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RED MOURNING (02 MARS 2018)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
METALCORE
4 ans après la sortie du très remarqué "Where Stone And Water Meet", Red Mourning revient plus en forme que jamais avec "Under Punishment's Tree" et sont venus en parler à Music Waves...
STRUCK - 09.03.2018
... pour une longue interview introspective pendant laquelle nous ferons un tour d'horizon de la carrière passée, présente et future d'un groupe hyper talentueux...


Nous nous étions rencontrés en 2014 à l’occasion de la sortie de "Where Stone And Water Meet". Pour le coup, on ne va pas être original au niveau de la question que tout le monde vous pose mais ça nous intéresse tous de savoir pourquoi tant de temps alors que nous pensions que le groupe avait passé un cap, trouvé une identité et qu’il allait surfer rapidement sur ce succès ?

Jean-Christophe "JC" Hoogendoorn (chant) : C’est notre rythme : on met 3 ans à faire un album ! Mais pourquoi on a mis 4 ans ? On a changé de guitariste deux fois…


… on l’avait dit, avec votre album précédent vous aviez créé un style à part mêlant blues et metalcore et vous aviez trouvé la formule de ce son Red Mourning, tu sous-entends que le départ de Romaric Méoule membre originel, l’intermède de 2 ans de Julien Doucin et l’arrivée en 2017 de Alexandre Bourret a différé la sortie de ce nouvel album mais êtes-vous conscients qu’à l’heure actuelle, 4 ans de silence peut être préjudiciable dans la carrière promotionnelle d’un groupe ?

JC : Bien sûr, mais d’un autre côté, on travaille beaucoup nos morceaux et on sort quelque chose de nous-mêmes. L’objectif est de faire un album qu’on kiffe et dont on est fiers. On sort des émotions et si ça doit mettre un an de plus, ça prendra un an de plus… Nous ne sommes surtout pas dans la position de se dire "Il faut vite qu’on sorte un truc !".
Même si ce n’est pas la formule idéale pour la carrière du groupe, ce n’est pas un problème pour nous : c’est comme ça !





Certains groupes ont trouvé dans l’EP la solution pour palier à cela…


Aurélien Renoncourt (batterie) : Le problème est que dans le cas présent, nous avons fait une petite tournée pour "Where Stone And Water Meet" et en fait, le départ de Romaric, le guitariste originel, a fait qu’on a pris du temps pour essayer de recruter un nouveau guitariste et essayer de l’intégrer dans l’univers Red Mourning. Et ce qui est compliqué en tant que guitariste de Red Mourning, c’est qu’il faut gérer la slide guitar et il a donc fallu que Julien apprenne à jouer de la slide guitar. On avait aussi des concerts prévus avant le départ de Romaric donc il a fallu que Julien apprenne tout le set…

JC : … et rebelote pour Alex…


Mais si Julien était resté : est-ce que cela aurait accéléré le processus de création et la sortie de "Under Punishment's Tree" ?

JC : Oui, je pense qu’on se serait vus un peu plus tôt mais pas tant que ça parce qu’il y a quand même eu une transition à faire en cours de composition d’album. En fait, on avait composé les trois quarts de l’album avec Romaric et c’est à ce moment qu’il nous quitte : je tiens à préciser que nous sommes restés en très bons termes (Sourire)…


Tu m’as dit en début d’interview que votre rythme de sortie était de 3 ans mais finalement pas tant que ça car si Romaric était resté, cet album serait sorti au bout de 2 ans ?

JC : Non parce que les trois albums précédents, c’était 3 ans !


On a affirmé notre identité musicale et un peu notre sonorité sur "Where Stone And Water Meet"



Sauf quand nous nous sommes rencontrés à l’occasion de la sortie de "Where Stone And Water Meet", on ressentait une vraie dynamique et on avait le sentiment que vous aviez trouvé la formule…

JC : C’est vrai mais le terme "formule" me fait un peu tiquer. Je ne suis pas trop objectif mais c’est vrai qu’on a affirmé notre identité musicale et un peu notre sonorité sur "Where Stone And Water Meet" mais je n’ai pas le sentiment qu’on se soit mis dans un schéma et écrire consciemment tel ou tel type de morceau.


