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YUGAL (28 MARS 2017)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
THRASH

Un groupe de death - hardcore avec des sonorités orientales : il n'en fallait pas plus pour intriguer Music Waves...
STRUCK - 11.04.2017 - 1 photo(s) - (0) commentaire(s)

Quelle est la question que l’on vous a trop souvent posée ?

Guillaume : Sans aucun contexte : « Yugal c'est quoi comme style de metal? ». On répond généralement : « C'est du metal, mais pour le style je te laisse te faire ton avis » !


À l'époque de la mondialisation à outrance on trouvait dommage de se cantonner à des régionalismes


Comment quand on vient de Bretagne en arrive-t-on à avoir l’idée de marier le death et le hardcore à des sonorités orientales ?

On aime la Musique avec un grand M, il y a du bon partout. Les sonorités orientales se traduisent par une certaine forme d'envoûtement, c'est ce qui nous a plu dès le début. On nous a posé la question du choix ces sonorités orientales et non des sonorités bretonnes. La musique est universelle, internationale, et à l'époque de la mondialisation à outrance on trouvait dommage de se cantonner à des régionalismes. On veut jouer une musique qui vient des tripes, sans se dire « on va faire du thrash » ou « on va faire du death ». On fait de la musique metal mais on ne cherche pas à se catégoriser dans une branche, un style. On aurait pu venir de n'importe où en France qu'on aurait joué la même musique. Attention, on n'en est pas moins très attachés à notre région !






Dans notre chronique, nous avons évoqué Orphaned Land, Arkan et aussi à Myrath dans un style plus progressif. Orphaned Land avec Sahara puis El Nora Alila a clairement été un déclencheur pour beaucoup de groupes depuis ses débuts vers 1994, il a impressionné par sa force et sa capacité à mixer les cultures sans haine ni séparation entre les gens en fonction de leur religion. Leur courage - car il en faut pour oser faire ce genre de chose dans notre époque - a-t-il été une source d’inspiration pour avancer et continuer dans cette voie ?

Pour ne rien te cacher, on ne connaissait pas l'existence de ces groupes lorsqu'on a fondé Yugal en 2010 ! Ils n'ont donc pas pu être des sources d'inspiration pour le groupe. Mais par contre oui, dans une scène qui devient de plus en plus extrême musicalement, ces groupes méritent du respect pour la simple et bonne raison qu'ils sont décriés par certains fans de metal puisque leur metal n'est pas conventionnel. Là-dessus on est sur la même longueur d'onde, on joue la musique qui nous plaît sans se soucier de ce que pensent les autres, en essayant d'être le plus sincère possible. La tolérance et l'ouverture au monde sont des valeurs qui nous sont chères. La musique metal serait beaucoup moins séduisante sans cette diversité qui la caractérise.  De même que nous pensons que la religion doit rester une affaire privée, elle n'a pas sa place dans notre musique.


On ne veut pas se cantonner à un seul style quand on peut tous les mélanger.De même les autres formations précitées vous ont influencées ?

Je pense avoir déjà partiellement répondu à cette question. D'une certaine manière ils nous influencent puisque nous savons grâce à eux ce que nous ne voulons pas faire, tout respect gardé pour ces groupes bien évidemment, à savoir du metal oriental à proprement parler. On ne veut pas se cantonner à un seul style quand on peut tous les mélanger.

 

Enfin pour rester sur les influences et la révélation qui les a poussés à mixer les cultures, ce qu’a fait Led Zeppelin puis Page et Plant avec le disque "No Quarter" en 1994 a-t-il été une source d’inspiration ?

Davantage, oui. La manière dont Page et Plant ont su recomposer les morceaux de Led Zeppelin est une chose assez unique, à l'image de l'album "No Quarter" effectivement.  Ce qui nous plaît c'est le côté universaliste de cet album, dans le sens où ils ont montré la voie existante entre le rock'n'roll au sens large et les sonorités traditionnelles, mélangeant musique amplifiée et instruments acoustiques. On ne tire pas directement notre inspiration de Led Zeppelin, mais on essaye de garder dans un petit coin de notre tête ce qu'on réussit à faire avec cet album, et à quel point ça sonne bien !

 

Musicalement ce qui épate surtout c’est que vous n’utilisez pas d’instruments orientaux pour vos chansons, pourquoi ce choix ? Cela est une volonté de montrer que vous pouvez tout faire tout seul et lors des concerts, éviter d’avoir à faire à des samples ou appel à des musiciens extérieurs ?

