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TITRE:

EUREKA (25 NOVEMBRE 2015)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



Le virage à 180° opéré par Eureka a titillé la curiosité de Music Waves qui est allé à la rencontre de Frank Bossert pour en savoir plus sur les raisons de l'abandon des guitares oldfieldiennes au profit d'un néo-progressif dans la lignée de RPWL
STRUCK - 11.12.2015 -
3 photo(s) - (1) commentaire(s)

Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Frank Bossert : Tout ce qui concerne Mike Oldfield…


On va en parler malheureusement mais ton actualité est le nouveau album d’Eureka “Great Escapes”. Dans une interview accordée en janvier 2012, tu envisageais l'avenir sous le nom de Taurus-Project, afin de marquer une rupture avec les quatre premiers albums d'Eureka. Finalement, tu publies ce nouvel album sous le nom d'Eureka, dans un style quelque peu différent des trois qui l'ont précédé. Peux-tu nous expliquer tout cela ?

En fait, j’avais prévu de sortir “Great Escapes” sous le nouveau nom de Taurus mais pendant la période de composition, j’ai réalisé qu’il n’était pas nécessaire de donner à ces chansons un nouveau véhicule. Elles donnaient l’impression de l’évolution logique que j’ai opérée avec Eureka.
En tant qu’artiste, tu essaies de refléter la vie telle que tu la vis et c’est la raison pour laquelle la musique d’un vrai artiste change, parce que tout simplement sa vie change aussi.
Les musiciens qui recréent presque toujours la même musique dans tous les albums sont quelque part des machines. Si je n’ai pas de problème avec ça, il n’empêche que cela va à l’encontre de mon point de vue artistique sur ce que doit être la composition.





Les chroniques de “Shackleton’s Voyage” étaient unanimement bonnes, en particulier en provenance du monde progressif. Se sont-elles traduites par des bonnes ventes ?


Nous aurions pu faire mieux ! Aujourd’hui, nous n’avons vendu que quelques milliers d’exemplaires ; ce qui est intéressant pour un album quasiment instrumental avec des parties principalement calmes, mais si on se base sur le niveau de ventes, c’est compliqué de garder son affaire viable.
Moins tu gagnes d’argent sur chaque album, plus le temps entre chaque album grandit. En effet, tu dois trouver des alternatives en faisant d’autres choses pour payer tes factures.
C’est une formule assez simple finalement : tu ne prends pas le temps de travailler sur tes albums si tu n’es pas payé pour ça …  C’est une formule simple que tous les amoureux de Spotify n’ont semble-t-il pas compris.


Nous l’avons dit “Shackleton’s Voyage” a été unanimement bien accueilli. Est-ce également la raison pour laquelle tu n’as pas changé le nom du groupe comme tu souhaitais le faire inititalement afin de continuer à bénéficier du travail fait sous le nom d’Eureka?

Oui, c’était également une des raisons de la décision de ne pas changer de nom.


Et as-tu ressenti une quelconque pression au moment de te lancer dans la composition de “Great Escapes” afin de faire au moins aussi bien que son prédécesseur ?

Non, pas du tout ! La flamme brûle au fond de moi et je dois le garder en moi. Si tu tiens trop compte de la réaction du public, tu es fini.
C’est super de lire les accueils positifs du public et plus particulièrement quand ce dernier prend contact avec toi parce que ta musique a résonné en lui. Mais quand tu essaies de coller aux attentes du public, tu ne fais que produire un service et si c’est pour faire cela, autant jouer dans un groupe de reprises (Rires) !


Cet album semble marquer un retour à une musique plus rock. Signifie-t-il que tu abandonnes le côté folk/celtique de tes précédents albums ? Ou bien prévois-tu d'y revenir lors d'une prochaine production ?


Il n’y avait presque plus d’aspects celtiques/ folk sur “Shackleton’s Voyage”. Il y avait un seul titre folk ('Plenty of time") et les pipes de Troy Donockley sur le titre introductif 'Departure' et si nous l’avons fait c’est parce que ces titres permettent de raconter l’histoire de l’album qui se situe en 1914 et concerne Ernest Shackleton : dans de telles conditions, comment faire abstraction de ces influences ? Dix titres sont passés sans aucun lien avec le folk. Tu peux voir à quel point tu es tombé dans le piège de l’artiste (Rires) !
Et à ce jour, je n’ai rien de prévu dans ce sens : je suis un peu fatigué de ce genre.





