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LES DERNIERS TROUVERES (17 JUIN 2016)


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INTERVIEWS
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Music Waves a rencontré le groupe médiéval Les Derniers Trouvères.
ADRIANSTORK - 26.07.2016 -
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Quelle est la question que l’on vous a trop souvent posée ?

Vraiment aucune. Toute curiosité est légitime, nous aimons tellement partager avec le public notre univers celtique et néo médiéval.





Pourquoi "Les Derniers Trouvères" ? Après vous, le déluge ?

Tout l'intérêt de notre nom réside dans un paradoxe. Ce nom semble dire : "après nous plus rien", cependant nous assumons à la fois notre filiation avec les trouvères du Moyen Age, et cette idée très importante que nous sommes dépositaires de quelque chose qui est devenu rare ; une façon d'envisager l'amour comme auparavant les troubadours, les fidèles d'Amour en Orient, les chanteurs de Gazhal en Inde. La passion a fait de nous les héritiers de ce patrimoine culturel, et notre engagement est de maintenir ce trésor vivant. Vous savez, le nom de notre groupe qui semble dire « nous » et « après plus rien » n'exclut et n'agace finalement que ceux qui ne sont pas clairs avec leur position. Ce n'est pas parce qu'on est dans la reconstitution historique, et que l'on chante un chant de trouvère, que l'on est un trouvère : ce qui fait un trouvère c'est l'âme du trouvère. Si vous souhaitez un exemple peut-être plus parlant pour des rockeurs, celui qui se sent aujourd'hui l'âme d'un Mohican, ne se sentira pas exclu par le titre du roman : « Le dernier des Mohicans ». Au contraire, le titre de ce livre va raviver la préciosité de ce qu'il porte de vivant en lui : l'esprit du Mohican. Pourtant, celui qui a vécu deux cents ans plus tôt était bien le « dernier ». C'est juste un paradoxe qu'il faut comprendre.


Que veut dire jouer de la musique médiévale en 2016 ?


Il y a à l’origine de notre groupe la volonté de jouer partout, facilement, en acoustique, sans sonorisation. Nous sortons nos instruments et hop, nous sommes prêts. Cette mobilité c'est une des particularités du jongleur médiéval. Il est partout, il chante pour tous les publics, il se veut libre dans sa parole. Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi une démarche que l'on qualifierait plutôt de néo médiévale. Si une partie de notre répertoire est constituée de chants anciens, la majeure partie, elle, est écrite et composée par Florian Lacour et Isline Dhun. Ce sont donc des chansons contemporaines qui traitent de sujets médiévaux et celtiques comme par exemple sur l’album "Retours en Forêt". Vous savez, le Moyen Âge c'est mille ans d'histoire avec des terroirs très différenciés, des instruments aux sonorités oubliées. C'est ce que l’on appelle une musique modale, et c'est le sens de la belle mélodie par opposition aux musiques basées sur des accords plus complexes. Jouer de la musique néo-médiévale en 2016, c'est se remettre en quête de cette richesse, réutiliser des instruments anciens, s'extraire le plus possible du mode mineur, quasi systématique actuellement. Il existe une image médiévale très caractéristique pour parler de ces différenciations : celle des dragons vouivre. Peu de gens savent qu'ils symbolisent des fils d'énergies qui circulent sous la terre. Lorsqu'ils affleurent la surface, ils forment la spécificité du lieu. On peut dire d'une vouivre qu'elle est douce ou chargée. Quoi qu’il en soit, ce sont ces dragons vouivre qui ont façonné les terroirs. Jouer de la musique médiévale en 2016, c'est suivre les traces de la vouivre.





Votre actu est la réédition de l’album de 2013 « Retours en forêt ». Pourquoi ce choix de réédition ?

Pour continuer de répondre à la demande. La France est un des pays qui télécharge le moins. On aime posséder le CD, le toucher. Peut-être que c’est un vieux reste gaulois, puisqu’on sait qu’ils étaient très doués pour l'artisanat. La matérialisation d’un CD rend la musique moins virtuelle.


Le fait d'avoir en votre sein des mordus du Moyen-Age est nécessaire à votre art ? (à l'image de la très belle 'Happy And Strange Samhain', aussi bien écrite que documentée) ?

Merci du compliment pour l'auteur. Il est préférable d'avoir une bonne culture, aussi bien médiévale que celtique, pour comprendre et porter les textes.
L'intérêt d'être entre passionnés, c'est aussi qu'il puisse y avoir une prolongation culturelle avec le public au-delà des spectacles. Le public est très demandeur sur ce point. Mais plus encore que la connaissance, c'est par les valeurs médiévales, une éthique, que nous nous sentons unis. Par exemple, la confiance que nous mettons dans la parole donnée entre nous est une valeur typique des traditions orales. En ce qui concerne le style un peu à part de la chanson de 'Samhain', il y a ce goût commun que nous avons pour une certaine esthétique anglaise du XIXème siècle. Alors disons que c'est une particularité du groupe qui s'est retrouvé fortement dans cette chanson.


Quels retours du public avez-vous lors de vos voyages ?


