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TITRE:

ZEAL & ARDOR (12 JANVIER 2017)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLACK METAL



A l'occasion de la sortie du très remarqué "Devil is Fine", Music Waves a rencontré Manuel Gagneux qui évoque l'histoire de ces chants negro spiritual louant la gloire de Satan...
STRUCK - 10.02.2017 -
7 photo(s) - (0) commentaire(s)

Et c'est un Manuel Gagneux intimidité et visiblement dépassé par l'ampleur pris son projet que nous avons rencontré pour une interview à l'image de sa musique "hors de sentier battus"...


Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Manuel Gagneux : Celle-ci (Rires) ! Non je dirais plutôt c’est : "Comment t’es venu le concept de cette musique ?" (Rires) mais ça ne me dérange pas d’y répondre au contraire, je suis heureux de répondre à toutes les questions qu’on me pose.


Tu dis ça mais dans 10 ans lorsque Zeal & Ardor sera devenu très connu, tu ne répondras plus la même chose…

(Rires) Non aujourd’hui, j’en suis plutôt au point de trouver bizarre que les gens me posent des questions…





Comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de ton premier album ?

Un peu nerveux et indifférent à la fois parce que je n’ai jamais pensé un instant que cet album serait une chose aussi… importante !


Justement ne commences-tu pas à réaliser l’importance de ton projet avec ces journées promotionnelles où tu rencontres les médias ?

Non, non… C’est tellement bizarre !


Ce projet ne te dépasse-t-il tout simplement… sachant que je crois savoir que ce projet est né d’une blague à la base ?

C’est bizarre et super à la fois parce que ce projet est très sérieux pour moi parce que j’ai beaucoup travaillé sur ce projet. Et constater qu’on en parle ainsi, c’est vraiment super !


Et quand as-tu compris que cette blague allait devenir quelque chose de sérieux ?

En fait, c’est une personne qui s’appelle Kim Kelly qui a tweeté sur l’album et qui a reçu énormément de réponses. Et ensuite, c’est le magazine Rolling Stones qui a écrit sur cet album. C’est à ce moment là que j’ai réalisé que ce projet n’était plus une blague.


Avec Zeal & Ardor, on prend des raccourcis


Et comment expliques-tu l’accueil du public pour une musique mixant des musiques antinomiques comme le black metal et les chants negro spiritual ?

J’ai une théorie à ce propos. On peut écouter le metal et le black metal en particulier des deux façons : la première est que la musique t’agresse littéralement, une musique qui te fait reculer dans tes derniers retranchements et si tu écoutes plusieurs fois, tu trouveras une vraie attraction et cette musique te tirera vers le haut.
A l’inverse, la musique negro spiritual est très introspective qui te donne envie de taper des mains, de chanter…
Dans le cas de Zeal & Ardor, tu entres très rapidement dans la musique grâce aux rythmes negro spirituals et quand les parties metal débarquent, elles te tirent vers haut… bref, avec Zeal & Ardor, on prend des raccourcis (Sourire) !





Tu n’es pas le premier groupe avant-gardiste mêlant black metal et autres types de musique, en revanche, tu es le premier à le faire avec des parties negro spiritual. Est-ce que ce mélange était une évidence pour toi qui a grandi au sein de deux cultures ? En d’autres mots, est-ce que métissage musical est le reflet de ce que tu es en tant que personne ?

Bien sûr, c’est une conclusion logique mais ce n’était pas le but initial.
Peut-être l’ai-je fait de façon inconsciente… Franchement, je ne saurais pas te dire la signification de tout cela : c’est vraiment étrange…


Si cet album est court, c’est que j’ai le désir constant de faire encore plus évoluer le son


Cet album est très court. Pourquoi était-ce une volonté pour sonder le public dans un premier temps avant de se lancer sur un deuxième effort plus long ?

Non, si cet album est court, c’est tout simplement parce que je n’avais pas d’autres chansons (Rires) !
Et aussi, si cet album est court, c’est que j’ai le désir constant de faire encore plus évoluer le son.


Et sais-tu déjà quelle sera la direction prise sur le prochain album ?

