MW / Accueil / Articles / THE PINEAPPLE THIEF (26 MAI 2016)

THE PINEAPPLE THIEF (26 MAI 2016)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK PROGRESSIF
Interview sous le signe de la joie avec la rencontre de Steve Kitch et Bruce Soord pour évoquer l'actualité brûlante des Anglais qui sortent leur onzième album "Your Wilderness".
NUNO777 - 18.07.2016

Steve, tu as sorti un album solo l'année dernière. Que représente pour toi cette étape du disque solo ? Pourquoi maintenant ?

Bruce : J'ai abordé l'album solo dans une période durant laquelle je me sentais un peu perdu en termes de composition et l'envie de faire une musique plus douce s'est plus inscrite dans un projet solo. Pour redonner une identité plus progressive et plus expérimentale à The Pineapple Thief, je me suis concentré sur une écriture plus directe avec mon album solo. Je ne sais pas pourquoi exactement je n'ai pas fait cet album solo plus tôt. Sans doute que l'évolution précise de The Pineapple Thief à ce moment a enclenché cette envie.





Ce nouvel album sonne bien plus prog que les précédents (notamment 'Magnolia'). Est-ce une volonté délibérée de ta part ? Est-ce lié au fait que tu développes maintenant une carrière solo en parallèle ?


Bruce : je pense aussi que 'Your Wilderness' est plus progressif. Nous avons réalisé l'album que nous voulions entendre sans nous soucier de la durée des morceaux ou de l'accroche que les morceaux pourraient avoir en radio. Oui, c'est la musique que nous aimons qui se trouve dans ce nouvel album.


Quelques mois auparavant tu as mentionné le fait que tu souhaitais retourner vers un album plus calme...ce que tu as réussi avec ce dernier opus. Cependant, tu avais dit que les morceaux reprendraient de la longueur, ce qui n'est pas le cas. Pourquoi cet option de la brièveté systématique ?

Bruce : oui, entre ce que l'on prévoit et ce qui arrive il y a forcément des différences. Traditionnellement je ne me dis pas que l'album devra être comme ci, ou devra être comme ça. Tous les éléments se sont imbriqués ensemble de manière très naturelle pour donner ce résultat. Malgré la durée des morceaux assez courte, il est progressif. Si tu écoutes le premier morceau 'In Exile', il ne fait que 5 minutes mais il n'est pas basé sur la succession couplet-refrain comme une chanson traditionnelle. Comme avec 'No Man's Land', les morceaux sont plus structurés que ne le laisse penser leur durée.





41 minutes c'est assez court…


Bruce : nous avons toujours pensé qu'il fallait plutôt donner moins que trop à l'auditeur. Et dans les années 70 les durées des albums étaient toutes de cet ordre. Avec l'arrivée du cd, il y a eu une tendance à remplir au maximum de ce que le support pouvait contenir. Pour moi cet album est un peu dans l'esprit "old school" des albums typiques des années 70.

Steve : nous n'avons pas pris la décision a priori de faire un album de cette longueur…

Bruce : oui, nous avions plus de chansons au final mais les ajouter aurait nuit à la cohérence et la qualité de l'ensemble. Nous avons jugé que le disque aurait plus de sens en se contentant de ces huit morceaux.


Le titre 'The Final Thing On Your Mind' a des relents de "Variations On A Dream". Pourquoi celui-ci et comment s'est déroulé le processus de création pour cette piste ?

Bruce : je me souviens, au moment de l'aborder, que ce titre n'était pas destiné à être un titre long mais j'ai changé l'orientation en cours d'écriture. J'ai commencé la composition avec l'envie d'une harmonie minimaliste avec seulement deux notes qui se répètent, un peu à la manière de Steve Reich (NDLR : artiste Américain, pionnier de la musique minimaliste), un artiste que j'adore, puis j'ai laissé évoluer l'inspiration un peu par elle-même sans savoir vraiment où aller. Le résultat est comparable à différents motifs parcourus par la guitare et au final une chanson qui n'est pas d'un bloc mais plutôt une succession de plusieurs passages.


On retrouve des émotions que l'on a pu ressentir pendant les écoutes des albums "Little Man" et "What We Have Sown". Partages-tu cet avis ?

Bruce : Je ne crois pas que ce soit volontaire, ça ne m'a pas traversé l'esprit. Quand nous sommes entrés dans le processus de composition, que nous avons commencé à créer, nous voulions d'une certaine manière revisiter nos inspirations passées. Finalement, c'est une bonne chose que tu aies ce sentiment mais j'avoue que je n'ai pas composé dans ce sens délibérément ou consciemment.


