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TITRE:

MALINA MOYE (06 FEVRIER 2018)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

GUITAR HERO



Rencontre avec la guitariste américaine Malina Moye à l'occasion de la sortie de son nouvel album, "Bad As I Wanna Be".
DARIALYS - 21.03.2018 -
6 photo(s) - (0) commentaire(s)

Malina Moye poursuit son ascension avec la sortie de son dernier opus "Bad As I Wanna Be". C'est au cours d'un entretien très riche qu'elle nous a dévoilé son parcours, son ambition, et ses multiples implications dans de nombreux projets et domaines.


Nous aimons commencer nos interviews sur Music Waves de la manière suivante : quelle est la question que l’on t’a posée trop souvent ?

Tu sais quoi ? Honnêtement… "Quand as-tu commencé à jouer de la guitare ?"


Au début, je suis arrivée à Los Angeles avec 20 dollars. J’étais sans logement et je vivais dans la rue






... Et nous te la poserons pas avec Internet, il est très facile de trouver la réponse ! Alors si tu veux bien nous allons parler d’autre chose. Tu es très connue aux Etats-Unis depuis ce premier EP que tu as réalisé en 2006, mais tu es assez inconnue en Europe et surtout ici en France. Comment expliques-tu ceci ?


Absolument.  Etant donné que je travaille en tant qu’indépendante, je n’ai pas des millions de dollars pour faire de la com à l’international. Quand j’ai commencé, j’ai créé un label ("WCE Records", créé en 2004, ndr), et le but était qu’il me permette de me développer en tant qu’artiste. Au début, je suis arrivée à Los Angeles avec 20 dollars. J’étais sans logement et je vivais dans la rue. Je travaillais dans une station-service. Ce qui s’est passé, c’est que j’ai créé un calendrier et je l’ai vendu sous forme de lot avec mon premier single (appelé ‘Girlfriend’, ndr). Ce single m’a permis d’intégrer le classement de hit-parades du Billboard, et à ce moment-là, tout a changé, car j’ai réalisé que ce que j’avais fait avait fonctionné.


Qu’est-ce qui avait fonctionné ?


En fait, le Billboard, c’est la Bible pour nous, et j’y suis entrée à la place 48.


Selon toi, comment ce single s’est-il retrouvé aussi haut tout d’un coup ?

Je vais t’expliquer ! Dans le calendrier que j’avais fait, j’avais mis le single, et je faisais du porte-à-porte pour le vendre. Les gens n’aimaient pas forcément ce à quoi je ressemblais en me voyant, mais peut-être qu’ils allaient aimer la musique, ou peut-être qu’ils m’aimeraient bien sans aimer la musique. Je voulais gagner de l’argent car je n’en avais pas. Le calendrier que j’ai fait m’a rapporté 50 000 dollars. Donc quand tu fais autant d’argent, il y a forcément des gens dans le lot qui se sont dit : "Oh ! C’est vraiment bien ! Qui est cette fille ?". Après ça, j’ai pris l’argent, et je l’ai investi dans mon label. C’est ça qui m’a menée jusqu’ici. Un jour, un homme a entendu parler de mon histoire et a su que j’étais arrivée ici sans argent. Il m’a dit : "Ecoute, je crois en ce que tu fais. Tu as besoin d’argent ?". Je lui ai dit que oui. Alors il m’a dit : "Je vais te donner ce dont tu as besoin". Et ça a tout changé, car je n’avais pas des millions de dollars, il fallait tout construire. Petit à petit, tout ça a pris forme.


Mon père me disait : "Tout le monde ne va pas t’aimer. Ton but est de trouver ceux qui t’aimeront !"


Pour toi, la prochaine étape, c’est le marché européen, ou est-ce un trop gros challenge ? Vu d’ici, le marché est assez différent de celui des USA.

Quand j’étais jeune, mon père me disait : "Tout le monde ne va pas t’aimer. Ton but est de trouver ceux qui t’aimeront !". Il y a des milliards de personnes dans le monde. En France, je ne sais pas combien vous êtes exactement, tous les Français ne vont pas m’aimer. Si j’ai un peu de chance, peut-être qu’il y en aura 10 000, ou peut-être qu’il n’y en aura que 1000 ! (Rires)


C’est sûr, mais c’est aussi un risque financier ! Pour toi, il serait plus facile de rester dans ta zone de confort aux USA.