Sur ce nouvel album, tu dédies une chanson à ton fils ('Stolen Child'), le thème de celle-ci étant directement inspiré de tes soucis liés à ton droit de visite. Peux-tu nous détailler les thèmes présents sur Great Escapes ?

Comme je l’ai écrit dans le booklet, il y a un thème central relié aux chansons de l’album. La plupart traite du sujet de l’évasion (“Escape”) d’une façon directe ou indirecte. Ces chansons évoquent les différentes façons de s’évader de situations qui nous rendent malheureux.
'Stolen Child' est la seule exception même si avec le recul, c’est moins le cas. Ce titre évoque l’aliénation de mon fils dont la garde a été accordée à sa mère que j’ai quittée. Pendant 7 ans, je suis allé au tribunal pour plaider ma cause et j’ai finalement renoncé.
En Allemagne, dans de telles situations, le père n’obtient aucune aide. C’est un vrai problème dans notre société actuelle, une patate chaude pour les politiciens et les medias. Des milliers d’enfants grandissent en Allemagne sans avoir de père à leur côté juste parce que personne n’arrête ces mères. Elles peuvent quasiment faire ce qu’elles veulent avec leurs enfants après un divorce. Il en résulte le très malheureusement connu syndrome d’aliénation parentale.
J’ai écrit cette chanson comme un appel au réveil parce qu’aujourd’hui personne n’ose s’opposer à cela ! C’est un désastre ! Certes, nous avons cette association des pères qui se développe mais notre société ne la perçoit pas de façon positive …
C’est une situation très triste pour mon fils et moi. Je ne souhaite à personne de vivre cela, crois-moi !


Comment te vient l'inspiration au moment d'écrire une chanson ? Quelle est ta technique de travail ?

La plupart du temps, je commence à travailler sur des idées musicales.
Pour "Great Escapes", je voulais faire en sorte que ma basse soit mise plus en avant. Ayant commencé à jouer dans des groupes de rock en tant que bassiste/ chanteur, mon idole était Gedd Lee et il a énormément influencé mon jeu de basse. Des titres comme 'Animated World', 'One Million Starts' ou 'Escapes' sont basés sur des riffs de basse. Les autres titres sont principalement écrits avec ma guitare. Mon approche est de sortir des clichés autant que je peux. Donc je filtre énormément mes idées au préalable si bien que beaucoup d’entre elles n’arrivent même pas à l’étape suivante de l’enregistrement. Quand la structure d’un titre prend forme, je commence à écrire les paroles qui collent à la musique.
Parfois, j’ai une idée d’un sujet pour la chanson avant même d’avoir la musique. 'Chase the Dream' est un exemple. J’ai voulu écrire une chanson sur mon amour de l’aviation -  la biographie de Charles Lindbergh qui a été le premier livre que j’ai lu. J’avais un thème « flottant » à la guitare en tête pour évoquer cela et j’ai commencé à développer cette grande structure de cordes pour faire cette chanson. Le reste a été construit autour de cela. Ce fut super d’écrire et arranger ce titre. C’est un de mes titres préférés de l’album.


En-dehors de quelques invités, tu t'es occupé de tout sur ce nouvel album. En groupe ou en solo, quel est ton mode de fonctionnement préféré ?


La période où j’étais dans un groupe - dans mes jeunes années de musicien - ont été les meilleures années de ma vie, aucun doute là-dessus ! Mais nous avions 20 ans et étions amis d’école.

Trouver des partenaires comme ceux-là quand tu as la quarantaine, c’est comme essayer de trouver du pétrole dans ton jardin (Rires) ! Ecrire avec d’autres musiciens n’est pas facile et si tu vis à la campagne ou dans une petite ville comme moi, tu n’as pas des centaines de musiciens brillants autour de toi… Il devient donc évident que tu dois faire le maximum de choses toi-même et dans mon cas, c’est à peu près tout (Rires) !
J’ai un batteur (Steve Hanson) qui travaille avec moi depuis longtemps aujourd’hui et je l’appelle quand je considère qu’il est le meilleur batteur pour une chanson. Concernant les backing vocals, je connais des chanteuses fantastiques qui m’ont aidé sur les chœurs de 4 chansons. Et c’est à peu près tout…

Phil Collins disait dans une interview récente qu’il préférait faire les choses lui-même. Je le rejoins sur ce point sachant qu’étant semi-professionnel dans le monde musical ne te laisse pas trop le choix. Tu ne peux pas t’attendre à des miracles, autrement faire un album prendrait nettement plus de temps.