Tu as déclaré que l'album avait-été un vrai plaisir à faire. Dans quel sens ?

Bruce : Steve pourra te le confirmer, nous sommes passés par des étapes, pour d'anciens albums, que je qualifierais de difficiles. Quand tu es en pleine période créative, que ta concentration se doit d'être fixée sur un objectif très particulier, et que divers problèmes annexes viennent te perturber, c'est plutôt stressant. Je parle des soucis d'emploi du temps, de la mise en cohérence d'une liste de chansons, des frais en tous genres que tu peux dépenser dans le studio notamment, le mixage… Mais pour cet album nous avons mieux abordé les choses, avec plus de sérénité, peut-être à cause de mon grand âge, et nous savions où aller et comment y aller en évitant, autant que possible, les pièges que nous avions rencontrés auparavant. Tout s'est bien imbriqué pour cet album et les quelques soucis que l'on ne peut pas toujours éviter n'ont pas eu d'implications trop importantes en termes de stress et de déconcentration. C'est vraiment plaisant de vivre ce genre d'expérience pendant l'enregistrement d'un album.


Comment as-tu "incorporé" les guests à cet album, et notamment Gavin Harrisson derrière les fûts qui a un véritable impact sur le son du groupe ?

Steve : notre batteur a quitté le groupe car il ne parvenait pas concilier le groupe et ses activités hors du groupe. Nous étions à la recherche d'un batteur et le nom de Gavin a été évoqué très rapidement, même si au début nous étions un peu réticents à cause des connexions liées à Porcupine Tree et les difficultés de disponibilité qui pourraient advenir lors des tournées. Mais plus les structures de l'album avançaient et plus Gavin est apparu comme la personne idéale pouvant tenir le rôle. Nous l'avons sollicité et il a fait un boulot éblouissant sur tout le disque.

Bruce : Nous lui avons envoyé des démos des chansons plutôt rudimentaires en lui donnant carte blanche, sans lui donner de direction et en le laissant faire ce qu'il voulait. Gavin a un incroyable studio d'enregistrement batterie chez lui avec sa propre batterie dans la configuration et avec les équipements qui lui sont propres, et quand je dis que l'album fut vraiment plaisant à faire, cela inclut la manière très aisée dont nous avons opéré avec Gavin. Il a abordé ses parties selon différents angles et son sens du rythme et sa musicalité nous ont inspirés en retour. Son impact sur l'album au sens large est assez considérable.





Est-ce que Gavin a vocation à devenir le batteur de The Pineapple Thief désormais ?

(Rires de Bruce et Steve)
Bruce : on aurait adoré qu'il le soit mais je n'ai jamais évoqué cette situation. Il est tellement pris par ailleurs, avec King Crimson, ses projets ou Porcupine Tree dont on ne sait pas ce qu'il en sera…


Comment va s'organiser la tournée pour cet album ? Des dates à Paris ?

Bruce : tout à fait, même si pour l'instant on ne sait trop comment on se positionnera avec Gavin, dont on n'exclut pas la participation. Il a un agenda surchargé et il ne sait pas s'il pourra se rendre disponible ni pour quelles dates de la tournée. Mais au sortir de l'enregistrement de l'album, son travail s'est tellement fondu dans l'unité des morceaux que nous aimerions qu'il soit là. Nous sommes en train d'y réfléchir mais nous n'en savons pas plus pour le moment.


Après près de vingt ans d'existence et onze albums quel regard portes-tu sur ces années et l'évolution du groupe ?

Bruce : je ressens beaucoup de fierté et de satisfaction par rapport à ce que nous avons accompli. Je regarderai toujours en arrière en me disant que j'aurais pu faire différemment avec tel album ou telle chanson. Nous n'hésitons pas à émettre des jugements négatifs sur notre travail si nous le ressentons ainsi. Avec l'album "10 Stories Down" sorti sur un petit label "Cyclops", par exemple, nous avons repris une bonne partie de l'enregistrement avec Steve en refaisant le mastering, le mixage et les arrangements. Ce fut un travail très long et compliqué. Mais nous sommes satisfaits d'avoir retravaillé dessus et du résultat obtenu. Après pour l'évolution du groupe, nous vivons des expériences en tant que formation de plus en plus reconnue, nous sommes à Paris en face de toi pour la promotion d'un nouveau disque… ce que nous n'aurions jamais pensé faire il y a dix ans… Comme tous les groupes, on a toujours envie d'être ambitieux, que nos albums se vendent, que les gens écoutent notre musique. Steve et moi fréquentons beaucoup de groupes avec lesquels nous collaborons à la production, et cela nous amène à voir d'autres musiciens travailler et à nous reposer la question de ce que c'est qu'être un groupe et d'avoir un peu plus de recul sur ce que nous faisons. Mais au final, il ne faut pas trop se pencher sur le passé, nous en sommes là où nous en sommes et il faut avancer quoiqu'il arrive. Le plus important est que nous soyons contents de "Your Wilderness" sans se dire que ce disque va se vendre à des millions d'exemplaires non plus.


