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CORBIER (08 AOUT 2007 - BRASSERIE LES 3 OBUS - PARIS)

INTERVIEW - METAL PROGRESSIF - STRUCK - 01.07.2018
Rencontrer Corbier ! Vous vous rendez compte ? Rencontrer le Corbier qui a bercé notre jeunesse... Et bien, c'est le privilège que j'ai eu et que je me fais un plaisir de partager avec vous !
Pendant un entretien de près d’une heure un quart, nous sommes revenus sans tabou sur le passé, l’actualité, les projets… bref, sur sa carrière riche et remplie d’anecdotes croustillantes…
Gageons qu’à la lecture de cette passionnante interview, vous serez –tout comme moi- conquis par cet attachant « bipède » barbu ! En ce qui me concerne, rendez-vous est pris pour une des trois dates (27, 28 ou 29 septembre) au Théâtre des 5 Diamants (Paris 13e) pour écouter ce « chanteur épatant »…


Struck : Salut Corbier, première question puis-je te tutoyer ?
Corbier : Ouais, ouais tu peux. Y’a pas l’ombre d’un soucis, c’est même si tu me vouvoies que ça va m’énerver ! (Rires)

Struck : Peux-tu te présenter à nos lecteurs français qui viendraient de sortir d’un coma long de plus de 20 années ?
Corbier : 30 ans même… J’suis rentré à la télé en 1982, tu vois alors ça fait euh… 25 ans… c’est énorme… alors donc, j’ai commencé comme chansonnier. Puis j’suis rentré à la télévision, j’ai fait 15 ans de télévision et depuis, j’ai repris mon boulot de chansonnier ; c’est à dire d’auteur de chansons si tu préfères…





Struck : Tu n’as pas changé d’un poil : quelle est ta recette miracle ?

Corbier : (Rires) Euh… J’me rase pas… (visiblement ravi de sa réponse) Pour éviter de changer d’un poil je ne me rase pas… Mais j’ai changé forcément… Tu sais le monde autour de moi change, je m’adapte, j’ai forcément changé mais disons que le gros de mes idées n’a pas bougé… Mais bon, j’étais persuadé que ça ne servait à rien d’apprendre la musique et je regrette maintenant de ne pas l’avoir fait !

Struck : Tout d’abord, je tiens à te dire que c’est un privilège que de pouvoir te rencontrer et pouvoir parler de ton actualité ? Quelle est-elle justement car ton dernier album « Tout pour être heureux » date de 2005 tout de même !
Corbier : Et bien là, je suis en train de terminer l’écriture de 14 nouveaux titres et j’espère qu’on pourra faire ce disque avant la fin de l’année. Là, je suis en discussion avec mes amis musiciens pour savoir quand est-ce qu’on pourra se revoir et travailler de nouveaux titres ensemble. Et puis, je te dis avant la fin de l’année, j’espère que ce sera avant Pâques de l’an prochain (sourires)

Struck : Justement tu nous prépares un nouvel album mais quels sont les autres projets ?
Corbier : Tous les autres projets tournent autour de mon métier : faire de la scène, des concerts à droite à gauche.. là, je vais partir en septembre ; j’ai des concerts du côté de Metz, en Belgique, du côté de Lille, je suis du côté nord de la France…

Struck : Quoique j’ai vu que tu allais être du côté de l’île de Ré bientôt…
Corbier : Et ensuite j’irais du côté de l’île de Ré fin septembre…

Struck : Tu sais que pour la majorité d’entre nous, tu seras à jamais associé au « Nez de Dorothée » ; tu assumes ce passé ou tu le renies en bloc ?
Corbier : (Affirmatif) Ah non, non, moi je ne renie rien du tout… Faut être bien clair là-dessus, j’ai fait ma vie comme j’ai pu la faire… J’vais pas te raconter ma vie mais c’était pas évident au départ de faire ce métier. J’suis né juste après-guerre en 44, de parents qui n’étaient pas artistes, de parents qui n’étaient pas riches, j’ai été élevé par mes grands-parents concierges parisiens… Si tu veux donc j’avais pas tellement de possibilités, j’pouvais pas aller dans un conservatoire ni pour apprendre à jouer la comédie, ni pour jouer de la musique, j’étais pas extrêmement doué pour les études, j’ai pas la gueule, j’ai pas la voix… donc avoir réussi à vivre de ce métier c’est un coup de pot énorme !

Struck : Je te coupe car si je ne sais pas pour le reste, excuse-moi de te contredire en disant que tu as une gueule et une voix !
Corbier : J’ai une gueule et j’ai une voix mais tout à fait spécifique. J’rentre pas dans les canons de la beauté ni de l’un, ni de l’autre… Si tu veux, j’avais donc peu de chance de faire une carrière comme Alain Delon a pu en faire une ou comme Serge Lama en a fait une…

Struck : Justement à ce titre, comment vis-tu le fait de voir ton œuvre reconnue pour la partie que tu considères la moins intéressante au détriment de celle qui te ressemble plus ?
Corbier : C’est logique ça… Ca c’est logique… Si un jour, un jeune type sort grâce à la télévision, on va connaître ce qu’il fait à la télévision. Ce qu’il fait en dehors de la télévision a peu de chance de rentrer dans les mémoires… C’est exactement ce qu’il m’est arrivé ; j’ai fait trop longtemps de la télévision, j’suis marqué par le personnage de la télévision… J’m’en fous un peu mais quelques fois, c’est un peu énervant (sourires)…

Struck : Cette musique qui te ressemble et que tu fais actuellement : comment la qualifierais-tu ? A cet égard, en quoi est-elle différente de celle que nous connaissons de toi ?
Corbier : J’vais te dire qu’elle est plus spontanée, naturelle que celle que je faisais à l’époque mais… mais… (sourires) Ce que je faisais à l’époque était très simple aussi donc comment j’vais pouvoir dire ? On va dire que ce que je fais actuellement est un peu folk, un peu blues, un peu latino, y’a un peu de variét’ dans ce que je fais, c’est un peu jazzy… c’est assez difficile de… Tu sais je suis un auteur de chansons avant d’être un chanteur donc je m’amuse à écrire des chansons, je ne cherche pas à faire un genre… Tu sais, souvent lorsque j’achète un disque d’un copain, j’ai l’impression d’entendre pratiquement toujours la même chanson, tout le long de l’album.. Ca veut pas dire que c’est pas bien, ça veut dire que moi je ne sais pas faire ça… Je sais pas reproduire sans arrêt la même chanson alors je m’amuse à écrire des chansons différentes tout le temps, sur des harmonies pas toujours très « intellos » parce que je ne suis pas un vrai musicien mais au moins j’essaie de faire des mélodies qui m’amusent moi en espérant que les gens qui les entendront s’amuseront aussi !

Struck : Alors comment composes-tu ? Tu privilégies l’écriture ou la musique ?
Corbier : Alors je fais toutes mes chansons –paroles et musiques- en même temps mais… Mais… (Rires) Lorsqu’une chanson est terminée, souvent je m’aperçois que la musique n’est pas très passionnante alors je refais la musique. Lorsque j’ai refais la musique, souvent les mots ne collent pas sur la musique alors je suis obligé de recommencer le texte si bien que quelques fois, pour une chanson qui m’a pris disons 2-3 jours pour l’écrire... bah je peux l’avoir terminé au bout d’un an, deux ans… C’est long, très très long…

Struck : J’ai pu écouter les 4 titres sur ton myspace et je t’avouerais que ces écoutes ont balayé mes préjugés : en effet, j’ai été bluffé par la musicalité de chaque titre notamment : « RIK » aux orchestrations Sergio Leone est-ce fait exprès ?
Corbier : Ah ? C’est amusant ce que tu dis là parce que bon d’une part c’est une… L’origine de cette chanson sur l’Erika, sur le naufrage de l’Erika… J’suis parti d’une chanson de Bob Dylan qui s’appelle « Who Killed Davy Moore » et comme la mélodie de Dylan n’était pas très intéressante, Graeme Allwright qui avait chanté cette chanson en français avait refait la mélodie d’après la mélodie de Dylan c’est à dire qu’il avait fait évoluer la mélodie de Dylan… Et moi, j’ai repris le principe de cette mélodie en faisant à nouveau la mélodie de Graeme Allwright . Si tu veux ce qui est amusant ; on a fait ce que font beaucoup de « folkeux », beaucoup de bluesmen c’est à dire on reprend une mélodie connue et on l’a fait évoluer à sa façon en prenant d’autres mots.

