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ROBERT RANDOLPH (17 JUIN 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
BLUES
Nous avons rencontré le virtuose de la pedal steel Robert Randolph, fort d'un nouvel album réussi de blues-rock aux accents gospel.
NUNO777 - 07.08.2019
Nous aimons commencer nos interviews par cette question : quelle est la question qu’on t’a trop posée ?

Robert Randolph : Qu’est-ce que ça fait de débarquer d’une église ?


Tu as commencé la pratique de la pedal steel dans une église pentecôtiste. Et au sein de ces églises la pedal steel a une connotation très forte au point qu’elle a remplacé l’orgue et que la musique jouée par cet instrument est appelée le sacred steel. Comment cet instrument assez rudimentaire et populaire a pu prendre autant de sens et qu’est-ce qui fait que cette musique est sacrée ?

Ce qui en fait un instrument qui a pris autant de valeur c’est qu’il s’est parfaitement intégré à l’esprit qui règne dans une église. Il y a une particularité très humaine des sons de la pedal steel dans la manière que l’on a de la faire parler, chanter, pleurer. Dans certaines sonorités on a presque l’impression d’entendre des prières. Les chants qui sont pratiqués dans les églises s’accompagnent totalement de cet instrument. Cela en fait son caractère sacré.


Les salles de concerts sont devenus la nouvelle église




L’instrument doit perdre de son caractère quand tu en joues dans des environnements différents de l’église comme des salles de concert ou des studios ?

Nous considérons que l’église est partout autour de nous, peu importe où nous sommes, nous faisons comme si l’environnement était le même. Nous gardons la sensation d’être dans cet espace sacré bien que nous soyons dans une salle de spectacle, avec une foule en communion autour d’un projet commun. Les salles de concerts sont devenus la nouvelle église.
 

Comment parviens-tu à rendre les émotions que ça soit dans une salle de concert ou dans une église ?

Le whisky peut aider (rires).


Pour les spectateurs (rires) ?

Les deux !! (rires) Le whisky peut aider à ressentir des émotions surtout en studio car il n’y aucun public (rires). Quand tu es dans un studio avec le groupe en interaction pour créer de la musique, il se passe une association d’énergie dans ce processus qui mène à la création. Cette convergence spirituelle sincère et saine se retrouve forcément dans un enregistrement. C’est différent dans une représentation avec un public mais l’émotion qui est générée pendant un enregistrement ou pendant l’écriture d’un morceau se conserve et se restitue tout de même.


Tu as sorti un album appelé "The Slide Brothers: Robert Randolph Presents the Slide Brothers" avec des membres du The Campbell Brothers, un groupe de sacred steel gospel. Quels enseignements gardes-tu des précurseurs du genre ?

J’ai tellement appris d’eux en les regardant jouer. Albert King, Muddy Waters, BB King et tant d’autres ont initié des choses qui sont encore jouées et partagées, et notamment au sein des confréries et dans les églises. C’est une tradition qui survit et suit son cours. Des jeunes gens qui ont huit ou neuf ans continuent de jouer ces musiques dans les églises. C’est très important pour connaitre l’histoire et s’appuyer sur le passé pour les événements d’aujourd’hui. Il faut chérir ces témoignages car ils ne sont pas éternels quand tu sais par exemple que dans le groupe des Slide Brothers Calvin Cooke a 74 ans et Chuck Campbell a 64 ans.


Pratiques-tu toujours autant la guitare ?

Je pratique tout le temps et c’est un moyen pour moi d’être en paix. De nombreux musiciens ou artistes se laissent aspirer par leur vie et toutes les obligations qu’ils doivent remplir et en perdent cet aspect fondamental d’être dans une pièce et de jouer simplement pendant des heures en créant.


Tu fais de la steel pedal un instrument aussi bien rythmique que soliste (le sublime solo de ‘Cry Over Me’), ce qui en fait une originalité partagée avec le groupe The Campbell Brothers par exemple. Comment abordes-tu le côté soliste de la pratique de la pedal steel?

