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TITRE:

ZEAL & ARDOR (03 MAI 2018)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLACK METAL



Un an et demi après la promo de la révélation "Devil's Fine" nous avions de nouveau rendez-vous avec la tête pensante du projet Manuel Cagneux...
STRUCK - 01.06.2018 -
10 photo(s) - (0) commentaire(s)

Véritable révélation de l'année 2017 avec "Devil is Fine", Manuel Cagneux est de retour avec son nouvel album - "Stranger Fruit"- qui devrait enfoncer le clou du succés de l'OVNI metal Zeal & Ardor...





Nous nous sommes rencontrés l’année dernière pour la sortie de « Devil Is Fine » et tu disais être un peu surpris face à la dimension qu’avait prise le projet Zeal & Ardor. Est-ce toujours aussi bizarre un an et demi plus tard ?


Oui bien sûr et c’est toujours aussi bizarre (Rires) !


Bizarre mais depuis le projet n’a cessé de grossir… c’est le sens de ma question, peut-on toujours être surpris désormais que le projet semble avoir trouvé sa place ?

Je dirais que ce qui est surprenant est que je puisse vivre de ma musique aujourd’hui. Et je ne pense pas que cette surprise me quitte, ce qui m’arrive est vraiment inimaginable pour moi !


Le fait que tu vives de ta musique prouve surtout que ce qui était une blague au début ne l’est plus…

Je suis très confiant et je suis totalement conscient de ce qui m’arrive mais encore une fois, quand j’y pense, c’est bizarre !


Quand as-tu réellement pris conscience que Zeal & Ardor devenait plus important que la plaisir du début ?


Je dirais que c’est probablement après avoir joué au festival RoadBurn (NdStruck : à Tilburg le 21 avril 2017) parce que c’est normalement réservé à des artistes spéciaux (Sourire) !


C’est impossible de ne pas penser aux attentes mais j’essaie de faire le maximum pour être détacher de toute pression.





As-tu eu une pression particulière au moment de te lancer dans ce nouvel album et sa gestion dans une autre perspective ?


Quand j’ai travaillé sur le premier album, je ne ressentais pas cette pression, j’ai juste pris du plaisir et c’est quelque chose que j’essaie de garder…
Bien sûr, c’est impossible de ne pas penser aux attentes mais j’essaie de faire le maximum pour être détacher de toute pression.


Ws : Malgré tout, es-tu conscient d’avoir créé un style musical avec « Devil’s Fine » ?


Pas vraiment ! (Rires)


On peut parler de style musical quand il y a plus d’un groupe qui joue ce style ce qui n’est pas le cas aujourd’hui mais peut-être qu’un jour…





Ws : Mais c’est ce que plein de personnes comme moi pensent…

On peut parler de style musical quand il y a plus d’un groupe qui joue ce style ce qui n’est pas le cas aujourd’hui mais peut-être qu’un jour…


Aujourd’hui, aucun groupe joue ce style mais plein y ont pensé et n’avaient pas osé se lancer dans l’aventure auparavant… Et des artistes comme Ws ici présent sont un peu jaloux parce que tu as réussi à percer avec !


Oh merde, je suis désolé mec (Rires) !


Plus généralement tu es aujourd’hui le seul qui a réussi à se faire connaître avec ce style


C’est vrai, il y a peut-être eu 20 groupes qui ont joué ce style de musique avant moi mais ils n’ont pas réussi à se faire connaître avec…
Je suis effectivement conscient d’avoir mis en lumière ce style (Sourire)…


Et le sourire que tu arbores montre que tu es en fier…

C’est clair que je le suis (Rires) !


As-tu eu parfois peur d’être dépassé par ce projet monstrueux que tu ne pourrais plus gérer ?


Non ! Parce que comme j’ai pu le sous-entendre depuis le début de cette interview, le point de départ a toujours été et restera toujours le plaisir. C’est un projet expérimental et il n’y a pas d’autres voies que le poursuivre avec le sourire et la passion.


Mais pour en revenir à notre question du début, tu n’as pas peur de perdre un peu de ce sourire vu que ce projet est désormais celui qui te nourrit ?

Oui mais il est important de savoir ce qui fait que le projet marche. Tu sais, la musique est un jeu : on joue de la musique, on ne travaille pas la musique et le jour où tu mets de côté la partie jeu, ta musique deviendra de la merde…


Dirais-tu que la musique de Zeal & Ardor est arrivée au bon moment ? C’est-à-dire au moment où l’Occident a besoin à la fois de spiritualité et de transgression ?

Peut-être, mais c’est une coïncidence.


Zeal & Ardor ne délivre donc aucun message…

Si, il y en a dans « Stranger Fruit »…


… quels sont-ils ?

Et bien, c’est une comparaison avec la chanson ‘Strange Fruit’ de Billie Holiday dans laquelle elle décrit les fruits c’est-à-dire les personnes mortes pendues à un arbre et aujourd’hui, nous avons des personnes mortes dans les rues.