Struck : Bluesman… Tu es donc le nouveau Bill Deraime ?
Corbier : C’est gentil de me dire ça, j’aime bien Bill…

Struck : Et en plus, tu en as un peu le physique !
Corbier : Et bien, il m’est arrivé que des gens qui avaient travaillé avec Bill Deraime notamment un arrangeur, un jour me croise dans un salon de la musique et vient vers moi en me disant « Salut Bill. Comment vas-tu ? » et comme il voyait que j’avais l’air égaré, il me dit « Tu m’reconnais pas ? » alors qu’on ne se connaissait pas du tout (sourire amusé)…

Struck : Toujours à propos de tes compos sur Myspace « Les Lunes de Madame W. » me font un peu penser musicalement à du Beattles…
Corbier : Ah bon ? Si tu veux cette chanson a été écrite au moment où monsieur Bush a déclaré la guerre à un pays… J’m’étais dis « J’vais chanter cette chanson pendant 6 mois, 1 an. Cette guerre sera terminée, tout le monde aura oublié » (Rires) Et c’est marrant car « RIK » aussi. D’ailleurs quand j’l’ai écrite, j’pensais que c’était une chanson d’actualité qui allait vite sauter et puis, ça continue… Donc je chante toujours ces 2 chansons et l’arrangement de la chanson « Les Lunes de Madame W. » c’est mon copain guitariste Eric Gombar qui l’a fait, Eric Gombar qui est un guitariste remarquable !

Struck : Te considères-tu comme le contre-Cabrel notamment sur le titre « C’était l’bon temps » aux paroles hilarantes !
Corbier : Et bien.. J’aime beaucoup Cabrel... non mais c’est vrai ! J’ai de bons souvenirs avec lui notamment on s’était rencontré à Toulouse, il était tout jeune chanteur, moi, j’étais déjà un vieux de cabaret, j’étais pas encore à la télévision et il était venu voir le spectacle, il était avec Bashung et à la fin, ils m’avaient appelé à leur table mais je ne les connaissais pas, c’étaient tous les 2 de jeunes chanteurs et puis on avait sympathisé…
Et j’dois encore avoir à la maison, si je ne l’ai pas perdu, une carte postale de Cabrel sur laquelle il avait écrit partout sur la carte postale « Vive Corbier »… C’était vraiment très très gentil de sa part donc j’aime bien Cabrel mais j’essaye pas de lui ressembler, j’essaie de faire autre chose…
Et non, je n’ai pas essayé de me moquer de lui ou tout du moins de sa marionnette sur Canal. Sur « C’était l’bon temps », j’ai essayé de répondre à un connard que j’ai vu un jour à la télévision sur une chaîne d’état qui disait que toutes nos misères venaient de 68 et j’me suis dit « il faut quand même être gravement, sérieusement atteint pour dire une connerie pareille ». Ca veut dire qu’avant 68, tout était parfait, le monde était merveilleux. Oui, il oublie complètement les grèves, la révolution, les combats de tous les gens, de tous les jours… Enfin, on se bat toujours et on se battra toujours pour lutter contre la maladie, contre la guerre, contre des tas de choses mais il n’y a jamais eu de bons temps… C’est une philosophie de merde !

Struck : Il semble qu’à défaut d’aimer l’époque dans laquelle tu vis, tu t’amuses beaucoup comme on peut l’entendre dans les « Règles Bleues »…
Corbier : (Rires) Ca aussi c’est une idée de publicitaires, tu comprends… Tu regardes les infos à la télé, pareil on te raconte des trucs monstrueux quoi ! On détourne des avions, des bateaux qui coulent, t’as des mecs qui se fusillent dans la rue… C’est vraiment une horreur et puis tout de suite après, tout va bien, t’as de beaux cadrages, y’a de belles lumières ; les dames ont des règles bleues. Tu vois on montre un tampon et on verse un liquide bleu alors si les dames ont des règles bleues, le monde est forcément merveilleux !

Struck : En tant que chansonnier quel est le refrain/paroles qui t’amuse le plus dans ton répertoire ?
Corbier : J’pensais que tu allais me demander dans le répertoire des autres… (Rires) Dans mon répertoire ? C’est à dire qu’il y a des chansons que j’ai faite et que je ne chante plus et qui m’amusaient beaucoup notamment une qui doit être sur mon premier album post-télévision et qui est une chanson… C’est une chanson qui est faite qu’avec des publicités (il chante) « Elle m’a dit j’habite la rue du catalogue 3 Suisses derrière la Redoute à Roubaix. C’est au 6e gauche au-dessus de la Shell, station service dans un décor Crozatier »…

Struck : Une sorte de Vincent Delerm avant l’heure…
Corbier : Je sais pas mais si tu veux c’est ça l’histoire ; on est envahi de publicité alors pourquoi ne pas parler publicité, ça serait mieux !
Y’a une autre chanson aussi que j’aime bien aussi ; c’est une chanson qui répond à une chanson qui avait été écrite par le mari de France Gall… Michel Berger : « J’aurais voulu être un artiste » (« Le Blues du Businessman »). J’ai toujours trouvé cette chanson extrêmement con !

Struck : Attention, tu vas te fâcher avec de nombreux fans !
Corbier : Attention, je n’ai rien contre ce garçon qui écrivait vachement bien mais l’idée de cette chanson est aberrante ! Un mec est milliardaire et veut devenir clodo ; c’est ça l’histoire, si tu reprends le texte, le mec voudrait être un anarchiste pour pouvoir hurler qui il est ? Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? J’ai trouvé ça tellement crétin que moi, j’ai fait une chanson dans laquelle je dis « Tout va bien, j’aurais voulu être un chômeur »… C’est encore mieux tant qu’à faire !

Struck : A quel public est destinée ton œuvre ?
Corbier : (Sourires) Déjà « œuvre » ; le mot est un peu exagéré ! Mais je destine mes chansonnettes aux gens qui aiment écouter c’est à dire si des gens viennent me voir dans l’espoir de taper du pied, de danser ou de taper dans les mains… ils ont peu de chance de s’amuser ; c’est pas fait pour ! Je n’ai rien contre les gens qui vont être debout, qui vont se dandiner en m’écoutant mais… je préfère quand les gens sont assis et qu’ils écoutent car à ce moment-là, ils vont peut-être moins perdre toutes les âneries que je vais raconter dans mes chansons (Rires)… Mais tu sais, j’ai aussi des chansons qui durent 4 secondes ! Bon alors, y’en a pas sur Myspace mais je te promets que c’est vrai. Tu sais lorsqu’on fait une chanson qui a 4 vers, si les gens sont en train de parler ou taper du pied ; c’est fini ! Alors, il y en a certaines qui vont rire, applaudir et ça fait un trouble… Alors par exemple, voilà une chanson de ce type que je fais sur scène (il chante) « Lâché par son père, trahi par ses frères, le Christ -sur la croix- n’a pas baissé les bras » (Rires)

Struck : Ca il ne faut pas le louper effectivement !
Corbier : Non, il faut faire attention !

Struck : De quoi traites tes chansons en général ?
Corbier : J’essaie de faire des chansons qui soient souvent de la satyre sociale hein… J’prends des thèmes d’actualité, des faits de société et j’essaie de… sinon d’hurler de rire avec, au moins d’en sourire parce que je me dis « si on ne sourit pas de nos misères, et bien il reste plus qu’une solution ; c’est de nous suicider, quoi ! ». Parce que vu la merde dans laquelle nous sommes… Si encore, ce n’était que nous mais c’est le monde entier qui est dans la merde… C’est gravissime pour tout le monde, c’est gravissime pour les indiens d’Altiplano, comme c’est difficile pour nous dans nos capitales, dans nos villes…

Struck : On va essayer d’être plus gai : si tu devais faire découvrir ton univers musical à un néophyte : quelle chanson choisirais-tu de ta discographie ? Et pourquoi ?
Corbier : J’prendrais sans doute… une chanson comme « RIK » parce que musicalement, elle est assez agréable, le sujet, tout le monde le comprend, du moins on le comprend vite en tout cas… Et y’a pas de refrain mais on peut se laisser aller assez facilement à le fredonner malgré tout donc c’est une chanson qui peut expliquer assez facilement qui je suis ; on comprend vite que c’est du chansonnier, quoi !