Et bien, je vais tourner pour la première fois avec ce projet et ce premier album de 20 minutes. C’est totalement impossible d’envisager de tourner avec seulement 20 minutes de musique, j’ai donc déjà de nouveaux titres que je vais jouer lors de cette tournée.


N’as-tu pas envisagé de réarranger certains titres et les allonger sur scène ?

Non parce que je me lasse très vite de façon générale, dans ces conditions, je me voyais mal étirer les chansons de ce premier album. Et en faisant cela, je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée d’allonger les titres pour que les gens revivent la même expérience que sur l’album : ce n’est pas très excitant de mon point de vue. Et comme je te l’ai dit, je souhaitais faire évoluer le son.


La dernière fois que tu as joué sur scène, tu étais seul. Vas-tu tourner dans la même configuration ?

Aujourd’hui, j’ai mon propre groupe… En fait, nous avons joué dans des festivals où mes idoles ont joué Kovenant, Melvins, at the Drive In… et je m’imaginais mal débarquer seul avec ma boîte d’allumettes (Rires)…


Et quel a été l’accueil du public metal quand tu étais seul sur scène ?

Il était plus positif. En fait, une partie du public était surprise par ce mélange bizarre et l’autre était déjà très ivre (Rires)… Donc ces deux choses faisaient que ça se passait plutôt bien…


Ce projet est né en dehors des attentes du public et si je me conforme à ce que pense le public, cela diluera le projet !



Tu nous as confié que tu allais jouer de nouveaux morceaux durant cette tournée. Nous sommes surpris que nous pensions que tu aurais attendu la fin de cette tournée pour composer de nouveaux titres avec l’expérience de la scène et de ce que le public attendait…

Et bien, au risque de paraître arrogant, je dirais que ce projet est né en dehors des attentes du public et si je me conforme à ce que pense le public, cela diluera le projet !


Les paroles de 'Blood in the River' sont un bon Dieu est un Dieu mort (NdStruckk : "a good Go dis a dead one"), est-ce vraiment ce que tu penses ?


Je trouvais que ça sonnait vraiment bien, cela sonne comme une citation d’un philosophe (Sourire). Phonétiquement cela sonne bien et il y a un "contrat" entre le style musical et le contenu des textes.





Les paroles sont blasphématoires mais tu sembles dire que c’est plus pour coller au style que tes réelles convictions ?

Non, je dirais que c’est les deux en même temps et il faut que ce soit le cas sinon ça ne fonctionnerait pas.


Quels sont les groupes qui t’ont influencé pour cet album ?


Une énorme influence est Alan Lomax qui a enregistré de vieilles lectures folkloriques, Fantomas et Björk est également une énorme influence.


Et pour ce qui est du black metal ?

Burzum, Darkthrone, Naglfar…


C’est la première fois que j’entends quelqu’un d’autre que Philx parler de ce groupe, je pense que vous allez pouvoir fonder un fan club des deux seuls fans de ce groupe !

(Rires)


Tu as cité Burzum particulièrement connu via son leader Varg Vikernes connu pour son meurtre de son acolyte, ses positions radicales vis-à-vis de l’église et pour avoir brûler des églises mais également ses positions néonazistes… N’est-ce pas paradoxal de mélanger ces influences musicales avec des chants négro spiritual ?

C’est triste parce que plein de groupes portent les stigmates de tout cela, certains sont ignorés des médias parce qu’ils sont considérés comme nazis alors que ce n’est pas le cas…


Il faut séparer la musique de l’artiste parce que pour moi, ce sont deux choses différentes


Certes, nous avons rencontré Amon Amarth, Sabaton… qui nous disaient encore souffrir de cela mais ce n’est pas le cas de Burzum… Ma question est simple, n’est-ce pas paradoxal pour un homme avec une partie de ses origines noires donc d’écouter un groupe avec des convictions opposées à tes racines ?

As-tu entendu parler de La mort de l’auteur (NdStruck : article de Roland Barthes) ? En clair, il faut séparer la musique de l’artiste parce que pour moi, ce sont deux choses différentes.





Et quelque part, c’est que tu fais également au travers de Zeal & Ardor ?

