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A PROPOS DE:

BIFFY CLYRO (17 MAI 2016)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK ALTERNATIF

Interview croissant au beurre et café crème avec les deux adorables jumeaux Ben et James Johnston de Biffy Clyro.
NUNO777 - 01.07.2016 - 5 photo(s) - (0) commentaire(s)

En ce beau mois de mai, Music Waves a rencontré deux des trois membres Ecossais de Biffy Clyro. Il n'est pas loin de 13h mais les deux sympathiques jumeaux en sont au petit-déjeuner... français, avec toutes les gourmandises que le monde nous envie.


Après la sortie de"Opposites" et sa tournée harassante, le groupe a vécu des moments un peu difficiles. Comment allez-vous ?


James : Tout va bien, tout va bien. Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années avec la sortie du dernier album et la tournée qui a suivi. Les mois passés sur la route ont été très occupés avec des déplacements intéressants pour nous comme en Russie par exemple. Nous avons du gérer nos quotidiens pour conserver une santé nécessaire à ce rythme très élevé de sollicitation. Les expériences peuvent être négatives ou positives quand tu les vis sur le moment, mais l'important est d'en retirer des leçons qui te permettront de mieux aborder les choses si elles se répètent.

Ben : La période qui vient de se clore a été difficile pour la groupe en particulier parce que Simon (NDLR : Neil, le chanteur et guitariste du groupe) est passé par des moments de doute au sortir de l’album "Opposites". Il a été plongé dans un état particulièrement désagréable pour un compositeur, de perte de confiance sur sa propre capacité à écrire. Comme nous ne composons pas Ben et Moi, nous avons été soucieux de l’état de Simon en l’épaulant comme nous pouvions. Mais dans ce genre de moment la personne est malheureusement seule pour résoudre pour combattre ses démons et reprendre le dessus. "Ellipsis", dans ses textes et ses thématiques, est fortement marqué par l’expérience personnelle de Simon.


En France il y a encore 5-6 années le groupe n'était connu que par quelques spécialistes. Et depuis "Only Revolutions" votre popularité ici a augmenté très rapidement. Et est-ce un phénomène que vous avez remarqué ailleurs? Avez-vous une explication?

James : C'est vrai que ces dernières années nous avons été beaucoup plus sollicités, nous avons accordé beaucoup d'interviews, fait des concerts dans de grands salles, et nous avons abordé ces moments avec plus de sérénité et de confiance. Nous passons par Paris depuis plus d'une décennie et nous avons un très bon rapport avec ce pays. Nos albums ont été plus faciles à aborder depuis "Only Revolutions" avec beaucoup d'arrangements et les premiers album très denses et parfois difficile à écouter n'ont pas permis qu'un large public s'y intéresse aussi facilement. Après, il est difficile de savoir exactement ce qui fait que nous avons plus d'audience maintenant qu'hier. Les choses ne s'expliquent pas toujours.


Le pari de "Opposites" était très audacieux et gagnant puisque l'album a bien marché et particulièrement parmi les amateurs de prog. Est-ce que vous reconnaissez cette filiation avec le prog ?

Ben : Oui absolument, nous sommes des amateurs de musique progressive et nous avons beaucoup appris en écoutant des groupes comme Rush ou Yes et de groupes plus underground et alternatifs comme Therapy, Creed ou Oceansize. D'ailleurs, nous avons partagé des affiches avec ces derniers et Mike Vennart nous a accompagné sur plusieurs concerts. Nous avons toujours aimé la musique progressive qui représente pour nous de véritables défis en termes de construction.

James : Il est vrai qu'avec "Puzzle" nous sommes allés moins loin dans la dimension progressive en donnant aux morceaux des tournures plus simples, tant au niveau des musiques que des paroles, et plus arrangées.





Trois ans après la sortie de "Opposites", comment le percevez-vous avec du recul? Aviez-vous des choses à prouver avec"Opposites" ?

James : Je ne pense pas que nous avons pensé comme cela. Sans doute que nous rêvions de faire un double album car c'est un défi en soi. Ensuite, je pense que "Opposites" s'est configuré en double album naturellement en suivant l'idée de départ et le concept que nous voulions mettre en musique. Explorer toutes nos inspirations dans un seul album aurait été possible mais le fait de bien les séparer physiquement s'est avéré intéressant. Comme nous en discutions juste avant nous sommes influencés par la musique progressive dans ce qu'elle a de très évolutive et audacieuse. Le format du double album s'adapte très bien à ce style pour de bonnes raisons.

Ben : Quand nous avons avancé dans l'album il était difficile de mettre de côté un titre ou un autre, nous avions un aperçu d'une cohérence qui se dessinait. Ensuite, si tu prends chacun des disques ils n'ont pas de longueur excessive mais séparent bien les deux thématiques.


"Opposites" était un album très ambitieux et progressif. "Ellipsis" semble un retour aux sources du rock alternatif brut avec une forte composante pop mélodique…

James : waouh, c'est exactement ça…(Rires de Ben et James)


…était-ce une volonté dès le départ ou cela a-t-il émergé naturellement pendant la composition ?

