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TITRE:

CROSSFIRE (22 AVRIL 2018)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLUES



Music Waves a interrogé CrossFire, groupe à deux têtes qui offre une nouvelle variation sur le thème blues que vous pourrez retrouver en concert au Café de la Danse le 30 mai...
ADRIANSTORK - 30.04.2018 -
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Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée ?

Allison : Pourquoi ne pas chanter en français ?


Crossfire, l'idée de feu croisé nous fait aussi penser au fameux carrefour de Robert Johnson. Est-ce une façon de vous inscrire dans une tradition blues mais de vous en extraire en même temps ?


Etienne : Oui ! Le Blues, c’est une base ! C’est mon filet de sécurité, c’est ce qui te rattache au sol et à quelque chose de viscéral… avec forcément l’envie de créer, d’évoluer vers quelque chose de neuf.


Le Blues, c’est mon filet de sécurité, c’est ce qui te rattache au sol et à quelque chose de viscéral… avec forcément l’envie de créer, d’évoluer vers quelque chose de neuf. 


C'est votre premier album (après plusieurs EP) donc vous n'y couperez pas : comment vous êtes-vous rencontrés ? De quel univers provenez-vous chacun ?

Allison : En 2014, j’étais en pleine préparation d’un concert solo, avec un projet sur lequel je travaillais depuis quelque temps. J’ai rencontré Etienne au Caveau des Oubliettes à Paris exactement au moment où je cherchais un guitariste pour ce projet ! J’ai été vraiment transportée par son talent et j’ai eu de la chance qu’il accepte de participer à ce concert. La suite de cette collaboration a donné naissance à CrossFire, ce qu’on espère être un mélange de nos deux univers. Des origines plus pop-rock pour moi et quelque chose de plus folk et blues pour Etienne.


Comment se sont déroulées les séances d'enregistrement ? Etes-vous un duo démocratique ou dictatorial ?

Etienne : Très bien ! On s’est entourés de musiciens formidables pour cet album, et même si effectivement nous donnons les lignes directrices en binôme, nous sommes très attachés à ce que chacun trouve sa place et s’exprime. Je m’attache à toujours laisser une part improvisée, live, où finalement tout peut arriver; ne jamais être dans une « posture confortable » d’enregistrement, mais plutôt sortir de ses habitudes, se mettre en danger, quitte à provoquer l’accident heureux et la surprise. C’est là qu’est la musique, je pense.


Il est un peu difficile de savoir qui fait quoi sur cet album. Vous jouez tous les deux de la guitare mais quid des percussions et du violon ?

Allison : Sur cet album, les arrangements départagent les instruments. On peut entendre jusqu’à 7 personnes sur certains titres ! Toutes les guitares sont jouées par Etienne (y compris le slide et le Weissenborn), Jeff Ludovicus (Asa, Imany…) est à la batterie et aux percussions, Thomas d’Arbigny (Hipsta, Perfect Line..) aux basses et contrebasse, Nils De Caster du groupe The Broken Circle Breakdown (Alabama Monroe) à apporté son talent de violoniste, mandoliniste ainsi que le Lap steel, Julien Grattard est au violoncelle et enfin Benoit Martin à la clarinette basse. Quant à moi, je me suis chargée des voix témoins pour permettre un maximum de prises live.


"Drifting Ashore", c'est une invitation au voyage, un besoin d'explorer de nouveaux territoires sonores, la curiosité en musique est-elle encore nécessaire de nos jours où la musique n'est plus qu'une denrée à consommation instantanée ?

Etienne : La curiosité est primordiale, quel que soit le genre, le style, pour moi c’est plutôt une manière de vivre, de s’épanouir. La musique est semblable à un voyage, c’est vrai, on peut le faire avec elle, grâce à elle mais pas uniquement! Et tu vois, pour moi c’est ce qui est primordial, il ne faut pas mélanger ça avec l’économie de marché et les produits qui en sortent. Les gens auront toujours besoin de bonnes chansons, d’une mélodie à fredonner qui leur donne du courage, qui les aide et les accompagne dans leur vie et leurs souvenirs ; l’industrie de consommation ne pourra jamais remplacer ça, et ça me va très bien !


La pochette est assez significative, on se sent écartelé entre deux pôles, entre tradition et interprétation personnelle, masculin et féminin, dureté (sourire féminin) et mélancolie (sourire masculin). Est-ce qu'au fond votre duo réussit une alchimie entre tous ces éléments ?

Etienne : Ce qui nous a plu dans cette pochette, c’est jouer sur le duo, sur la dualité et la moitié de chacun. Il y a deux facettes, deux personnalités, tant au niveau musical que du jeu scénique. Et pour revenir à cette pochette, ça laisse justement libre cours à chacun d’y voir ce qu’il a bien envie d’y voir…





L'auditeur est accueilli par 'Hard As They Try', un morceau étouffant qui dessine un paysage fantomatique et tourmenté à peine rafraîchi par la guitare acoustique. Pourquoi commencer sur un tel morceau ?