Nous parlerons donc d’identité, de cohérence dans le style musical alors que ça paraissait plus fouillis par le passé avec notamment cet harmonica qui faisait votre charme mais qui n’était pas parfaitement intégré…

JC : Je suis d’accord avec toi…


On a eu une petite période de doute





… est-ce que le départ de Romaric au moment où vous aviez trouvé cette identité vous a fait douter quant à la suite à donner à Red Mourning ?


JC : On a eu une petite période de doute mais elle n’a pas été très longue. Personnellement, sur le coup, je me suis dit : "Est-ce qu’on continue ou pas ?". On en a parlé vite fait mais en quelques jours, c’était plié. On se mettait en recherche d’un nouveau guitariste et c’était reparti parce qu’on a des choses à exprimer.


Et dans ces conditions, comment s’est passé ce qui s’avère un intermède avec Julien ?


Aurélien : On était déjà habitué donc le coup a été moins dur (Sourire).

JC : Franchement, je vais dire une connerie mais je vais quand même la dire (Rires). Au départ avec Julien, ça s’est très bien passé et à un moment, avant d’enregistrer l’album, il nous a dit qu’il allait déménager en Savoie et au fond de moi-même, je savais que ça ne pouvait pas marcher à terme. On a quand même essayé mais ça n’a effectivement pas marché. Donc en entrant en studio, je savais déjà qu’il allait falloir trouver un nouveau guitariste.
Julien a enregistré l’album et il a été super parce qu’il aurait très bien pu nous dire "désolé les gars, je me casse !" et au lieu de ça, il a enregistré l’album avec nous et il a fait un putain d’album : merci Julien !


N’est-ce pas frustrant pour lui de ne pas pouvoir le défendre sur scène et à l’inverse pour Alexandre qui va devoir défendre sur scène un album qu’il n’a pas enregistré ?


JC : Je vais parler à la place d’Alexandre mais je pense qu’il arrive dans une dynamique où il se dit qu’il rejoint un groupe, il kiffe, il est content d’être là et il faut aller de l’avant car c’est quelqu’un de très positif, de très travailleur… donc je ne pense pas qu’il ait de difficultés à ce niveau-là.
Je vais parler à la place de Julien (Rires) : il a fait un choix en connaissance de cause, il savait probablement que derrière, ça ne marcherait pas…

Aurélien : … mais il était très content d’enregistrer l’album…

JC : Ça reste une très bonne expérience…


C’est un choix de vie totalement respectable. Mais c’est la question que je me pose concernant des groupes comme les vôtres : comment arrive-t-on à trouver un équilibre entre vie privée et cette passion surtout quand on a passé la vingtaine ?


Aurélien : C’est juste une question d’organisation de ta vie. Sébastien est le seul à avoir des gosses pour le moment mais on a des jobs à côté qui nous permettent au final d’être assez flexibles en termes d’emploi du temps : si on doit poser une semaine pour une tournée, on peut la poser assez facilement. Et après, c’est juste une organisation de vie : on répète deux fois par semaine…


Nous avons également la volonté de laisser le temps entre chaque album pour ne pas refaire la même chose





Et cela explique peut-être aussi ce délai de 3 ans qui ne sera pour ces raisons jamais incompressible ?

Aurélien : Peut-être mais nous avons également la volonté de laisser le temps entre chaque album pour ne pas refaire la même chose parce que si on enchaîne trop rapidement la composition tout de suite après, on va peut-être garder l’ambiance ou l’esprit du précédent album. Ce temps nous permet de faire une coupure, de remettre les choses à plat et de redémarrer avec des idées neuves.

JC : Je ne pense pas que ça soit un manque de temps parce que nous passons un paquet d’heures chaque semaine. On répète deux fois par semaine, on répète le dimanche toute la journée : on y passe énormément de temps, on est assez assidus… Ce n’est pas tellement là que ça se joue, c’est plutôt de la maturation, de l’exigence, des capacités aussi : il y a peut-être des gens qui sont plus productifs ou des groupes où il y a un mode un peu plus dictatorial avec un leader qui compose et les autres qui suivent…

Aurélien : … et on s’embête aussi à mettre en place des lives atypiques. Nous ne contentons pas de restituer simplement les morceaux comme sur l’album, nous mettons en avant nos interludes, on travaille les transitions, les samples… on chante à quatre : c’est du boulot de proposer quelque chose d’assez varié !


