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TITRE:

NONO KRIEF (TRUST)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

HARD ROCK



Toujours à la pointe de l'actualité, c'est une légende du rock français que Music Waves a eu le privilège de rencontrer. À peine sorti de la tournée avec Trust, Nono a eu la gentillesse de bien vouloir nous accorder une interview vérité...
STRUCK - 20.03.2009 -
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À peine sorti de la tournée avec Trust, Nono a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à nos questions. Interview vérité avec le co-fondateur de Trust.

Merci Nono de bien vouloir nous rencontrer. Penses-tu au jour d'aujourd'hui, j'ai à te poser la question de te présenter ?
Bah oui, je pense qu'il est déjà poli de se présenter, humble et modeste humain, je ne suis pas universellement connu…. Et le temps passe vite, ainsi que les générations.

… Et donc pour ceux qui viennent de naître ?
Et bien (Rires) ! Je m'appelle Norbert Krief, ma maman m'a surnommé Nono, depuis on m'appelle ainsi et je suis musicien (Sourire)…

… Dont la carrière est liée à Trust…
… Oui, j'en suis le co-fondateur avec Bernie.

Justement, ça ne date pas d'hier mais pourquoi ce nom Trust déjà ?
Et bien, parce que Trust, cela sonne bien, c'est un mot international et cela a plusieurs significations : « confiance », « croire », « holding »… Donc force et puissance, cela correspond bien au groupe.

Et quelle est votre actualité ?
On a fini la tournée en décembre 2008 qui s'est merveilleusement bien passée. Et après un petit peu de repos, nous avons continué nos projets parallèles, et des concerts sont programmés jusqu'à l'été 2009.

Tournée qui a fait suite à la sortie du très attendu « 13 à table » : peux-tu nous parler de cet album ?
Alors, en fait, pour faire un petit retour en arrière, sous l'influence majeure de Ferhat Imakhoukhene, notre producteur/manager, nous nous sommes reformés en 2006 pour un « one shot » lors d'un festival en juillet 2006 à “Bobital“ (Côtes d'Armor), extrêmement bien organisé, avec une magnifique affiche « Jean Louis Aubert, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Little Richard » et nous pour finir ! C'a été beaucoup de plaisir à se retrouver sur scène et partager avec autant de monde, 45 000 personnes ! La machine était loin d'être rôdé, mais les sensations étaient là. Un cd/dvd en public issu de ce concert est sorti. La maison de disque, Ferhat et nous-mêmes avons pensé qu'il aurait été bien d'y rajouter deux titres inédits. On s'est donc retrouvé en studio pour trois jours, on a fait trois titres, s'était sympa de retravailler ensemble, on a, donc, tout naturellement, décidé de continuer.

Ensuite, il a été rapidement évident que pour continuer l'aventure, il fallait un nouvel album… Il en a donc découlé « 13 à Table ».

On a commencé par travailler Bernie et moi, guitare acoustique et voix afin de trouver de nouvelles idées de titres. Après avoir arrangé certains titres chez moi, on a enregistré avec le groupe pendant quelques jours, d'abord au studio polygone à Toulouse, Omega à Suresnes puis à Midi Live à Villetaneuse, on a grosso modo enregistré l'album en configuration live en une douzaine de jours, ça a été assez rapide, ça a donné « 13 à Table »…

On est très content du résultat, même si j'estime, et c'est mon sentiment, que le son et le mixage de l'album ne sont pas assez optimisés pour renforcer les titres… Je ne devrais pas le dire, tant pis c'est fait (Sourire)…

… Mais tu as un studio, pourquoi ne pas avoir fait le mixage toi-même ?
Parce que je n'avais pas le temps et parce que je pense que des oreilles fraîches et objectives sont bien mieux. Mais il y a tellement de façons de mixer un album, le mixage donne la couleur et la direction finales, le mixe de « 13 à table » est bon, mais à mon goût, pas assez épuré, dynamique et rock… Bref passons.