As-tu entendu parler de l’expression "scared money doesn’t make money" (que l’on pourrait traduire en Français par : "avoir peur ne rapporte pas d’argent", ndr) ? Aux USA, j’ai du succès, alors maintenant il faut passer à la prochaine étape. Pour te donner une idée, mon EP "Rock & Roll Baby" est entré en 5ème position des charts dans mon pays. L’album s’est très bien vendu. Le titre ‘Are You The One’ qui en est extrait est passé à la radio et a été classé à la 32ème position. Aujourd’hui, on travaille avec d’autres moyens. Avec Internet, les gens découvrent de la musique en ligne qui vient de tous les pays et dont ils n’ont jamais entendu parler. S’ils sont suffisamment nombreux pour venir me voir jouer en concert, j’irai dans leur pays. J’ai envie d’aller jouer en Europe. Le funk marche bien en Europe, et ma musique est du funk-rock donc ça peut coller. Bien sûr qu’il y a un risque financier ! Mais il faut garder en tête que notre monde a changé et que maintenant, les gens n’achètent plus vraiment d’albums comme ils le faisaient avant. Maintenant, on découvre les artistes autrement.





Ca me rappelle notre interview de Jennifer Batten qui revient avec un album dont les chansons ont été écrites par Jim Peterik (musicien américain ayant notamment joué dans le groupe Survivor, ndr). Sur l’album, elle n’a rien composé, elle joue juste de la guitare. Je lui ai dit que nous étions impatient d’entendre ses futures chansons à elle, et elle m’a répondu : "quel est l’intérêt ?". L’enregistrement d’un album coûte 10 000 à 15 000 €. Alors aujourd’hui, elle est guitariste de studio et elle fait des masterclasses, c’est plus intéressant pour elle.

Je la crois ! Mais je suis différente. Moi, j’ai un label, je chante, j’écris des chansons et je les joue à la guitare. Mais je suis aussi une business woman. Si je donnais une masterclass, je dirais à mes élèves que s’ils aiment jouer de la musique, ils doivent la vendre. Tu peux dépenser 50 000 $ pour passer à une campagne radio aux USA et n’avoir que 1000 personnes qui t’écoutent. Mais parmi ces personnes, quelqu’un va t’écouter et dépenser entre 50 000 ou 75 000 $ pour que tu fasses un concert d’1h30, et cela te remboursera tes frais. L’argent ne sera pas forcément récupéré que par les ventes d’albums. J’écris mes chansons et je dirige un label. Je me considère comme un cerveau, je ne suis pas qu’une artiste, et je pense que c’est important dans le marché d’aujourd’hui.


Peut-être que je vais me planter, mais la bonne nouvelle, c’est que je ne vais pas m’arrêter !


Tu n’es pas seulement une artiste, tu es aussi une business woman, c’est du 50/50. C’est la première fois que j’ai une discussion avec une artiste comme toi après plusieurs centaines interviews !

La musique est un business ! Nous sommes en 2018. Ton manager et ton agent te prennent 30% de l’argent que tu dégages. Qu’est-ce qui va te rapporter de l’argent ? Tu dois avoir un projet et une vision de ce que tu veux. Tu commences par avoir un logement, puis tu te trouves une banque qui va t’aider pour atteindre une dimension plus grande. Peut-être que je vais me planter, mais la bonne nouvelle, c’est que je ne vais pas m’arrêter ! Tu continues et tu t’améliores, c’est ça l’objectif. Je veux trouver les gens qui prendront le risque avec moi et qui comprendront que je me donne à 100 %. C’est un business, et les gens n’achètent plus de disques aujourd’hui. Il faut comprendre comment fonctionnent les nouveaux marchés en ligne. Celui qui m’aide dans mon projet doit se dire : "mon but est que Malina Moye soit aussi grande que McDonald’s !".