Ce qui est amusant c’est que dans l’église dans laquelle j’ai grandi les joueurs de pedal steel étaient très souvent des solistes. Après c’est une question de personnalité et d’affinité. Dans une représentation tu as différents profils, des chanteurs, des chœurs, des duettistes, des rythmiciens, des solistes…et les rôles se répartissent selon les personnes.


C’est comme dans le sport, un joueur va évoluer là où il est le meilleur…

Oui c’est exactement ça.


Continues-tu de jouer dans des églises ?

Oui, moins qu’avant et que je le souhaiterais, mais oui. J’adore revenir dans mes endroits intimes et familiaux loin de l’agitation. J’en profite pour manger les bons plats de ma grand-mère, dont cette confiture que j’aime tant (rires).


Il y a de plus en plus de gens qui connaissent et aiment la pedal steel




Alors que les églises évangélistes sont parmi les plus dynamiques de la branche chrétienne, il y a peu de joueurs de steel guitar reconnus. Pourquoi ?

L’évolution rapide de la musique ces dernières décennies explique en partie pourquoi il n’y a pas plus de joueurs de pedal steel. Cet instrument a commencé à devenir populaire dans les années 50 et 60. Les années 80 et 90 on n'a plus entendu de ce type de sonorités dans la country. Mais la pedal steel continue d’évoluer et de se moderniser et il y a de plus en plus de jeunes groupes reconnus qui intègrent cet instrument comme sonorité principale comme les Américains de The Revivalists, je ne sais pas si tu connais. Il y a un renouveau important qui se fait jour actuellement. Et personnellement je remarque qu’il y a de plus en plus de gens qui connaissent et aiment cet instrument.


T’es-tu intéressé à la guitare plus traditionnelle ?

Oui j’en joue dans mes concerts et j’en utilise aussi pour composer. Mais j’avoue que je suis plus à l’aise avec ma pedal steel.


A travers tes albums il y a de nombreux styles qui viennent se mélanger au blues et à la musique gospel comme la pop dans ‘Cry Over Me’. Est-ce important pour toi de diffuser et rendre la sacred steel plus accessible au grand public ?

Oui c’est un de mes objectifs comme celui d’inspirer les jeunes. Et je dois dire que la jeune génération est réceptive et j’en croise énormément sur la route. Je regardais une video il y a peu de John Mayer et il joue de la lap steel. J’apprécie de voir de jeunes musiciens jouer des instruments traditionnels et plus atypiques.


Dans quasiment tous les morceaux de "Brigter Days" le chant est partagé entre plusieurs chanteurs avec une très forte présence des voix de femme et de chants gospel. Est-ce l’esprit de partage qui t’anime qui t’a conduit à inviter d’autres chanteurs dans tes titres ?

Oui. De par ma formation dans les églises où on entendait beaucoup de variétés j’ai cette fibre de la diversité. Et principalement axé autour du gospel avec des vibrations dansantes et joyeuses et des influences blues, rock, pop. Tous ces styles de musique qui font se sentir bien et heureux.


Dans l’intimiste ‘Simple Man’ tu es seul au chant ? Pourquoi ? Est-ce que ce titre représente quelque chose de particulier pour toi ?

Oui, cette chanson qui a été écrite par Pops Staples qui est malheureusement décédé et l’a admirablement interprétée, parle de l’homme d’aujourd’hui et des démons qui l’habitent. L’homme d’aujourd’hui est très perturbé et confus. Il ne sait plus ce qu’il désire, ce qu’il doit être. Si on suit la modernité et le progrès, on devrait être un cran au-dessus de l’homme qui nous a précédé dans l’histoire. Effectivement, on a la capacité de tout voir, de tout entendre et pourtant nous sommes toujours aussi tiraillés. Cette chanson c’est comme une confession, un prêche pour dire au monde que je suis finalement un modeste humain, un homme simple.


