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HELIUM HORSE FLY

INTERVIEW - METAL PROGRESSIF - CHILDERIC THOR - 30.05.2014
C'est après leur concert donné à Paris, au Cirque Electrique, que nous avons recontré les membres d'Helium Horse Fly, l'occasion de faire plus ample connaissance avec ce groupe singulier entre progressif et post hardcore.
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Quelle est la question qu'on vous pose trop souvent ?

Dimitri : Et sinon maintenant, vous avez un gouvernement en Belgique ?


Peut-être sur le nom du groupe ?

Marie : Je crois pas qu'on nous ait déjà vraiment posé de question sur le nom du groupe...


Et bien, je vais la poser alors : d'où vient le nom du groupe ?

Dimitri : Je suis arrivé un jour en répète avec un listing de 300 noms. Il y avait Helium Horse Fly dedans et après brainstorming c'est celui qu'on a choisi.

Stéphane : On aimait bien en fait l'association de ces mots. Depuis le début, on est dans l'idée de faire une musique un peu abstraite et donc, on trouvait que ce nom allait bien avec ça, il était pas trop concret, un peu surréaliste. Il n'y a donc pas à proprement parler de sens derrière lui, juste une association de mots qui nous plaisait.


Vous citiez le surréalisme. Est-ce une influence pour vous ?

Marie : Oui notamment avec Dimitri, qui écrit une partie des textes.

Dimitri : Oui en fait, sur cet album-ci, je me suis chargé de la moitié des textes. Ce n'est pas le sens de la phrase que j'écris qui a une grande importance mais c'est l'image qu'elle dégage et la musicalité des mots.

Stéphane : D'une manière générale, que ce soit les textes de Dimitri ou les miens, il y a toujours ce côté : on n'a pas envie que le sens soit trop clair, que chacun puisse se faire sa propre lecture. Sans doute y aura-t-il autant de lecture différente que de gens qui les liront. Et dans les textes comme dans la musique, on essaye de ne pas être trop narratif, trop concret.



Vous vous partagez donc les textes mais toi Marie, tu en écris aussi ou pas du tout ? De quelle manière interviens-tu ?


Marie : Je n'interviens pas sur les textes, mais quand on jam, j'amène de temps en temps des lignes de voix. Même si j'amène des idées de temps en temps, la plupart des choses sont écrites par Stéphane et je pose ma voix dessus. Voilà globalement comment ça se passe.


Et la musique, qui la compose ?

Stéphane : C'est moi. Bon après on fait les arrangements ensemble en répétitions, mais en général, je suis assez partisan de l'écriture chez soi, bien tranquille, avec le temps de la réflexion.


Vous mettez longtemps pour composer un titre ?

Stéphane : Ca dépend. Il y en a qui vont très vite et il y en a sur lesquels je me suis arraché les cheveux pendant des mois...


Je pose cette question car votre musique a l'air complexe.

Stéphane : Oui, il y a  des titres pour lesquels on fait pas mal d'allers retour entre le local de répétition et chez nous. Je suis assez obnubilé par le fait de trouver l'équilibre dans les structures un peu alambiquées. Et des fois, ça prend un peu de temps.

Dimitri : Ca prend le temps qu'il faut.


Est-ce qu'on peut dire malgré tout qu'il y a une spontanéité dans votre écriture ?

Stéphane : Oui ce n'est jamais une démarche réfléchie. A un moment, il y a une idée qui arrive par hasard. C'est en fait très organique.


Ce n'est donc pas si cérébral que cela malgré l'image que votre musique renvoie

Stéphane : Non pas du tout. Après coup, cela m'arrive d'analyser ce qu'on a fait mais pas sur le moment, je n'en ai pas la moindre idée quand j'écris les titres. Je me laisse juste porter par les idées.





Qu'avez vous pensé de ce concert ? C'est le dernier de cette mini-tournée apparemment...


Stéphane : Beaucoup de soucis techniques : cassage de corde, sons qui ne se lancent pas, mais on a fait avec. C'était chouette de jouer ici, on est content de partager la scène avec ces groupes là.


C'est votre première tournée ?

Stéphane : C'est un peu court pour être appelé tournée, mais oui, c'est la première fois que l'on enchaîne trois dates. On repart ensuite dans le sud de la France, faire deux dates début avril, Perpignan et Montpellier. Sinon, on joue beaucoup en Belgique, Liège, Bruxelles.


Il y a une scène importante en Belgique ?

Stéphane : Oui, il y a une scène musicale importante. En Wallonie, d'où l'on vient, les scènes sont par contre très ciblées, rock indé par exemple, ou encore electro, hardcore old school. Mais oui, il y a pas mal de choses.


