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DHANI HARRISON (27 SEPTEMBRE 2017)


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INTERVIEWS
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Music Waves a rencontré Dhani Harrison de passage à Paris pour présenter son premier album solo...
STRUCK - 25.10.2017 -
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Rencontre avec le fils du plus discret des Beatles qui se met à nu dans cet album introspectif...


Quelle est la question que l’on t’a posée trop souvent ?

Dhani Harrison : "Pourquoi tu ne réalises un album solo que maintenant ?". Je vais y répondre d’ailleurs au cas où vous voudriez savoir (Rires) !
Cela prend un certain temps d’arriver à un moment de sa vie où on se dit qu’on a quelque chose à dire. C’est comme un réveil, j’ai l’impression d’ouvrir mes yeux. Ce n’est que le point de départ, j’espère faire encore beaucoup d’albums. C’est vrai que les gens me disent : "Tu as 39 ans, pourquoi tu ne fais un album que maintenant ?", je leur réponds : "Parce que je viens juste d’ouvrir les yeux !". Tu ne choisis pas quand ça arrive.





Les gens me jugeaient quand même à cause de mon nom



Peut-être aussi que cela te frustrait à l’idée d’être comparé à ton père et que de jouer dans un groupe était plus facile ? Le fait d’avoir de l’expérience avec un groupe t’a peut-être permis de te lancer tout seul ?

Être dans un groupe c’est super, ça aide. Mais les gens me jugeaient quand même à cause de mon nom. Si je joue sur scène avec Pearl Jam, les gens ne vont pas me juger que moi, mais carrément Pearl Jam. Quelque part, le nom te donne une légitimité.
Cet album parle d’auto-guérison et de la découverte de soi. Mais on se découvre soi-même avant tout, je vais chercher à me découvrir moi, et toi à te découvrir. "Où vais-je ?", "D’où je viens ?", "Qui suis-je ?", ce sont des questions sur soi, donc cela devait être un album solo, ça ne pouvait pas être un album de groupe. Le groupe ne pouvait pas faire partie de mon introspection. Je devais faire tout ça seul !


Le groupe ne pouvait pas faire partie de mon introspection. Je devais faire tout ça seul !



Mais ça ne t’empêche pas de continuer à avoir un groupe tout en faisant tout à l’intérieur ?

Tout à fait, et puis de toute façon je dois avoir un groupe pour jouer l’album. La question bizarre serait "Comment tu vas appeler ton groupe ?". "Je vais l’appeler Dhani Harrison !" (Rires). On était à Berlin hier et les gens me demandaient dans quel groupe je jouais ? Je leur répondais que je jouais toujours avec Thenewno2, mais cette fois, c’est un album de Dhani Harrison.


C’est facile pour toi de porter ce nom ? Tu penses que cela t’a ouvert des portes ou que ça t’en a plutôt fermé ?


Des fois ça t’en ouvre, mais si tu veux persister, tu dois le faire par toi-même, ça dépend de toi. Tu ne peux pas avoir le boulot grâce à ton nom, tu peux te faire inviter à une réunion pour commencer. Mais derrière, tu dois faire tes preuves. C’est la qualité de ton travail qui fait que tu restes dans le système. Sinon, tu ne te fais plus inviter, le responsable ne te rappellera plus à l’avenir s’il réalise qu’il a fait une erreur en t’appelant. L’une des choses dont je suis très fier est que nous avons toujours travaillé avec le même "directeur" sur différents projets. Maintenant, ils nous appellent car nous avons un langage musical avec lequel nous travaillons.


Concernant ce premier album solo, ressens-tu de la pression au moment de le sortir sous ton nom ?

Quand tu sors quelque chose, si les gens pensent que c’est de la merde, je ne peux le leur faire aimer, même si je peux parler beaucoup, je ne peux pas leur dire d’aimer mon disque. C’est toujours merveilleux quand les gens l’accueillent bien. Ça rend tout le processus très appréciable.





J’ai commencé ce parcours quand j’étais enfant, je vivais dans un studio.