Quelle direction souhaites-tu donner à The Pineapple Thief dans les années à venir ?

Bruce : Le nouvel album donne quelques pistes de la direction que nous voulons emprunter. Après quelques albums plutôt dans l'immédiateté, un côté plus commercial et des tonalités pop-alternatives, avec "Magnolia" particulièrement, nous revenons à des structures plus progressives, sans pour autant que les morceaux soient très longs, avec des arrangements originaux et plus aventureux. "Your Wilderness" va dans le sens d'un retour à un rock progressif qui reste très mélodique sans développer ce que le prog produit habituellement en termes de complexité et de technicité. Je ne voulais pas emmener l'album dans cette direction et qu'il soit intéressant dans l'idée de conserver sa dimension abordable. L'album se veut progressif tout en restant accessible.


Est-ce que ton travail de producteur a une influence sur ta manière de composer ? Pourrais-tu aujourd'hui faire produire tes albums par d'autres ?

Bruce : faire produire par un autre producteur… je n'y ai jamais vraiment pensé à vrai dire. Gavin Harrison, dans l'album, a participé à la production dans un certain sens puisqu'il a reçu les démos très tôt dans le processus d'écriture et qu'il nous a donné son avis sur les points qui pourraient être travaillés ou affinés. Certains morceaux ont évolué selon les avancées de Gavin sur les structures rythmiques et c'est plutôt ce type d'influence et d'interaction que l'on a eu pendant l'élaboration de l'album. Après onze albums il est difficile pour moi de trouver un producteur extérieur qui puisse se fondre dans l'univers de The Pineapple Thief. Je ne vois personne actuellement.


Steven Wilson…

(Rires de Bruce et Steve)
Bruce: oui bien sûr, il est probablement le plus intéressant de ce point de vue. En tout cas, participer aux albums d'autres groupes m'a permis de nouer des amitiés avec d'autres musiciens comme Jonas de Katatonia et Mike d'Opeth. J'ai bossé sur le mixage en 5.1 du dernier Katatonia (NDLR : "The Fall Of Hearts") et même si je n'ai aucune influence sur le son, j'écoute ce qui se fait et j'apprends sur les instrumentations que je pourrais utiliser, la manière d'aborder certaines harmonies… donc oui le travail de producteur a nécessairement un impact sur ma créativité, que je le veuille ou non.


Avec tes nombreuses collaborations ses dernières années et ton ouverture sur d'autres projets, il semblerait que tu sois particulièrement épanoui dans le partage avec d'autres musiciens. Est-ce une approche que tu as toujours eue ou est-ce que tu t'es ouvert au fil des années ?

Bruce : Je ne sais pas vraiment, ce ne sont pas des opportunités que j'ai totalement maîtrisées. Je n'ai pas toujours été l'instigateur premier des collaborations auxquelles j'ai participé mais je dois avouer que de ne pas endosser l'entière charge de compositeur principal est quelques chose qui me plaît. Je suis aussi assez à l'aise quand je dois m'intégrer dans le travail d'un autre et apporter ma contribution plutôt que de partir d'une page blanche où tout est à faire.


Envisages-tu un jour de redonner vie à tes "vieux" projets, et notamment Vulgar Unicorn ?

Bruce: non, je n'ai plus d'intérêt particulier pour cette collaboration avec Neil Randall dans Vulgar Unicorn. D'ailleurs, j'ai monté Pineapple Thief au moment où je commençais à me détacher de Vulgar Unicorn, car Randall était un peu désillusionné par l'industrie musicale et qu'il n'avait pas envie de jouer la musique en live. C'est plus le bébé de Neil que le mien et comme il est parti vers de nouvelles formes artistiques, il paraît peu probable que le groupe se reforme. Mais il ne faut jamais dire jamais.


Un peu à la manière de Steven Wilson, ton actualité est chargée ces dernières années avec ton album solo et des travaux de producteurs. Comment concilies-tu toutes ces activités ?