Dans notre précédente interview tu disais "espérer qu’on va continuer à trouver de nouvelles idées, de nouvelles expériences, de nouvelles façons personnelles de s’exprimer". Quelles sont ces nouveautés par rapport à votre album précédent ?

JC : On a intégré un nouvel instrument - de l’orgue - sur cet album. Ce n’est pas un truc central mais c’est un élément supplémentaire et on a fait des expérimentations un titre comme ‘Blue Drums’ par exemple, il y a un peu d’orgue mais c’est beaucoup de batterie et de voix : c’est un peu un challenge !


On parlait de blues metal jusqu’à présent, avec l’intégration de l’orgue, on va vous coller l’étiquette progressive bientôt…


JC : Sans blague, il y a des structures plus expérimentales, des harmonies vocales qui étaient plus poussées encore notamment dans le registre mélodique alors qu’auparavant, nous avions des chœurs hardcore et aussi des mélodies vocales mais là, on a fait des chœurs, des chants gospel, des contre-chants… c’est une allée d’exploration !


Nous avons pu pousser au maximum notre concept sur cet album





Tu disais également que "vous aviez fait un pas sur cette route et effectivement, là où on avait poussé le délire harmonica à fond sur le deuxième album, on s’est un peu moins aventuré sur ce chemin-là et il est devenu un élément parmi d’autres comme la slide guitare…". Comment qualifieriez-vous cet album dans la discographie de Red Mourning ?

Aurélien : Je pense que nous avons pu pousser au maximum notre concept sur cet album parce que nous avons vraiment travaillé en amont sur tout ce qui est arrangements, le chant où nous avons bossé tous les deux avec JC à l’écriture du chant, il y a eu beaucoup d’échanges, l’intégration de plein d’orgue, toutes les interludes qu’on a peaufiné… On est arrivé avec un produit juste à être enregistré et du coup, cet album est le plus abouti, le plus mature et je pense qu’il ouvre vers le futur de Red Mourning avec certains titres que nous n’avions jamais fait auparavant comme ‘Chained To The Stones’…


Oui mais là, ça ne va pas si tu nous piques nos répliques de l’album de la maturité…

JC : (Rires) !


Plus sérieusement quand tu dis que cet album annonce le futur de Red Mourning, à quoi faut-il s’attendre ?

Aurélien  : Je veux dire que nous élargissons suffisamment nos horizons pour que nous puissions emprunter une voie plus acoustique par exemple et pourquoi pas proposer un live acoustique que nous travaillons actuellement ou éventuellement un EP acoustique… Nous sommes dans une dynamique où nous bossons beaucoup pour le live, on va dérouler mais notre objectif premier est de faire de la scène pour promouvoir cet album…

JC : Je pense qu’Alex va être une bouffée d’air frais pour le groupe avec de nouvelles idées, une nouvelle identité…


… je te coupe quel a été l’apport de Julien sur cet album ?


JC : Je pense qu’il n’a pas vraiment eu le temps… C’était une grosse masse de travail à ingurgiter…

Aurélien : Mais il nous a apporté quelque chose plus sur le son. Romaric avait un son très contrôlé et très tranchant, Julien avait un son beaucoup plus massif, genre grosse production américaine bien grasse… et du coup, dans le son de la guitare, je dirais que Julien nous a apporté un côté beaucoup plus organique.


Red Mourning reste un exutoire pour chacun de nous : nous mettons des énergies négatives, des pensées sombres dans Red Mourning, qu’on transforme en quelque chose de créatif et positif finalement.


Toujours produit par Francis Caste, le 5e membre de Red Mourning, vous revenez avec votre quatrième album avec "Under Punishment's Tree", un 4e
plus organique que jamais. Une évasion sonore inexorable, entre folie moite et lumineuse souffrance… on revient toujours à ce malaise dont tu nous parlais en 2014 : est-ce que tes démons t’ont un peu laissé tranquille ?


JC : Ah, ce ne sont pas forcément les mêmes, les thèmes peuvent changer mais on ne se refait pas : c’est ma personnalité qui est ainsi et qui s’exprime ainsi… Je pense que chacun a des choses qui le titillent et chacun a des moyens divers et variés de les gérer ou les exprimer. C’est pour ça qu’on a mis cette phrase dans notre biographie parce qu’il y a une part de mal-être, de souffrance et sur ce côté, on évoque le thème de la folie avec la perte de repères ou ce genre de choses.
Donc oui, ce sont des choses qui restent mais je suis fier de pouvoir en faire quelque chose de créatif, qui transmet une émotion.