C’était une vraie surprise d’écouter cet album, car "In///Parallel" est un véritable mélange d’influences qui sont liées à ton ADN. Par exemple, ‘All About Waiting’  rappelle beaucoup les Beatles avec ses refrains très pop. Tu vas aussi chercher des éléments de world music dans ‘Never know’. Tu sembles assumer totalement ton héritage musical. A près de 40 ans, que penses-tu de ton parcours musical ?

C’est comme être dans un sous-marin sous l’océan pendant très longtemps, en étant isolé. On est tout le temps le même groupe ensemble, comme des astronautes qui vont dans la stratosphère. C’est comme une longue mission. Ça te caractérise, on forme une équipe. Paul (Hicks, membre du groupe Thenewno2 avec Dhani Harrison, ndr) et moi avons fait 10 albums ensemble, on a regardé des tonnes de films et d’émissions de TV.
J’ai commencé ce parcours quand j’étais enfant, je vivais dans un studio. Tu suis tout, tu peux voir Ray Cooper, jouer "Tubullar Bells" depuis chez toi, alors que normalement tu dois payer pour voir ce genre de choses ! J’assistais à ça quand je rentrais de l’école.


Est-ce que tu réalisais ?

Oui, complètement ! Très rapidement j’ai compris ce qui se passait, que c’était sérieux. Mes amis me demandaient : "Qui enregistre aujourd’hui ?". Les gens qui rejettent la musique ont une vie nulle, je suis désolé de le dire. C’est comme dire : "Je n’irai jamais au Louvre !", pourquoi ? C’était bien mieux que d’être à l’école !


Dans cet album, tu sembles des fois vouloir t’émanciper de ton héritage pour t’orienter vers un rock moderne dans un style proche de celui de Radiohead par exemple, avec un son "ambient electro" et un son cinématographique. Est-ce un moyen de te différencier et de prendre ton destin en main comme tu le chantes dans ‘Never know’ ?


Tu sais, j’ai des influences totalement différentes de celles de mon père. Mon père a grandi en écoutant Little Richard et Elvis. Ce sont les groupes qu’il écoutait avant de faire sa musique. Moi, j’ai grandi avec The Prodigy, les Beastie Boys, avant même que Radiohead n’arrive, j’écoutais des groupes de metal, Massive Attack, Portishead et tout ça, c’est ça que j’ai écouté, puis Radiohead bien sûr. Et bien évidemment j’ai aussi écouté beaucoup de groupes que mon père écoutait aussi, comme AC/DC ou Iron Maiden.


J’ai passé beaucoup de temps seul en écrivant cet album, et j’ai fait beaucoup de méditation



Pourrait-on dire que cet album est un mélange parfait de tes influences à toi et celles de ton héritage paternel ?

Oui, j’espère ! Je le prends comme un compliment. Toutes tes influences pénètrent ton esprit, tu peux donc en sortir un mélange. J’ai passé beaucoup de temps seul en écrivant cet album, et j’ai fait beaucoup de méditation, j’ai passé du temps dans la nature, à marcher dans des forêts. Cela permet d’avoir des moments tranquilles pour créer.


"In///Parallel" sonne très moderne, electro, avant-garde, et expérimental dans la ligne de David Bowie et de Massive Attack. Est-ce que cet album a aussi été influencé par les nombreuses collaborations que tu as pu avoir par le passé, avec Jeff Wayne, Yello, ou encore Ben Harper ? Ces collaborations ont-elles influencé ton premier album solo ?

C’est sûr ! Harmoniquement, j’aime les lignes de chant arrangées à la sauce de Brian Wilson, des Beatles, des Beach Boys. Les Beatles aiment faire des arrangements avec les orchestres, les chorales. Quand tu entends ça, ça te touche tout de suite. Jonathan Bates de Big Black Delta avec qui j’ai travaillé, et qui tout au long du disque chante des harmonies, joue de la guitare, fait des arrangements au synthé, de la programmation sur ‘All About Waiting’, est aussi un grand fan de Yello.
Ce n’est pas que moi, on l’est tous. On aime tous Yello, les Beatles, ce sont nos influences. Pareil pour Radiohead. J’ai grandi près d’Abingdon d’où viennent les musiciens Radiohead. Evidemment, j’aime leurs albums et je suis influencé par eux. Nous avons un certain son en commun, cela vient peut-être du fait que l’on vient du même environnement, il pleut tout le temps, tous les matins il fait gris et il pleut, et ça crée un son.