Et pourquoi ce titre « 13 à table » ?
Parce que lors des derniers jours de studio, il fallait trouver un titre, il y avait treize titres sur l'album, Bernie a proposé « 13 à Table », on a tous trouvé cela très bien. Il se trouve que le dernier jour, nous avons enregistré deux autres titres rapidement, dont un morceau acoustique. Il s'avère donc, qu'en fait, il y en a quinze ! On a quand même gardé le titre « 13 à Table », comme dirait Bernie « c'est une arnaque ! C'est comme les trois mousquetaires, en fait, ils sont quatre » (Rires) !

Justement il semblerait que Trust se soit engagé dans une musique plus rock et moins hard rock : qu'en penses-tu ?
Effectivement, il est peut-être moins hard, mais nous ne nous sommes jamais considéré comme un groupe de hard rock, plutôt comme un groupe de rock. Il y a des choses extrêmement variées sur nos albums. Notre évolution a toujours été de faire ce que nous ressentions sur le moment précis, et sur nos envies d'explorer. Chacun de nos albums a une couleur et une direction bien différentes. On a pensé à se faire plaisir d'abord, sans penser à ce que l'on attendait de nous, c'est de la création et il est important d'être en phase avec ce que l'on fait. Ensuite le public adhère ou n'adhère pas… C'est autre chose, les goûts et les couleurs ne se discutent pas… Il faut respecter cela, et donc se respecter mutuellement. « 13 à table » est un album encore différent, mais riche et mature.

À ce titre, tes propos vont dans le sens des chroniques plutôt bonnes lues ici ou là et notamment celle de Music Waves…
Et bien pour la vôtre, merci ! Cela prouve que vous avez été sensible à ce nouvel album et que vous l'avez écouté objectivement. Je précise qu'il y a eu une quasi-majorité de très bonnes chroniques.

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On ne va pas parler ventes de cd parce que ça ne veut plus rien dire actuellement…
…Tout à fait…

… Quel a été l'accueil de votre public lors de vos concerts ?
Excellent ! Il l'a été tout au long de la tournée, ce fut un vrai bonheur de se retrouver, les anciens, les nouveaux, les jeunes, ceux qui n'avaient jamais vu, nous les remercions tous, ça n'a été que du bonheur ! Bon, il y a toujours une petite minorité d'insatisfaits, qui râlent toujours, c'est plus ou moins toujours comme ça dans les concerts. Ce que je retiens, ce sont ces moments magiques de partage avec le public, que nous quittions chaque soir heureux. On s'est donné à fond tous les soirs pour les satisfaire et créer cette osmose magique qu'offre la musique.

Et ça, ça te donne envie de continuer ?
Bien sûr, on va continuer. On n'a pas l'intention d'arrêter… Tant que cela se passe bien, on a commencé à faire des concerts et de nombreuses dates sont prévues ces prochains mois…

Notre chroniqueur vient à souligner que le fait que « 13 à Table » soit constitué de quinze titres peut nuire à l'impact de votre musique globalement engagée : qu'en penses-tu ?
Non, je ne pense pas, et je ne vois pas le rapport, pourquoi aurait-il fallu en mettre moins ? Je pense qu'aujourd'hui, il faut donner beaucoup plus qu'auparavant, la musique est devenue un produit de consommation, on prend, on jette, on passe vite à autre chose, le rythme de sortie de nouveautés est phénoménal, donc la durée de vie d'un album ou d'une chanson est très courte … Il faut donc donner plus et plus souvent ! Du moins il me semble. Sauf, bien évidemment, si on cartonne d'entrée de jeu.

« 13 à table » enregistre l'arrivée de Deck en tant que DJ ?
Tout à fait !

Qui a eu cette idée d'incorporer un DJ ?
Bernie

Comment vis-tu cette arrivée ?
Bien, je précise que l'on dit DJ mais Deck n'a pas que des platines, il utilise des samplers, des claviers, il chante, fait les chœurs, et apporte pas mal de choses en fait…
Je trouve que c'est un plus, c'est notre choix. L'apport qu'il amène sur scène, évidemment travaillé en amont en studio pour « 13 à table » où il y a des séquences, des loops, un peu de synthé, des intermèdes musicaux, tout cela enrichit à notre sens le show. Mais nous travaillons à chaque concert afin d'améliorer, et ce n'est jamais vraiment pareil tous les soirs.