Je veux être la meilleure personne possible, et je vais continuer à l’être


Justement, je dis toujours aux artistes que nous vivons à une époque où la conception de la musique fonctionne comme McDonald’s. Au début, on était un site web de musique progressive, une musique qui forme un tout, avec des concepts. Ecouter des playlists ne fait pas partie de notre manière de voir les choses. Les gens que j’interviewe me disent toujours que la conception de la musique actuelle n’est pas bonne. Et toi, à l’inverse, tu réponds aux attentes de cette industrie dans le but de…

De gagner ! J’aime la musique. Si tu aimes faire quelque chose, crois-moi, tu vas trouver un moyen de continuer de le faire. C’est la vie ! Ce sera peut-être dur, cela va te causer des ennuis, c’est la vie ! Il y a la vie d’une part, et comment tu gères ce qui t’arrive d’autre part. Ce sont deux choses différentes. Ma mère me disait toujours : "Si tu ne te sens pas représentée, montre-toi". Regarde-moi, je suis une femme noire qui fait du rock. Combien est-ce que tu connais de femmes afro-américaines qui jouent de la guitare ? Pas tant que ça ! Dans mon esprit, c’est quelque chose de positif ! Je vais me montrer ! Si quelqu’un pense que je ne suis pas capable de faire quelque chose, je vais lui montrer l’inverse. Je veux être la meilleure personne possible, et je vais continuer à l’être. Les gens vont me le rendre. Je n’ai rien d’autre à faire de mon temps dans ma vie. C’est ça que j’aime.


Tu m’as dit que tu es gauchère, et que tu joues avec une guitare de gaucher, mais avec des cordes interverties comme Eric Gayles.

Oui, c’est un ami !


C’est quelqu’un qui t’influence ?

Absolument ! En fait, quand j’ai eu des ennuis, je me suis demandé qui jouait comme moi, et j’ai pensé à Eric Gayles ! C’est comme ça que nous sommes devenus amis ! Il se trouve que mon père a aidé Eric en l’hébergeant quelques temps. Quand je rendais visite à mon père, Eric sortait sa guitare, moi la mienne, et mon père sortait sa basse, et on jammait ! Je dis toujours aux gens que j’ai réussi à faire pleurer Eric Gayles en jouant l’hymne des Etats-Unis ! C’est marrant, et je suis très fière de l’avoir fait pleurer !


Pourquoi as-tu décidé de jouer de cette manière ?

Ce qui s’est passé c’est qu’au début, mon père m’a donné une guitare de droitier quand j’ai commencé. Quand il est sorti de la pièce, j’ai changé la guitare de sens, et c’est comme ça que j’ai joué ! Mon père me disait que je ne pouvais pas jouer comme ça, mais moi, je le voulais !





Est-ce que ce n’était pas dérangeant d’apprendre à jouer comme ça ?

Tu sais quoi ? Ce qui est si cool dans le fait de jouer de la guitare, c’est que tu peux jouer une note et moi la même, et pourtant, nous ne sonnerons jamais de la même manière. J’aime ça parce que beaucoup de guitaristes n’ont pas de technique particulière, mais ils font parler leur émotion, et je me considère comme des leurs. J’aime être touchée par une musique, c’est comme un éveil spirituel. Quand les gens viennent à mes concerts, c’est ce que je veux leur faire ressentir.


Comme David Gilmour ou Eric Clapton qui ne sont pas catégorisés comme étant des guitaristes très techniques.

J’aime les gens qui jouent de la sorte, et je travaille moi-même avec des gens comme ça. Il me semble que maintenant, c’est le moment le plus incroyable pour vivre. C’est le moment le plus incroyable pour faire des choses et pour profiter de la vie. Quand tu achètes un album, tu ouvres le livret, tu mets le disque dans le lecteur, tu le lances et tu écoutes. Je parlais à un journaliste un jour, et il me disait : "il y a des chansons que j’aime et d’autres que je n’aime pas". Mais quand quelqu’un m’écoute, je préfère qu’il prenne du temps avant d’aimer plutôt qu’il n’aime pas directement. Cela signifie que tu dois réécouter plusieurs fois avant de réellement apprécier.