Certaines personnes sont coincées dans une boucle [...] Je voulais vraiment éviter ce train de vie où tu reviens au début et la boucle continue.


Puisque tu parles de temps pluvieux, on entend dans ton album une certaine mélancolie, surtout dans la chanson ‘London Water’. Qu’est-ce que tu cherches à dire à travers ce titre ?

Certaines personnes sont coincées dans une boucle. Tu te réveilles, tu t’habilles, tu vas travailler, tu n’es pas forcément où tu voudrais être, tu finis ton travail à la fin de la journée, tu vas au pub, les gens boivent, les gens sont déchaînés, puis tu essayes de dormir, et tu recommences le lendemain. Je vois beaucoup ça à Londres. C’est quelque chose que j’essaie de ne pas faire. Je vais au lit et je me lève tôt, sinon ce n’est pas une manière de vivre. Les gens vont à cent à l’heure, je voulais éviter ça. C’est pour ça que le matin, je vais marcher près de la rivière, tout est beau…
Je voulais vraiment éviter ce train de vie où tu reviens au début et la boucle continue. Je ne critique personne, mais il faut essayer de se sortir de ce cercle et de se soigner à l’intérieur, être bon envers soi-même. Et c’est dur, des fois c’est très dur de prendre les bonnes décisions pour soi, et c’est de ça que cette chanson parle.


Tu traites aussi d’autres sujets. Dans la chanson ‘Downtown Tigers’, tu parles de la brutalité de notre monde, et parfois de choses plus abstraites comme dans ‘The Light Under The Door’. Est-ce un album introspectif ?

C’est comme quand tu vas à une fête, tu démarres quelque part et tu finis ailleurs. Beaucoup de choses t’arrivent dans la vie, c’est dur de garder une trace de tout. Le fait d’enregistrer est peut-être une façon de me souvenir ? Mais aussi certaines choses sont différentes, elles ne sont pas relatées comme elles se sont vraiment passées mais plutôt comment on les a ressenties… Mais oui, on va dire que c’est la petite histoire enregistrée de ce que j’ai été, de ce que j’ai fait…


Est-ce cathartique pour toi d’écrire ?

Enormément…


As-tu besoin de mettre sur papier tes émotions pour te sentir soulagé ?

D’une certaine façon, oui je le pense. Je notais tout ce qui me venait, pour écouter ça dans ma voiture à nouveau, pour m’auto-influencer et faire évoluer les chansons. J’ai fait ça si longtemps que je me suis laissé m’influencer, comme si j’avais eu du feed-back, jusqu’à ce que ce soit mieux ficelé, jusqu’à ce que tu dises ce que tu as envie de dire.





La pire des choses est l’indifférence surtout si tu mets de l’émotion… On recherche à chaque fois une réponse…


Les meilleurs albums sont créés dans la douleur, est-ce ton cas ?

Je pense aux films de Martin Scorsese : il faut des émotions certes, mais aussi une certaine dynamique pour bousculer son public. La pire des choses est l’indifférence surtout si tu mets de l’émotion… On recherche à chaque fois une réponse…


Tu penses que tu as réussi ?

Oui je pense avoir bouleversé quelques personnes (Rires) !


Quelles sont tes attentes avec cet album ?

Elles changent tout le temps. Tout ce que j’espère est que les gens l’écouteront et se laisseront le temps de l’écouter du début à la fin. Peut-être en conduisant pendant une heure par exemple, dans une situation où il n’y aura pas d’interférence, car la fin est assez complexe, il y a plein de choses dedans. Tu peux l’écouter un paquet de fois, il y a plein de références à différentes choses. Mon attente serait que si je peux donner à une personne l’envie se soigner, de s’aider, de faire quelque chose de positif, ce serait bien.


