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TITRE:

STEVE HACKETT (FEVRIER 2015)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

METAL PROGRESSIF



A l'occasion de la sortie de son nouvel album "Wolflight", Steve Hackett nous a accordé une interview sophistiquée, pour une rencontre extraordinaire et mystique.
THIBAUTK - 27.03.2015 -
2 photo(s) - (0) commentaire(s)

Il fait un froid de canard sur Paris... Nous retrouvons le maître dans un hotel parisien pour nous parler de son album "Wolflight". Dans cette ambiance chaleureuse très British, l'icône progressive de toute une génération nous subjugue par sa simplicité, sa gentillesse et sa passion de la musique... Une révélation, une illumination transcendantale dans les pas de ce loup solitaire.


Est-ce que tu es content d’être en France ?

Oui c’est vraiment très agréable d’être à nouveau chez vous, c’est fantastique. Hier soir nous sommes sortis, nous avons déniché un petit restaurant qui était vide, où se produisait un groupe de blues, c’était alors merveilleux d’écouter cette musique qui était transfigurée par le cadre magnifique. Ça serait vraiment difficile de trouver une telle chose en Angleterre.


Donc tu aimes toujours le blues ?

(Sourire). Oui, j’aime particulièrement écouter du blues dans un restaurant, car je me rappelle que ce moment était très fort...


Et tu aimes toujours autant jouer le blues ? Quand tu étais à l’Olympia, il y a eu un problème technique, tu as alors improvisé un blues avec les autres membres du groupe...


Oui. Bien entendu, mais le moment dont tu parles, c’était juste pour se faire plaisir avec les musiciens.
(On entend un merci en français quand une serveuse lui apporte un café avec une assiette de gâteaux)


Je n'ai pas envie de te parler trop de Genesis. Toutefois, quelles sont tes impressions après la tournée Genesis Revisited ?

Nous avons fait la tournée Revisited pendant un an, puis nous avons remis ça comme pour prolonger cette première tournée, nous avons appelé cela Extended, en tout ça a prit deux années de ma vie. C’était vraiment magique d’être à nouveau avec ces gens et avec cette musique qui est née il y a maintenant quarante ans, de  ressentir que cette musique que les gens connaissent vraiment soit aussi vivante.

Je pense que le rock and roll n’a pas tellement changé, car nous jouons sur les mêmes instruments. Il y aurait une différence si tu comparais la musique qui se faisait au temps de Glenn Miller et celle qui a été jouée dix ou quinze ans plus tard. Je pense que là il y aura une énorme différence. Toutefois, la musique qui était jouée il y a quarante ans, presque quarante-cinq maintenant, enfin au moins le meilleur de cette musique, est considérée comme “classique” de nos jours. Prends les Beatles, les Who et leur musique qui a été enregistrée il y a cinquante ans maintenant... d’une certaine façon c’est toujours le même genre de musique dans laquelle la basse doit frapper, la batterie doit rouler comme le tonnerre et la guitare doit crier...


Tu aimes quand la guitare crie ?


Oui j’aime la faire geindre ou crier un peu comme une voix humaine...


Si 'The Musical Box' te propose de te joindre à eux (comme ils l’ont fait avec Phil Collins), accepteras-tu ?


Mais tu sais je l’ai déjà fait, j’ai joué avec eux à deux occasions. J’ai jammé avec eux, avant Phil, puis j’ai joué au Royal Albert Hall. A cette occasion, j’ai joué avec eux Firth of Fifth et Musical Box.


C’était une belle expérience ?

Oui. Bien entendu.





Comment s’est passé l’enregistrement sachant que tu étais en tournée ?


J’ai réussi à avoir un peu de temps libre entre les concerts pour m’en occuper. Même si nous avons fait beaucoup de concerts, il y avait des coupures entre les shows. C’est donc à ce moment-là que j’ai pu me concentrer dessus.


Tu l’as enregistré à Londres ?