Quand j’ai écouté ce que je considère comme mon album préféré pour la première fois, au début, je l’ai détesté ! Ce n’était pas le style de musique que j’étais habitué à écouter. J’ai dû apprendre à le découvrir et au final, c’était exactement ce que j’avais besoin d’écouter sans même le savoir !

J’aime cette manière de voir les choses, c’est comme ça que ça doit fonctionner !


Mais aujourd’hui, on écoute de la musique, et aussitôt, on se dit : «Je n’aime pas ça, je n’achèterai pas l’album et je ne le réécouterai pas ».

Oui, car il y a tellement d’albums en compétition ! Pourquoi les gens vont-ils choisir d’écouter mon album ? Il faut que je m’assure que je donne envie aux gens d’aller m’écouter.


Tout est contrôlé : le look, il faut être bien habillé, etc. Tout est étudié.

Oui, mais en même temps, j’aime la musique et pour moi, si j’avais un autre boulot, à McDonald’s par exemple, et que l’on me donnait un uniforme que je devais porter, il faudrait que je dise : (en Français) "Bonjour ! Ça va ? Qu’est-ce que tu veux aujourd’hui ? Un burger ? Des frites ?". C’est une partie de Malina Moye. Sur Instagram, c’est incroyable la masse de personnes que tu peux toucher, tu peux avoir des milliers de "j’aime" d’un seul coup, en postant une vidéo ou quoi que ce soit d’autre. C’est moi, c’est comme ça que je suis !


Il faut s’assumer tel que l’on est et faire ce qui nous fait nous sentir bien


Avec Instagram et tous ces réseaux sociaux, n’as-tu pas peur d’être considérée comme un produit ?

Je n’ai pas peur d’être considérée comme un produit, car le nom de mon album est "Bad As I Wanna Be" ("Mauvaise comme j’ai envie de l’être", ndr). J’ai choisi ce titre parce que tout le monde a constamment quelqu’un dans son entourage qui lui dit : "Tu n’es pas assez bon", "Tes cheveux ne sont pas assez longs", "Tu es trop noire", "Tu n’es pas assez rock", "Tu es trop grosse". Tout ça pour dire qu’au contraire, il faut s’assumer tel que l’on est et faire ce qui nous fait nous sentir bien. Ce qui te rend différent, ce qui te rend incroyable, tu dois le faire. Ceux qui te disent de changer, ne les écoute pas. Trouve des gens qui t’aiment tel que tu es et te laissent être qui tu es.


C’est le message que tu veux délivrer aux gens.

C’est ça. Ceux qui te disent que tu n’importes pas, c’est faux, tu as une importance. C’est ce que cet album veut dire pour moi. C’est ce que je veux dire par "Bad As I Wanna Be". Tu as vu la pochette ? Je me tiens comme une guerrière avec ma guitare. C’est mon truc, c’est ce que je fais. Tu ne peux pas m’effacer, tu ne peux pas faire comme si ce n’était pas pour moi, tu ne peux pas dire que je n’ai pas d’importance, car j’ai de l’importance ! C’est pour ça que j’ai fait ça. Les bottes, le rouge à lèvres rouge, tout ça fait partie du message. C’est un peu comme des personnes qui vont à la guerre et se peignent le visage, moi, j’ai choisi de mettre du rouge à lèvres, c’est la même chose !





Ton nouvel album est très éclectique. Tu abordes beaucoup de genres (blues, folk, soul, funk, rap, R’n’B). Les médias américains te comparent à Jimi Hendrix, mais lorsqu’on écoute des chansons comme ‘A Little Rough’ ou ‘Run Free’, tu as l’air plus proche de Lenny Kravitz !

Je l’aime beaucoup ! C’est un joli compliment, je vais t’expliquer pourquoi. Il n’y a qu’un seul Jimi Hendrix, personne d’autre ne peut être Jimi Hendrix. Je pense que les gens me comparent à lui car je suis gauchère comme lui, mais j’aime me dire que Jimi a aussi brouillé les frontières entre les genres. Il a mêlé le rock, le funk et la soul. C’est très rare d’avoir des artistes qui peuvent faire ça. Prince en faisant partie, et il y en a un qui émerge toutes les décennies. Le dernier, c’était Lenny Kravitz justement.


C’est toi la nouvelle ?