Beaucoup d'encouragements à poursuivre, où que nous allions. Nous pouvons vous raconter une anecdote. Le fondateur de la revue Viking et du site sur les origines de l'arbre de mai (racinnes.traditions.free.fr) prit un jour Marie Milliflore par le bras. Ce grand érudit l'emmena à part pour lui dire la chose suivante : « Il ne faut jamais arrêter ce groupe alors surtout ne vous disputez pas ! Si l'un de vous ne fait pas ce qu'il faut, tant pis. Car le plus important c’est que cela continue, même si ce n'est pas exactement comme vous le souhaitez ». Sur l’instant, cela lui sembla presque naïf ; il y a de saines frictions. Pourtant lorsque nous nous penchons sur l'histoire de la musique, il y a tant de groupes géniaux ou prometteurs qui se sont séparés à cause de disputes internes. Quel dommage et quel gâchis. Savoir s'entendre, savoir garder de la légèreté dans l’adversité, éviter les lourdeurs et les sujets qui fâchent inutilement pour conserver son énergie à ce qui est vraiment important, c’est une clé pour maintenir l’inventivité et l’unité d’un groupe, ainsi que sa pérennité. Nous avions reçu ce jour-là le conseil éclairé d'un grand sage !





Que pensez-vous de vos grands frères Mélusine et Malicorne ?

Il est intéressant d’observer que ce sont surtout les deux principaux chanteurs du groupe ont beaucoup écouté le groupe Malicorne. Roland Deniaud vient de la skiffle et des sixties, c'est également le premier univers musical de Florian Lacour. Curieusement c'est par le renouveau du folk aux Etats-Unis, que l'Angleterre, puis la France, ont également connu ce renouveau. Florian Lacour a vécu tout ce processus. Pour en revenir au groupe Malicorne, ils ont eu des associations de voix si audacieuses que cela a eu l'effet de donner des ailes à toute une génération de chanteurs dans leur recherche d'harmonies vocales. Quant à la belle musicalité du groupe Mélusine, nous l'avons redécouverte avec Michel Sikiotakis qui a enregistré nos cinq derniers albums. Il en parlait bien. C'est passionnant de connaître le travail musical des autres groupes. Malicorne faisait beaucoup d'arrangements directement en studio. Or, quand on commence à enregistrer ses premiers albums, pour ne pas perdre d'argent, on arrive en studio parfaitement fixé sur ses arrangements. Pourtant, en se laissant du temps pour faire ses trouvailles en studio, on est sûr d'avoir de la fraîcheur, fraîcheur propre à la création. La démarche est plus coûteuse, mais il faut reconnaitre que le résultat en vaut la peine.


Vous faites de discrètes allusions à « des sociétés de haine et de rage ». Est-ce que le retour à la terre, au patrimoine est le remède ? Suivez-vous Voltaire dans le culte du jardin ?

Vous faites référence au "Chant de Brocéliande". Et bien, nous sommes en droit de nous demander s'il y aura un jour un remède à cette rage déployée contre la forêt de Brocéliande ! Entre le projet de barrage qui allait inonder la vallée de l'Aff, le centre d'enfouissement des déchets de Concoret et l'assèchement incompréhensible de l'Aff (les forages installés récemment ?), c’est un véritable acharnement. Il y a des associations comme " Danse avec les sorcières (http://dansesorcieres.canalblog.com/)" ou "SOS Brocéliande (http://sosbroceliande.centerblog.net/)" qui luttent courageusement contre ces agressions. Lorsque nous chantons cette chanson à des étrangers qui ne comprennent pas un mot des paroles, voire même qui ne connaissent rien de Brocéliande, certains se mettent à pleurer, ils sont pris de frissons… alors cela les intrigue fortement ! Lorsqu'ils viennent nous demander le sujet nous leur traduisons les paroles, nous leur expliquons l'histoire du lieu. Cette anecdote prouve que c'est un lieu non seulement physique mais aussi symbolique, un espace sacré qui vit dans l'inconscient collectif. Brocéliande est éternelle ! Nous ne suivons certainement pas Voltaire et son refus de toute métaphysique. Tout en étant d'accord avec lui sur le fait qu’il faille cultiver son jardin ici-bas. Pour ce qui concerne Brocéliande cela peut sembler vain, en réalité cela ne l'est pas.





Pour réunir tous les Celtes, vous avez choisi d'utiliser pour la première fois sur tout un album la langue anglaise? Vouliez-vous que votre propos s'étende à d'autres sphères d'influences ?

L'idée de chanter en anglais n’est pas venue dans l'optique d'élargir notre public, mais pour approfondir le lien avec un public que nous avons déjà. Lorsque nous chantons nos textes en français, à des français, la relation qui s'établit va plus loin qu'un simple rapport à l'esthétique musicale, ou scénique. Ce n'est pas pour déprécier la musique purement instrumentale (parfois, subtile, elle peut être plus signifiante que des paroles), mais étant donné notre identité de chanteurs à textes, de trouvères, nous avions envie d'aller chercher ce contact plus intellectuel avec les anglo-saxons aussi. Il y a cinq titres en anglais sur cet album, ils n'ont pas la même histoire. La chanson de Mai est née un 1er mai, en Angleterre, tout en tournant autour d'un May Pole. La chanson de la Dame à la Licorne était une commande faite à Florian Lacour pour une comédie musicale à New York. Sa version française figure sur l'album "Cluny, Ville Eternelle". Si nous l'avons reprise récemment de cette manière, c'est parce que cela a du sens de souligner l'origine anglaise de celle qui inspira les célèbres tapisseries, dites de "La Dame à la Licorne et au Lion".