Oui. Dans un studio à Twickenham, mon studio.


Tu as donc fait beaucoup d’allers-retours ?


Oui, mais tu sais je voyage tout le temps durant ma vie et même quand je suis en pause, je continue à voyager. Je n’ai pas d’endroit pour me poser, car pour le moment j’ai vendu ma maison à Londres. Je vis donc partiellement à Londres et partiellement dans une autre partie de l’Angleterre, jusqu’à ce que nous ayons une nouvelle demeure. Je suis en quelque sorte complètement nomade à l'heure actuelle. C’est presque comme d'être sur la route tout le temps, toute la vie.


Tu ne peux pas rester longtemps au même endroit  ?


Oui, mais je le ferai, je le ferai... J’ai l'espoir que nous trouvions une nouvelle maison et que nous puissions nous y installer.





Revenons à ton nouvel album. Est-ce que tu as conscience de diviser les fans avec cette pochette, notamment ceux qui étaient habitués aux belles peintures ?


Tu sais, beaucoup de chansons ont pour thème la liberté, d'autres ont pour thème les premiers humains. En relation avec ce dernier thème, le loup était un totem important, un peu comme un des premiers amis de l’homme, ou du moins un des premiers liens avec le règne animal. Il y a aussi l’aspect psychologique : l’idée qu’il y a une relation chamanique entre les loups et les humains, une relation dans laquelle l’homme imagine qu’il peut prendre possession de l’esprit et du corps du loup. Les loups sont importants pour moi. Dans les premières sociétés il a toujours été très présent et même encore dans certaines de nos jours. Donc cette association avec les loups a été très importante pour la structuration de cette musique.

Il y a aussi l’idée développée par le titre 'Wolflight' : les heures avant que la lumière ne naisse, avant l’aurore, sont un moment très important pour ces animaux, car c’est le moment où ils chassent... C’est pour moi également l'instant où j’écris la plupart de ma musique. C'est un peu comme une coïncidence, car parfois j'étais debout très tôt, vers cinq heures du matin, pour travailler sur l’écriture. J'ai une vie très prenante, et c’est à ces moments que je veux écrire. Ainsi, si je n’ai pas assez de chansons, je trouve ces moments de la journée très utiles pour créer.

Ces quelques heures sont assez uniques, car je ne suis pas totalement éveillé, mais pas en train de rêver non plus, je suis entre ces deux états. Je suis comme dans un état de lucidité, un rêve éveillé, qui me permet une très grande créativité, car alors je n’attends que rien de particulier n’émerge de moi, je laisse les choses venir à moi librement.


Je suis d’accord avec toi, car beaucoup d'artistes estiment que l’aurore est un instant privilégié pour créer...


Oui, je pense que c'est très utile, parce que tu n’attends rien, tu te laisses simplement guider par les instants, tu travailles en fait d’une manière très protégée. Tu n’es plus dans le monde de la logique ou des intentions, tu changes ton point de vue, alors si quelque chose émerge c’est du bonus. Je pense alors que je suis plus créatif durant ces moments.

Plus tard dans la journée quand tu joues et qu'il y a plein de monde autour de toi, chez toi, des gens qui font d’autres choses, je suis interrompu souvent par n’importe quoi, pas nécessairement au bon moment, c’est un peu comme un flot de conscience.


Tu es comme un loup solitaire ?


Oui, certainement en ce qui concerne l’aspect solitaire. A l'occasion de l'album, j’ai rencontré de vrais loups, j'ai passé quelques temps avec eux, les ai nourris, j'ai joué avec les plus jeunes. Au final, je les ai trouvés très réactifs, très respectueux, très affectueux et finalement très beaux... Ce sont de belles créatures de Dieu. C’était merveilleux de devenir en quelque sorte leur ami, car ils étaient très accueillants, et beaucoup plus sociaux que des chiens. C’est vraiment une chose étrange, car les chiens sautent partout autour de vous, ils aboient et tout ce genre de choses. Les loups étaient plus dociles, il m’a semblé qu’il y avait comme une sorte de relation télépathique avec eux, ils semblaient savoir ce que je pensais et étaient à l’écoute.