Mais cette arrivée ne s'est-elle pas faîte à tes dépens car il semblerait que tes riffs incisifs soient moins à la fête sur « 13 à Table » ?
Ils sont moins à la fête et c'est malheureusement aussi mon avis… Les guitares de « 13 à table » ne sont pas assez bien traitées et optimisées dans le mixage, c'est tout. Mais rien avoir avec le fait qu'il y ait un nouveau membre dans le groupe, en l'occurrence Deck, qui apporte simplement une autre couleur. Le mixage… Bref…

Et c'est pour ça en live…
… Et c'est pour ça, en live, ça sonne bien mieux, exactement !
Et surtout grâce à nos techniciens, en l'occurrence Madje et Fred talentueux et redoutables techniciens son. Les titres de « 13 à table » rendent beaucoup mieux en public.

A ce propos, est-il prévu de faire un enregistrement live pour pallier à ça ?
On a enregistré et filmé plusieurs concerts de la tournée, ainsi que le concert de l'Olympia en décembre 2007, on y a fêté nos trente ans de carrière ! je pense que quelque chose devrait sortir courant 2009 normalement…

Justement comment ont vécu ce changement vos fans de la première heure ?
Il y a ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas… C'est normal, comme je le disais tout à l'heure, on ne peut pas plaire à tout le monde. Aujourd'hui, nous faisons ce que l'on a envie de faire, en ce moment précis et l'on a toujours fonctionné comme cela, on aime s'aventurer et prendre des risques ! et cela va évoluer encore, ou et comment je n'en sais rien, mais il faut respecter nos choix. Je plaisante, mais si demain, nous décidons de faire du ska et de prendre des gnous comme choristes et une section d'autruches aux cuivres, on le fera… (Sourire) !

On parlait de fans : quel est le profil du fan de Trust ?
Et bien, en partie de la même génération que nous, mais aussi plus jeune, voir beaucoup plus jeune !
Il est aussi composé de très différentes classes sociales, garçons et filles. Et je pense, qu'il a pour la plupart, été ou a été touché, concerné ou simplement intéressé par les propos de Bernie.

Personnellement ça te fait quoi de faire partie des légendes du rock français en général ?
Bon, c'est toujours sympa, l'ego est content ! Mais ce qui m'importe c'est le présent et l'avenir ! De travailler, d'apprendre et d'avancer, avoir la santé, l'amitié et l'amour, la paix, la liberté. Il n'est vraiment pas intéressant de se reposer sur quelconques lauriers, en se disant qu'on est une légende, cela ne mène nulle part !

Et de façon plus personnelle, ça te fait quoi d'être quasi-systématiquement cité comme référence dès que l'on parle de guitare dans le hard français ?
Encore une fois… cela fait plaisir, même si je ne me suis jamais considéré comme un guitariste d'hard… Mais, plutôt comme un musicien et artiste.

Et ton projet solo ?
Et bien, on va dire 2009… Ok, je l'annonce régulièrement chaque année depuis vingt ans, je vais finir par l'appeler « l'Arlésienne » (Rires) ! Mais il est largement en boîte, dans le sens où j'ai effectivement maintenant, et vous pouvez l'imaginer, largement matière à sortir un quadruple, voire un quintuple album… (Rires)

… on n'ira pas jusque-là, un simple suffirait !
(Rires) Oui je sais, c'est ce qu'on me dit : « Déjà, sors-en un, après on verra ! ».
Mais ce qui est bon dans la musique, c'est d'explorer, partager, apprendre, créer et j'apprécie plus particulièrement les collaborations… Donc, j'accepte régulièrement de travailler sur différents projets et bien sûr cela retarde le mien…
Dernièrement et en cours, Shakin Street, GL Band, Axel, la musique du DVD d'Alain Robert « l'homme araignée », Rage City Plage, Takfarinas, Anquetil Project …

Mais ce projet : où en est-il concrètement ?
Il avance, il me reste quelques voix à finir, les miennes et celles d'invités, quelques bouts de guitares et le mixage.

Et quelles couleurs aura-t-il ?
Surprise, surprise ! Je plaisante, de très nombreuses couleurs et univers variés, tout cela avec sobriété, là ou mon cœur et mon inspiration m'ont guidé d'aller et ou la guitare est reine !

Il sera instrumental ?
Trois ou quatre instrumentaux seulement, sinon le reste sera chanté.