Es-tu déçu par l’évolution de notre société ?


Bien sûr et c’est naturel de l’être, seul un sociopathe pourrait penser que tout se passe bien (Sourire).


Dans notre interview précédente, tu disais avoir composé d’autres titres pour pouvoir faire des shows conséquents en tournée. Est-ce que tous ces titres figurent sur ce nouvel album « Stranger Fruit » ?

Oui ! Je dirais que 60% de l’album sont des titres composés dans ce but.


Donc quand nous nous sommes rencontrés…

… oui, 60% de l’album était composé.


As-tu fait évoluer ces morceaux en fonction de l’accueil du public ?


Oui, parce que nous avons eu la chance de jouer devant le public et de voir quelles parties il aimait et celles qui ne fonctionnaient pas et nous avons donc adapté tout cela…


Et quelle est la principale évolution ?

Je dirais que c’est principalement la durée : certains titres étaient trop longs, d’autres trop courts… c’était principalement une question de dimensionnement, de mise à l’échelle.


Pour la tournée « Devil Is Fine » tu étais entouré d’un vrai groupe alors que tu avais enregistré l’album tout seul et que tu avais fait ton premier concert seul…


... Oui j’ai joué une fois seul sur scène lors d’un festival…


… Qu’est-ce que cela a changé dans ton approche ?

La dynamique est de loin plus énergique. Quand six personnes ressentent et délivrent la même émotion, c’est immensément plus intense que quand tu es seul sur scène.





Est-ce que ces membres ont participé à l’écriture de cet album ?

Seul le batteur l’a fait parce que je n’ai pas les capacités physiques pour jouer de la batterie, c’est donc Marco von Allmen qui joue également sur scène qui a enregistré les parties de batterie.


N’est-ce pas difficile de partager son bébé avec d’autres musiciens ?


Non ! Au début, j’ai eu un peu peur mais ce sont des amis et ils ont immédiatement cerné le concept et l’ont adopté très rapidement.


Mais ne crains-tu de partager le processus créatif ?


Tout est écrit par avance, les parties de batterie sont programmées…


Continueras-tu à travailler ainsi c’est-à-dire seul dans un premier temps ?


Probablement oui ! Je suis plus à l’aise de travailler ainsi (Rires) !


On peut donc dire que c’est toujours ton bébé finalement ?


Oui, c’est le cas (Rires) !


Je voulais que cet album soit une sorte de grand huit !





« Stranger Fruit » est beaucoup plus homogène que « Devil Is Fine » mais aussi plus sombre et plus intense. Des titres comme ‘Stranger Fruit’ et ‘Coagula’ sont presque des messes noires.  Etait-ce une volonté ?

Oui parce que je voulais élargir le spectre afin qu’il y ait plus de titres doux, d’autres durs, plus de titres gais et d’autres sombres… Je voulais que cet album soit une sorte de grand huit (Sourire) !


Mais c’était déjà le cas avec « Devil is Fine » ?


Oui mais il était super court (Rires) !


Ton état d’esprit a-t-il évolué depuis le précédent album ?


Je ne pense pas. Peut-être est-ce le cas et je ne l’aurais pas remarqué mais je pense que je suis toujours le même mec !


Lors de notre précédente interview, on avait parlé de la réaction surprise de ta mère à l’écoute de ton album. Aujourd’hui que son fils vit de cette musique étrange, sa réaction a-t-elle changé ?


Elle est super contente. Elle est également venue nous voir lorsque nous avons joué à New-York. Elle est venue nous voir avec mon cousin qui n’était jamais allé à un concert de metal (Rires)… Non, mais elle est super fière, c’est merveilleux à voir !


Les lignes de guitare sont plus élaborées avec un vrai travail sur les dissonances comme sur le titre ‘Row Row’ par exemple et sur les riffs comme sur l’excellent ‘We Can’t Be Found’ qui mélange blues gospel et trash. Etait-ce une volonté de creuser cet aspect ?

Oui, parce que encore une fois, je voulais voir jusqu’à quelles extrêmes je pouvais aller. Ça aurait été paresseux de dire que c’est simplement le son du groupe, je voulais élargir un peu plus notre son.


Avais-tu des références en tête pour la composition de ces morceaux ?

Hum, pas vraiment, j’ai peut-être un peu écouté de Nails mais la plupart du temps, j’écoute de la musique classique pour m’évacuer du metal.


L’album commence par un enterrement et le chant du fossoyeur (‘Gravedigger’) qui semble débuter une histoire particulière. « Stranger Fruit » est-il un concept-album ?

Je ne dirais pas que c’est un concept-album, il y a une histoire pour moi mais selon moi quand l’artiste l’explique, ça brise la magie. L’histoire est dans la tête des auditeurs et pas dans la mienne.