Allison : Pour surprendre ! Il faut savoir que depuis notre premier EP en 2016 (enregistré uniquement en duo à l’époque), CrossFire a beaucoup été considéré comme un projet ‘calme’, ‘apaisant’ voir parfois ‘relaxant’ ! Nous avions envie avec cet album d’enfin montrer toutes les facettes de nos personnalités musicales en commençant très fort avec un titre brut, poignant et sombre comme ‘Hard As They Try’ et son intro qui je l’espère prendra les auditeurs au dépourvu !


D'autres morceaux font la part belle au blues pur comme ‘Empty Minds & Prayers’ avec son solo de guitare rouillé et désespéré ou encore le long titre éponyme, réduisant le blues à un squelette desséché. On n'a jamais l'impression qu'il s'agit de figures de style. Etes-vous d'accord? Pensez-vous que vous avez ressourcé le blues ?

Etienne : Ressourcer le blues ? Je n’ai pas cette prétention ! Comme je l’ai dit plus tôt, le blues est une musique avec laquelle j’ai grandi, c’est une attache, un ami que je connais, avec qui je me fâche, ris et pleure. Je suis heureux si tu retrouves ça dans notre musique, et encore plus si c’est déstructuré et sans les sempiternels codes liés au style.


Ce qui est intéressant avec vous, c'est cette dextérité à sortir de nouveaux as non pas de vos manches mais de vos jeux. Un esprit celte plane sur cet album. Pourquoi avez-vous décidé de délocaliser le blues en Irlande sur 'Buffalo' ou 'The Things We Shouldn’t Say’ où violon et guitare acoustique se marient avec allégresse ?

Allison : Tout d’abord merci. Ensuite j’aimerais préciser que sur ‘The Things’, il s’agit des magnifiques arrangements de violoncelle de Julien Grattard. À dire vrai, il s’est passé quelque chose avec ‘Buffalo’. Cette fable amérindienne qui nous permettait de raconter l’histoire de ce peuple a été transportée par la magie de la musique en studio dans des territoires, et vers une culture musicale complètement différents. Cet heureux hasard (qui n’en est jamais vraiment un), nous a permis d’élargir le thème raconté par le texte à la répétition de ces conquêtes, de ces drames dans le cours de l’histoire de l’Humanité. C’est ensuite le clip réalisé par Julien Rodrigues qui nous a vraiment permis de finaliser l’histoire de cette chanson.





De nos jours beaucoup de groupes de langue française optent pour le chant en anglais (D'ailleurs, on vous a vraiment pris pour des Américains!) Pour vous, vos influences expliquent logiquement cette conversion. Mais cette décision a-t-elle été naturelle ou le fruit de nombreuses réflexions ?

Allison : Cette décision s’apparente pour nous deux plus à un combat. Comme j’ai mentionné plus haut, la question du français est une question qui ne revient que trop souvent - d’ailleurs je vous remercie d’avoir choisi de nous parler plutôt de l’anglais ! - pour ma part, les artistes qui m’ont fait grandir et qui on fait de moi l’artiste que je suis aujourd’hui étaient exclusivement anglophones, c’est ce qui m’a permis d’atteindre ce niveau d’anglais. Je pense que la même histoire s’applique à Etienne - c’est peut être la chose qui nous rapproche le plus dans nos influences musicales.


On aime cette alternance de voix, qui dans un genre tout à fait à des années-lumière de vous, nous a fait penser à Dead Can Dance. Mais la balance penche plus en faveur d'Allison. Est-ce voulu, est-ce qu'Etienne est réduit à n'occuper la place centrale de chanteur que sur quelques pistes comme sur 'Song to the Fisherman’ ?

Etienne : Rien n’est vraiment calculé, les chansons dans leur écriture prennent un sens différent suivant leurs interprétations et Allison a un talent fou pour trouver la juste intention et porter un message. J’occupe une place différente et les chansons que je raconte trouvent leur place naturellement, tout particulièrement sur 'Song to the Fisherman' qui est un titre dépouillé et intime. S’il y a une place centrale ici, c’est la musique qui l’occupe. 


La voix féminine d'Allison est tantôt sauvage ('Hard As They Try') mais peut se montrer émouvante ('Buffalo') ou proche de la protest-song sur la reprise de Bob Dylan, 'Masters Of War', qui nous rappelle une Bobbie Gentry. Comment Allison se prépare-t-elle pour interpréter des textes? Rentre-t-elle dans la peau de personnages ?