Est-ce que « la Rencontre des Tribus » ne fait pas figure d'intrus dans cet album ? L'atmosphère médiévale s'éloigne, le texte se fait plus sentencieux. Il a des accents « baba cool » ?

Quand Florian Lacour et Isline Dhun nous ont confié cette chanson, oui, nous avons eu le sentiment de nous éloigner de notre univers médiéval habituel. Pourtant, c’est en commençant à jouer cette chanson dans des festivals historiques que nous avons pris conscience de la pertinence de son propos. Les fêtes médiévales, c’est un peu comme une réunion de tribus. Il y a des campements, il y a ceux qui viennent en groupe qu’ils soient gothiques, fantastiques, historiques. Parmi les historiques, il y a les groupes plutôt Vikings, plutôt XVème siècle etc. Chacun développe son personnage au maximum. Cette chanson fonctionne très bien auprès du public car nous faisons tous partie d’une tribu. Elle a un fort pouvoir d’identification, c’est le reflet historique des rencontres de tribus gauloises, notamment à Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône. Quand vous parlez des accents "sentencieux" et "baba cool », peut-être faut-il mettre ces deux qualificatifs en relation avec les deux types de tribus du second couplet : les tribus qui sont sédentaires, et celles qui sont nomades. "Baba cool" n'est pas une notion très noble pour nous, elle évoque un laisser-aller qui n'est pas la même chose que de faire confiance à la providence.





Qu’attendez-vous de la sortie de cet album avec l’aide de Dooweet ?


Rencontrer le public dans des espaces où nous n'aurions pas pensé, ou même pu aller sans eux, c'est l'idée de cette collaboration.


Pensez-vous que le soutien de Dooweet permettra à ce huitième album d’atteindre un public plus large ?


Ils connaissent les chemins incontournables pour ouvrir certaines portes.


D’ailleurs, pensez-vous qu’avec ce soutien votre musique peut toucher un autre public que celui des initiés ?

Les gens ne demandent peut-être qu'à être initiés. "S'il te plaît, apprivoise-moi" dit le renard au Petit Prince d'Antoine de Saint Exupéry.
Le mouvement naturel du cœur est d'aller vers toujours plus d'ouverture. Stella Vander, du groupe Magma, expliquait aux programmateurs qui hésitaient à les diffuser en justifiant que sa musique était trop élaborée pour les oreilles des auditeurs que : « c'est donc qu'ils estiment (les programmateurs) que le public n'est pas "éducable » ? (Sic).





Quel est votre meilleur souvenir d’artiste ?


Les souvenirs qui laissent une trace indélébile sont les moments de communion parfaite entre le public et le groupe, lorsque l'alchimie a opéré. Dans ces moments là, on rencontre un public créatif dans sa façon de vivre l'événement. De notre côté, cette communion nous libère et nous trouvons des idées qui ne seraient jamais venues en répétition. Chaque artiste se risque à des audaces tout en se sentant confiant. Heureux les artistes qui ont connu ces envolées, cette magie ! Et heureux ceux qui ont trouvé leur(s) groupe(s) idoine(s).


A l’inverse quel est votre pire souvenir ?

Lorsque nous vivons une difficulté, il n'est pas rare de constater après coup l'enseignement qui s'en est dégagé. D'ailleurs nous pourrions situer la présentation de cet album au public comme étant l’un de nos pires souvenirs. Un organisateur qui avait oublié de réserver nos chambres ! Nous allions jouer dans un festival très prisé dans la région et pas une chambre de disponible à moins de 150 km à la ronde. De plus l’organisateur était injoignable, il était deux heures du matin. L’horreur ! Pour finir nous nous sommes retrouvés dans un hôtel avec des anglais compatissants, dans une ambiance seventies, couchés dans des lits de coussins récupérés sur des fauteuils de couloirs. Nous sommes devenus très amis ! Ce sont eux, "Les voyageurs de la Framboise", qui nous ont invité dans le Sussex, qui nous ont initiés au Jack-in-The-Green, à cette ferveur collective autour de mai. D’où toutes nos recherches, la rencontre avec Christian Mandon le fondateur du site sur les traditions de mai, et Pierre Albuisson qui fait revivre la tradition des Tilleuls à danser, et d'où la nécessité de chanter en anglais.


Quelle est la question que vous aimeriez que l’on vous pose ?

La question qui s'avèrera utile à celui qui la posera.

Un dernier mot aux lecteurs de Music Waves ? 

A bientôt sur un festival ! Entre tribus !  


Plus d'informations sur http://www.lesdernierstrouveres.com
 
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