Bien sûr, c’est très important pour moi car d’une certaine façon, j’ai des idoles mais ce n’est que de la musique.
Mais je sais que c’est quelque chose que tu ne peux pas éviter. Par exemple, nous parlons tous les deux de musique -ce qui est bizarre au demeurant- mais c’est avant tout un échange entre personnes, c’est inévitable mais tant que je pourrais garder le contrôle, j’aimerais vraiment séparer les choses.


C’est vrai mais si ta musique est ce qu’elle est, c’est parce que tu es ce que tu es à savoir un homme issu de deux cultures, comme Burzum…

Si tu lis une fiction, par exemple, Sir Arthur Conan Doyle n’a pas écrit Sherlock Holmes parce qu’il était Sherlock Holmes mais c’était une partie de lui. Ecrire de la musique est similaire de ce point de vue.


Il semblerait que cet album ait été composé autour des voix. En d’autres mots, as-tu d’abord enregistré les voix puis la musique ?

En partie, oui ! Les chants sont venus dans un premier temps : j’ai essayé de faire des hurlements qui ne sonnaient pas trop mal, les trucs sataniques dans un style gospel… (Rires) ! Mes voisins m’ont vraiment détesté pendant cette période (Rires) ! Et puis, j’ai essayé de faire en sorte de réarranger cela pour que cela soit fluide…


En te voyant rire en disant que tu chantais des trucs sataniques dans un style gospel… je n’ai pas l’impression que la blague soit encore totalement sérieuse ?

(Rires) Mais c’est tellement hilarant ! Attention, je prends ce projet vraiment très au sérieux… mais il faut prendre du plaisir quand tu fais de la musique et dans le cas présent, il y a de quoi s’amuser (Sourire) !


Ne faut-il pas être un peu fou justement pour imaginer un tel mélange ?

Bien sûr !


Pour obtenir des choses sensibles plus tard, il faut parfois savoir sauter par dessus les plus folles rivières



Et quel est le plus fou finalement : avoir une telle idée ou la creuser en se disant qu’on va en faire un projet sérieux ?


Tu sais pour obtenir des choses sensibles plus tard, il faut parfois savoir sauter par dessus les plus folles rivières.


En écoutant cet album, plein de personnes se demandent si ce ne sont pas des samples de chants négro spiritual tirés du domaine public, je suppose que tu dois être très fier de lire ce genre de compliments ?

C’est une leçon d’humilité !





Tu joues du xylophone sur les titres ‘Children Summon’, ‘Sacrilegium II et III’…

Non, c’est du clavier…


… Est-ce que ce son a une signification particulière pour toi ?

Oui parce que c’est la connotation de l’innocence. Et si tu le places dans un contexte éloigné de l’innocence, cela donne un sentiment étrange et subversif…


C’était important pour moi d’explorer et d’aller plus loin dans les contrastes



N’as-tu pas craint que les interludes Sacrilegium I, II et III puissent casser la cohérence de l’album ?

Je pense que c’est une question de perspective. En effet, si tu écoutes les deux premiers titres, tu penses avoir un peu compris de quoi il retourne… et par la suite des titres étranges et différents arrivent… C’était important pour moi d’explorer et d’aller plus loin dans les contrastes : c’était ma motivation !


Ces parties ont un petit côté Amélie Poulain…

… Je comprends, j’ai beaucoup écouté Yann Tiersen… mais l’inspiration vient également d’Erik Satie et notamment le titre 'Pièces Froides' et les trois danses de travers.


Quelles sont tes attentes pour cet album ?

Je n’ai aucune idée de quoi m’attendre… A ce jour, le projet a déjà atteint une dimension absurde et chaque jour, je dois me pincer pour réaliser que ce que je vis est vraiment réel… Bref, je n’ai aucune idée de quoi m’attendre : aujourd’hui, je suis perdu (Rires) !


C’est important de toujours être fasciné et passionné par la musique !


Tu joues également dans un autre projet Birdmask qui est plus orienté pop. Comment vas-tu gérer ces deux groupes à l’avenir ? Avec la sortie de "Devil’s Fine", Zeal & Ardor va-t-il devenir ta priorité ?