Par toi ?
Oui et d'autres intervenants. Ce sera chanté en français principalement avec des bouts de diverses langues mélangées. Je fais en sorte que cela soit assez original, du moins je l'espère. J'aime l'originalité.

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Ta carrière est surtout liée donc à Trust, mais tu es connu pour avoir été guitariste de Johnny…
Oui, j'ai commencé avec Johnny en 1985, des moments très forts, un passage intense pendant plus de sept ans…

Et quelles ont été les apports sur ta carrière solo ?
Cela m'a apporté beaucoup parce qu'on apprend toujours d'expériences comme ça. De travailler avec des musiciens talentueux, tous d'univers différents, mais tous au service de Johnny bien sûr ! J'ai appris énormément aussi à travers lui, l'homme, l'immense artiste qu'il est. Il m'a beaucoup appris. Je pense aussi que je n'étais pas encore prêt musicalement donc cela m'a beaucoup apporté !

Mais ce sont deux mondes différents, vivre avec son groupe et vivre en communauté au service d'un artiste. C'est carrément deux films qui n'ont rien à voir entre eux.

Avec Trust, c'est à la base comme tous groupes, une bande de potes, ou tout tourne autour de vous et ou le groupe vis cette expérience ensemble. Avec Johnny en l'occurrence, on était quinze musiciens que l'on a mis ensemble, mais qui n'ont pas choisi de jouer ensemble, on nous a réunis sans nous demander notre avis, c'est-à-dire, s'il y avait affinité ou pas, si on allait s'entendre intellectuellement, moralement, musicalement ou pas. Ça n'a rien à voir ! C'est un peu normal aussi, comme dans toute société, c'est un boulot.

À propos de guitar héros, toi qui fais partie du patrimoine guitaristique national, quel regard portes-tu sur la nouvelle génération de guitaristes, en France ou ailleurs ?
Bah super ! C'est “ la relève “ et, il en faut une, heureusement ! Beaucoup de jeunes débarquent, il suffit d'aller sur le net ! Cela prolifère de nouveaux talents et tant mieux, tant mieux… La guitare est depuis quelques années, revenue aux goûts du jour, alléluia !

Tu vas être présent au Lax'n'Blues Festival en Mars. Connais-tu les groupes avec qui tu vas partager l'affiche, en particulier General Store qui est tête d'affiche ? Feras-tu un boeuf avec eux ?
Non, je ne connais pas General Store, mais je suis un peu comme les scouts : « Toujours partant » (Sourire) ! J'aime trop jouer et, quand on me propose de jouer, en général, je ne refuse pas souvent ! Sauf que là, je ne pense pas pouvoir y être car d'autres obligations m'attendent.

Et tu connais ce festival ?
Oui, de nom, je n'y suis encore jamais allé, mais je pense que c'est un festival très convivial, on ne m'en a dit que du bien !

Au regard de ton glorieux et projets : Comment expliques-tu ta présence sur de tels festivals plutôt orientés blues ?
À la base, je suis un guitariste de blues. Il s'avère qu'on m'a connu à travers Trust, qui est un groupe de rock, mais, petite précision, sur chacun de nos albums il y a au moins un blues !

J'ai commencé et appris la guitare sur des disques de blues tels « BLIND WILLIE JOHNSON, BOOKER WHITE, HOWLIN' WOLF, RAY CHARLES, OTIS REDDING, ELLA FITZGERALD, ARETHA FRANKLIN, NINA SIMONE, MUDDY WATERS, ROBERT JOHNSON, SKIP JAMES, ELMORE JAMES, FREDDY KING, ALBERT KING, BB KING, puis TAJ MAHAL, JJ CALE, RY COODER, ROY BUCHANAN, JOHNNY WINTER et le british blues ALVIN LEE, JEFF BECK, JIMMY PAGE... », ce sont mes racines !

Aussi tout naturellement grâce à Eric Thiévon, j'ai monté un groupe de blues qui s'appelle le « Friendship Blues » avec Greg Szlapczynski à l'harmonica et au chant, Eric Thievon à la batterie et Jean Philippe Roux à la basse, moi à la guitare, quelques festivals nous attendent en 2009.