Allison : J’ai eu la chance sur cet album d’avoir à interpréter beaucoup de titres poignants. Étant une grande fan de Sting, j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas me cantonner à l’écriture de textes classiques de chansons d’amour mais au contraire à faire cet effort de trouver d’autres histoires à raconter. C’est ce qui me permet d’entrer complètement dans mon interprétation, de vivre le morceau au plus profond. C’est indispensable pour réussir à transmettre un message, je pense. En particulier lorsque l’on chante dans une langue qui n’est pas forcément comprise par tout notre public !


A l'inverse, Etienne est peut-être plus mélancolique. Même question. Qu'en pense-t-il? Quel est son état d'esprit quand il chante ?

Etienne : Plus je chante, et moins je me pose de questions ! Quand on interprète une musique, que ce soit sur scène où devant le micro d’un studio, l’essentiel est pour moi de ressentir, pas de réfléchir.


Quand on interprète une musique, que ce soit sur scène où devant le micro d’un studio, l’essentiel est pour moi de ressentir, pas de réfléchir. 


Le mariage des deux voix répond à une attente de l'auditeur. A l'inverse de Little Hurricane, vous aviez bien compris que 'Feathers', 'Common Sound' ou encore 'Empty Minds & Prayers' ont plus de poids à deux.

Allison : Tout à fait. Nous avons vite compris grâce à ‘Feathers’ que le mélange de nos deux voix était quelque chose qui touchait particulièrement. D’ailleurs (fun fact), mais ‘Feathers’ a bien failli être chanté comme un duo classique ! C’est encore une fois le fruit d’un hasard (je me suis mise à chanter en même temps qu’Etienne par erreur en voulant enregistrer notre première ébauche au dictaphone) qui a fait de ce titre ce qu’il est aujourd’hui. 





'Empty Minds and Prayers' serait dédiée à toutes les victimes de la barbarie. Comment on entreprend de faire un tel hommage et comment lui trouver des voix ?

Allison : Lors des attentats de 2015, nous étions à New York. Nous avions écrit ‘Empty Minds’ quelque temps auparavant, à Paris à la suite des attaques contre Charlie Hebdo et l’HyperCasher, mais n’avions jamais réussi à la jouer sur scène. Le titre était trop prenant, trop lourd pour l’intégrer à un set. C’est en novembre, après le Bataclan que nous avons pris la décision de finir chacun de nos concerts par cette chanson, en hommage. Elle est depuis une partie intégrante de notre répertoire et c’est pour cela que nous avons choisi de la réinterpréter sur ce nouvel album, en nous entourant des personnes qui nous ont permis de le financer en participant à notre campagne Kickstarter ; en un chœur pour la paix que l’on retrouve sur les derniers refrains du morceau, scandés comme une hymne, une provocation envers ce que ces monstres choisissent de faire de notre monde.


'Masters Of War' pourquoi cette reprise de Bob Dylan, était-ce pour apporter un sang neuf à un propos hélas intemporel ?

Etienne : Le choix de cette chanson est apparu comme une évidence, le texte est extrêmement fort et chargé, la mélodie entêtante qui tourne sans jamais vouloir s’arrêter, un genre de transe quasi chamanique ! La force de Dylan est dans cette narration, que nous avons voulu rendre plus rock, l’enregistrement s’est fait live et in your face, avec le son cinglant de ma Telecaster en prise direct dans un ampli à fond et la voix d’Allison qui transporte le morceau et se le ré-approprie comme un chant guerrier.


Faire du blues en France en 2018, ça veut dire quoi ?

Etienne : Pour moi le blues ce n’est pas un style musical à 12 mesures, je le vois plus comme un état d’esprit. Dans ce sens je ne définirais pas CrossFire comme un groupe de blues à proprement parler, mais plutôt comme un groupe de Contemporary Folk. On peut donc y retrouver les influences blues, mais aussi le rock’n’roll, la country, la folk bien évidement et aussi des musiques plus traditionnelles avec le coté celtique, mais également des textures harmoniques du Moyen-Orient comme sur le solo de ‘Buffalo’ par exemple. On peut donc jouer les musiques du monde en 2018 avec beaucoup de blues.


Qu'attendez-vous de cet album ?

Allison : C’est très simple. La seule chose que nous attendons de cet album est qu’il voyage au maximum et au plus loin, comme au plus près. Et surtout, qu’il nous permette de voyager avec lui, pour l’interpréter le plus longtemps possible à commencer par notre grand concert pour en fêter la sortie le 30 mai au Café de la Danse à Paris !


Nous avons commencé cet entretien par la question qu'on vous avait trop posée. A contrario, quelle est la question à laquelle vous auriez brûlé de répondre?

Allison : Notre prochain rendez-vous sur scène peut être ? Mais nous avons pris soin de dévoiler cette info dans la question précédente !


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/crossfire1028/
 
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