Struck : Quelles sont tes influences musicales ?
Corbier : Bob Dylan, Brassens, les pionniers du blues c’est à dire le blues roots hein ; le gars tout seul avec une guitare, les chants de l’Altiplano justement j’aime beaucoup ça ! Qu’est ce que j’aime encore ? Tous les gens qui s’expriment le plus directement possible c’est à dire avec les moins d’orchestration possible… Je pense que la chanson n’a pas besoin d’avoir 500 violons, 40 cuivres… Ca ne veut pas dire que c’est pas bien quand il y en a hein…


Struck : Pourtant c’est la mode.
Corbier : Oui, oui, je sais que c’est la mode. Mais je pense que si on a vraiment des choses à raconter… une guitare, un piano ; c’est suffisant !
D’ailleurs, curieusement, le producteur de Dorothée avec qui j’ai longtemps travaillé ; un jour, j’lui apporte une chanson tout ça que j’avais un peu arrangé, tu sais avec des synthés qui permettent de faire ces choses-là. Et j’lui avais apporté la chanson et il m’avait dit « François, continue de apporter des chansons tes guitares parce que tu sais, une bonne chanson avec une guitare ; ça suffit ! » (Rires) C’est très étonnant !

Struck : Qui t’a donné envie de faire de la musique ?
Corbier : (Direct) Brassens. C’est Brassens. (Ses yeux brillent) Tu sais, j’avais 15-16 ans, je suis allé le voir au flanc, il passait à Bobino et puis, j’lui ai dis « J’fais des chansons et mon frère m’a dit qu’il ne savait pas si c’était bien ou pas bien et moi non plus. Alors on vient demander l’avis d’un professionnel » (Rires) Ca l’a fait marrer et puis il m’a donné rendez-vous pour le dimanche suivant. Donc le dimanche, entre la matinée et la soirée, j’suis venu avec ma guitare, j’ai commencé à chanter, ma guitare était très fausse, alors j’ai essayé de l’accorder, j’y arrivais pas, alors il a essayé de l’accorder, il n’y arrivait pas non plus… C’est dire la qualité de l’instrument ! Alors il m’a prêté sa guitare et puis sur sa guitare, j’ai chanté 2-3 chansons et puis, à la fin, il m’a demandé ce que je voulais faire alors j’lui ai dis « Bah je sais pas, j’voulais juste avoir votre avis si c’est des chansons ou si c’en est pas… » Il m’a dit « oui, oui, oui…. Vous écrivez bien, vous avez une voix rigolote et c’est intéressant… Est-ce que vous voulez faire un disque ? » Alors j’lui ai dis « Maman voudra pas » (Rires) J’avais 16 ans, j’étais gamin alors aussi ça l’a amusé… Puis on s’est revu plus tard, puis un jour, il me croise et il me dit « Tu vois hein, j’te l’avais dis ! »

Struck : Tu es fier de ça ?
Corbier : Oui, oui… Très, très… Parce que… Fier… Enfin c’est pas le mot… J’en garde un souvenir très ému, très attendri parce que c’est un type qui m’a fait rêver quand j’étais gamin et puis je continue quelques fois à écouter ses chansons et ça me fait toujours rêver !
Et j’me suis aperçu l’autre jour alors que je pensais tout connaître de Brassens, j’me suis aperçu qu’il y avait un mot que je ne connaissais pas (Rires) Et cette chanson je l’avais chanté…

Struck : Et ce mot était ?
Corbier : Je ne sais plus…

Struck : Comme quoi il t’a vraiment marqué !
Corbier : Non, mais j’m’étais jamais posé la question de ce qu’il voulait dire… Ce qui prouve bien que lorsqu’on écoute des chanteurs intelligents, on a l’impression d’être intelligent soi-même !

Struck : Et ça va dans le sens de ta réponse précédente ; à savoir que tu destines ta musique à un public qui aime écouter…
Corbier : Vaut mieux, vaut mieux… Parce que lorsque quand j’étais gamin, j’allais voir Félix Leclerc ; ça m’aurait emmerdé qu’à côté de moi, un mec mange des cacahouètes ; ça m’aurait vraiment emmerdé !

Struck : Quel est ton idole ?
Corbier : J’ai pas d’idole car dans idole, il y a quelque chose de déiste et je trouve ça très con… Je ne crois pas en Dieu… Mais il y a des gens que j’aime, que j’apprécie… Alors donc il y a Brassens, Félix Leclerc, Guy Béart… Malgré tout le mal qu’on a pu dire de lui, Guy Béart est un type qui a fait des chansons magnifiques et il faut s’en souvenir… Maxime Le Forestier plus tard, Graeme Allwright, Bob Dylan, touts ces gens-là font partie de mon univers, de mon paysage et des gens que j’aime…

Struck : Quel est ton cd de chevet ?
Corbier : J’en ai pas. Non parce que j’ai plein, j’reçois plein de disques, j’en écoute pas mal… Pas tout mais on va dire que le dernier disque j’écoute régulièrement en ce moment c’est un disque d’Eric Bibb, c’est un black, il fait du blues, il est américain, son père était bluesman… Et si tu as l’occasion : écoute Eric Bibb, tu vas être surpris, c’est vraiment du très très bon blues roots !

Struck : C’est noté… Allez, on change de registre : Comment vis-tu le fait d’avoir été la « nounou » de la majorité des trentenaires actuels ?
Corbier : (Sourires) C’est selon… C’est selon, ça peut être très plaisant : y’a des gens qui me voient, qui me reconnaissent… On ne me reconnaît pas souvent hein, parce que j’ai change de tronche d’une part (en réponse à un hochement négatif de ma part) Bah si regarde ; j’ai la barbe blanche, mes ch’veux tout frisés sont tout raides, j’perds mes cheveux… j’ai souvent un chapeau de cow-boy… Tu m’diras qu’avec un chapeau de cow-boy, on me reconnaît plus tôt, forcément, j’attire l’œil… J’ai grossi, j’ai pris du ventre… Bah, j’ai 62 ans… euh…63 (Rires) Et donc forcément, on ne me reconnaît pas toujours mais souvent lorsque les gens me reconnaissent, ils me font un petit clin d’œil ou un sourire entendu et ils me laissent tranquilles… Ou alors si je fais la queue dans une Poste, bah à l’occasion « Ah m’sieur Corbier, on est content de vous saluer » tout ça… Tout ça est très plaisant, très agréable…
Par contre, quelques fois, y’a des tarés… J’me souviens un jour à Avignon, y’a un type qui était sur le trottoir d’en face de celui sur lequel j’étais en train de marcher, et le gars m’a hélé à voix haute « Hé Corbier, viens dire bonjour à ma copine ». Et comme bien sûr, je ne répondais pas, j’me suis fais traité de connard et tout ça quoi… Donc il y a toujours des gens qui exagèrent qui sont des cons quoi mais ça on n’y peut rien quoi !
Mais dans l’ensemble, les gens m’aiment bien et puis c’est plaisant qu’on me dise « Quand on était petit, on vous regardait » et j’leur dis « J’espère que vous m’écouterez maintenant encore ! » et puis voilà (Rires)

Struck : Si je te dis « progressif » (ce n’est pas une insulte) : tu me réponds ?
Corbier : Qui fait de la musique progressive ? C’est un genre de musique actuelle ?
(Après une petite définition du progressif) Ca correspond aux années 70, c’est ça ? C’est ce que je devais écouter quand j’avais l’âge d’écouter ça !
C’est bien… J’ai toujours ce démarrage de tiroir-caisse de Pink Floyd, c’est ça ? « Money », c’est ça ?
Bah j’ai ça en tête, voilà… Mais c’était bien car ça nous paraissait très très étrange cette musique, on avait l’impression que c’était des harmonies très très compliquées…

Struck : Effectivement et cette interview va figurer sur un site dédié à ce style de musique « étrange », « compliquée »…
Corbier : Ah merde (Rires)

Struck : Quel est ton meilleur souvenir de scène ou d’artiste en général ?
Corbier : Ah… J’ai un souvenir de scène très tendre et très surprenant… (Ses yeux brillent à nouveau) J’avais été invité à chanter à Macon dans une cave qui s’appelle « La Cave à Musique » et c’était le 14 octobre et j’étais en train de chanter, je termine avec un chanson qui s’appelle « Plante un Jardin » qui est une chanson avec laquelle je suis rentré à la télévision. C’est une chanson qui s’adresse aux parents et qui est une fausse chanson pour enfants mais madame Jacqueline Joubert qui m’avait fait rentrer à la télévision avait trouvé cette chanson tout à fait charmante et m’avait engagé grâce à cette chanson… Donc je termine mon spectacle avec cette chanson et là, les gens reprennent le refrain avec moi… Ah… Et tout ça est très amusant, j’ai l’habitude, que tout fonctionne bien et d’un seul coup, j’entend un chant parasite, tu vois ! Un autre chant qui vient se mêler à ce que j’étais en train de chanter, j’me dis « Qu’est-ce que c’est que ça ? ». J’me retourne et je vois tous les gens qui avaient organisé la soirée c’est à dire les bénévoles, les gens qui m’avaient engagé, les gens qui avaient collé les affiches, les autres chanteurs qui étaient passés avant… arrivés vers moi avec un énorme gâteau d’anniversaire et ils chantaient « Joyeux Anniversaire » et je ne m’y attendais absolument pas ; j’suis pas né le 14 octobre mais le 17 octobre… Donc je ne m’y attendais pas mais c’était très gentil, très généreux et y’avait quelque chose de beau là-dedans… Ca c’est un très bon souvenir de scène !