Non nous n'avons pas utilisé d'instruments traditionnels de musique orientale, en enlevant bien sûr le fait que la guitare (et ses ancêtres) est un instrument utilisé depuis des millénaires dans la région du Moyen-Orient. La musique est une histoire de gammes et d'interprétation, ce faisant vous pouvez jouer n'importe quoi sur n'importe quel instrument. Le luth et la  cithare ne sont-ils pas des ancêtres de la guitare ? C'est aussi un moyen d'incorporer des sonorités traditionnelles tout en gardant une base metal puissante, et de ne justement pas faire de metal oriental. Et il est vrai que les instruments acoustiques sont particulièrement difficiles à sonoriser en concert. La question du sampling pour le live s'est posée un temps, mais on préfère jouer nos morceaux sans intermédiaires électroniques.

 

Dans un futur proche pensez-vous néanmoins recourir à des instruments ethniques pour pousser plus loin vos envies d’expérimenter ?

Alors oui, ce n'est pas parce que nous n'en utilisons pas pour le moment que nous n'en utiliserons jamais. On ne se ferme aucune porte d'inspiration, le moment venu, s'il vient, on s'en servira. Et puis on ne restera peut-être pas focalisés sur ces sonorités orientales.

 

Ensuite là où vous faites la différence et vous démarquez c’est que vous partez d’une base hardcore thrash moderne que l’on n’imagine pas à la base être mêlée à des sonorités orientales. La composition et l’incorporation de ces sons n’a pas été trop compliquée ?

Honnêtement, non. Il a fallu apprendre les gammes orientales bien sûr, ce qui demande du travail personnel, mais il nous était apparu tellement évident que ce mélange allait détonner qu'une alchimie s'est créée rapidement et nous a facilité la tâche. Le premier convaincu a été le groupe lui-même. Et puis comme tu l'as dit ce sont des sonorités peu étudiées dans le metal, ce qui nous a laissé dès le début une certaine marge de composition en terme d'originalité.

Nous voulons proposer une forme de diversité permettant aux émotions de fluctuer et de voyager.

En clair, comment travaillez-vous vos titres, vous partez d’une base orientale à laquelle vous ajoutez des éléments métalliques ou l’inverse ? Parce qu’il y a deux types de chansons sur le disque. D’abord celles purement brutales où l’orient se fait sa place juste par un break aérien permettant de souffler, je pense à 'Heavy Mental', 'Once Upon A Lie' ou 'Lost Mind', et celles comme 'From The Day I Will Rise' et 'Chaos And Harmony' qui sont purement orientales et dans lesquelles la violence se fait plus rare, plus rentrée pour mieux éclater à la face de l’auditeur.

Alors là c'est vraiment en fonction de l'inspiration du moment, on a pas de schéma-type de composition. Parfois on trouve d'abord des mélodies puis on y ajoute les éléments indispensables au metal, ou alors on compose un morceau fait de riffs bien puissants auquel on ajoute des mélodies. C'est aussi la batterie qui donne l'impulsion. Effectivement il y a plusieurs types de morceaux sur notre premier album, mais c'est parce que nous voulons proposer une forme de diversité permettant aux émotions de fluctuer et de voyager. Personnellement, je me lasse vite d'un album où toutes les compositions proviennent de la même souche. Il faut savoir se remettre en question et revenir sur ses propres méthodes lorsqu'on entre en composition.

 

En fait la dualité exprimée dans le titre, chaos et harmonie, s’exprime dans cette alternance ?

Exactement. Il faut de tout pour faire un monde, et ça marche de la même manière pour album. La dualité fait partie de l'essence de Yugal, à la fois dans son nom issu de la langue indienne qui signifie le principe de couple, de parité, de dualité, mais aussi dans sa musique, tantôt mélodique tantôt brutale, et effectivement dans le nom de l'album et de son morceau éponyme "Chaos and Harmony". Tout est une histoire de nuance et de compromis, c'est ce vers quoi tend notre musique et notre philosophie.

 

Vous évitez aussi le piège de la redite et de la banalisation de ces sons, les rendre avec parcimonie vous permet sûrement de ne pas les user ?

Oui effectivement et cela permet à notre musique de ne pas être, et je me répète, du metal oriental à proprement parler, mais plutôt d'être du metal sous une forme moderne se servant de gammes orientales pour se nourrir et exister. Ainsi nos deux E.P. et notre premier album sont imprégnés de gammes orientales sans que cela devienne redondant à l'écoute. Ce qui est particulier, c'est que la répétition crée du psychédélisme, à l'image de la musique trance et de certaines danses rituelles tribales en Afrique et en Océanie notamment. Mais la répétition peut aussi créer de la lassitude et ça, nous essayons de l'éviter !

On essaye aujourd'hui de retransmettre de la bestialité avec notre mentalité du moment.


Les influences métalliques sont à chercher du côté du Sepultura des années 90, celui de Chaos AD et Roots. Vous prenez je pense le meilleur de cette époque avec la virulence du propos de Chaos qui déjà il y a 24 ans s’interrogeait sur l’état de la planète et avec le côté expérimental et tribal d’un Roots qui a marqué son époque. Peut-on voir en Max Cavalera une sorte de mentor pour vous, car je retrouve aussi l’influence d’un Soulfly dans certaines chansons comme Heavy Mental ?

