entier c’est envisageable sur la prochaine tournée ? D’ailleurs en l’évoquant on doit s’attendre à du spectaculaire je suppose avec un tel thème ?


Merci pour les compliments. J'aimerais beaucoup, en effet. Nous allons faire beaucoup de festivals cet été et nous pourrons jouer un maximum des chansons de ce dernier album mais aussi d'anciennes chansons qui abordaient ce premier conflit mondial qui sont présentes dans nos précédents albums comme 'Lost Bataillon'. J'aime cette idée effectivement de pouvoir ne faire que ce thème en live.





Il existe des tribute bands de Sabaton, vous n’êtes pas vieux et cela est un honneur, quel effet cela fait-il de voir de jeunes musiciens reprendre votre musique comme on le fait pour un Maiden ou un Metallica ?


C'est le plus grand honneur pour un musicien que de jeunes groupes les reprennent. Après peu importe si ces covers sont bonnes ou mauvaises, l'intention est là. Ils ont choisi non pas de composer leur propre musique mais d'apprendre de nous dans une certaine mesure. Je pense que c'est vraiment cool, j'ai écouté quelques reprises et j'ai trouvé ça très bon. C'est un très beau compliment qu'ils nous font en revisitant nos titres.

Merci beaucoup.

Merci à vous et à bientôt.


Merci à Noise pour sa contribution.


Plus d'informations sur http://www.sabaton.net/
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