Pour moi, il y avait Lenny Kravitz et personne d’autre derrière. Les gens me demandent : "Tu fais de la folk ? du rock ? de la soul ? du R’n’B ?". Moi je n’ai qu’une seule question à leur poser : "Est-ce que tu as aimé l’album ?". Ils me répondent que oui, alors je leur dis de simplement apprécier ce qu’ils écoutent !


C’est vrai que les médias aiment bien étiqueter les styles.

Ce ne sont que des étiquettes qui servent à vendre ! Je respecte ça ! Est-ce que Malina Moye est rock ? funk ? soul ? Je ne sais pas ! Mais laisse-moi te dire une chose, c’est comme ça que je suis, et j’aime ça !


Ton album mélange du rock, du blues rock et des chansons plus R’n’B comme ‘Are You The One’ et ‘Woman 2 Woman’ qui sont de vrais hits radio potentiels. L’as-tu fait délibérément ?

Absolument ! Merci beaucoup de m’avoir dit ça, car en réalité, tu auras beau jouer un million de concerts, mais pour certains, la radio sera toujours reine. Je veux jouer dans des stades. Pour faire ça, il faut beaucoup d’argent, que tu gagnes en faisant des hits. Je veux montrer aux gens qui je suis. La musique est un business, donc si j’ai une chanson qui convient aux standards de la radio, il faut la passer à la radio. Ce qui est marrant c’est que le remix de la chanson ‘Are You The One’, comme tu l’as dit, est rentrée dans les charts américains ! Et honnêtement, ce qui était incroyable, c’est que ce soit la version remixée qui ait le plus fonctionné ! C’était cette version que les gens ont aimée. Plus c’est simple, mieux c’est !


Ces deux chansons ont aussi des solos de guitare. Peut-on dire que ton but est de plaire à une nouvelle génération ? Ta musique est-elle une porte ouverte à ceux qui écoutaient plutôt des albums très portés sur la guitare jusqu’alors ?

Amen ! Oui ! Ce que tu viens de dire, est-ce que tu réalises à quel point c’est dur de le réaliser ? Le but est que d’autres personnes s’en rendent compte pour que l’on laisse aux gens comme moi la chance de passer à la radio et dans les magazines, donc merci de dire ça ! C’est ça le but. Des fois, ça peut prendre du temps de trouver ces gens-là, mais l’attente vaut le coup, car grâce à ça, cela permettra à d’autres de me découvrir.


Je n’ai pas envie de changer, j’ai envie de continuer à faire ce que je fais


De très grands artistes ont déjà fait ça, comme Michael Jackson avec ‘Beat It’ par exemple, avec un solo signé Van Halen. Pour des fans de hard rock, cette chanson nous a ouvert une porte vers le monde de Michael Jackson et de l'autre côté, des personnes noires vont écouter de la musique de blancs : de la même façon, tu es à la porte entre ces deux mondes en cette fin de décennie.

Et j’aime ça, merci beaucoup, car pour moi, c’est mon destin. Prince faisait partie de ces gens-là aussi. Tout ce que je fais, c’est dire ma vérité, être authentique. Je ne pourrais pas faire autre chose, je ne peux pas faire semblant, je ne pourrais pas être aussi bonne dans autre chose. J’ai été dans un hall of fame du rock’n’roll où tu retrouves Chuck Berry, Lemmy de Motörhead et tous ces gens, et tout d’un coup je me suis mise à penser qu’après toutes ces années passées dans ma chambre à m’entraîner, je me retrouvais au milieu de ces légendes, c’était incroyable. Je n’ai pas envie de changer, j’ai envie de continuer à faire ce que je fais.


Ton père était bassiste, ta mère travaille avec Tina Turner. Est-ce que la chanson ‘Enough’ est une sorte d’hommage à l’éducation que tu as reçue par tes parents ?

C’est merveilleux que tu dises ça ! Et c’est intéressant. Cette chanson, je voulais qu’elle soit riche en émotions, que l’on ressente ce que je ressens. Je parle des cicatrices de l’Amérique et de celles des gens qui jugent. Quand tu es enfant, tu as des rêves et tout peut se produire. Mais quand tu grandis, tu réalises que les gens veulent te changer, et ça, ça suffit ("enough" en Anglais, comme le titre de la chanson en question, ndr). Ne changez pas qui nous sommes. Affirmez-vous, c’est ce que je fais.