Ce sont des projets symbiotiques parce que dès que j’ai terminé quelque chose avec Birdmask, j’enchaîne avec un titre Zeal & Ardor et ainsi de suite… Pour moi, c’est important de toujours être fasciné et passionné par la musique ! Dès que tu commences à t’ennuyer, les gens s’en rendent compte aussitôt… il faut donc toujours être euphorique !


Peut-on dire que Zeal & Ardor est une façon pour toi de briser tes chaînes que l’on peut entendre sur le premier titre ?


Peut-être ! Ce n’était pas l’intention…





Inconsciemment cherchais-tu à casser quelque chose avec ce projet ?

Il y a un aspect racial voire même politique dans ce projet. Je ne sais pas jusqu’à quel point, je peux me permettre de faire cela ou jusqu’où je peux aller…


Ne crains-tu pas que ce mélange d’influences antinomiques comme Burzum et le negro spiritual te dépasse ?

J’adorerais cela ! J’adore tout ce qui relève de l’appropriation de culture ! Ma musique fait référence aux origines de la culture black metal norvégienne et la transpose dans un autre univers. Il est probable que cela en offense certains. Mais cette harmonisation, cette ouverture aux genres permet de refermer certains stigmates…


Mais plus que la musique avant-gardiste, ne penses-tu que certaines personnes puissent voir dans ce mélange un message ?

Ce serait merveilleux parce que cela mettrait toutes les choses au même niveau que ce soient les éléments noirs ou blancs.


Et c’est très important de nos jours…

Oui qui est une vraie tempête de merde (Rires) !


C’est assez paradoxal finalement car derrière ce projet aux paroles blasphématoires, on pourrait y voir un message…

… d’harmonie !


Oui de paix…

C’est amusant de le voir ainsi (Rires) !


C’est amusant mais est-ce que c’est quelque chose que tu envisageais en créant ce projet ?

Ce n’était pas l’intention première mais étant une personne très optimiste, je serais un trou du cul si je ne voulais pas partager cela avec les gens…


Autre cliché que tu casses : n’est-ce pas paradoxal d’être optimiste et jouer du black metal ?

Bien sûr que non… mais pour vivre de bons moments, il faut avoir traversé des jours tristes…


Je suppose que tes parents ont écouté cet album, quelle a été leur réaction ?

J'envoie mes musiques tous les jours à ma mère et je pense qu'elle s’est dit que c'était une nouvelle merde, elle m’a juste répondu : "Ah ok !" (Rires)…


Maintenant qu’elle sait que tu fais notamment cette journée promo, elle te prend plus au sérieux…

Oui, mes parents sont fiers aujourd’hui et c’est cool !





Tu dois être fier également de cela ?

Oui car ils savaient que je ne ferais rien d’autres que de la musique et ils ont toujours su qu’ils devraient faire des compromis avec leurs attentes me concernant (Sourire)…


Mais ils doivent être fiers que tu le fasses en mariant tes deux cultures ?

Ce n’était du tout conscient mais maintenant que tu m’en parles, c’est assez intriguant, il faut que je leur en parle parce que c’est assez… poétique !


Sans transition, questions traditionnelles de Music Waves quel est ton meilleur souvenir d’artiste ?

Mon meilleur souvenir ? Quand j’ai pris ma voiture pour me rendre à Paris pour une journée promotionnelle (Rires) !


Vraiment ?

J’ai eu plein de bons souvenirs mais vraiment celui-ci est bizarre et super en même temps…


Au contraire quel serait le pire ?

Un concert à New-York où finalement, je n'ai pas été payé… L’organisateur s’est barré avec la caisse : ce n’est pas cool (Rires) !





On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ?

Hum… Je n’en ai aucune idée… Je t’avouerais que c’est le genre de questions que je me pose à peu près tous les jours mais maintenant que tu me poses la question, je n’en sais rien (Rires) !
Si les films que j’aime regarder… J’aime regarder les nouveaux films et les bandes dessinées.


Et le dernier que tu as vu était ?

Arrival (NdStruck : Premier contact en français) de Denis Villeneuve qui est film super !


Merci beaucoup

Merci à vous


Merci à Newf pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.zealandardor.com/
 
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