Cela doit être difficile d'organiser ce genre de mini tournée quand on ne vit pas de la musique...

Stéphane : Oui, surtout parce qu'on n'a pas énormément de contacts. Clairement, on en vit pas. Mais ce n'est peut-être pas plus mal car cela nous laisse une liberté totale de faire ce que l'on a envie, quand on en a envie, sans avoir le besoin de réfléchir à savoir comment rapporter de l'argent. C'est une liberté précieuse, je pense. Mais c'est vrai que c'est parfois compliqué.

Dimitri : Oui, et comme on a pas de label, on fait d'autant plus ce qu'on veut.


Vous dites que vous n'avez pas de label, le dernier album est-il pour autant une auto-production ?

Stéphane : Il y a un label, Dipole Experiment Records, mais c'est le nôtre. Un label qu'on a commencé et qui sans doute accueillera d'autres groupes dans le futur, mais pour l'instant il a vraiment été créé uniquement pour la sortie de ce disque.


Vous n'avez pas essayé d'en démarcher ?

Dimitri : Un peu, mais cela prend énormément de temps, et entre le manque de contacts et le fait que la préparation du disque a été assez dense, on a laissé tombé. L'idéal pour nous serait d'avoir plus de temps pour faire de la musique, et de laisser un peu du reste à des personnes extérieures...

Stéphane : Mais ça risque pas d'arriver prochainement


Vous avez eu pourtant de bons retours avec les deux EP

Stéphane : Oui et avec ce disque là surtout. On est très content des retours qu'on a eu, notamment une très jolie chronique sur Music Waves.


Vous jouez avec des groupes d'horizons musicaux très divers...

Stéphane : C'est surtout que si l'on cherche à ne tourner qu'avec des groupes qui nous ressemblent, on ne va pas beaucoup tourner. 

Dimitri : En gros, on a va partout où on peut. Ce soir c'est plus Noise, d'autre fois, c'est plus rock, pop, métal, ...


On touche là finalement la difficulté de vous cerner, certains parle de rock progressif, de post hardcore, du metal ? que pensez-vous de toutes ces étiquettes ? Ca vous fait marrer ?

Stéphane : Pas du tout, elles sont sans doute toutes justes. Ou toutes fausses. 

Dimitri : On ne s'est pas posé la question.





Mais vous avez des influences ?


Stéphane : Clairement mais elles sont plus inconscientes que conscientes, donc te dire lesquelles... On n'a jamais pris le temps d'y réfléchir. Quand on s'est créé, on ne s'est pas imposé de barrières stylistiques. On s'est juste dit « Faisons quelque chose et voyons ce qui va sortir de ça ».


Le chant féminin était dès le départ évident, c'était quelque chose que vous vouliez faire ?

Stéphane : En fait, c'est vraiment parti d'une rencontre humaine. C'est la rencontre avec Marie et Dimitri plus le fait que c'était le bon moment pour moi de recréer quelque chose qui a débouché sur la formation du groupe. Si j'avais rencontré d'autres personne à ce moment là j'aurais sans doute fait quelque chose de fort différent.


Marie, quelle sont tes influences en tant que chanteuse ?

Marie : En fait, étant plus jeune, je rêvais de faire du rock, j'écoutais pas mal de chanteuses américaines que j'aimais beaucoup et puis, je suis rentré dans le classique un peu par hasard. J'ai appris à chanter au conservatoire. Avant je chantais dans ma chambre, comme une adolescente. J'aimais beaucoup Janis Joplin, Tori Amos, Kate Bush. Plus récemment Rose Kemp.


Quand, je vous écoute, je pense à des groupes norvégiens tels que Atrox, Madder Mortem, The 3rd And The Mortal...

Stéphane : On écoute beaucoup de groupes de la scène nordique mais pas ceux-ci, des groupes comme Virus, Ulver. On écoute aussi pas mal la scène new-yorkaise,
du genre Extra Life, Kayo Dot.


Vous aimez le jazz ?

Dimitri :  Moi oui, les autres moins.

Marie : Moi, j'aime bien les vieux standards de jazz, qui sont aussi des influences pour le chant.

Stéphane : je ne suis pas très jazz. La musique contemporaine est plus une influence.


Tout le monde s'accorde à dire que vous pratiquez une musique sombre. Pensez-vous qu'il existe un déterminisme géographique en cela qu'un groupe du nord sera toujours plus noir, plus mélancolique qu'un groupe du sud ?

Stéphane : Je me suis souvent posé la question. C'est vrai qu'on n'imagine pas Ulver venir du Portugal...


En même temps, le Portugal n'est pas forcément un très bon exemple...

Stéphane : En effet. Madredeus sont portugais, et c'est très mélancolique.

Dimitri : On vient de Liège, c'est une cité très grise...