"Affirmez-vous", c’est un peu ton dicton. Le mouvement féministe est parti du business du cinéma aux Etats-Unis. Quel est ton état d’esprit par rapport au tremblement de terre qu’a causé l’apparition du hashtag "MeToo" (équivalent de #BalanceTonPorc en France, ndr) ? Quand tu dis de rester tel que tu es, ton message est assez proche de ce hashtag. Est-ce que ta musique est une sorte de bande originale de ce mouvement ?

Oui à 100% ! C’est comme quand tu regardes Donald Trump. Sérieusement ? C’est ahurissant ! Pourquoi est-on dans une telle situation aujourd’hui ? J’avais envie de montrer ce que je ressens dans cet album. Ce hashtag, ça ne concerne pas que les femmes d’Hollywood, ce sont toutes les femmes du monde entier dans toutes les industries qui sont concernées. Tout ça, ça suffit. Le plus important, pour moi, c’est d’être moi-même. Monsieur Trump ne me représente pas en tant qu’individu. L’éthique et la morale constituent la personne que tu es. Si tu n’as pas ça, tu ne m’intéresses pas. En tant qu’artiste, je crée à partir de mes émotions. C’est pour ça que tout ce que je fais est de bonne foi. Quand tu écoutes mes chansons, je transmets mon émotion, et c’est pour ça que j’ai écrit cet album et ça me fait me sentir bien. Je suis excitée car les choses progressent. Les parents, maintenant, doivent faire vraiment attention à la manière dont ils éduquent leurs garçons pour qu’ils respectent les jeunes filles et les jeunes femmes.


Tu as aussi créé la fondation Drive Hope...

C’est exact, je vois que tu as fait des recherches !


... le but de la fondation est d’aider les enfants de quartiers difficiles à créer leur projet professionnel. Est-ce que tu penses que le rêve américain existe toujours ?

Absolument ! En fait, il est toujours 100% d’actualité en 2018. La raison pour laquelle je dis ça est que j’ai commencé avec rien, avec 20 dollars.


Oui mais ce n’était pas en 2018 !

Bien sûr, mais en 2018, c’est une époque bien meilleure, surtout avec les réseaux sociaux. Je vois des artistes qui font des vidéos de 30 secondes qui sont vues par un million de personnes ! Il y a 10 ans ou même 5 ans, on était à un tout autre niveau ! Drive Hope, ce n’est pas lié qu’à la musique, car tout le monde ne peut pas être chanteur. Il y a d’autres métiers qui existent dans le domaine du divertissement ou dans le monde en général. Il y a des métiers incroyables. Tout ce que l’on essaye de faire, c’est de faire venir des enfants qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire. Ils peuvent y arriver comme nous. On vient du même endroit, et ça fait prendre conscience aux gens qu’ils peuvent y arriver aussi. Quand tu vois toutes les conneries que font certains, imagine-toi ce qui se passerait si l’on vivait dans un monde où tout le monde faisait quelque chose qu’il avait envie de faire ? Tu imagines à quel point les gens seraient heureux ?


Tu te considères comme un modèle ? Tu penses que les gens doivent suivre tes pas ?

Absolument !


Tu peux être milliardaire et malheureux, mais tu peux aussi n’avoir aucun argent et être la personne qui a le plus réussi au monde !


Comme tu m’as dit, il y a eu Jimi Hendrix, Prince, et maintenant…

Malina Moye ! (Rires). Je te réponds oui à 100% ! La raison pour laquelle je dis ça est que je suis assise ici en ce moment même, et comme je t’ai dit, quand tu démarres avec 20 dollars, que tu n’as rien, et que tu vois quelqu’un qui aime ce que tu fais, c’est de la réussite ! Tout ce que je peux dire aux gens c’est : "Qu’est-ce que signifie réussir pour vous ?". Tu peux être milliardaire et malheureux, mais tu peux aussi n’avoir aucun argent et être la personne qui a le plus réussi au monde ! J’ai une vision de la réussite, mais pour toi, qu’est-ce que la réussite ? Tu es le seul à pouvoir me dire ce que veut dire la réussite pour toi.