Dans ‘Don’t Fight It’ tu joues de ta pedal steel comme d’une voix à l’unisson avec le chant principal. Comment t’es venue l’idée de créer cet effet ?

Dans ‘Don’t Fight It’ on a voulu condenser tout ce qui se passe dans une église, et il se passe beaucoup d’évènements…Il y règne une atmosphère très libre où chacun est amené à prendre part à sa façon aux évènements. On a voulu rendre cette jubilation des fêtes avec une effervescence un peu improvisée.


Carlos Satana m’a aidé à me sentir plus à l’aise et à accepter qui je suis




Tu es réputé pour l’énergie que tu dégages sur scène. Comment parviens-tu à restituer cette énergie et cette puissance sur disque ?

Je ne sais pas, c’est en moi d’une certaine façon. Cela vient de ce que j’ai appris, de laisser sortir ce feeling, de permettre la connexion avec l’auditeur ou le public. Sur de nombreux points Carlos Santana, que j’ai côtoyé à quelques occasions, m’a beaucoup appris pour revenir à mes racines africaines dans les rythmes, les tempi, les émotions…Carlos m’a aidé à me sentir plus à l’aise et à accepter qui je suis.


Tu as parlé de Carlos Santana, qu’as-tu appris de ta rencontre avec Eric Clapton ?

Oui, c’est un peu pareil avec Eric Clapton. D’ailleurs je voulais qu’il chante sur le titre ‘Cry Over Me’ mais il n’était pas dans les meilleures conditions donc ça n’a pas pu se faire. Il aurait été génial sur ce titre (il fredonne le refrain). Je vais essayer de relancer une invitation pour plus tard…on verra.


Peut-être une prochaine fois…

Ou pour un remix (rires).


La connexion avec Eric Clapton nous fait penser qu’une collaboration avec Sting pourrait être intéressante aussi. Il a une voix si spéciale et est capable de chanter sur du reggae…

Oui, tu as raison. Il serait bien aussi sur du gospel ou du funk. Qui sait ? Un jour peut-être.


Tu fais partie des 100 plus grands guitaristes de tous les temps d’après le classement de Rolling Stone et ton album est nominé pour les Grammy. Est-ce une fierté pour toi ?
 
Oui, c’est gratifiant mais le plus important c’est ce que le public me renvoie.  


Comment es-tu considéré quand tu reviens dans l’église de ta grand-mère ? Pas trop de pression ?

C’est terrible…ils veulent tous prendre des photos avec moi (rires). Je plaisante car c’est super agréable, ce ne sont que des bons moments quand je rentre à la maison et que je joue avec ma famille. Il n’y a pas de pression, bien que le cercle familial soit probablement celui dont tu attends le jugement avec le plus d’appréhension.


Ton album "Got Soul" avait atteint la seconde place des charts américains dans la catégorie blues. Quelles sont tes attentes avec « Brighter Days » et penses-tu que ta collaboration avec Mascot va te faire franchir un cap ?

Le courant est très bien passé avec les personnes de chez Mascot, ce sont de vrais et sincères amateurs de guitares et de musique blues. C’est une petite équipe mais qui est très concernée par les artistes qu’elle suit et qui veut se rendre utile par tous les moyens.





As-tu reçu quelques orientations ou des conseils ?

Oui, mais ils acceptent qui je suis et m’ont demandé de rester moi-même en faisant en sorte que je donne ce que j’ai à donner, à faire ressortir mes racines. En tout cas pour l’instant il y a eu un échange convergeant sur la manière de mettre en œuvre ce projet.


Nous avons commencé par la question qu'on t’a trop posée, quelle est la question à laquelle tu rêverais de répondre ?

La question à laquelle j’aurais adoré répondre ? Est-ce que j’ai faim (rires) ?
Tu aurais pu me demander où est-ce qu’on mange le mieux et je t’aurais répondu ...en France.

Merci beaucoup

Merci beaucoup (en français).


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/rrtfb/
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