Aurélien : Red Mourning reste un exutoire pour chacun de nous : nous mettons des énergies négatives, des pensées sombres dans Red Mourning, qu’on transforme en quelque chose de créatif et positif finalement. Même si cela reste très sombre, il ressort une dimension assez positive dans nos morceaux qui débouchent sur des choses plus lumineuses comme des refrains…


A propos de lumineux, il règne un esprit gospel (‘Blue Drums’), avez-vous envie de chanter vos chansons dans une église comme Klone récemment ?

Aurélien : L’idée est notée (Sourire)…


Est-ce qu'avec ce chant gospel, vous être revenus aux racines du rock de la musique pop ?


JC : Je pense que nous ne les avons jamais vraiment quittées.

Aurélien : On les a davantage assumées peut-être…

JC : On a peut-être quitté des côtés clichés du metal pour faire quelque chose d’un peu plus clair musicalement, un peu plus limpide et du coup, les côtés blues avec les chœurs ressortent plus naturellement et puis les interludes et les morceaux plus acoustiques…


Est-ce pour accentuer cet esprit religieux que vous avez ajouté un orgue dont vous parliez tout à l’heure à la fin de ce morceau ?


JC : Pour le coup, c’est l’identité, une sonorité blues ou gospel qui est beaucoup associée à cette musique : on l’a plutôt trouvé ainsi…
Mais quand on écoute le résultat, il y a un côté très processionnaire, très funéraire… mais ce n’était pas forcément calculé à la base et ce n’était pas dans une logique religieuse. Le gospel, on l’appréhende plus sous le côté harmonie vocale que le côté religieux, mais c’est vrai que c’est assez évocateur donc du coup, on ressent quand même cela mais ce n’était vraiment pas l’idée à la base.


On parlait du malaise ambiant. Est-ce qu’il y a un fil conducteur, un concept narratif sur cet album, si oui lequel ?

JC : Le thème c’est la folie, la perte de repères, d’identité et le sentiment d’éloignement par rapport à la vie, au corps, l’enfermement, le fait d’être prisonnier de quelque chose… ce sont plutôt les choses qui ressortent. J’écris et j’aime écouter de musique dans l’idée que l’auditeur puisse projeter sa propre vie dans l’album : tu peux donc interpréter le titre, les paroles de l’album de différentes façons mais cet arbre - the Punishment's Tree - c’est cette folie qui grandit en toi et qui au final, te soumet, te domine…


On sent aussi une grande influence du blues rock dans les riffs à la manière de ZZ Top, est-ce que ce sont des influences pour vous et quand je vois vos sourires, j’ai l’impression que oui…

Aurélien : Il y a un titre en particulier dont le titre de travail était ‘ZZ’ avec un riff qui est un gros clin d’œil à ‘La Grange’ de ZZ Top donc.


Et tu as sorti la grosse voix aussi ?

JC : (Rires) Sans déconner, j’adore !

Aurélien : Mais au début, on a hésité à le mettre aussi mais on s’est dit que ça aurait été un peu too much

JC : Mais à part sur ce morceau, on ne peut pas dire que ce soit une influence même si ce groupe fait partie de ma culture musicale. Après, c’est un groupe qui a eu différentes périodes : un rock un peu sudiste, un peu bluesy… et on peut se retrouver là-dedans… mais ce n’est pas le groupe qui va sortir en tête de liste, ce serait plutôt Pink Floyd, Mastodon…


On revient au prog…

JC : (Rires) Tout à fait !


Est-ce que c’était nécessaire d’imposer beaucoup harmonies vocales sur cet album ?


JC : Imposer non parce qu’on est super fan en fait !

Aurélien : On a toujours fait ça pour que ça serve la chanson. On a fait un gros travail de pré-production notamment en amont et ça nous a permis de tester des idées d’harmonies vocales pour au final, revenir dessus en se disant que parfois une voix simple sur tel ou tel passage est mieux sans harmonie. Donc on travaille toujours dans l’intérêt de la chanson.