Dire que Max Cavalera est un mentor pour Yugal n'est pas totalement exact. On aime la bestialité dans sa voix et les thèmes qu'il aborde dans ses paroles. Sepultura est en effet une source d'inspiration, notamment à la batterie ou dans certaines ambiances, sur des albums comme Arise, Chaos A.D. et Roots, avec des morceaux tels 'The Hunt', 'We Who Are Not As Others' ou encore 'Dead Embryonic Cells'. Mais vu que c'est Andreas Kisser qui a composé la plupart des morceaux pour Sepultura, on ne peut pas dire que Max soit véritablement un mentor pour nous ! On essaye de se détacher au maximum de ces influences pour composer, même si c'est une recette qui a marché et qui marche encore. A chaque époque sa saveur, et on essaye aujourd'hui de retransmettre de la bestialité avec notre mentalité du moment.

 

"Chaos and Harmony" est donc le titre de votre disque, en fait une version du Yin et du Yang, du bien et du mal, dieu et le diable, le problème éternel de notre société qui bascule en permanence entre la beauté et l’horreur. C’est ce sentiment que vous vouliez évoquez à travers ce titre et cette pochette ?

Cette pochette peut être interprétée de toutes les manières possibles, et c'est ce qui nous plaît. L’ambiguïté qui en ressort est époustouflante, et on ne remerciera jamais assez l'artiste Blacksshark pour cette jaquette. Elle peut effectivement symboliser cette bascule permanente entre la beauté et l'horreur, qui sont par ailleurs deux concepts opposés mais indissociables. On peut aussi le voir comme une représentation de l'empreinte de l'Homme sur la Terre, comme une personnification de la famille ou comme un psychopathe qui aurait enlevé deux gamines. Personnellement, je l'interprète comme représentative du lien d'interdépendance entre les différentes générations d'individus, dans le sens où les agissements de nos prédécesseurs influent directement sur les générations futures. Il est important que chacun interprète cette pochette  comme il le veut, comme il le ressent. Elle ne se veut pas dogmatique et en aucun cas son sens n'est figé. Elle révèle en chacun des émotions qui lui sont propres et qui ne sont pas jugeables. Et vous, vous l'interprétez comment ?


Mais ne trouvez-vous pas qu’en ce moment nous sommes bien plus proches du chaos que de l’harmonie ?

Le contexte économique, social et géopolitique tend à nous faire dire que nous sommes bien plus proches du chaos que de l'harmonie, oui. Mais il ne faut pas regarder qu'un seul côté de la pièce et faire attention à ne pas entrer dans une vision trop binaire des choses. Dans chaque mauvaise chose il y a du bon. Les guerres ont permis aux peuples de renforcer leur esprit de communauté, en les incitant à se serrer les coudes ensemble pour surmonter des tragédies. La toute-puissance de la haute finance fait peur, mais elle a entraîné la création de centaines d'organismes solidaires envers les plus démunis, ceux-là mêmes qui sont les plus affectés par le modèle économique international. Un décès d'un parent proche ou d'un ami nous fait relativiser sur la vie en général, et sur l'importance à accorder à ce que l'on aime faire, à profiter de la vie à tous les instants. L'Homme regorge de ressources qu'il sous-estime la plupart du temps. Des cendres du chaos naît l'harmonie.


Qu’attendez-vous de cet album ?

Qu'il soit écouté par le plus grand nombre, que l'auditeur arrive à percevoir la sincérité qui en émane et qu'il ouvre son esprit à un style de metal original qui se fout des conventions. S'il peut nous permettre d'enchaîner des dates c'est un plus non négligeable !

 

Quel est votre meilleur souvenir en tant qu’artiste ?

Je dirai que notre passage au Motocultor Festival 2014 reste notre meilleur souvenir. Pouvoir partager la scène avec des groupes tels Behemoth, Testament ou Kreator c'est un peu comme un rêve de gosse qui se réalise. Pouvoir échanger avec tous ces musiciens hors-pair c'est une expérience inoubliable, de même que de jouer devant des personnes aux provenances géographiques aussi étendues ! Et ce à seulement quelques kilomètres de chez nous !

 

Au contraire le pire ?

Je ne pense pas qu'il y ait de pire souvenir. Pouvoir jouer sa propre musique en concert devant dix, cent ou mille personnes, ça n'a pas de prix, peu importe le contexte.

 

Quelle est la question que vous aimeriez que l’on vous pose ?

Toutes les questions valent la peine qu'on prenne le temps d'y répondre.

 

Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Merci pour cette interview, c'était très agréable d'y répondre !
Merci à tous d'avoir lu cette interview, j'espère que notre album vous a plu. Venez nous voir en concert, partager votre énergie avec nous. La musique est une fête !


Merci à Noise pour sa contribution...

 
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