Je sais qu’il y a ce cliché que les albums qui sont le fait d’une seule personne ont un manque d’interaction mais crois-moi, c’est un mythe ! Tu apprends à contourner cela et au final, l’avantage de fournir un travail sans compromis défectueux n’a pas de prix.





On note la présence de Yogi Lang sur ce nouvel album. Peux-tu nous raconter comment s'est passée la rencontre avec lui ?

Je suis entré en contact avec lui au moment de faire "Shackleton’s Voyage” notamment quand je cherchais des invités chanteurs. A l’époque, nous étions signés sur le même label et notre boss Dirk Jacob nous a mis en relation. Yogi a joué un super solo de moog sur l’album et à la fin, il a même mixé et masterisé l’album.
Sur "Great Escapes", il a juste ajouté quelques couches de claviers pour des raisons de son, parce qu’il a à nouveau mixé et masterisé l’album. Il a encore fait un super travail ! J’aime travailler avec lui.


Plus généralement, quels sont tes liens avec la scène progressive allemande ?

Yogi est le lien. Je le connais lui et Kalle depuis 2008 et je vais les voir lors du mixage mais c’est à peu près tout. Vu qu’Eureka a arrêté de jouer live depuis un certain temps, je n’ai pas trop noué de contact avec d’autres musiciens. Mais cela devrait changer quand je présenterai "Great Escapes" sur scène.


Tu as en point commun avec Tonyb notre chroniqueur, l’amour de la musique de Mike Oldfield. Il semblerait qu'il travaille de nouveau sur un (voire plusieurs) album(s) dans la veine de ses débuts. Pour toi qui as été plutôt déçu (comme moi) par ses dernières productions, qu'est-ce que cela t'inspire ?

Je pense que cela va être génial mais je dois également admettre que cela va être une grosse surprise. D’un côté, j’ai du mal à imaginer qu’il soit capable d’écrire une musique susceptible d’atteindre le niveau qu’il a atteint - je suis désolé, mais à quand remonte la dernière fois où il a fait de la grande musique ?- et de l’autre côté, il annonce souvent des albums dans la tradition de ses premiers travaux qui se terminent souvent en des beats informatiques ringards !

Je ne veux pas l’accuser : Mike Oldfield est l’un des plus grands compositeurs de tous les temps ! Son travail sur les quatre premiers albums rock et épiques avait une qualité à couper le souffle.  Les dix premières années de sa carrière ont été absolument uniques. Et puis, il a commencé à batailler avec le terrible "Islands" et je me suis dit que c’était fini et il y a eu "Amarok" : quel bijou ! Mais il semblerait que ce fut le dernier éclair de génie dans sa carrière. "The Songs Of a Distant Earth" était un assez bon album mais après ?

Mais attention, j’ai un énorme respect pour Mike Oldfield mais je ne suis pas fan ! Pour moi, il est encore l’un des plus grands compositeurs de tous les temps et le sera pour toujours ! Mais c’est difficile de garder le niveau de qualité qu’il a atteint pendant 10 ans. D’ailleurs, je ne connais pas grand monde capable d’être aussi brillant sur 10 ans !


Ne voudrais-tu pas te lancer un jour dans un projet similaire à celui de Rob Reed (Sanctuary) ?

Quand j’ai lu l’annonce concernant son album, j’étais un peu dérouté : d’un point de vue artistique, je ne comprends pas la raison de faire une telle chose.

Durant mes années "Full Circle", j’ai été fréquemment accusé d’être trop influencé par Mike Oldfield. Je ne comprenais pas en quoi une influence pouvait être perçue comme négative tant que tu crées des morceaux originaux. Aujourd’hui, je comprends que la marque de fabrique de Mike Oldfield à laquelle j’étais associé a pris le dessus sur le fait que je faisais de la musique sans intention de nuire à la musique de Mike Oldfield. En effet, j’ai toujours essayé d’utiliser ce type de musique et l’amener dans une autre direction et je pense encore que ça marchait très bien (Sourire).