JC : Donc oui, on n’a pas fait que rajouter des harmonies vocales, on en a parfois enlevé mais c’est vrai qu’on adore les harmonies, les chœurs, les superpositions de voix : le trip Alice in Chains…


Mais il fait faire attention sur scène car la retranscription n’est pas toujours à la hauteur. Vous avez cité Mastodon qui en est le meilleur exemple…

JC : Je suis d’accord avec toi et j’ai une approche un petit peu différente : il faut que le morceau en live soit super et si il n’est pas exactement le même que sur CD, personnellement, je trouve que ce n’est pas grave… On l’interprète différemment. On est quand même 4 à chanter, dans nos concerts, il y a donc beaucoup d’harmonies vocales : Aurélien fait beaucoup de mélodies, Seb un peu aussi et du chant gueulé aussi et Alex, notre nouveau guitariste, chante super bien…


Donc à 4 après le prog, on peut évoquer un virage à la Crosby, Stills, Nash et Young…

JC : (Rires) Sans déconner, on fait beaucoup d’harmonies vocales…


C’est quelque chose qui n’est pas assez souvent relevé selon vous ?


JC : Non, je ne dis pas ça pour ça, mais je dis que c’est un point différenciant, un truc un peu à part dans nos concerts…


L’idée est de créer un voyage un peu surprenant semé d’embûches…





Il y a une multitude de tensions et de relâchements, est-ce une manière de voir le metal pour le rendre moins linéaire, et peut-être plus humain ?


JC : C’est exactement ça !

Aurélien : Comme l’album précédent, l’idée était vraiment de proposer un voyage à l’auditeur : ça commence avec un titre très énervé ‘A Whole Different Life’ avec de la double pédale, des touches gospel et au fur et à mesure, il y a des morceaux un peu plus surprenants, un peu plus légers, un peu plus atmosphériques qui apparaissent pour aboutir sur un titre à la fin ‘Cross The Moat’ avec un refrain très catchy… L’idée est de créer un voyage un peu surprenant semé d’embûches…


Ces embûches ne sont-ce pas ces pierres qui jalonnent vos titres ? Justement, quelle est cette histoire avec les pierres, déjà votre précédent album avait le titre (‘Where Stone and Water Meet’), et encore ici il y a des références aux pierres (‘Chained to Stones’) : que s’est-il passé dans votre enfance avec ces cailloux ?


JC : J’ai mangé trop de cailloux quand j’étais gamin assis par terre (Rires) ! Non, c’est quelque chose d’assez évocateur, c’est une image assez forte qui peut avoir plusieurs significations parce que premièrement, la personne qui écoute peut l’interpréter de façon différente sans que ce soit prémâché, ensuite l’idée de ‘Chained to Stones’ est celle de l’enfermement : on est enchaîné à quelque chose et le monde autour de toi défile et tu as du mal à trouver tes repères.


A chaque seconde, on a l’impression d’entendre un référence ou des chansons issues de "O’Brother" en version beaucoup plus nerveuse, est-ce que ça a aussi été une source d’inspiration depuis les débuts ? Est-ce que c’est l’époque durant laquelle se déroule ce film qui vous attire ?


JC : Personnellement, je dirais non mais je pense que pour les différents membres du groupe, la réponse sera différente. Si tu veux, toute ma vie, j’ai baigné dans cette musique, j’ai grandi avec du blues, du rock’n’roll à la maison donc quand j’ai vu le film "O’Brother", ils essayaient d’évoquer ce que je connaissais déjà donc je ne le voyais pas ainsi…

Aurélien : … mais même si ce n’est pas directement lié, il y a un dénominateur commun.

JC : La musique du groupe n’est pas influencée par ce film…


Bien sûr mais ce que nous voulions soumettre c’est que l’expérience d’un album n’est pas seulement auditive pour certains d’entre eux et dans l’optique d’une appropriation de votre musique et d’une écoute immergée les yeux fermées, cet album pourrait être la bande originale parfaite d’une version nerveuse de "O’Brother"…


Aurélien : Bien sûr que ça évoque cela…


(Sebastien Meyzie (basse) nous rejoints) Vous avez remplacé les soli de guitare par de l’harmonica, chose rare dans le metal, est-ce encore pour se différencier ? Comment avez-vous fait cohabiter et rendre cohérent tous ces éléments entre le metalcore, le folk, le blues, la slide guitar, les orgues, les harmonies vocales… ?

JC : La cohérence vient parce que…

Aurélien : … elle vient de là, elle vient du blues…

JC : Non, ça c’est interdit !