James : le processus de création est une chose un peu magique tu sais. Simon pourrait mieux t’en parler que nous. Tu décris assez bien le contenu de cet album, axé sur la mélodie et une certaine immédiateté pop. Le son est très travaillé mais pas comme d’habitude, sans orchestration ni production exagérées.


Le choix de la production s'est fait dans ce sens, retrouver un son brut ?

James : Nous avons fait appel à Rich Costley, qui a travaillé sur les albums de Muse et Foo Fighters notamment, pour produire "Ellipsis”. Ce type est incroyable et nous lui devons d’avoir expérimenté de nouvelles choses dans notre façon de mettre les instruments en interaction. Donc retrouver un son brut comme pour nos premiers albums, oui, mais d’une manière inédite qui consiste à inclure beaucoup plus de machines au lieu d’instruments traditionnels comme les guitares ou les violons.


C’est de là que vient la déclaration de Simon quand il dit que "Ellipsis" est un album qui "embrassait le chaos" ?

Ben : Oui, clairement. La prise de risque pour cet album a été de mettre plus en avant la technologie informatique, et quand Simon parle d’embrasser le chaos c’est de cela qu’il veut parler. Oser mélanger les textures, les instruments, l’organique et le numérique. Pour la première fois nous nous sommes un peu détachés de nos vieux réflexes qui nous faisaient entrevoir la musique à la manière des groupes à l’ancienne. Avec "Ellipsis" nous avons complètement basculé dans le présent, avec un peu d’appréhension au départ, mais avec le sentiment d’avoir réussi notre pari.


Est-ce que c’est dans cet esprit qu’il faut comprendre Simon quand il dit que pour cet album il a été influencé notamment par le rappeur A$AP Rocky ?

James : Absolument ! C’est en écoutant beaucoup d’artistes de pop-electro, et même rap comme A$AP Rocky, que les idées d’utiliser de nouveaux matériels s’est imposée. Chez ces artistes tout est parfaitement bien dosé, ils savent d’une certaine façon être"rock" sans l’attirail de saturation et de guitares. C’est l’esprit que nous voulions donner à "Ellipsis", du vrai rock sans artifices.


Vos albums fonctionnent par trois. Vers quoi va vous amener ce septième album ?

Ben : Tu as tout à fait raison, nous fonctionnons par trilogies. Difficile de dire exactement de quoi seront faits les prochains mais comme  "Ellipsis" donne quelques indices du ton de cette trilogie, je pense que l’on devrait partir sur du Biffy rock immédiat sans trop charger les arrangements, et en mettant en priorité l’accent sur les mélodies et les émotions. Comme nous ne nous imposons aucune barrière, les albums suivants pourront être différents mais rester ancrés sur cette idée de base. Avec "Ellipsis" nous avons innové en expérimentant d’autres façons d’utiliser les sons dans notre musique. Cette expérience a été vraiment intéressante, par exemple en utilisant une amplification pour la batterie, et nous avons envie de pousser encore dans cette direction.


Est-ce que le titre de l'album "Ellipsis" a un sens particulier ? Comme pour dire qu'avec cet album le groupe boucle la boucle ? La pochette semble suggérer que vous vous êtes mis à nu?

Ben : Je ne dirais pas que nous bouclons la boucle car nous sommes dans une évolution bien que celle-ci soit apparentée à une remise à plat de nos fondamentaux. C’est d’ailleurs ce que la pochette veut dire. L’idée de base est de Simon qui voulait comme une spirale humaine pour signifier le retour à une certaine virginité. Nous concevons cet album comme un nouveau départ pour le groupe, au-delà du fait qu’il débute une nouvelle ère. La nudité renforce ce thème de manière visuelle et je dois avouer que le résultat est très parlant. Nous attachons beaucoup d’importance à l’artwork de nos albums et nous sommes vraiment bluffés par le résultat obtenu cette fois-ci. L’artwork du single ‘Wolves Of Winter’ est une variante encore plus poussée avec nos trois yeux les uns à côté des autres. L’œil est une fenêtre sur l’âme…






Pourquoi avoir choisi cette chanson comme single ?

Ben : Cette chanson, choisie comme single de l’album, est comme une synthèse de ce que l’album veut véhiculer. Elle traite de l’évolution de l’homme, comme le clip le montre bien, ce qui vient confirmer que "Ellipsis" est dans cette logique évolutive, et en même temps elle parle de l’instinct dont Simon fait mention pour décrire comment il s’est sorti de sa période de trouble. Quand l’esprit est perturbé et parasité par des éléments extérieurs incontrôlables qui t’empêchent d’avancer, il faut revenir à son instinct et lui faire confiance.


Pour la troisième fois vous enregistrez l'album en dehors du Royaume Uni, en Californie. Quelles différences faites-vous entre ces deux endroits?