Que penses-tu du milieu du rock en France? Penses-tu que ce style a de l'avenir et t'investis-tu pour aider de jeunes groupes à percer notamment avec ton studio ?
Je pense qu'il se passe beaucoup de choses dans le milieu rock en France, pas mal de très bons groupes intéressants, encore une fois, grâce à Internet on peut en découvrir de très nombreux, et beaucoup se produisent en concert. Le seul problème est que ce milieu n'est pas très très couvert médiatiquement, je parle de la télé et des grosses radios, mais j'en suis sûr, un jour prochain, sortira du lot un groupe majeur qui cassera la baraque, voir plusieurs groupes, c'est cyclique, avec des périodes de latence plus ou moins longues…

Donc, il faut rester confiant pour l'avenir du rock ! En ce qui concerne mon investissement pour aider de jeunes groupes, évidemment le truc le plus basique, c'est déjà d'en parler autour de soi, et dans les interviews, et aussi de les inviter, par exemple, en première partie de Trust, comme on l'a fait pour quelques groupes comme « Skip the Use », « Subway », « Les Supers Héros », les « Brid'jets », « Les Frères Guichen ». Mais étant donné le très peu de temps libre qu'il me reste pour m'occuper de mes projets persos et surtout les finaliser… (Sourire) J'ai arrêté de faire de la production.

On parlait production, de plus en plus d'albums sont produits à la maison. Selon toi, c'est une bonne ou mauvaise chose pour la musique en général ?
Je pense que c'est une très bonne chose, parce qu'à l'époque, il fallait avoir les moyens pour enregistrer un disque, les moyens de se payer un studio et tout ce qui va avec comme frais…
Aujourd'hui, effectivement, la technologie a tellement avancé que l'on obtient de la qualité professionnelle n'importe où, après, c'est une question de talent… Je connais pas mal de jeunes, notamment mon fils qui a vingt ans, qui a déjà fait son deuxième album à la maison, et c'est super bien ! Il y en a beaucoup d'autres, qui font d'excellentes choses.

Mais, ne trouves-tu pas que ça puisse nuire à la qualité au profit de la quantité ?
Non, je ne pense pas, comme je le dis toujours ce n'est pas une question de moyen, mais d'idée et de talent ! Quant à la quantité, quelque part, c'est tant mieux, ça laisse un choix important !

Mais, cette quantité n'entraîne-t-elle pas les comportements actuels des consommateurs de musique ?
C'est l'évolution actuelle des choses, il faut l'accepter, on ne peut, malheureusement, pour l'instant y faire grand chose. La société évolue, les choses bougent et les comportements avec. Donc, restons optimistes.

Et quel ton avis sur ce comportement ?
C'est malheureux parce qu'en partie, le disque est le gagne pain des artistes… En même temps on a laissé faire depuis le début ! On disait, Internet c'est génial, c'est le partage ! Effectivement ! À tel point que l'on peut télécharger tout ce que l'on veut et cela gratuitement, parfois même, avant ou le jour de la sortie commerciale du disque ou du film, alors pourquoi se priver !

C'est un problème très grave, mais cela va évoluer, il va bien falloir légiférer… C'est le cas d'ailleurs en ce moment.
Le seul petit avantage à ce problème, c'est que cela a remis tous les artistes sur la route. Du jour au lendemain, les groupes se reforment, tous les artistes repartent en tournée, font des concerts… Ça c'est très bien ! Cela a permis de voir des artistes qu'on ne voyait pas ou plus, ou qu'on ne voyait jamais !

Tout à fait, mais c'est la seconde évolution que l'on constate actuellement, c'est qu'énormément de concerts sont annulés faute de pré réservations…
Et bien, je pense que c'est un peu normal, surtout en période de crise comme aujourd'hui.
Il y a de très nombreux concerts et si certains sont annulés, à mon avis, c'est parce que les places sont trop chères !
Scandaleux de voir le prix de certaines places de concerts…

… Exact, 80€ pour aller voir AC/DC…
C'est aberrant ! Je trouve ça super cher et indécent, il y a pire, telles certaines grosses locomotives, Madonna, les Stones, Police etc… avec des places à 150 euros, voire beaucoup plus, à ce prix-là, je mettrais sur chaque siège une bouteille de champagne afin que cela soit vraiment une fête !