Struck : Et à l’inverse, j’vais te demander de nous parler de ton plus mauvais souvenir ?
Corbier : Le plus mauvais ? J’en ai connu des milliards parce que j’ai fait très longtemps du cabaret et souvent au cabaret, le public n’est pas du tout attentif, pas réceptif… On sert à manger, à boire pendant qu’on est en train de travailler… C’est souvent très pénible donc il m’est arrivé 50 fois de me barrer de scène en disant « Salut, vous m’faîtes chier, j’rentre chez moi ! » (Rires)

Struck : Tu avais ton cachet malgré tout ?
Corbier : Alors ça dépend… Ca dépend… Souvent au cabaret, on me donnait mon cachet parce qu’ils comprenaient bien, surtout que j’avais un tour qui était très efficace… Donc si vraiment, j’pouvais pas m’en tirer, c’était pas de ma faute mais il m’est arrivé… Un jour, je rentre sur scène, en province, une soirée cabaret mais dans une grande scène quoi ! Donc les gens étaient à table devant la scène et j’entre sur scène, j’dis « Bonjour » et à ce moment-là, y’a un bouchon de champagne qui arrive sur ma guitare, tu vois ! Et j’ai guitare qui est en fibre de carbone et qui vaut une peu plus de 20.000 francs (environ 3.000 euros)… Une très très belle guitare.. Donc ça a fait « Boum », j’ai regardé ma guitare, elle n’avait rien et j’ai fait « Au revoir » (Rires) et j’ai fait au type « Vous gardez vos sous, j’veux plus jamais entendre parler de vous ! »

Struck : Je crois savoir que tu as tourné en Russie ? Pourquoi ? Comment ? Et comment ça s’est passé ?
Corbier : Pourquoi ? Alors ça, il faudrait demander aux gens qui m’ont fait venir. C’est parce qu’ils voulaient me faire venir ? Comment ? Bah c’est des gens de l’Alliance française de Irkoutsk qui ont reçu mon disque par des amis à eux français et ils ont trouvé ça que le personnage était amusant, c’était bien pour eux… Comme c’était en plus, la semaine ou la quinzaine de la francophonie en Russie, ils se sont dit « Qui est-ce qu’on pourrait inviter ? Et bien, si on invitait Corbier ? » (Rires) Alors j’étais complètement sur le cul qu’on me fasse venir là-bas… Alors j’ai chanté devant un public russe dont certains parlaient français, beaucoup ânonnaient le français mais tous étaient de bonne volonté… Alors c’était formidable car j’ai beaucoup de chansons où on peut chanter avec moi, alors ils chantaient avec moi et c’était très rigolo !

Struck : Donc une bonne expérience ?
Corbier : Ah ouais, j’aimerais beaucoup recommencer ce genre d’expérience dans d’autres pays…

Struck : Et qu’est-ce que ça te fait d’être le chanteur français le plus connu en Russie ?
Corbier : (Rires) Ah non, non c’est pas moi, tu rigoles… Le chanteur français le plus connu en Russie ; c’est Joe Dassin… C’est vrai !
C’est marrant car ils ont un amour pour Joe Dassin assez incroyable ! Cela dit, moi je n’ai pas connu Joe mais mon frère a travaillé avec lui et mon frère me disait que c’était un type tout à fait intelligent, intéressant, qui avait un caractère de cochon mais qui était bien souvent passionnant, qui avait plein de choses à raconter…

Struck : Dans ta page myspace et ton site internet que je conseille à tous de visiter : tu cites le groupe de grindcore Gronibard : je crois savoir que tu as fait leur première partie ?
Corbier : Non, c’est l’inverse. Ce sont eux qui ont fait ma première partie…

Struck : Désolé !
Corbier : Non mais il n’y pas de mal (Sourires)

Struck : Peux-tu nous raconter cette rencontre insolite ?
Corbier : (Amusé) Ils s’appellent Gronibard… C’est une histoire un peu longuette… Ca s’est passé comme ça… J’suis invité dans un café théâtre à Angoulèmes où je fais ma prestation devant 5 mecs… Y’avait personne seuls 5 types étaient là dont un gars en kilt ! Et à la fin de ma prestation, le gars en kilt avec une grande barbe pointue… très étrange… Alors le gars, il vient me vient me voir et me dit « Voilà Corbier, j’voudrais faire un festival de grind : est-ce que tu voudrais y participer ? ». Alors, j’lui dis « Qu’est-ce que c’est, j’sais pas du tout ce que c’est que ton grind ? ». Alors il m’explique que c’est du hard-rock mais rigolo, plutôt rigolo… Bon, très bien, alors j’lui dis « Bah ouais, tu sais ; tu m’paies, j’viens, j’fais mon métier »… Bon et puis ça se passait à Poitiers et le soir du spectacle, je savais qu’il y avait une première partie hein, mais j’avais pas écouté les gars…

Struck : Erreur !
Corbier : (Rires) Et alors, je roulais avec ma voiture doucement, une belle nuit étoilée, les vitres étaient ouvertes et j’me dis « Tiens il doit y avoir une fête foraine dans le coin » car il y avait un bruit mais énorme… Et j’me demandais où pouvait bien se trouver le manège et plus j’m’approchais et plus j’m’apercevais que ça venait où j’allais… Et effectivement, j’arrive… C’était dans un bistrot petit donc et y’avait un groupe qui était en train de jouer. Les mecs étaient à poil et le bruit était incommensurable surtout dans un bistrot comme ça… C’était pas dans la cave hein, c’était dans le bistrot à hauteur du trottoir !
Alors j’me dis « C’est pas possible, j’vais rentrer sur scène, ils vont me foutrent dehors ! Bon, tant pis ! »
J’essaie d’accorder ma guitare… Impossible. Impossible, même en branchant ma guitare, tu sais. Les vibrations étaient telles que l’aiguille de l’accordeur se promenait de droite et de gauche ! Je me suis dit « C’est pas possible ! Là, c’est la fin de ma carrière, c’est fini, ils vont me chasser ! » Et puis, à la fin de Gronibard, le spectacle s’arrête, ils mettent le public dehors, ils nettoient, ils installent mes guitares, ils font re-rentrer le public et ils font asseoir le public sur des chaises et là (il s’arrête et reprend avec un ton solennel)… Je rentre, les gars m’accueillent « Corbier, Corbier.. Bravo Corbier, on t’aime ! »… Bon, merci et je chante ma première chanson et ils écoutent, et ils écoutent et ils se marrent aux bons endroits, ils ne se font pas remarquer, ils font pas de bruit et j’me suis dit « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? »…
Et j’ai renouvelé l’expérience à nouveau avec Gronibard, avec un autre groupe qui s’appelle Ultra Vomit et j’ai été sur le cul à chaque fois… J’ai fait avec Didier Super, pareil !

Struck : Oui, mais c’est un autre style ?
Corbier : Oui mais quand même. C’est un public assez délirant quoi ! Et bien, les gens viennent et écoutent mais j’en suis pas revenu quoi ! Les mecs ; ils viennent pour faire la fête, ils se jettent contre les murs et 5 minutes après, ils sont assis par terre et ils me regardent avec la banane, presque à l’église ! Très surprenant !

Struck : Donc si je te fais ce signe : tu vois ce que ça signifie ?
Corbier : C’est le diable je suppose ? C’est aussi Evil Mitchell (Rires). Y’a un type sur Myspace qui est le sosie d’Eddy Mitchell et il s’appelle Evil Mitchell… Voilà, il a les cheveux en cornes !





Struck : Ton avis sur internet ?
Corbier : C’est un outil, c’est un catalogue…

Struck : Quel est l’apport de cet outil pour toi et ta carrière ?
Corbier : Euh… J’ai un public de base, si tu veux. J’ai des gens qui m’aiment bien que je ne connais pas. Là, j’ai regardé avant de venir, j’ai plus de 40.000 personnes qui sont venus écouter mes 4 petites chansons dont tu parlais tout à l’heure… Plus de 40.000 mecs ! C’est colossal quoi !