James : Comme tu l’as dit nous voyageons aux Etats-Unis pour enregistrer nos albums depuis "Only Revolutions". Oui, le choc est parfois rude entre les deux endroits mais en Californie nous avons trouvé une mentalité particulière qui veut que tout soit possible. Les studios sont vraiment excellents avec du matériel ayant été utilisé par des groupes de légende, les personnes qui travaillent là-bas sont à la pointe, et l’exigence y est totale. Ces studios ont une vraie âme, il y a une atmosphère particulière qui ne se dégage que dans les lieux chargés d’histoire. La Californie est un endroit que nous apprécions, nous vivons véritablement pendant des mois sur les collines d’Hollywood, et nous avons même organisé une petite fête pour faire entendre l’album à quelques privilégiés il y a peu de temps.


L’album est très varié avec des titres très heavy (‘Friends and Enemies’), pop (‘Re-arrange’) ou folk (le magnifique ‘Medicine’), comment composez-vous les titres en général ?

James : Comme on l’a dit tout à l’heure c’est Simon qui compose. Avec Ben nous nous contentons d’amener quelques idées et surtout d’incarner la musique que Simon veut faire naitre. Simon nous consulte toujours pour valider un morceau, nous sommes un peu comme les garants de l’esprit Biffy Clyro. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec le morceau 'Animal Style' qui a été travaillé par Simon avec l’aide de John Feldmann (NDLR : musicien, auteur-compositeur et producteur d’un grand nombre de groupes). Ils ont tous les deux enregistré le morceau et Simon est venu nous le présenter, non sans un peu d’appréhension car nous n’avions pas été vraiment consultés avant que le titre ne soit finalisé. Finalement, l’esprit de Biffy était présent et nous avons adhéré totalement au morceau. Cela donne une idée de la variété des titres de l’album.





Si vous deviez choisir un titre de la discographie de Biffy Clyro pour faire découvrir votre musique à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas, quel titre choisiriez-vous et pourquoi ?

Ben : Question difficile si je dois en choisir un de notre discographie. Je pourrais à la rigueur t'en donner un pour chaque album mais en prendre un pour la totalité c'est impossible de par la variété de nos disques. Mais dans "Ellipsis" je dirais ‘Wolf Of Winter’. J'aime beaucoup cette signature étrange qu'il possède, il ouvre l'album en faisant un peu le pont entre "Opposites" et "Ellipsis" et il représente bien Biffy Clyro.

James : Je citerais aussi 'Re-arrange' qui symbolise un peu le côté immédiat de l’album et le fait que nous nous sommes bien amusés en studio avec les appareils rythmiques. Simon a composé cette chanson d’une manière très simple et elle a vraiment enclenché la direction que prendrait l’album dans son entier. Elle donne une bonne idée de l’esprit d’apaisement et de liberté que nous voulions donner à l’album.


Vous faites une date à Paris le 11 juin, peut-on espérer d’autres dates françaises ?

James : Oui, nous sommes parmi vous le 11 juin pour le festival Download et nous avons véritablement hâte de défendre l’album sur scène. Pour l’instant je ne connais pas les dates de notre tournée européenne mais si nous pouvons passer par la France nous le ferons avec un énorme plaisir.


Le choix pour la setlist va être de plus en plus délicate à dresser…

James : Pour un festival, avec une heure de concert, il est plus dur de construire une setlist pouvant balayer tous nos albums, car nous en sommes à sept maintenant. Pour la tournée sous notre seul nom on aura plus de temps pour mettre tous les titres que l’on veut. Ce qui est sûr pour le 11 juin c'est qu’on va jouer quelques morceaux du nouvel album et que l’on va surtout se concentrer sur les trois derniers albums.





Vous êtes un groupe très soudé et fidèle depuis le début. N'avez-vous jamais eu envie de faire partie d'un projet annexe ?

Ben : C'est effectivement le cas, nous nous connaissons depuis 30 ans et sommes très proches. C'est une histoire d'amitié avant d'être une histoire de musique et de groupe.


Jusque dans votre propre chair…

Ben : Absolument ! Nous nous sommes fait tatouer tous les trois avec une figure un peu étrange qui se reconstitue seulement avec nos trois corps réunis. Bon, James et moi avons le dos tatoué et Simon l’arrière de la cuisse car il a le dos déjà bien garni (Rires). Chaim Machlev a fait un super boulot avec ce tatouage par morceaux !
Pour en revenir à Biffy, nous sommes comblés dans Biffy et je ne me vois pas passer du temps à faire autre chose. Mais Simon joue déjà dans un autre groupe avec JP Reid qui s'appelle Marmaduke Duke. Avec James nous y faisons quelques apparitions de temps en temps.


Merci beaucoup pour vos réponses. Avez-vous un dernier mot à ajouter, en français si possible ?

James : "Le café crème est très bien !" (En français dans le texte). Merci de nous être fidèles depuis toutes ses années, nous sommes très reconnaissants du travail que vous faites de manière bénévole et passionnée. Nous aimons venir en France, un pays qui nous a toujours bien accueillis et nous sommes très impatients de venir jouer au festival Download en juin. Merci beaucoup Arnaud pour cette interview.


Merci beaucoup à vous deux.





Merci à Newf pour sa contribution et à Struck pour avoir rendu cette interview possible.



Plus d'informations sur http://www.biffyclyro.com/
 
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