Sébastien : (Rires) Il fallait bien faire un hommage au boss dans cette interview !

JC : Je veux dire que la cohérence est un peu automatique parce que c’est nous qui le faisons et à la limite, si on fait des trucs qui font le grand écart et que ce n’est pas cohérent mais que ça nous plaît, j’ai envie de dire, c’est tant pis pour nous mais c’est notre cohérence à nous.
Maintenant, comment on arrive à faire cohabiter tous ces éléments ?


C’est 4 ans…


JC : (Rires) Mais c’est ça !

Aurélien : C’est même 10 ans car ce sont tous ces éléments qui se sont ajoutés lors de ce process…

JC : Cela dit, c’est vrai que c’est moins facile que juste guitare/ basse/ batterie mais c’est aussi génial…


Et revient à la question initiale pourquoi autant de temps entre chaque album. Parce que ce n’a vient pas aussi simplement….


Sébastien : C’est aussi pas mal de concertations et d’expositions aux autres…


Chacun prend de plus en plus de place, de responsabilité dans le processus créatif





… de concessions aussi ?

Sébastien : Pas de concession mais de demandes d’avis extérieurs…

Aurélien : Il y a énormément d’échanges…

Sébastien : Exactement, nous ne sommes pas dictatoriaux !

JC : Au début du groupe, je voyais plus ça comme des concessions mais aujourd’hui, je vois ça comme de l’acceptation…

Aurélien : C’est une démocratie…

JC : … tout à fait, chacun prend de plus en plus de place, de responsabilité dans le processus créatif et cela donne quelque chose où chacun s’exprime.
Là où c’était frustrant et nous pouvions perdre des choses par le passé, aujourd’hui, au contraire, on les garde et ça donne un truc de plus en plus riche mais chouette…


Au final votre album semble donc beaucoup plus blues que metal, est-ce que c’était votre volonté en débutant son enregistrement ?

Aurélien : Je pense que ça dépend des gens…

JC : Oui j’ai également entendu l’avis contraire de personnes qui m’ont dit qu’il y avait certes des parties blues mais ça restait avant tout un album de metal. En fait, ça dépend des gens mais moi, je n’arrive pas à juger.

Sébastien : La grosse remarque qu’on a faite sur cet album, c’est que c’était le plus violent de tous et ce n’est pas spécialement ce que nous avions comme ressenti.

Aurélien : Les passages metal sont davantage violents et les passages blues/ gospel sont davantage blues/ gospel…


Notre volonté est d’imbriquer les deux styles [metal et blues] pour au final qu’ils ne fassent plus qu’un.


Ça dépend du curseur du public.


Aurélien : Absolument ! Mais notre volonté est d’imbriquer les deux styles pour au final qu’ils ne fassent plus qu’un.


Dans le prolongement, on a parfois l’impression d’entendre Calvin Russel (‘Slow Bend’)...


JC : Pour le coup, ce n’est pas conscient car ce morceau est sorti un peu comme ça…


On se renouvelle suffisamment pour apporter à chaque fois de nouveaux éléments, des nouvelles manières de composer, des nouveaux styles de metal à incorporer…


N’avez-vous pas peur que passée la surprise du style de votre premier album, et que sur cela vous continuez dans la lignée, que les gens se lassent au bout du compte ?


Aurélien : Je pense qu’on se renouvelle suffisamment pour apporter à chaque fois de nouveaux éléments, des nouvelles manières de composer, des nouveaux styles de metal à incorporer… Le metal en lui-même est un style super large si par exemple, on s’attaque au prog (Rires), c’est une nouvelle voie qui s’ouvre. Mais on ne fait jamais deux fois les mêmes chansons et on essaie toujours de proposer quelque chose de nouveau, de neuf et frais.

Sébastien : Nous sommes notre premier public et on essaie de ne pas rendre nos éléments exotiques comme des gimmicks. On a vu les limites que pouvait avoir l’harmonica à partir du deuxième album et on s’est dit que c’était quelque chose qu’il fallait utiliser quand il fallait l’utiliser… et tous les éléments extérieurs au metal qu’on utilise maintenant, on les met quand il faut les mettre…

Aurélien : … au service de la musique !