Plein d’artistes me donnent ce type de réponse mais…

Ça semble paresseux mais c’est vrai (Rires) ! Mais puisque tu sembles y tenir, je vais essayer de te résumer l’histoire… Pour moi, l’histoire évoque ce qui se serait passé si les esclaves américains s’étaient rebellés. Mais ce n’est pas aussi clair si cela fait référence à cette époque de l’histoire ou notre époque actuelle parce que la politique environnementale et notamment le climat est foutue. Un titre comme ‘Servants’ pourrait être perçue comme une révolution sur le terrain de l’esclavagisme ou un appel aux classes moyennes ou du bas de notre civilisation…


On a évoqué le succès de Zeal & Ardor, as-tu conscience que depuis notre rencontre il y a un an et demi, certes le succès est au rendez-vous mais également les critiques de certains estimant que Zeal & Ardor ne fait pas du vrai metal ?

Les métalleux sont extrêmement sur la défensive concernant la musique.


N’est-ce pas compliqué de jouer dans un tel genre dans ces conditions quand on fait de l’expérimentation voire de l’avant-garde comme toi ?

C’est le cas, mais je pense que le fait est que quand ils voient que quelque chose qu’ils aiment sous les projecteurs « commerciaux », ils ne comprennent pas pourquoi on leur prend quelque chose qui leur appartient. Mais je comprends sur leur réaction qui n’est pas de la jalousie mais ils ont peur pour leur « bébé ».


Je me concentre exclusivement sur la musique que je dois faire !





Mais comment gères-tu les deux réactions antinomiques de certains fans bienveillants et d’autres rageurs ?

Je ne les gère pas, mec… Si je devais me concentrer sur les réactions de chacun, ça reviendrait à de la masturbation intellectuelle (Sourire)… Je me concentre exclusivement sur la musique que je dois faire !


C’est aussi la rançon de la gloire…


Peut-être, je ne sais pas…


Outre son homogénéité, ce qui frappe le plus à l’écoute de l’album est son ambiance et sa construction très cinématographique avec des interludes atmosphériques qui ressemblent à des musiques de film (‘The Hermit’, ‘Solve’). Des films t’ont-ils influencé dans ton travail de composition ?


Oh merde, c’est une très bonne question (Rires) ! Je pense que j’ai beaucoup regardé de films de David Lynch « Lost Highway » mais également « Les Sept Samouraïs », le vieux film japonais parce que même si il est lent, il est toujours aussi dur (Sourire) !


Et de quel film « Stranger Fruit » pourrait être la bande originale ?

« Le Monde Secret des Emoji n°2 » (Rires)… Non, plus sérieusement, je serais content pour n'importe quel type de films mais je dirais « American History X », ce serait pas mal…


Le dernier titre de l’album, ‘Built On Ashes’, est assez différent du reste de l’album même si les guitares saturées sont bien présentes. C’est une chanson soul très mélodique presque R n’B et aussi très symphonique. Doit-on y voir les prémisses de la future évolution musicale de Zeal & Ardor ?


Peut-être, peut-être… mais l’intention avec ce titre était qu’il résume l’album avec ce chant plaisant presque pop et ces textes terribles (Rires).  
C’est ce que j’aime : quand tu écoutes en fond sonore, tout te paraît normal mais quand tu te concentres plus particulièrement, tu trouves plein de choses supplémentaires. Aller dans cette direction ne me déplairait pas, bien au contraire.


Tu nous as dit en début d’interview avoir 60% de « Stranger Fruit » entre tes mains. Est-ce également le cas pour le futur troisième album ?

J’en ai même plus et nous les avons également joués sur scène.


Pourquoi ne pas les avoir mis dans cet album ? N’est-ce pas frustrant de ne pas l’avoir fait ?


Oui, c’est frustrant, mais ces titres ne collaient pas assez bien avec l’album.





Confirmant que c’est bien un concept-album finalement même si tu t’en défends…

(Rires) Non ! En fait, j’avais 36 chansons prêtes avant de rentrer en studio et je ne pouvais bien évidemment pas toutes les mettre dans cet album.


On peut dire que tu as assez de matériels pour sortir un double-album finalement ?

En théorie, oui mais je souhaite contrôler la qualité (Sourire) !


Et quand prévois-tu de sortir ces titres inédits dans un an, deux ans ?

Je ne sais pas. Peut-être cet horizon mais je peux également en écrire de nouveaux meilleurs… Attention, je ne dis pas que ces titres sont mauvais mais si j’en écris de meilleurs, je les privilégierai (Sourire)…


Mais n’est-ce pas dommage de ne pas les sortir finalement sous prétexte que de nouveaux titres sont meilleurs ?

Peut-être sortirons-nous un CD live dans lequel figureront ces titres : ce serait une bonne alternative car ça nous ferait moins de travail à fournir (Rires) !


On se dit rendez-vous l’année prochaine alors ?

Ouais


Merci

Merci à vous !





Merci à Newf pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.zealandardor.com/
 
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