Stéphane : Ce sont les vestiges de l'ère industrielle..


Donc, on peut dire que votre environnement influe sur votre création.

Dimitri : Oui, très certainement mais inconsciemment.

Stéphane : Pour nous, je ne sais pas mais d'une manière générale, l'absence de soleil par exemple, dans les pays du nord doit sans doute avoir une influence.

Dimitri : En même temps, à Liège, il y a des groupes de pop ensoleillé, donc le déterminisme, il se casse la gueule...

Stéphane : Peut-être qu'ils composent le seul jour par an où il fait beau en Belgique. (rire)


Vos deux premiers EP, avaient des titres assez mystérieux...

Dimitri : C'est ma faute. C'est sorti tout seul.

Stéphane : On en revient à ce qu'on disait tout à l'heure, de ce côté surréaliste,


Alors pourquoi avoir tout simplement nommé le nouvel album "Helium Horse Fly" ?

Stéphane : En fait, le premier EP était un peu celui de la spontanéité, une découverte réciproque...

Dimitri : Ca partait un peu dans tous les sens.

Stéphane : Et avec le deuxième EP, on a expérimenté autour d'une ambiance qui était un peu différente, plus homogène. Du coup, c'est de ces expérimentations qu'est ressorti quelque chose qui a servi de base au premier album. On avait trouvé l'univers qu'on avait envie de développer. Ca nous a donc paru une bonne idée qu'il soit éponyme : c'est le premier album d'une part, mais aussi le premier disque où on savait où on allait et ce qu'on voulait proposer.


Il y a cette fois-ci des titres plus longs. C'est le fruit d'une volonté ?

Stéphane : En fait, ça se passe toujours de la même manière. Au départ, il y a une idée et on voit où elle nous emmène, vers quelque chose de court, de plus long, c'est vraiment l'idée qui guide. Il n'y a pas une volonté de faire du rock progressif très long ou de faire du 3 minutes 30...


Vous aimez le rock progressif ?

Stéphane : Oui, celui des années septante surtout.


Je pense à King Crimson et aux albums les plus barrés d'ailleurs...

Stéphane : Oui tout à fait. Je ne sais pas si c'est vraiment du rock progressif, mais un groupe comme Magma, a été une grosse influence. Il y a aussi des groupes comme Gong, Soft Machine. Par contre, on n'écoute peu de rock progressif récent, si ce n'est des projets hybrides comme Opeth par exemple.





On parlait de la noirceur de votre musique. J'y vois trouve aussi une forme de beauté. Y-a-t-il des sentiments, des émotions, que vous voulez faire passer ?


Stéphane : Il y a souvent cette idée de la beauté qui émerge du chaos, des images de la nature qui reprend ses droits après la disparition de la civilisation, des choses comme ça, pas au sens de la noirceur mais de celui de la beauté des paysages qui en ressort.


Et écrire en français, c'est possible ?

Stéphane : Non. En fait, c'est vraiment une question de musicalité. Ce qu'on fait ne pourrait pas fonctionner avec les consonnes en français qui sont très dures. On essaye aussi beaucoup d'utiliser la voix et le texte comme des instruments à part entière, et pas juste comme des support de mots. Le français est une langue avec laquelle c'est plus difficile de faire ça.


Nous pourrions aborder la question du chant car il est une part importante de l'identité du groupe. Il peut tout à la fois envoûter comme rebuter. Est-ce volontaire ?

Marie : En fait, je suis toujours surprise car beaucoup de gens me disent que j'ai une voix lyrique... Hors pour moi, ce n'est pas ça le chant lyrique; mais il est vrai que ce n'est pas une manière très naturelle d'utiliser la voix et effectivement, je pense que ça peut en rebuter certains. Mais non, ce n'est pas une volonté, c'est juste ma voix, tout simplement. C'est mon instrument. Parfois, on cherche sur certains passage un timbre plus doux, plus particulier, mais d'une manière générale j'ai une voix travaillée et c'est sans doute pour ça qu'on parle parfois de voix lyrique.


Nous avons commencé l'interview par la question qu'on vous pose trop souvent. A contrario, quelle est la question que vous souhaiteriez que je vous pose ?

Dimitri : Est-ce que les frites belges sont meilleures que les frites françaises... (rire)

Stéphane : Oui mais sur les frites, les avis divergent.

Dimitri : En fait c'est peut-être celle-là : quelle est la question que vous souhaiteriez que je vous pose. Elles sont dures tes questions... (sourire)

Merci à Marie, Stéphane et Dimitri pour cette interview réalisée de manière spartiate, assis sur des marches par une froide nuit de mars.


Plus d'informations sur http://www.heliumhorsefly.com/
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