Struck : Oui mais y’a beaucoup de russes parmi ces 40.000 personnes !
Corbier : (Rires) Je me dis que si… (Rires) 40.000 mecs (Rires) achetaient (Rires) mon album, je serais enfin… riche ! (Rires)
Donc bien sûr que personne n’achète mon disque mais tous ces gens m’aiment bien et alors, ils écoutent… Certains ont le culot de m’écrire. Juste m’écrire un petit mot.. Pas tous hein mais dans tous ceux qui m’écrivent.. bah beaucoup demandent à être mon ami puisqu’on a des amis sur Myspace ! Et alors, on est à 8.000 amis je crois… C’est très surprenant, c’est très amusant mais sur le plan travail, j’crois que ça sert strictement à rien, j’crois que c’est une blague totale…
J’ai des gens comme toi qui veulent faire des interviews, j’ai eu une fois quelqu’un pour le Parisien qui m’a contacté… Mais sinon, les grands médias… J’ai personne du « Nouvel Observateur », j’ai personne du « Monde » ; les vrais journaux…
Et il y a un autre truc qui est très curieux : est-ce que c’est le web qui fait ça ? Je ne sais pas ? J’ai beau expliquer des choses ; j’ai l’impression que personne ne les lit ! C’est à dire, on regarde vite fait le truc, mais on ne le lit pas… Par exemple, l’autre jour, je reçois un mot d’une personne de Belgique qui me dit « Oh je suis allé faire un tour sur ta page. Ah je suis content de te retrouver ; c’est formidable ! Est-ce que tu as l’intention de venir en Belgique bientôt ? » (Rires) Or la personne vient de me dire qu’elle est allée « faire un tour sur ma page ». Quand tu ouvres ma page, y’a marqué les concerts, y’a marqué Ath, c’est une ville belge ! Je me dis « Qu’est-ce qu’il faut faire, quoi ? »… C’est très étrange. Ca, ça m’angoisse !

Struck : Mais c’est la génération « fast-food » actuelle qui veut ça !
Corbier : Ouais mais c’est gravissime, c’est gravissime… Car les jeunes ne lisent pas les journaux donc tu ne peux pas les prévenir… Si je vais à Orléans par exemple, si les affiches sont mal placées, si on ne les voit pas. Comme ils ne lisent pas les journaux, comme je ne passe pas en radio, comme je ne passe pas en télévision : comment peuvent-ils savoir que je suis là ?
Et 4 jours après être passé à Orléans, j’vais recevoir un message « Salut Corbier, on t’aime bien : quand est-ce que tu passes à Orléans ? » C’est un peu énervant (Rires)

Struck : Changeons à nouveau de sujet : Expliques-nous un peu l’épisode télé, ton entrée…
Corbier : J’suis rentré à la télévision grâce à Madame Jacqueline Joubert, la maman d’Antoine de Caunes, qui est venue me voir… Ce n’est pas moi qu’elle venue voir, elle est venue voir un spectacle de chansonniers. A l’issue de ma prestation, elle m’a demandé si je voulais bien participer à l’animation d’une émission de télévision en compagnie de Dorothée. Je ne savais pas qui était Dorothée, je ne connaissais pas cette émission pour enfants qui s’appelait Récré A2 mais j’me suis dit « J’ai plus de 30 ans ; ça fait des années que je fais ce métier, on ne m’a jamais rien proposé en France » alors qu’en Belgique, j’avais déjà animé des émissions, au Canada, j’avais fait des trucs, j’avais fais des tournées un peu partout dans le monde, en Afrique et tout ça.. Mais en France, il ne se passait rien.. J’me suis dit « Bon bah pourquoi pas ? De toute façon, au bout de 4 émissions, ils vont me foutrent dehors parce que j’vais pas correspondre ». Puis en fin de compte, ça a duré 15 ans.
Donc bah, j’ai fait tout ce que l’on m’a demandé de faire, j’ai beaucoup trop accepté d’ailleurs, j’aurais pas dû accepter tout ce que j’ai fait, j’aurais pas dû le faire aussi longtemps… C’est une faute… Quand on fait métier de chanteur, il faut quand même garder cette image auprès des gens, celle qu’on veut donner ou faire de la comédie, il faut refaire de la comédie… Là, je suis resté dans un domaine qui était « bâtard », qui n’était ni de la comédie vraiment, ni de la chanson… J’étais pas non plus animateur parce que tout ce que l’on disait était écrit ; y’a quelqu’un qui écrivait pour nous, on avait le droit de dire nos mots mais tout était écrit… Donc si tu veux, j’aurais pas dû rester aussi longtemps. Cela dit, je l’ai fait et puis voilà.
Et puis, un jour, on a commencé à m’emmerder parce que j’avais des poils blancs, les gens de TF1 ne voulaient pas voir de types avec des poils blancs donc on m’a rasé ma barbe… De là, j’commençais à ne plus y croire, j’m’amusais plus quoi. Et puis, un jour, les gens qui me payaient m’ont baissé mon salaire du quart sans me prévenir… Alors, j’me suis dit « J’ai plus rien à foutre là » ; j’suis parti !

Struck : Bon, justement tu n’as pas l’air de regretter cette période mais je suppose que ça devait mettre du beurre dans les épinards ?
Corbier : Ah ouais, j’gagnais bien ma vie ! Oui, oui, oui… Avant qu’on baisse mon salaire, entre le moment où j’suis rentré à la télé – c’était donc en 82, janvier 82- on me donnait par émission 2.000 francs (environ 300 euros). J’en faisais 4 par mois ce qui faisait que j’avais 8.000 francs (environ 1.200 euros). J’continuais à faire du cabaret ; j’gagnais admettons 15.000 francs (environ 2.300 euros) chaque mois, tu vois !
Donc c’était correct, j’gagnais bien ma vie !

Struck : Pas plus ?
Corbier : Non mais tu sais, en 80, 15.000 francs par mois c’était pas mal… Et lorsque j’ai terminé avec AB, je touchais 45.000 francs nets (environ 6.900 euros). Il s’était passé 15 ans. J’ai donc gagné correctement ma vie mais c’était pas non plus… Faut pas exagérer !

Struck : Surtout pour quelqu’un de « public » !
Corbier : Enfin.. c’était bien… tu sais 45.000 francs nets, ça fait 55.000 francs (environ 8.400 euros) bruts ou quelque chose comme ça. Donc c’était bien !
Non, moi j’ai gagné ma vie et lorsque je n’ai plus gagné ma vie, je ne l’ai plus gagné du tout… Plus du tout… C’est à dire j’ai touché les Assedic pendant 3 ans, puis tu sais, ça va en diminuant et après c’est zéro balle, zéro balle… Donc j’étais obligé de vendre tout ce que j’avais, puis j’ai essayé de trouver du boulot…
J’ai pas honte, j’ai gagné ma vie mais j’ai été aussi dans le caniveau !


Struck : Tu dis « trouver du boulot » : qu’as-tu fait ?
Corbier : Bah, j’allais, je proposais de venir avec mes chansons alors si c’était des chansons pour enfants que je proposais, on me disait « Mais non, ça n’intéresse personne, les chansons pour gosses, laisse tomber, c’est de la daube ! Mauvaise image, laisse tomber, c’est à chier ! ». Bon, alors, j’faisais pas ça !
J’me ramenais avec mes chansons pour adultes, on m’disait « Ouais mais vous êtes trop marqué par la chanson pour enfants… ».
Alors qu’est-ce que tu fais ? Au bout d’un moment, tu vas voir un copain, tu lui dis « Ecoute, t’as pas besoin d’un pompiste ; j’vais servir l’essence ! » et le mec me disait « Arrête Corbier ! Enfin Corbier… ».
Tu vois, t’es connu, les gens s’imaginent que tu roules sur l’or mais non pas du tout, pas du tout !

Struck : Cette période t’a aidé avec les filles ?
Corbier : (Solennel) Bah moi, j’suis marié depuis 1965… avec la même femme… (Silence) C’est pas le genre de choses que je raconte (Rires)

Struck : Arrives-tu à vivre de ta musique actuellement ? De quoi vis-tu exactement ?
Corbier : Non… Je vis de ma retraite puisque maintenant je suis retraité, j’fais aussi des petits concerts dans des petits endroits… Et puis, voilà, c’est tout !