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D'une façon plus globale, avec ton vécu, quel est ton avis sur l'évolution du business musical ?
Il est en pleine évolution aussi, en ce qui concerne le disque, je pense qu'il est amené à disparaître en partie, pas totalement… Tout devrait se concentrer autour d'un objet personnel, tel un téléphone portable avec lequel on effectuera nos achats, on pourra y télécharger musique, film et vidéo, etc… C'est déjà d'ailleurs le cas et cela va s'amplifier.

L'autre jour, j'ai lu un article concernant des jeunes de 15 à 18 ans, ils ont été interviewés par une maison de disques pour une étude et un sondage, à la fin, on leur a offert une pile de cds à chacun, et bien, ça ne les intéressait pas du tout ! Ils n'avaient jamais acheté de cd de leur vie et ne voyaient pas l'intérêt d'en avoir… Évidemment avec le piratage…
Le business musical est obligé de se re-organiser autrement.

Un peu comme le remplacement du vinyle par le cd justement…
Oui, mais le cd ne disparaîtra pas totalement, d'ailleurs le vinyle n'a pas complètement disparu, il existe encore aujourd'hui, en moindre quantité, mais il existe toujours, ainsi que d'irréductibles disquaires ! Et tant mieux, car c'est un bel objet.
Au passage, je précise que tous nos premiers albums seront réédités en vinyle chez Sony.

L'évolution du business musical notamment français explique-t-il que tous les nouveaux groupes ont une nouvelle façon de penser à savoir se tourner résolument vers l'étranger ?
C'est l'Europe, c'est la mondialisation. Quantités de groupes, de groupes français, depuis toujours, chantent en anglais, portent espoir sur le marché international. Moi, je dis tant mieux, mais il faut bouger ses fesses, et sur place, ça ne manque pas de concurrence ! Pour ceux qui le font, c'est courageux et très bien. Il y en a certains qui fonctionnent, je pense notamment à Deep Forest, Air, Camille, Manu Tchao et d'autres !

Mais penses-tu que les mentalités françaises aient évolué ?
Les mentalités changent et évoluent naturellement que ce soit dans la musique ou dans tous les domaines. Elles évoluent avec la société, l'ordre marchand, la technologie.
Donc, oui.

Oui, mais tu admettras qu'il y a un problème français, toi qui a vu ton concert à Cologne de 82 diffusé partout en Europe sauf en France ?
Oui mais là, c'est un mystère (Rires) !

Il n'empêche qu'il ne semble pas qu'il y ait eu de changement depuis ce temps : comment expliques-tu la réticence des médias français quant à la diffusion sur nos ondes de produits autres que ceux ultra-marketés ?
Oui, il y a beaucoup de choses à redire sur ce qui passe à la radio ou à la télé, je suis d'accord avec toi ! Mais bon, avec Internet, les médias ont eux aussi du souci à se faire, leurs parts de marché s'effritent... Via Internet, on a accès à une multitude d'images, d'infos en direct, de musique, à toutes les radios de la planète, d'innombrables groupes à travers leurs sites ou via les « YouTube » & co.

… C'est le côté positif du Net ! On l'a trouvé !
Bah oui, il y en a quand même (Rires) !

Dans la continuité, toi qui as connu la censure notamment en 80 avec la sortie du deuxième album de Trust : penses-tu que cela puisse arriver encore de nos jours ?
Disons que oui… Peut-être… Sûrement ! Cela s'est toujours fait sous nos anciens gouvernements et présidents, je ne vois pas pourquoi cela ne se ferait pas sous celui-ci…
Maintenant, pour parler de censure musicale… Je n'ai pas d'exemple qui me vient à l'esprit, je ne sais pas… Peut-être, certainement aussi. Je te retourne la question : crois-tu qu'il y a de la censure (Rires) ?

Elle est tacite. On ne diffuse plus qu'un seul type de musique formaté pour le grand public aseptisé et donc sans risque de devoir être censurée…
Il y a très peu de groupes engagés aussi ! De groupes engagés politiquement et qui ont un discours sur la réalité de la vie et donc la société, il y en a très peu ! Hormis dans les groupes de « Rap » « Hip Hop ».