Et Robert Reed fait l’exact opposé. Son album est plein de citations. Il n’a fait que copier la musique de Mike Oldfield sans avoir besoin de payer les droits. J’ai écouté sa musique dans une vidéo postée par un fan. Pour moi, cela manque d’esprit artistique et au final, c’est faire l’amour avec une poupée gonflable ! Pour tout l’or du monde, je ne ferais pas ça !





Qu’attends-tu de "Great Escapes" ?

Je souhaite franchir un cap avec Eureka en vendant plus de disques et en touchant un plus grand public comme les albums précédents. C’est si compliqué de faire cela avec une grande volonté artistique et finalement toucher si peu d’argent. Cela me bouffe ma vie !

Cet album doit marquer un tournant pour Eureka, sinon cela devra problématique d’en faire un autre. Et c’est le problème pour beaucoup d’artistes de "deuxième rang" : le public achète le dernier album faible ou un énième remastering d’album de vieilles légendes musicales, avant d’acheter les disques d’artistes moins établis !

J’ai 48 ans aujourd’hui et je ne peux pas encore épargner durant 5 ans pour faire un nouvel album.
Attention, j’adore toujours composer des chansons et enregistrer des albums, mais j’aime également passer du temps avec mon épouse et profiter de l’écoute d’un bon album ou lire un livre ce que je n’ai pas pu faire ces dernières années et ça ne peut pas continuer ainsi : après avoir terminé "Great Escapes", je suis parti en vacances pendant deux semaines avec mon épouse, ce qui ne nous était pas arrivé depuis 3 ans…


Dans ces conditions, quelle est la prochaine étape ?

La prochaine étape est de former un groupe pour la scène. Quand j’ai commencé à écrire les chansons de "Great Escapes", je voulais écrire de la musique qui pourrait être jouée dans un format power trio et c’est ce que j’ai fait. Hormis deux ou trois chansons, chaque titre est arrangé pour qu’il soit joué par un trio. Cela prendra du temps pour former ce groupe et répéter les chansons, je ne vais donc pas me presser mais le but est de monter sur scène !


Le marché du disque est compliqué mais peut-on espérer te voir jouer à Paris ?

J’adorerais mais je ne peux pas le promettre ; ça serait génial de jouer en France !


Quel est ton meilleur souvenir d’artiste ?


Le jour où mon premier groupe Pyromantic a joué dans les clubs d’Hambourg entre 1987 et 1989 !


Au contraire, le pire ?

Les dernières semaines de travail sur “Compass Rose” ont été tragiques en raison du fait que mon ex-petite amie et mère de mon fils est devenue folle en foutant tout en l’air. Après cela, j’ai perdu espoir en elle.


On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire, quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ?

J’en ai quelques unes qui me viennent spontanément :

Est-il compliqué de faire face à toutes ces groupies ?
Oui et ce ne va pas aller en s’améliorant avec les années , j’ai 48 ans !

Tes cheveux bouclés sont-ils réels ou est-ce une perruque ?
Qu’est-ce que tu crois ?

Qui est le plus pauvre type du monde musical?
Facile : Kanye West, oh non, Paul Stanley, non, non Ted Nugent… Non en fait, j’abandonne (Rires) !

Arrête c’est trop idiot…
Ok j’arrête, désolé (Rires) !





Avant de se quitter un dernier mot aux lecteurs de Music Waves ?

Achetez ce putain de nouvel album d’Eureka ou je vais devoir donner des cours de musique à des ados sans talent jusqu’à la fin de mes jours.
Mais je vous préviens, vous serez accros si vous écoutez cet album plus de quatre fois. Il ne faudra pas m’en vouloir, je vous aurais prévenus (Sourire) !


Merci à Tonyb pour sa contribution et Shirin Baouche pour les photos...



Plus d'informations sur http://www.eureka-music.de/
 
(1) COMMENTAIRE(S)  
 
 
TONYB
11/12/2015
  1
Excellente interview, et magnifiques réponses d'un artiste pour qui la langue de bois n'est pas la tasse de thé !
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