Struck : Et tu n’as pas pu mettre un peu de côté ?
Corbier : (Affirmatif) Ah non… J’ai pas un rond… Ah mais j’ai pas un rond… Faut bien comprendre ça ! C’est à dire j’ai pu -en vendant ce que j’avais pour payer mes dettes- j’ai pu me racheter une maison déglinguée à 100 kms de Paris.
J’l’ai acheté en 98. En 99, y’a eu la tempête, le toit est tombé et j’n’avais pas un rond, pas d’assurance… pour refaire la maison si bien que j’ai vécu sou des bâches jusqu’à il y a 3 ans !

Struck : Combien vends-tu de cd actuellement ?
Corbier : Alors là, c’est très simple, on tire les cd à 2.000 exemplaires, y’en a 500 qui sont offerts et les autres, on les vend… J’en vends 1.500 !

Struck : Ok. En comparaison, quel a été ton meilleur score de ventes ?
Corbier : Alors, si j’en crois les chiffres qui m’ont été fournis et les royautés qui m’ont été données par AB à l’époque : le disque que j’ai le plus vendu était un 45 tours deux faces qui s’appelle « Le Nez de Dorothée » et j’en aurais vendu 20.000 à peu près…
Mais tu sais, à l’époque, Dorothée vendait 1 million ou 2 millions de disques dans le même temps et j’avais la même promo qu’elle (Rires)... On ne peut pas dire que… Y’a deux chansons qui ressortent tout le temps, c’est effectivement « Le Nez de Dorothée » et « Sans ma Barbe »…

Struck : Pour avoir côtoyé les grands du PAF : peux-tu nous donner ton avis avisé sur le showbiz ; c’est promis ça ne sera lu que par des gens biens !
Corbier : J’connais mal le showbiz, j’connais très très mal… Moi, les gens du showbiz que j’ai rencontré ; ça d’abord été Alain Barrière en 68 qui m’a produit. C’est un type adorable, vraiment adorable… comme tous les jeunes cons, je n’ai pu m’empêcher de le trahir parce qu’on trahit toujours ceux qui vous mettent le pied à l’étrier mais je lui dois beaucoup ! C’est un type à qui je tire mon chapeau, je ne l’ai pas revu depuis mais c’est un type que j’aime vraiment, qui a été adorable avec moi.
Ensuite, j’ai vécu au cabaret ; c’est pas le showbiz !
Puis après, je suis rentré dans l’équipe d’AB Production pour faire du disque et de la télévision. Je n’ai pas rencontré d’autres producteurs du showbiz de toute ma vie donc qu’est-ce que je peux dire ?
Si je dis que les gens d’AB étaient des margoulins, ça serait très exagéré, c’est pas vrai !

Struck : Quoique décider unilatéralement de diminuer le salaire d’un collaborateur de 15% !
Corbier : 20% (Rires) Ouais, c’est pas très beau, c’est pas très honnête, c’est pas très correct, c’est vrai… Mais ce que je peux dire c’est que ces gens étaient… ce sont des commerçants, ils ont une vision de ce métier qui n’est pas du tout une vision artistique de ce métier mais une vision financière !
Je ne peux pas leur en vouloir, je peux simplement dire que j’ai pas envie de travailler avec des commerçants… Voilà, c’est tout !
Mais je regrette beaucoup plus mon contact avec AB avec ce que je vis maintenant dans le courant quotidien. C’est à dire tous les gens qui ont des conneries à vendre, se servent de la musique pour attirer le chaland et ça c’est dégueulasse !
C’est à dire que là, on est dans un bistrot, la musique est omniprésente depuis que tu es arrivé, tu as remarqué ? C’est là et c’est d’un chiant pour moi, c’est extrêmement chiant !
(Vindicatif) Qu’ils vendent leurs bibines et qu’ils arrêtent de nous emmerder avec la musique. La musique c’est quelque chose qui doit être interne à chacun, qu’on doit écouter, qu’on doit avoir plaisir à ressentir. J’ai pas forcément envie d’écouter leur musique à eux !
Je rentre chez un marchand de godasses, je peux plus parler au marchand de godasses, il faut que je hurle pour que la vendeuse m’entende !
Ca me fait chier, j’achète plus de godasses, tu vois !
(Je me baisse sous la table pour constater)
(Rires) Non, non j’ai des godasses de merde. Je m’en fous, ce n’est plus possible. Je vais dans les magasins où il n’y a plus de musique !
Donc tous ces gens qui ne sont pas du showbiz sont pires que le showbiz, tu vois !
Parce qu’au moins dans le showbiz ; c’est du spectacle, ils font du fric avec du spectacle, c’est clair ! Ca peut se comprendre !
Mais tous ces cons qui vendent de la bière et qui se servent de la musique pour vendre leur bière : ce sont des escrocs !

Struck : Ce message ne s’adresse pas aux vendeurs de sodas que nous consommons actuellement !
Corbier : (Rires) Tout ceci est exagéré bien évidemment… mais il y a du vrai !

Struck : Tout à fait ! (à un serveur qui passe à proximité) Bonjour !
Corbier : (Rires)

Struck : Question showbiz encore : Que penses-tu de la reformation de groupes comme Genesis ou Police ?
Corbier : Ca les regarde ! Mais j’aurais bien voulu que les Beattles se reforment mais il paraît qu’il y a 50% du groupe qui est mort (Rires)

Struck : Sachant que l’interview se passe près du Parc des Princes : question de circonstance : plutôt PSG ou OM ?
Corbier : Aucun, j’m’en fous (Sourires)

Struck : Plutôt rap ou métal ?
Corbier : Hum… Plutôt rap !

Struck : Plutôt Beatles ou Rolling Stones ?
Corbier : Ah.. J’aime les 2… J’aime vraiment les 2 !

Struck : L’interview jusque là se passait plutôt bien mais tu cherches à me décevoir depuis mes questions « Plutôt » !
Corbier : Non mais attend… Les Beatles, mélodiquement, c’était vraiment très très bien. Ils avaient vraiment de belles mélodies, intelligentes. Les textes m’ouais bon… Mais c’était vraiment bien foutu et puis, il y avait John Lennon qui est un personnage vraiment très très important.
Mais dans le même temps, y’avait des disques de blues des Stones qui étaient formidables !
Donc je ne sais pas…

Struck : Donne-moi un titre des 2 groupes qui t’as le plus marqué ?
Corbier : Ca va être forcément un titre des Beatles… Bah, c’est un des beaux titres très très léchés comme « Girls », « Yesterday »…

Struck : On continue ; plutôt Ariane ou Dorothée ?
Corbier : Oh bien c’est… j’aime bien les 2… Là c’est franchement une question vache. C’est à dire j’aime bien les 2 pour des raisons différentes et j’ai de beaux souvenirs avec les 2 : j’veux pas répondre à ça !

Struck : C’est une bonne réponse. Justement tu parles de « souvenirs » ; cela signifie t-il que tu n’as plus de contact ?
Corbier : Non, je n’ai plus de contact… quasiment… Avec Dorothée, en tout cas, aucun ! Je regrette d’ailleurs mais c’est comme ça ! Tu sais la vie, c’est comme ça !
J’ai de temps en temps des nouvelles d’Ariane, de temps en temps des nouvelles de Jacky, des nouvelles de Patrick.. bah il paraît qu’il vit à Miami donc c’est difficile… Voilà c’est tout !

Struck : Et l’adaptation au cinéma de « Pas de Pitié pour les Croissants » : info / intox ?
Corbier : Alors l’histoire de ça (Rires)… Un jour, Jacky –dans une interview- l’animateur de radio ou de télé lui dit « vous avez un scoop ? ». Et il répond « Oui, oui… on va faire un film de « Pas de Pitié pour les Croissants »… » (Rires) Et il pense que ça va faire rire et le mec « Oh formidable. Merci Jacky ! »… Et ça passe comme ça, ça devient un truc incroyable et donc, moi, pleins de gens m’écrivent et qui savent que j’ai tiré un trait sur tout ça, que je ne veux plus entendre parler de ça, j’leur réponds « Je ne sais pas si ça se fera ou si ça ne se fera pas mais moi, je ne participerais pas à ça ! ».
Et puis, je vois Jacky qui me dit « Mais non, c’est une connerie ! »
Seulement, c’est revenu aux oreilles d’Azoulay et Azoulay a dit que c’était pas une mauvaise idée et peut-être que ça se fera effectivement !

Struck : Alors: As-tu un scoop de ce style à nous annoncer en primeur ?
Corbier : Bah, ouais… c’est à dire que j’ai l’intention de me faire opérer pour… changer de sexe ! Je te le dis, tu es le premier à le savoir !