Nous les avons sortis, à l'aide de cette personne, celle qui qui possède cette meute de loups... il les entraîne et les fait travailler pour qu’ils fassent tout un tas de choses. Nous les avons donc amenés à l’extérieur vers des ruines. Il m’a alors mis au milieu des loups pour prendre des photos. J'étais un peu nerveux, je pensais que ça allait être difficile dans cette scène protégée avec ces murs autour de nous. Il a mis leurs pattes sur moi, je les caressais, j’étais très attentif à ce qui se passait. Pour la première fois un loup m’a léché avec beaucoup d’affection. C’était un sentiment merveilleux d’être là, d’être respecté par ces animaux, de plus je suis certain qu’ils étaient intéressés par moi...


Tu as trouvé des semblables ? Des "amis" en eux ?


Oui, avec les louveteaux c’était formidable, je jouais avec eux, ils en ont alors invité d'autres à venir, d'autres avec lesquels j'ai encore joué. Je suis certain que leurs mères ou leurs pères voulaient s’assurer que chacun d’eux avait la même dose d’attention. Les loups sont très attentifs aux plus jeunes. Je me suis rendu compte que c’est un monde à la fois très étrange et intéressant.


Et alors, est-ce que tu as aimé ?


Oui, bien entendu.


Quel est le lien entre “Out of the Body” et le cri de loup ?


En termes de musique, nous avons enregistré un cri de loup sur lequel nous avons ajouté une réverbération, ce qui a produit une note, une septième. Ensuite il y a la note fondamentale qui est frappée par la basse et la contrebasse. En un sens ça donne une vraie trajectoire pour l’album. Le thème de 'Out of the Body'... enfin au début je pensais plutôt à 'Out of the Body and Into the Dream', qui faisait référence à une expérience que j’ai vécue quand j’étais enfant, une pensée que j'avais eue. C'est une expérience que j’ai vécue, et que certains peuvent interpréter comme une expérience chamanique : quand j’avais dans les neuf ans, j’étais au lit et je rêvais, enfin plutôt je pensais. Je faisais souvent un rêve éveillé : j'étais dans un vaisseau spatial, je décollais. En me concentrant dessus, c’est devenu un rêve, et dans ce rêve le vaisseau a décollé avec moi aux manettes, j'ai alors contrôlé ce qui se passait dans le rêve. C’est donc devenu un rêve lucide, un instant totalement merveilleux. J’ai toujours pensé qu’il serait possible d’accéder au subconscient de cette façon. Malheureusement, j’ai passé toute ma vie à essayer de revivre cet instant.

Bref, je pense qu’il y a quelque chose de plus grand en nous, quelque chose que nous ne pouvons pas qualifier autrement que rêve, et la vie telle que nous la connaissons en est une petite partie. Cette piste fait donc référence à ces instants, mais d’une façon plus personnelle en soulignant mes liens et mes impressions sur le monde.


Est-ce que c’était obligatoire d’inviter Chris Squire sur cet album, pour prolonger Squackett ?


A cette époque, je travaillais sur une piste ‘Lovesong to a Vampire’, qui avait un passage avec un chœur ample. Je voulais avoir une partie basée sur le son de la basse. Alors que j'y réfléchissais, Chris Squire m’a téléphoné et m’a dit : “Je ne suis pas en tournée, nous faisons une pause pendant un an pour notre tournée européenne, est-ce que tu as quelque chose sur quoi je puisse travailler, est-ce que tu as un truc que je puisse faire ?”. Je lui ai donc répondu que j'avais une seule piste, qu'il allait aimer car il y avait ce chœur. Il m’a dit : 'Ok'. Je lui ai ensuite demandé si il avait une guitare avec lui, mais malheureusement il n’en avait pas... Je lui ai signalé que j’avais une Fender Precision, et est-ce que ça serait assez bien pour lui. Il m’a confirmé  :’Oui bien entendu, je suis certain que je peux travailler avec”.