À ce propos, Trust a toujours été considéré comme un groupe engagé politiquement : partages-tu l'engagement de Bernie ou le subis-tu ?
Je partage l'engagement sur les grandes lignes avec lui, parce quelles sont évidentes, les injustices, les inégalités, les mensonges, les souffrances, le racisme ! etc…
Là-dessus, je ne peux être que d'accord.

On arrive bientôt au terme de cette interview et donc les fameuses questions Music Waves. Si tu devais faire découvrir Trust à quelqu'un qui ne connaît pas le groupe quel titre choisirais-tu et pourquoi ?
Je lui dirais d'écouter les deux premiers albums.

Pas un en particulier ?
Si tu insistes, alors le premier album, car toute l'essence et la particularité du groupe y est très forte. L'album est très varié et très brut. La voix, les paroles, le son des guitares, le style de Jeannot le batteur, les compositions, le son, l'ambiance générale font que cet album est très intéressant. Album très rock avec une touche de saxophone, de choristes féminins, de piano électrique, d'acoustique 12 cordes, de talk box, d'hygiaphone, de sirènes, de bruitages, ou l'osmose entre nous est totale !

Et comment expliques-tu le succès d'« Antisocial » ?
« Antisocial » Ce titre faisait partie de l'album sans que l'on imagine une seconde qu'il aurait cet impact. Le bon morceau, au bon moment, un accident ?… La chance ?…
Il reflète un sentiment de ras-le-bol général qui pesait à l'époque sur notre société. Bernie gueulait ce que les gens pensaient tout bas. On est très fier de cette chanson qui perdure depuis trente ans, bien malheureusement quelque part ! Pendant les manifestations du CPE, les jeunes le chantaient dans la rue (Sourire). Elle a été reprise par de nombreux artistes et groupes français et internationaux dont Anthrax aux USA.

Et quand vous l'avez enregistré, vous vous rendiez compte que vous enregistriez un tube ?
Non, non, absolument pas, c'était une chanson de l'album parmi les autres, sans être notre préférée. Alain Levis PDG de CBS à l'époque l'a choisi comme single en nous disant : « vous verrez, ça c'est un tube ! » Ah bon ? il avait raison ! Ce type a signé à l'époque dans le même laps de temps : Trust, Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel ! J'appelle ça « avoir l'oreille et du flair ! » (Rires) !

Tu parlais de films, tu as fait deux BO de films…
Trois,

… Ça ne t'a jamais titillé de faire ton propre film, comme Bernie ?
Faire mon film ? Non, mais j'adore l'image, photo ou film, c'est juste une histoire de manque de temps, je suis déjà à la traîne pour sortir mon premier disque, alors t'imagine pour faire un film (Rires) ! Mais j'adorerais, pour l'instant je consacre encore beaucoup de temps à travailler la musique.
Un jour peut-être, mais ce sera un clip ou un très court-métrage ! Il faut aussi et surtout que je consacre du temps à ma famille !

Sans transition : imaginons que tu sois vendeur : quels arguments utiliserais-tu pour vendre « 13 à Table » ?
Bonne question ! Quels arguments ? Hum, et bien, je dirais que c'est un album à découvrir avec attention, qu'il est plein de bonnes choses subtiles et profondes. Et qu'en l'écoutant, on ne pourra plus s'en passer ! Que grâce à lui, vous retrouverez la sérénité, la paix intérieure, le sommeil, votre femme reviendra, votre chien ressuscitera et il vous fera gagner au loto !
C'est bon ça ? (Rires)

Qu'est ce que tu écoutes ces derniers jours comme groupes ?
Pas trop le temps en ce moment, mais j'écoute un peu de tout, dernièrement :
Peeping Tom, Angus & Julia Stone, Incubus, Lovage, PJ Harvey, Tricky, le premier Johnny Winter And, Jeff Beck, Bob Dylan, tu vois, très divers.