Struck : Oh Formidable… Merci Corbier… On va remonter l’info à Azoulay pour qu’il finance cette opération !
Corbier : (Rires)

Struck : Plus sérieusement –quoique- plutôt Star Ac ou Nouvelle Star ?
Corbier : Ni l’un, ni l’autre, je ne regarde pas…

Struck : Quel est ton avis sur le paysage musical français ?
Corbier : Bah moi, je suis chanson de chansonnier, c’est tout ce que j’écoute c’est à dire des gens qui me racontent des choses. Pas des gens qui me chantent leurs amours perdus, ça ne me concerne pas beaucoup… Ca ne veut pas dire que ce n’est pas bien, ça veut dire que je souhaite entendre, que j’ai envie qu’on me raconte des belles choses, bien écrites si possibles…
Donc tous les gens qui font de la grande variété avec beaucoup de violons et tout ça, souvent, je les entends, ils chantent vachement bien, ils ont des vrais voix quoi !

Struck : Pas tous…
Corbier : Non mais bien souvent quand même, ils ont des belles voix… Enfin des voix que j’aurais aimé avoir en tout cas (Rires). Donc j’suis très admiratif, les arrangements sont bien faits…

Struck : Mais ça ne te touche pas !
Corbier : Mais ça ne me touche pas, ça ne m’intéresse pas !

Struck : Que penses-tu du fait qu’il faille être impérativement formaté pour être diffusé ?
Corbier : J’en pense pas grand chose (Sourires). Tu sais, c’est pas si simple, je suis bien conscient que les disques, j’parle pas des disques des autres mais mes disques sont fait avec des petits moyens.

Struck : Est-ce une raison pour ne pas être diffusé ?
Corbier : Si c’est une raison et la raison est la suivante ; c’est que si le disque n’est pas formaté dans un niveau particulier, ils ont du mal à passer les disques. Ca fait tomber le machin or ils vendent de la pub, ils ne vendent que ça, tu vois ? Si tu n’es pas dans le mouv’ du machin, les clients se barrent ailleurs etc…
Donc je peux comprendre, c’est un peu con mais je peux comprendre !

Struck : Je suis bien d’accord mais un nombre hallucinant d’auditeurs, amateurs d’autres choses que la soupe populaire (prog, blues, métal, country,…) est totalement oublié par les médias traditionnels (radio, télé…) ce qui explique le « boom » des radios sur le net…
Corbier : Il paraît.. Ouais… Il paraît que ça marche très très fort…

Struck : Justement as-tu été contacté, as-tu proposé tes titres à des radios de ce type ?
Corbier : Et bien, je pense que si ces radios-là, ça les intéresse ; elles peuvent acheter mon disque (Rires)

Struck : Qui s’occupe de ta promo ?
Corbier : Personne…

Struck : Donc c’est toi qui t’en charge ? En espérant que cette interview fasse ce travail ?
Corbier : C’est ça ! C’est pour ça que j’accepte de répondre à toutes les interviews, c’est parce que je n’ai pas d’autre moyen. Moi, je ne sais pas frapper à une porte en disant « Bonjour. Coucou c’est moi ! ».
J’attends que les gens disent « Ah, Corbier, on vous aime bien, on est intéressé par ce que vous faîtes : est-ce que vous voulez répondre à une interview ? ». Et là, j’viens, j’prends ma voiture, j’roule, j’viens parce que j’ai pas d’autre moyen, j’ai pas d’attaché de presse, j’ai pas les moyens de m’offrir les services d’un attaché de presse !

Struck : Décris-nous une journée type de Corbier ?
Corbier : Ouais… Alors c’est très facile.. J’me lève, souvent, j’ai une érection puisque c’est le matin… C’est une érection qu’on appelle « matutinale » (Rires)… Alors je vais prendre une douche, j’me lave pas tout hein ? mais je me lave une grande partie quand même puisqu’il y a de l’eau qui tombe de tous les côtés et puis je m’habille, ensuite, j’vais prendre mon petit-déjeuner, du thé… je ne prends que du thé ; je n’aime pas le café, le matin, ni le chocolat !
Et puis, tout de suite, j’allume l’ordinateur et j’regarde si des messages sont arrivés pendant la nuit et je réponds en général tout de suite.
Puis je sors mon banjo et j’essaie de faire une mélodie sur mon banjo, j’essaie de retravailler une musique que j’ai laissé en plan la veille au soir… Si c’est pas sur mon banjo, c’est ma guitare, si c’est pas ma guitare, c’est mon ukulélé et voilà, j’essaie de trouver des harmonies, une suite harmonique qui m’amuse…
J’prends un bouquin, j’lis un p’tit peu, un p’tit peu de philo, des bouquins un p’tit peu chiant, un p’tit peu dur et puis de temps en temps, y’a un mot, un truc… Hop, ce mot, il me plaît, il éveille quelque chose en moi ! Ca me permet de démarrer 3 vers d’une chanson et puis, j’vais faire des courses avec mon épouse, on déjeune…
J’ai une vie très ordinaire !

Struck : Comment se passent les enregistrements ?
Corbier : Les enregistrements, on les fait dans mon grenier. Là, j’ai un ordinateur et des micros chinois qui sont pratiquement équivalents à ceux allemands qui sont très très chers. Sauf que les micros chinois valent le 20e du prix… C’est très étonnant, on a fait tout mon dernier album avec des micros chinois. Bien sûr, c’est pas aussi parfait qu’un micro à 20.000 francs (environ 3.000 euros) mais ça tient le coup !
Et puis, j’me mets devant un micro avec un copain qui est « architecte du son », preneur de son et qui m’enregistre la guitare et la voix…
Une fois qu’on a fait ça, on fait venir d’autres copains qui écoutent, relèvent les harmonies et on en discute… Et puis, ils vont écrire chacun leurs parties… Ensuite, on va se réunir, on va voir si les parties ne se contrarient pas et puis quand on est d’accord, on enregistre chaque partie l’une après l’autre. Jusqu’au moment où ça finit par faire une chanson habillée puis une 2e, une 3e etc…

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Struck : Peux-tu nous donner ton avis sur le réchauffement de la planète ?
Corbier : Oui, je peux te le donner !

Struck : Tu peux le faire ?
Corbier : Je peux le faire (Rires)

Struck : Quel est ton avis sur les politiques et leurs actions par rapport au sujet ci-dessus ?
Corbier : Bah moi, je crains que l’on soit entouré de gens qui ne soient pas forcément des incapables mais que ce soient des gens qui ont d’abord et avant tout, besoin de faire une carrière plutôt que de s’intéresser à nos misères. Alors je ne sais pas où on va avec toutes ces histoires de réchauffement de la planète, je ne sais pas si il y a des gens qui exagèrent un peu… J’en sais rien , j’suis pas savant…

Struck : Mais quand tu vois le temps qu’il fait cet été…
Corbier : Oh mais tu sais… c’est tous les 10 ans, t’as un été pourri (Rires). Tu prends les journaux, tu vas chercher dans le temps, tu vas trouver ! Donc là, c’est pas une preuve ! Mais par contre, on me dit que les pôles se réchauffent, ça a l’air d’être très très ennuyeux quoi ! Alors j’aimerais qu’on fasse des choses qui nous permettent de moins pourrir l’atmosphère. Je ne sais pas ce qu’il faut faire ; c’est pas mon boulot !

Struck : Certes ce n’est pas ton boulot mais tu comptes en parler dans un de tes titres comme pour l’Erika notamment ?
Corbier : Non, je ne suis pas un chanteur à message c’est à dire je ne dis pas ce qu’il faut faire, je peux simplement relever les choses qui ne vont pas et les signaler mais je n’ai pas de solution ! De cœur, j’ai un avis : on est en train de pourrir la planète, que nos enfants vont hériter de quelque chose de catastrophique, leurs enfants, ce sera encore pire !
Comme on a donné le mauvais exemple, tous les pays qui étaient en voie de développement et qui maintenant sont développés et bien, ils ont envie d’avoir la même chose que nous… Et donc, c’est quasiment insoluble tout ça ! J’pense que les 30 années qui viennent vont être extrêmement difficiles alors ce que je peux faire c’est tout simplement essayer de montrer le délire entre ce monde qui est en train de pourrir et ce dont la presse, les politiques nous parlent…
Par exemple, on nous parle de tsunami, c’est grave, c’est gravissime parce qu’on sait comment ça se produit un tsunami et tout ça… Et puis, y’en a un deuxième, on en parle un peu moins, puis un troisième, on en parle quasiment plus et par contre, on va faire des manchettes énormes sur Johnny qui est parti en Suisse !
Moi, j’veux bien, moi. Si l’important, c’est le départ de Johnny de France, ne parlons plus que de ça ! C’est pas la peine de parler de tsunami, parlons de Johnny, c’est formidable (Sourires).