Par ailleurs, mon technicien de guitares, celui qui travaille avec moi, m’a dit que si Chris venait chez moi le lendemain, il pourrait passer pour prendre l'instrument et s’en occuper. Il l'a donc remis en état, car l'instrument était dans un étui depuis presque vingt ans, puisque je n’avais pas joué de basse depuis. Il l’a prise, l’a nettoyée, l’a réparée et l’a accordée, il a aussi vérifié l’alignement, mis de nouvelles cordes, etc... Quand Chris est venu le jour suivant, la basse sonnait comme si c’était celle qu’il utilise sur scène. Il en a joué, nous l’avons passée à travers un ampli Peavey et dans un simulateur d’ampli pour l’enregistrer. Alors à notre grand surprise, ça sonnait exactement comme avec la sienne : ce genre de gros son qu’il peut avoir.


Est-ce que c’était obligatoire que ta femme (Jo) participe à cet album ?


Je pense que ‘obligatoire’ n’est pas nécessairement le bon terme. Je dirais plutôt que nous avons une sorte de partenariat par lequel nous aimons nous influencer et nous informer de nos idées. Je crois que nous nous influençons mutuellement d'une très bonne et très forte manière. J'apprécie énormément d’avoir cette équipe pour écrire, une équipe à laquelle peut parfois s'ajouter Roger King, ou éventuellement Chris Squire...

Tous les quatre, nous avons travaillé sur l’écriture par le passé, c’est donc une très bonne équipe. Nous avons une grande honnêteté les uns envers les autres.

Je crois aussi que Jo est toujours honnête avec moi. Elle aime les répétitions, bien que les variations soient très importantes pour elle. Elle a une éducation musicale classique comme violoniste, ainsi elle veut toujours tirer la musique vers le haut. Elle compose toujours des airs dans sa tête, elle me chante souvent des mélodies, qui je dois l'avouer sont très bonnes.


Elle est fière du résultat ?


Oui, oui, elle aussi en est très fière. Je crois qu’elle est vraiment contente de cet album, car c’est une chose que nous avons réellement partagée, c’est un peu comme notre enfant...





Sur cet album il y encore une fois beaucoup de guitare classique, est-ce que c’est un passage obligé car tes fans attendent ça ?


Non, je crois que c'est beaucoup plus simple : j’aime jouer de la guitare classique. Certaines chansons sonnent un peu comme du flamenco. Je ne ressens pas la nécessité d’avoir de la guitare classique sur chaque album, car certains de mes précédents n’en ont pas. Par contre je ressens la nécessité d’intégrer un élément classique à l’ensemble. Pour moi il n’y a pas de distinction entre ce qui est acoustique et ce qui est électrique, ou ce qui est classique ou encore ce qui est rock, ou pop. C'est plus large, j’aime la musique, et tous ces éléments font partie du voyage, de l'odyssée et de l’aventure.


Pour toi la guitare classique est un peu comme un orchestre, avec une multitude de sonorités différentes...


Oui, car il y a beaucoup de variations possibles avec cet instrument. C’est un peu comme la voix humaine qui peut avoir une multitude d'expressions différentes. Avec la guitare classique tu peux créer des sons percussifs (il fait 'ta ca ta ca ta') ou des sons plus doux, tu peux aussi utiliser cet instrument comme un tambour, tu peux faire tout ça de manière extrêmement diversifiée.


N’as-tu jamais rêvé de jouer du flamenco ?