Qu’est-ce que tu veux exprimer dans cet album qui pourrait soigner l’auditeur ?

Nous sommes faits de vibrations et d’énergies. Quelques fois tu écoutes certaines fréquences qui vont profondément dans ton cœur. Peut-être que tu ressentiras quelque chose de différent que quelqu’un d’autre, cela va provoquer quelque chose en toi qui va te soigner. Quelque soit la musique, si je peux me connecter à ça, peut-être que tu pleureras, peut-être que tu te mettras en colère. Au final, tout va revenir. Tu vas avoir les mêmes problèmes, prendre les mêmes décisions, faire les mêmes erreurs, ressentir la même douleur, vie après vie, jusqu’à ce que tu y sois confronté et que tu travailles sur ça, il ne faut pas contourner le problème il faut l’affronter. Si je peux faire un son qui va permettre aux gens de s’aider, d’évoquer une réponse émotionnelle, c’est parfait.


Je ne fais rien pour avoir de la reconnaissance


Concernant les attentes, au-delà de ce que tu nous as dit, est-ce qu’inconsciemment tu as envie d’avoir la reconnaissance de Dahni Harrison …


… Oui sûrement mais je ne fais rien pour avoir de la reconnaissance.





… afin de ne plus être comparé à ton père ? Tu penses que tu as trouvé ta place en tant qu’artiste sur cet album ?

Tout le monde essaye de trouver sa place,  sa place à soi sur Terre, c’est la même chose pour moi. Des fois, démarrer est suffisant, si tu arrives jusqu’au départ tu es sur la bonne voie, c’est presque un accomplissement. Il faut démarrer avec ça, je suis satisfait d’être à cette place-là.


Penses-tu que ton père apprécierait cet album ?


Qu’il l’aime ou non, il faudrait qu’il l’écoute (Sourire). Je sais que certains passages le dérangeraient, et qu’il aimerait d’autres parties, ce serait un peu des deux.


Et ta mère ?

Ma mère, la première fois qu’elle l’a entendu, elle était assez perturbée, et elle m’a demandé : "Tu vas bien ? Tu es bouleversé ?" (Rires). Je lui ai dit : "Non, tout va bien !". Mais l’autre jour elle m’a dit qu’elle l’aimait vraiment ! Il faut effectivement l’écouter plusieurs fois pour l’apprécier à sa juste valeur.


Personnellement, mes albums préférés sont ceux que je détestais au début…

Moi c’est pareil. J’étais à fond dans Radiohead, et à la première écoute tu te dis "Qu’est-ce que c’est que ça ?", puis un mois après, tu te dis "C’est mon album préféré". Celui qui était le plus dur d’accès devient ton préféré car il te fait du bien. Je ne sais pas où je suis actuellement si je n’avais pas écouté tout ce que j’ai écouté, comme Radiohead, Portishead. Leur musique t’aide à affronter les moments compliqués. Mais si tu n’es pas prêt à faire face au soin que cela va t’apporter, des albums comme ‘Amnesiac’ (de Radiohead, ndr) vont te faire flipper ! Tu vas te dire : "Je n’aime pas ça", car ça te donne envie de pleurer, mais il faut laisser la musique te submerger !


On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire, quelle serait la question que tu voudrais que je te pose, ou la question que tu aurais aimé que je te pose ?


Je ne sais pas, peut-être : "Quelle est ta bande originale de film préférée ?". C'est facile de répondre "The Player" ou "American Beauty" de Thomas Newman mais peut-être plus maintenant. Je ne sais pas, c’est une bonne question ! Quelque chose de Vangelis sûrement, c’est un génie !






Merci beaucoup


Merci à vous les gars, c’était sympa et j’espère vous revoir lors de mon prochain concert à Paris…


Merci à Calgepo pour sa contribution et Darialys pour sa fidèle retranscription...


Plus d'informations sur http://dhaniharrison.com/
 
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