... C’est d’être heureux !

Voilà ! C’est la clé. Tout le monde a sa propre version de la réussite.


A cet égard, est-ce que tu penses que Melania Trump est heureuse ?

Je vais être honnête avec toi, je ne connais pas Melania ! (Rires).






Non, moi non plus ! Mais je la cite car elle a plus d’argent que nous deux réunis ! Pour autant, je ne pense pas qu’elle soit très heureuse.


Je ne la connais pas, mais je dirais, moi, que tu dois faire ce que tu veux faire, et Melania est la seule à connaître sa vérité.


C’est elle qui a lancé le #MeToo mais personne ne le sait !

Non ! Tu plaisantes ?


Non je rigole ! (Rires)

Ah ! C’était pas possible ! (Rires). En réalité, je me sens mal pour elle !


Elle a l’air si triste ! C’est pour ça que je la prends en exemple. Réussir, c’est être heureux, pas avoir de l’argent.

C’est ça. Exactement, très bon point !


Tu vas jouer dans un film, "The Samuel Project" réalisé par ton mari. Est-ce qu’on peut espérer te voir à la fois sur scène et à l’écran en France en 2018 ?


Absolument ! En fait, le film est signé Netflix et il va passer au cinéma, donc je suis très excitée ! Venez voir le film et passer un bon moment ! Je promets de donner le meilleur de moi-même !


J’ai appris une chose : ne t’attends à rien, mais garde espoir


Quelles sont tes attentes pour cet album ?

J’ai appris une chose : ne t’attends à rien, mais garde espoir. C’est comme ça qu’il faut voir les choses. Aujourd’hui, j’ai eu la chance de te rencontrer, et nous avons eu une conversation formidable. Suite à ça, tu vas diffuser cette interview auprès de nombreuses personnes que je n’aurais jamais touchées autrement. J’ai déjà fait un pas de plus qu’avant le début de cette interview. C’est en continuant d’avancer que je parviendrai à mes fins ! C’est aussi pour ça que je joue dans un film. Il n’y a pas que la musique. Les gens ont envie de découvrir le monde de Malina Moye et de le comprendre. Je chante, je joue de la musique, j’ai un label, et maintenant je suis actrice, tu vois ce que je veux dire ? Et tout ça va peut-être permettre aux gens de découvrir ma musique !


Nous avons commencé cette interview en te demandant quelle était la question que l’on t’avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait la question que tu aurais aimé que je te pose, ou celle à laquelle tu aimerais répondre ?

Tu m’as posé des questions merveilleuses ! C’est vrai ! Honnêtement, de toutes les interviews que j’ai faites, c’était la meilleure ! On a aussi parlé d’argent !


Mais c’est la clé de tout !

Oui, mais certains ont peur de ça, et c’est justement ce que j’ai aimé dans cette interview car tu as abordé cette question frontalement ! Beaucoup de gens évitent ces questions. Tu m’as à peu près tout demandé !


Donc si on se revoit dans 5 ans tu te rappelleras de moi !

Bien sûr, car on est tous importants, et tu comptes comme tout le monde !


Ça me rappelle l’interview d’un groupe, Orphaned Land. C’est un groupe israélien qui mélange de la musique arabisante avec du metal. Ils m’ont dit que nous étions tous des guerriers qui répandaient leur message de paix. Tout le monde est une pièce de la machine dans laquelle nous vivons.

Nous avons gagné aujourd’hui. Jusqu’à maintenant, tu ne me connaissais pas, et je ne te connaissais pas. Mais maintenant, je t’ai rencontré, je te connais et je te respecte. Les lecteurs vont découvrir l’interview, et peut-être qu’à partir de ça, ils auront envie de me découvrir.





En tout cas nos lecteurs vont adorer cette interview tout comme j’ai adoré la mener ! Merci !


J’apprécie ce que tu m’as dit, merci à toi ! 


Merci à Newf pour sa collaboration...



Plus d'informations sur http://www.malinamoye.com/
 
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