J’ai fait une piste sur 'Out of The Tunnel’s Mouth’ qui s’appelle 'Nomads'. Cette composition est également sur le dernier album de Genesis, celui appelé Archive, sur lequel il y a 37 pistes qui couvrent toutes les facettes du groupes, ainsi que les projets solos des membres  - il comporte beaucoup de compositions solos car ça fait partie de la 'famille' Genesis. J’ai donc fait quelque chose qui n’est pas simplement du flamenco, mais plus une composition qui a pour thème les gitans. L’histoire du morceau dépeint leurs vies... il contient donc des influences de flamenco. C’est peut-être cette composition qui se rapproche le plus de ce style.
 

Tu aimes mélanger les influences musicales sur tes albums, dans un genre de 'world music'. Est-ce que c’est nécessaire pour toi de créer ce melting pot ?


Oui je pense que c’est important de faire un album qui soit diversifié, qui ait beaucoup de variations. Les instant que j’ai le plus appréciés dans les années soixante, étaient la musique psychédélique, car c’était durant cette période que les gens utilisaient des orchestres de façon étrange, ou simplement les utilisaient de façon authentique, mais dans des endroits différents...
 

Un peu comme Pink Floyd qui a joué, non pas avec un orchestre, mais dans les ruines de Pompeï ?


Enfin dans leur cas, je pense que l'idée était de confronter cette cité ancienne et cette musique nouvelle qui émergeait. Peut-être pour prolonger l’idée d’instruments anciens avec une musique nouvelle. Le challenge est que tu peux façonner une musique très rock avec un orchestre. Tu peux faire quelque chose de rock en enlevant la sécurité que t'apporte le rock et son rythme. Ainsi avec un orchestre, tu peux facilement développer une énergie musicale très sombre, fondamentale peut-être, mais dans un certain sens assez sinistre aussi. Ce n’est donc pas simplement les groupes qui peuvent être effrayants, mais aussi les orchestres, et je trouve ça vraiment très intéressant.


Sur cet album, les parties de guitare sont très belles, comment tu t’y prends pour construire tes compositions, pour apporter ces mélodies ? Quelles sont les bases des pistes : la mélodie ou le rythme ?


Je pense que la mélodie et le rythme en font partie, mais aussi le son de la guitare. Quand j’ai la sonorité de ma guitare, ça me donne souvent une indication sur ce que je dois faire, quand j’ai la couleur également... C’est facile de jouer quand tu as des couleurs vibrantes. Quoi qu'il en soit, j’ai l’impression que quand la guitare sonne très bien, je peux arriver à jouer beaucoup mieux, ou encore plus quand la guitare sonne de manière exceptionnelle.


Est-ce que c’est pour cela que tu préfères utiliser des guitares Les Paul ?


Ce n'est pas toujours des Les Paul que j’utilise. En fait j’utilise une guitare 'Les Paul' hybride car elle a un chevalet Fernandez. Certes, c’est une guitare de forme Les Paul mais avec un système de chevalet Fernandez et un vibrato Floyd Rose, c'est donc ma version personnelle de ce type de guitare.

Je travaille parfois avec un gars, qui a été le technicien guitare pour Gary Moore. Des japonais lui ont fabriqué une guitare 'Gold Top', qui est pratiquement comme la mienne. Alors, quand je suis sur scène, c’est pour moi une guitare de remplacement, sa guitare est souvent là au cas où, pour remplacer de la mienne... Bien entendu Gary avait un son extraordinaire et c’était aussi un grand guitariste...


Est-ce que tes guitare sont comme des femmes, comme celles de Jimi Hendrix ?


Oui, je pense que c’est un peu vrai. J’ai des guitares qui doivent être maltraitées; parfois elles demandent quelque chose de plus brutal ou de plus dur (rires), et à d’autres moments il leur faut une une caresse, très douce, comme une danse langoureuse.

La guitare a ce registre, c’est la chose la plus belle et la plus proche de la voix avec laquelle j'aime travailler. C’est toujours un challenge pour moi de faire en sorte que ces instruments sonnent comme une voix. Le son de l’harmonica ressemble aussi beaucoup à la voix...


Tu aimes l’harmonica ?


Oui bien entendu.


Est-ce que tes guitares ont des noms, comme celles de BB King ?