JC : On essaie d’expérimenter, on l’a fait encore sur cet album et on a la volonté de continuer à le faire. Après on y arrive, on n’y arrive pas : on verra ! On verra si on arrive à trouver de nouvelles choses, de créer mais en tous cas, c’est notre volonté !

Aurélien : Et si on voit qu’on stagne, de toute manière…

JC : … ce n’est plus intéressant !


On essaie de ne pas rendre nos éléments exotiques comme des gimmicks.





On avait parlé du visuel à l’époque entre la gestation puis l’homme qui se libère de ses chaînes… aujourd’hui que voulez-vous exprimer au travers de cette main ?

JC : C’est l’artiste de la pochette qui l’a créé… On ne lui a pas dit de faire une main avec des branches qui sortent… Après, je trouve que ça exprime assez bien les thèmes dont je parlais tout à l’heure. Et puis, il y a un côté très organique, très naturel avec cette main et le logo en bois… Pour le coup, ce n’est pas volontaire parce qu’on n’a pas donné d’explication de textes à l’artiste mais quand je me projette dans ce visuel, je retrouve cette excroissance qui vient de l’intérieur et qui vient enfermer l’humain… mais c’est peut-être moi qui me projette ainsi…


Qu’attendez-vous de cet album pour cet album?

JC : J’espère franchir un nouveau palier en termes de….

Aurélien : … visibilité.


Ce n’était pas déjà le cas avec le précédent ?


JC : Si, mais j’espère franchir un nouveau palier en termes de musique… Je pense que nous sommes arrivés à créer avec cet album des morceaux d’autant plus riches et qui font vibrer, que les concerts, les expériences que nous allons vivre en tant que groupe et avec le public le seront aussi.
Après, c’est sûr qu’en termes de carrière de groupe, j’espère qu’on pourra avoir plus visibilité. On a pas mal tourné avec le précédent album - d’ailleurs, on a fait pour la première fois une tournée de plusieurs jours – j’espère qu’on pourra renouveler cette expérience et la développer et aussi plus jouer à l’étranger.


L’étape c’est donc de se développer à l’étranger mais quel est le truc qui permettrait à Red Mourning de passer une étape supérieure en France ?


JC : Red Mourning reste un groupe relativement modeste en termes d’importance… Non, là on bosse avec un nouveau booker depuis cette année, j’espère que ça pourra prendre l’ampleur et donc faire plus de concerts. Et on a des rêves…


Lesquels ?

JC : On a déjà joué au Hellfest et j’adorerais y rejouer car c’est une expérience extraordinaire. J’ai un rêve depuis le début de ce groupe, c’est de jouer à l’Elysée Montmartre…

Sebastien : Moi, c’est de jouer à Limoges !


… Au Stade Beaublanc…


Sébastien : Tu connais le Stade Beaublanc ? Non mais jouer à la MJC John Lennon (Sourire) !






Après ce sont des rêves accessibles…


JC : Bien sûr ! Ce ne sont pas des rêves inatteignables…


…en première partie d’un Mastodon par exemple…


Aurélien : … ou Michel Polnareff pour Sébastien (Rires) !

Sébastien : Mais l’Elysée Montmartre risque d’être trop petit pour lui !


Et toi ?

Aurélien : Mastodon aussi ou Symphony X…

Sébastien : Y’a Clutch qui passe en décembre en France… Messieurs de Clutch si vous lisez cette interview (Rires) !


Et toi ?

JC : J’ai déjà pu jouer avec quelques-uns des groupes que je préfère donc ça c’est déjà fait : on a joué avec Madball au Hellfest, on a joué avec…

Sébastien : … Meshuggah du coup (Rires) !

JC : … et on a joué avec Eyehategod qui est pour moi aussi un groupe mythique à Lyon : c’était un fantasme !
Non mais là, le booker bosse - Valentin si tu nous lis (Rires) – j’espère que ça va déboucher sur d’autant plus de concerts, plus importants… mais ce n’est pas forcément simple dans le metal…

Aurélien : … d’autant plus que comme tu le disais on s’est « arrêté » - ça fait un et demi qu’on n’a pas joué – il faut relancer les contacts mais on est surmotivés…


Et vous avez le support idéal pour que ça se passe bien… Merci !


Aurélien et Sébastien : Merci à toi !

JC : C’est vraiment un plaisir de discuter avec toi, on sent que tu as vraiment travaillé le truc…


Merci à ThibautK pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.redmourning.com/
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