Dans le prolongement de la précédente question : la fameuse question « Lost » : ton avion se crashe sur une île déserte, mais le scénariste est sympa, il te laisse prendre cinq album dans ta valise, lesquels prends-tu et pourquoi ?
Oh la vache, t'es dur ! Cinq ?
- Otis Redding,
- Une compilation de Led Zeppelin,
- Ten Years After,
- Une compilation des Beatles et des Rollings Stones
Et puis peut-être un truc (Il hésite)…

Un Trust ?
Non. Je n'écoute jamais les albums de Trust, jamais, jamais… Une fois qu'on quitte le studio, je ne l'écoute plus jamais, ou alors longtemps, très longtemps après…

Et pour le cinquième ?
- Et bien, Mozart ! J'en planquerais bien un sixième dans mon pantalon… Un album soft, de musique relaxante…


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Plutôt Stones ou Beatles ?
Ah, je suis les deux ! Kif-kif ! (Rires) !

En fait, on retrouve dans ces cinq albums tes influences majeures…
Ouais, c'est vrai ! A part Mozart.

Sinon que penses-tu du dernier AC/DC ?
Très bon ! Sans surprise, c'est du AC/DC et c'est ce que l'on veut entendre ! J'admire leur intégrité !

On change de sujet : qu'est-ce tu voulais faire quand tu étais gamin ?
Je voulais être, soit vétérinaire, parce que j'adore les animaux, pour les soigner et prendre soin d'eux ou bien alors faire partie d'une équipe très aventurière, telle l'équipe « Cousteau », soit dans les sports mécaniques.

Un truc lié soit aux animaux ou la nature ? Et même si tu n'es pas devenu vétérinaire ou membre de l'équipage Cousteau : es-tu fier de ce que tu es devenu ?
(Rires) Oui… Bien sûr que je suis très heureux de ce que je suis et de mon parcours, tout à fait… Très, très heureux, mais comme je le disais tout à l'heure, je ne vis pas avec, je ne me repose pas dessus : pour moi, il est vital et très important de continuer à apprendre et avancer !
Là, je sais que je vais rentrer chez moi, et m'enfermer dans mon studio pour travailler… Hormis cela, il y a encore tellement d'autres choses à faire et à s'occuper, je ne m'ennuie jamais et le temps passe trop vite pour s'ennuyer.

À propos de fierté : quel est le projet/album/participation dont tu es le plus fier ?
Hou la la ! Il y en a plein, j'ai eu la chance de participer à pas mal de projets et je dirais que tous m'ont apporté quelque chose de différent, qui me rende, non pas fier, mais heureux.
En termes de fierté, on va dire surtout le parcours de Trust, effectivement, quand même ! et aussi mes années avec Johnny Hallyday.

Définitivement la carrière de Nono est liée à celle de Trust ?
J'en ai bien peur, oui, ça aurait pu être pire… Mais elle est loin d'être fini, du moins je l'espère ! (Rires)…

Donc rendez-vous l'année prochaine ! À l'inverse et avec le recul quel est le projet/album/participation que tu ne ferais plus ?
Aucun, parce que ça a toujours été enrichissant, et aucun n'a été cauchemardesque…
Je ne garde que de bonnes expériences et de bons souvenirs… Sauf, un peut-être… Je pense ne jamais repartir en tournée durant 6 mois, à écumer l'Allemagne avec un Artiste célèbre là-bas « Howard Carpendale » pour ne pas le nommer, comme je l'ai fait dans les années 90, je ne me souviens plus très bien laquelle exactement, c'était uniquement pour rendre service et pour l'expérience, pourtant entouré d'excellents musiciens américains, très enrichissant, mais plus jamais…

À ce propos, quelle est la question qu'on t'a trop posée ?
« Pourquoi vous êtes-vous reformés ? » C'est une question récurrente… Et, il est sympa Johnny ? il sait vraiment jouer de la guitare ?

À l'inverse, quelle est celle que tu voudrais que je pose ?
(Rires) Désires-tu quelque chose à boire ou à manger ?
Oui, s'il te plait, un soda et un croque-monsieur, car je suis affamé ! (Rires) !

Et comme on est presque à la période des vœux que peut-on te souhaiter pour la nouvelle année 2009 ?
On peut me souhaiter la santé d'abord ! puis, beaucoup de musique, de concerts et d'Amour !

Enfin, un dernier mot pour les fans qui te lisent sur Music Waves ?
Je leur souhaite tout pareil ! Excellente santé, paix et beaucoup d'amour… En musique !


Un grand merci à Philippe Glorioso pour ses photos ainsi que Loloceltic et Tonyb pour avoir contribué à cette interview.


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