Bruce : il faut reconnaître que c'est plus facile d'être musicien à temps plein, et ça n'a pas été toujours le cas, que de jongler avec un boulot à temps plein et des activités de production, de mixage et d'écriture à côté. C'est aussi pour cette raison que l'album a été plaisant à réaliser, sans cette pression du quotidien qui veut que tu dépenses trop d'énergie dans un travail alors que ce que tu aimes faire passe après. C'est vraiment beaucoup plus facile.

Alors que vos deux univers ont des éléments en commun, n'as-tu jamais pensé travailler avec Steven Wilson ?

Bruce : Je dois avouer que l'on parle parfois de cela, mais le parallèle me paraît trop flatteur pour moi. Je ne suis pas sûr que cela puisse avoir véritablement un sens car nos deux directions artistiques sont assez similaires finalement.

Steve: dans ce cas il voudrait endosser le rôle de chanteur …

Bruce : (rire) C'est certain… Je pense que beaucoup de personnes seraient curieux d'entendre le résultat de ce genre de rencontre… ça serait plutôt intéressant effectivement. Mais il est vraiment très occupé tu sais…





Mais toi aussi, et si l'envie naît de chaque côté il est toujours possible de trouver le temps…


Bruce : bien sûr, tu as raison.


L'année dernière tu as participé au "Prog en Beauce", ce festival fait par des passionnés de prog et membres de Music Waves. En gardes-tu un bon souvenir ?

Bruce : oui, et tous les membres du groupe en gardent un très bon souvenir. Ce genre de festival est assez rare surtout au milieu de la campagne française, loin des grandes villes, au milieu de nulle part. Je me souviens de l'équipe, des organisateurs tous adorables, de l'atmosphère très agréable. Nous adorons ces réunions de groupes progressifs et de fans de cette musique, et en France nous avons aussi fait le festival Crescendo, qui fut un de nos premiers concerts en France et qui nous a vraiment intronisés dans la sphère des groupes de prog. Il est important que des passionnés puissent monter ce genre d'événements et ils sont d'autant plus méritants que les comptes et les bilans ne sont pas toujours positifs à la fin. Nous respectons ce que les fans font pour faire vivre leur passion pour la musique.

Steve : il y aura une autre édition cette année ?


Oui, "Prog en Beauce" revient cette année avec quatre groupes et en tête d'affiche RPWL.

Steve : j'espère que le succès sera au rendez-vous, ils le méritent.


Merci Bruce et Steve pour vos réponses. Si vous voulez ajouter quelques mots…

Bruce : merci beaucoup pour cet échange et tes questions qui balaient de nombreux points de notre carrière. Nous remercions Music Waves qui nous a toujours suivis et encouragé depuis plus de dix ans et qui reste fidèle à notre musique. Vous faites un très bon travail pour faire vivre la passion de la musique que nous partageons et que nous aimons.

Steve : merci pour votre fidélité et nous avons hâte de jouer l'album devant notre public.


Merci à Pete_T et TonyB pour leur contribution et à Struck pour avoir rendu cette interview possible.



Plus d'informations sur http://www.pineapplethief.com
Main Image
Item 1 of 0
 
  • 7671
  • 7672
  • 7673
EN RELATION AVEC PINEAPPLE THIEF
DERNIERE ACTUALITE
The Pineapple Thief à Lyon en octobre!
CONCERT

Lire l'actualité
Voir toutes les actualités concernant PINEAPPLE THIEF
 
DERNIER ARTICLE
Bruce Soord, habitué des interviews chez Music Waves, est cette fois-ci de retour pour promouvoir le dernier album de The Pineapple Thief, "Dissolution".

Lire l'article
Voir tous les articles concernant PINEAPPLE THIEF
 
DERNIERE CHRONIQUE
Dissolution (2018)
Avec "Dissolution", The Pineapple Thief livre une fusion réussie et maîtrisée entre l'accessibilité de la pop et l'exigence progressive

Lire la chronique
Voir toutes les chroniques concernant PINEAPPLE THIEF

F.A.Q. / Vous avez trouvé un bug / Conditions d'utilisation
Music Waves (Media) - Media sur le Rock (progressif, alternatif,...), Hard Rock (AOR, mélodique,...) & le Metal (heavy, progressif, mélodique, extrême,...)
Chroniques, actualités, interviews, conseils, promotion, calendrier des sorties
Quelques uns de nos partenaires :
Roadrunner Records, Mascot Label Group, Spv Steamhammer, Afm Records, Sony Bmg, Peaceville Records, Warner, Unicorn Digital, Frontiers Records, Karisma Records, Insideout Music, Kscope, Ear Music, Progressive Promotion Records

© Music Waves | 2003 - 2020