Tu sais, je ne leur ai pas donné de nom jusqu’à présent, mais c’est une bonne idée. Et peut-être que je vais le faire (rires).

J’ai également une Les Paul “gold top” qui est une guitare merveilleuse, j’ai des guitares nylon qui sont aussi grandioses, ainsi qu'une guitare douze cordes qui sonne de manière fantastique.


J’ai l’impression que tu aimes découvrir des instruments différents ? Que tu aimes faire des expérimentations avec les instruments dans cet album ?


Oui j’aime ça.  Il y a un instrument joué par Malik Mansurov qui vient d’Azerbaidjan, c'est le tar sur le morceau titre (Wolflight). C'est une découverte pour moi, qui plus est, il joue d’une manière exceptionnelle, c'était pour moi un peu comme de travailler avec Ravi Shankar. Il fait des choses avec son instrument qu'aucun autre musicien ne peut faire. C’est certainement le plus grand joueur de cet instrument dans le monde. C'était donc un honneur pour moi de travailler avec quelqu’un d’aussi bon sur son instrument...


Mais tu es toi aussi très bon...


(rires) Oui, mais tu sais c’est tout simple, nous voulons toujours être meilleur, car personne n’est parfait.
Toutefois pour moi, cet album est un album merveilleux car il y a beaucoup de guitare dessus, à la fois en version électrique et acoustique.


Sur cet album, il y a aussi beaucoup de passages lourds et de passages plus doux. Le contraste est intéressant... Certaines parties sont très heavy rock...


Ce sont des opposés complémentaires, comme une collision d’idées. J’ai cherché un mot, une idée pour résumer ma musique, après y avoir réfléchi, je pense que ‘collision’ est le terme le plus approprié. L’idée que le monde et l’école entrent en collision, peut aider à affûter chacun d’entre nous, nous faire converger.

Je pense que aussi bien quelque chose de très aigre et quelque chose de très doux peuvent fonctionner ensemble. En quelque sorte, la douceur et le chaos... J’aime ces énergies contraires qui finissent par être très proches, comme si c'était un côté mâle et un côté plus femelle.


Est-ce que tu as enfin réussi à chanter et à accepter ta voix ? Parce que tu as aussi un chanteur ?


Oui, je chante également sur cet album.


Tu aimes maintenant ta voix ?


Oh oui. Bien entendu j’aime le son de ma voix sur cet enregistrement. J’ai l’impression que c’est mon meilleur album comme chanteur. Il y a eu d’autres albums où j’ai apprécié ma voix. Mais sur cet album je ne l’ai pas poussée, je ne l'ai pas distordue, je l'ai laissée sortir comme doit le faire un chanteur et non pas comme quelqu'un qui crie. Tu sais je peux crier...


Tu la laisses donc venir comme elle est...


Oui, je la laisse venir comme elle est d'une manière assez passive. C’est quand même un travail difficile de chanter, de chanter juste, d'amener les émotions et les intentions...


De chanter et jouer de la guitare en même temps aussi ?


Oui ça aussi c’est difficile. Cela dit, toute chose est difficile si on veut la faire bien. Pour moi, chanter permet de se découvrir, de découvrir la vie qui se dévoile à nous, toutes les possibilités offertes. La plupart de mes interventions au chant sur cet album sont très douces.


En quoi le Steve Hackett de 2015 est-il différent du Steve Hackett de 1974 ? Que tu aies réussi à chanter ?


