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WORMFOOD: L'ENVERS (2016)


ALBUM - AUTRE LABEL - METAL GOTHIQUE - THIBAUTK - 30.05.2016
""L'envers" est un voyage infernal duquel on ne sort peut-être pas sans mal, mais qui vous chamboule par la violence puis vous touche par la poésie immatérielle et l'émerveillement quasi enfantin qui se dessinent en filigrane."

4/5
GROUPES PROCHES :
S.U.P., MISANTHROPE, CARNIVAL IN COAL

TRACKS :

01. Prologue, 02. Serviteur du Roi, 03. Ordre de mobilisation générale, 04. Mangevers, 05. Gone on the Hoist (G.O.T.H.), 06. Collectionneur de poupées, 07. Géhenne, 08. Poisonne

FORMATION :
Emmanuel 'El Worm' Levy (Chant / Guitares), Pierre Le Pape (Claviers), Renaud Fauconnier (Guitares), Thomas Jacquelin (Batterie), Vincent Liard (Basse)

TAGs :
Romantique, Technique, Chant grave, Chant grunt/growl
Wormfood est de ces groupes qui ne font pas de bruit, bien qu’il attire à lui un noyau de fans respectueux et dévoués. Non content d'être le chef de file d'une mouvance doom / gothic à la française, avec chant en langue de Molière, il expérimente tous azimuts et change ainsi, au gré des humeurs de son chanteur, de peau et de direction musicale. Alors, après avoir arpenté les terres d'un doom terreux et glauque, une musique dépressive jusqu'au bout des ongles, sa majesté Manu "Le Ver" tisse sa toile, et c'est avec émoi que nous assistons à la mise à nu de son moi, en suivant les fils fragiles de sa comédie inhumaine musicale. De cet émoi du moi naît l'éblouissement, car cette nouvelle pierre angulaire à la maison Wormfood est non seulement une des plus importantes, mais aussi une œuvre à la fragilité aussi évidente que la terreur qu'elle insuffle au travers de ses histoires sanglantes. Néanmoins, cette malignité n'est pour Wormfood et son leader qu'un prétexte à s’interroger en filigrane sur des thèmes plus graves que ne laisse à penser le premier contact avec cette galerie de trognes horribles, de personnages malsains, dépravés ou vicieux...

Le choc primaire est frontal, violent et total. Là où les précédentes offrandes souffraient d'une production qui ne rendait pas hommage aux qualités des compositions, ce nouveau méfait écrase sous une production impeccable et une mise en place au scalpel très précise. Ainsi, le protéiforme Wormfood a muté, et aidé par un nouveau line up et des musiciens qui savent de quoi ils parlent, il s'éloigne d'un doom funéraire pour plonger dans un metal gothique très énergique : le travail sur les guitares est ahurissant, les rendant à la fois épaisses et très fluides. La surprise vient également du fait que les six-cordes n'ont jamais été aussi volubiles : elles tissent des trames mélodiques rugueuses, mêlent des fils de soie douceâtres et construisent un tapis sonore soyeux. Le groupe aime aussi mélanger les genres, alors pourquoi ne pas proposer un blast dans un morceau résolument metal, des ambiances black au sein de pistes à la lourdeur moite, ou quelques cris au milieu de paroles dérangeantes susurrées à mi-voix, pour en quelque sorte mieux illustrer ses personnages malsains. D'ailleurs ces êtres fous ou lubriques font écho d'une façon assez inattendue à d'autres âmes perdues dans une société froide, impitoyable qui use les corps autant que les âmes. Bref ! Le disque possède une âme palpable qui transparaît au travers d'une sincérité que l'on ressent immense.

Comme pour lier ses personnages terrifiants, la voix nous convie à un festin brutal, duquel semble-t-elle dire nous ne sortirons pas indemnes. Alors, à la manière d'un Ange froid et post-moderne, la narration est pleine d'emphase et de grandiloquence. Toutefois, là où pour certaines productions cela aurait été indigeste, pour cette cohorte de vermisseaux elle fait partie d'une identité à la fois mélodramatique et théâtrale... et ils en jouent le plus possible, comme dans un opéra-rock. Ce désir d'être théâtral se retrouve bien entendu dans les textes léchés et impeccablement écrits, mais aussi dans la construction musicale suave, habillée de velours côtelé. Les ambiances sont donc nombreuses et dessinent ces étranges personnages macabres en ces lieux maudits : le soldat dont la vie prend un tour funeste à trente-cinq ans ('Ordre de mobilisation générale') ; le maniaque qui subtilise les cadavres la nuit de Noël, les embaume ('Collectionneur de poupées'), ce roi un peu tragique, un peu sadique, un peu vicieux, qui se baigne dans la luxure ('Serviteur du Roi'). Les compositions sont aussi pleines de variations, comme dans un album de progressif dont on devine le concept, car ces histoires sont irrémédiablement liées par la peur qu'elles distillent et la folie qui règne dans les cervelles poisseuses de ces moribonds. Néanmoins, cette galerie de dingues patentés, de sans-dents crasseux et vicieux, est un prétexte pour questionner une humanité défaillante sur le monde de l'enfance, la guerre, les violences... et peut-être extraire le sublime de l'ignoble à la façon d'une poésie métallique, tel Baudelaire pour qui la charogne est un chemin rêvé vers la poésie...

"L'Envers" est un voyage infernal duquel on ne sort peut-être pas sans mal, mais qui vous chamboule par la violence immatérielle puis vous touche par la poésie et l'émerveillement quasi enfantin qui se dessinent en fond. La galette est un metal aux textes intelligents, dans laquelle Wormfood transmute son identité caverneuse en une version gothique. L'album est ainsi un des plus aboutis de Wormfood, qui contentera à n'en pas douter tout amateur de musique métallique, mais aussi tout amateur de textes travaillés, car au-delà du simple habillage mortifère se cache une vraie poésie qui touche intimement tant par sa beauté que par les images et les propos choquants qu'elle contient... Imaginez-vous la réincarnation de la comtesse Bathory (*), lovez-vous dans ce sang, puis renouez avec votre enfance oubliée, celle peuplée de démons, d'ogres, pleines de mythes effrayants et de légendes malsaines à peine susurrées...

(*) La légende a fait d'elle l'une des plus célèbres meurtrières de l’histoire hongroise et slovaque.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/wfood
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