Struck : On va parler d’un pote à Johnny justement : que penses-tu de notre nouveau président ?
Corbier : (Solennel) Les français ont décidé de voter pour cet homme. Moi, j’ai voté contre. Mais je me dis que ce type est très certainement un démocrate ; y’a pas de raison. Je n’imagine pas qu’il amène une dictature dans notre pays donc il faut faire confiance mais je suis quand même attentif. Je suis un peu sur la défensive. Les premières choses qu’il a faîte ne me semblent pas aller dans le sens de ce que j’aurais aimé mais c’est un homme qui fait une erreur. Ce n’est pas le premier et ce ne sera pas le dernier !

Struck : Comptes-tu faire comme Les Musclés qui ont signé leur retour lors des dernières élections et leur « Nicolas et Ségolène » ?
Corbier : Non, non, non… Tu sais cette chanson « Ségolène… », au départ est une chanson que chantait Dorothée qui s’appelle « Nicolas et Marjolaine », voilà !
Chanson qui a été écrite comme toutes les chansons que chantent Dorothée -ou 99%- par Jean-Luc Azoulay qui signe Jean-François Porry !

Struck : Ah oui, les fameux Porry / Porry-Sallesses !
Corbier : Voilà ! Gérard Sallesses, c’est le gars qui fait les musiques et Jean-François Porry, c’est celui qui fait les musiques avec Sallesses et les textes.
Et donc, Les Musclés étaient produits par AB, par monsieur Azoulay et cette chanson était de Jean-François Porry et Sallesses comme toutes les chansons des Musclés. Le groupe Les Musclés a disparu et s’est séparé, il a éclaté et 10 ans après, Les Musclés reviennent…
(Amusé) En réalité, ce n’est pas Les Musclés ; c’est 2/3 gars du groupe Les Musclés qui refont un titre écrit par monsieur Azoulay, une parodie de monsieur Azoulay chanté par un groupe qui, en réalité, n’existe plus ! (Sourires)

Struck : De tels coups, ne te donnent pas d’idée de refaire parler de toi en rebondissant sur l’actualité ?
Corbier : Pas comme ça, non ! Mais dès que monsieur Azoulay veut mettre de l’argent sur moi qu’il ne se gêne pas !

Struck : Peut-être sont-ce Les Musclés restants qui sont allés taper à sa porte pour lui proposer ce projet ?
Corbier : (Pas convaincu) Moi, j’suis chez moi, j’ai plein de téléphone, on arrive à me trouver ; la preuve, tu as réussi. Tout le monde peut me joindre (Sourires)

Struck : C’est dommage…
Corbier : Je n’irais pas demander à des gens… Si des gens veulent me faire travailler qu’ils le fassent (Affirmatif) C’est leur boulot !

Struck : Malheureusement, notre société actuelle ne fonctionne pas comme ça…
Corbier : Je sais bien qu’on n’est pas dans ce type de société mais c’est comme ça que ça devrait marcher ! Tu sais que lorsqu’un patron a besoin de personnel, ce n’est pas au personnel d’aller se présenter, c’est au patron d’aller les chercher sinon on a aucune défense contre eux !

Struck : Sur le principe je suis entièrement d’accord mais tu es d’accord avec moi qu’à ce jour, si un salarié ne va pas « pleurer » sa prime de fin d’année, il n’aura rien ! On est rarement rémunérer à sa juste valeur, sur son talent et sur son mérite !
Corbier : Rarement oui… Tu sais là, j’vais faire un nouveau disque dans quelques temps… Une fois que le disque est fait, il est tiré pour que des gens aient envie de produire ce disque… C’est à dire si monsieur Azoulay qui reçoit le disque, si ces gens-là veulent mettre des sous là-dessus qu’ils le fassent, tu vois… C’est à dire, je tire à 2.000 exemplaires, j’en propose 500 dans la nature, après si il y a des gens qui veulent mettre des sous là-dessus qu’ils le fassent…

Struck : Ok. Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?
Corbier : Qu’est-ce qu’on a pu me poser comme question qui m’emmerde ?

Struck : Voilà…
Corbier : « As-tu des nouvelles de Dorothée ? »

Struck : Tu remarqueras que je ne te l’ai pas posé…
Corbier : Non…

Struck : A l’inverse, quelle est la question que tu aimerais que je te pose ?
Corbier : Hum… J’aimerais que tu me demandes si… j’ai encore soif.

Struck : As-tu encore soif ?
Corbier : Non…

Struck : Tu as déjà commencé à répondre à cette question par ailleurs : Pourquoi prends-tu la peine de répondre aux questions d’un simple interviewer d’un site de musique progressive / métal ?
Corbier : Je suppose que si tu le fais, c’est que tu me veux du bien ?

Struck : Euh.. Non…
Corbier : (Rires) Si tu le fais pour me foutre dans la merde, c’est dégueulasse dans je n’imagine pas… n’ayant pas l’image d’un mec féroce, méchant, je me dis que si les gens me contactent pour m’interviewer c’est qu’ils veulent m’aider !

Struck : Benco et c’est très fort car tu commences à ma question suivante…
Corbier : (Rires)

Struck : En effet, penses-tu que c’est la raison pour laquelle tu es resté et restera à jamais dans la mémoire de toute une génération de français et qui plus est comme un type bien ?
Corbier : Je ne sais pas si je suis un type bien. Ce que je sais c’est que les gens me disent « Vous ne nous avez pas trahi » et ça, ça me touche beaucoup ! Y’a même quelque chose d’émouvant, si tu veux, là-dedans, tu vois ! Parce que les gens me disent « On était petit, vous nous faisiez rire, tout ça … mais bon, vous étiez un peu un clown mais on vous aimait bien et puis maintenant, on écoute ce que vous faîtes, on a découvert que vous aviez aussi une âme, que vous saviez écrire. On est tombé tout à fait sur le cul parce qu’on s’attendait pas à ça mais on a l’impression que vous ne nous avez pas trahi quoi : vous n’êtes pas un crétin ! »

Struck : Je ne suis pas allé jusqu’à parler de crétin mais c’est exactement ce que je t’ai dis en début d’interview !
Corbier : (Rires)

Struck : Donc je ne me suis pas trop trompé quant à ta description : si tu devais le faire comment décrirais-tu Corbier à nos lecteurs ?
Corbier : C’est très difficile de parler de soi-même, tu sais ! C’est très très difficile… Comment j’peux me décrire ? J’peux me décrire physiquement : ça s’est pas très dur : j’fais 1 m 85, j’ai une barbe blanche, j’ai pris du ventre, j’ai un gros nez…
(En réaction à mon scepticisme)
Si, si, oh, hé, oh (Rires) Tu sais que pour la nouvelle affiche, on a été obligé de me mettre en biais sinon le nez sortait du cadre (Rires).
Autrement, je suis pas un râleur mais il y a plein de choses qui m’énervent alors je suis souvent en train de bougonner ! (Sourires)





Struck : Avant de finir ; comme tu peux le voir je porte la barbe un peu grâce à toi et ton fameux « Sans ma barbe » : ton secret pour en avoir une si belle ?
Corbier : (Rires) Tu sais, moi quand j’étais petit, je voulais une barbe et on m’a donné LE conseil que je te donne et qu’on a dût te donner aussi je suppose : de la crotte de pigeon… Ca fait pousser la barbe !
Donc, j’ai fait ça, j’ai mis de la crotte de pigeon…

Struck : Le mot de la fin aux lecteurs de Music Waves très certainement fans de toi et qui voudront te retrouver après cette interview… Comme venir te voir en concert, comme moi et Madame Struck notamment, fin septembre au Théâtre des 5 Diamants dans le 13e…
Corbier : Et bien, effectivement, ils peuvent venir me voir partout où je suis annoncé, ils peuvent aller sur mon site officiel www.françoiscorbier.com, ils peuvent acheter mon disque, se le mettre en boucle pour ne pas m’oublier ; ils peuvent m’écrire sur Myspace (www.myspace/corbier), ils peuvent m’écrire depuis mon site aussi, ils peuvent m’envoyer 6 douzaines d’huîtres à Noël et je me ferais une joie de les remercier par un mot écrit…


Plus d'informations sur http://www.7-days.se
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ADRIANSTORK le 04/03/2017 21:39:08
Metal progressif Corbier? J'aurai plutôt dit death metal.
8831439
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