Eh bien, le genre d’enregistrement que je faisais en 1974 était plus ceux d'un musicien sur lesquels je chantais des infimes parties. Quand j’y repense, j’ai l’impression qu’à l’époque j’essayais de chanter comme Donovan ou comme un chanteur folk. A l'époque je ne pouvais pas accepter le son de ma voix. Toutefois, je crois que tout chanteur essaie de s’inspirer d'un autre. C’est comme quand tu as une guitare, tu penses à tous ces gens qui ont un son que tu admires, tu te demandes qui tu vas être. Mais quel que soit celui que tu veux être, tu dois surtout accepter d’être toi. Aucun chanteur blanc ne sonnera jamais comme Louis Armstrong ou Howling Wolf, aucun chanteur blanc sur terre je te l'assure, à moins que tu sois très chanceux et qu’il y ait un genre de mutation. (rires)

Je pense qu'accepter le son de sa voix représente une grande partie de ce qu'est l’apprentissage du chant. Qui plus est, tu dois être objectif quant à tes capacités.


C’est un peu comme de jouer de la guitare, tu dois accepter tes limites...


Oui, exactement, les choses que tu peux faire et les choses que tu ne peux pas et que tu ne pourras jamais faire.


Es-tu différent de 1985 où tu avais beaucoup d’audience FM avec GTR ?


Ben, en fait je pense qu’il y a beaucoup de similarités avec ce qui s’est passé à ce moment quand nous faisions cet album. Même si maintenant je peux travailler avec une palette musicale plus large et sans restrictions, sans me demander si, à chaque note que j’écris, je suis rentable. A l’époque, quand GTR enregistrait, nous travaillions avec Arista et Clive Davis, il avait une notion très arrêtée de comment devait sonner la musique; nous avions donc beaucoup de pression pour sortir un hit, et oui, nous avons été avec cet album en tête des charts en Amérique. Cette époque est donc importante pour moi. Maintenant, quand j’essaie de prouver à l’industrie que si j'ai eu du succès avec Genesis ce n’était pas une coïncidence, le fait d’avoir eu du succès avec une autre formation démontre que je peux être ‘banquable’ . (rires)

Je suis aussi passé par une période de ma vie où ce que je faisais n'intéressait pas les maisons de disque. Maintenant j’ai réussi à leur prouver que c'est possible de faire exactement ce que je veux et d’avoir une large audience. Il ne doit pas y avoir de compromis ou une quelconque distinction entre ce qui est personnel pour moi et ce qui est universel pour les autres. Je pense que c’est possible d’avoir un tube avec n’importe quelle genre de musique, car le plus important c'est de suivre ce que te dit ton cœur ; c’est important de t’exprimer et de ne pas être pollué par les envies des autres.


D’être libre en fin de compte...


Oui d’être libre... Et c’est un gros travail pour y arriver.
Tu sais le thème général de cet album, c'est la liberté. Si tu examines les paroles, tu te rends compte que le mot ‘liberté’ intervient dans plusieurs chansons, car c’est une chose très importante. La musique a subi des changement durant ces années... Je pense... Il y a cette tyrannie des séquenceurs que les gens libres veulent éclater car c’est devenu comme une malédiction ou un emprisonnement. En fait ça limite les gens, parce que je pense que les variations possibles sont mauvaises. C’est comme un énorme et mauvais batteur avec sa grosse caisse qui domine tout et qui précède tout.


Que pouvons-nous attendre pour la tournée à venir ?


Heu... tous les genres de musique.


Toute ta carrière ?


Oui toute ma carrière depuis 1972 et les débuts avec Genesis... Ce sera une expérience totale imprégnée par tout ce que j’ai fait, aussi bien mes vieilles compositions, les vieilles compositions de Genesis, pour bâtir un spectacle qui retrace toutes ces périodes. Ainsi, ça va évoquer toutes ce que j’ai fait, depuis mon premier album Acolyte. Nous avons appelé cette tournée Acolyte from Wolflight with Genesis Revisited... avec bien entendu un saupoudrage de chansons de Genesis qui auront la forme de celles du Genesis Revisited. Les promoteurs voulaient que j'ajoute des compositions de Genesis. Mais c'est une bonne chose, car j’ai mon groupe avec qui je fais des excellentes reprises de Genesis, très authentiques, dans lesquelles ils mettent leur empreinte personnelle...


Merci



Plus d'informations sur http://www.hackettsongs.com/
 
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