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TITRE:

LIO (07 JUIN 2018)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



Music Waves est allé à la rencontre de Lio qui loin de casser tout ce qu´elle touche nous offre un ticket pour le Brésil.
ADRIANSTORK - 18.07.2018 -
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Rencontre sous le signe du chiffre 9. Cela faisait 9 ans que nous échangions pour pouvoir concrétiser cette rencontre. C'est donc tout naturellement avant d'officialiser son intégration dans la saison 9 de Danse avec les Stars que Lio nous avait donné rendez-vous pour évoquer son album tout neuf, le touchant "Lio Canta Caymmi".... touchant comme cette interview...



Nous allons commencer par la question traditionnelle de Music Waves, quelle est la question qu´on t´a trop souvent posée?


Je ne réponds pas à ce type de questions car je n´en sais rien. Parfois, il y a des choses qui m´énervent...


Dans le type questions pas sympas, en as-tu assez d´etre résumée  à La Nouvelle Star, ´Le Banana Split´ ou ´Les Brunes comptent pas pour des prunes´ ?

Ça ne me concerne pas, ça concerne les gens qui sont en face et me le disent... J´entends ce qu´ils ont à me dire, je réponds aux questions.





Justement, ne trouves-tu pas dommage qu´en raison de ton actualité, c´est "Lio Canta Caymmi" ou ta collaboration avec Phantom, c´est beaucoup plus vaste que ça Lio ?

Je pense que des journaux ne s´intéressent qu´à cette mouvance Nouvelle Star. Tu ne peux pas faire changer cela. Je connais ça depuis que j´ai débuté et les premiers journalistes n´avaient même pas écouté le disque, tellement ça les intéressait peu. Que ce soit "Le Monde" ou "Le Nouvel Obs´" c´est la même engeance pour moi. Au milieu de cette racaille, on a des gens qui sortent du lot, avec lesquels on peut avoir un dialogue intelligent. Je n´ai pas un rapport de pouvoir avec les gens, car je suis une femme puissante. Donc le pouvoir ne m´intéresse qu´assez peu et l´exercer sur les autres est vain. Ce que je veux, ce sont des puissances qui se réunissent et qui font des choses en commun. La manière dont certains journalistes m´abordent, au fond, je les plains...


Mais justement, ça ferme l´accès au public ?

Le plus difficile à obtenir c´est la popularité que j´ai déjà. J´ai un nom qui existe, c´est quelque chose d´extrêmement fort et salutaire. Des gens n´ont pas acheté mon disque mais savent qui est Lio. Après pour accéder au public, il faut faire des choses et on y arrive. J´ai bien réussi à faire "Lio Chante Prévert" devant 280.00 spectateurs, je pourrais faire la même chose pour le Caymmi si ma vitalité est au rendez-vous.





Elle le sera!

Je pense qu´elle le sera (rires).


Ton actualité c´est "Lio Canta Caymmi". Cet album est un retour aux sources voire une concrétisation de ce que tu avais fait dans le passé avec "The Girl from Ipanema" ou l'album "Picante" enregistré à Cuba (jamais sorti) par exemple?

Clairement, je suis du Sud. J´aime le Sud. Point trop de Nord me faut. Pour moi, le Nord, c´est les Hommes, le Père. Le Sud c´est la Mer, la Chaleur, la Matrice. Je suis matricielle, une Femme, je choisis une expression de Femme. Comme Louise Bourgeois est une Femme, ses araignées sont matricielles. Je cherche à aller vers une pure expression de ce que j´ai à dire au monde. Caymmi qui est un homme est un amoureux des femmes, ces chansons sont tournées vers l´Autre, son altérité est vitale et joyeuse.


Tu parlais de Dorival Caymmi, l'un des plus grands auteurs de la musique populaire brésilienne, est-ce que ces chansons ont bercé ton enfance?

Bien sûr, ma mère les chantait mais je ne savais pas que c´était Caymmi. J´ai écouté la chanson ´Nem Eu´ avec ravissement à l´age de quatorze ans. C´est ma tante qui me l´a fait écouter. Je me souviens de ´Vatapa´, que je ne reprends pas sur cet album mais en concert. Caymmi a des chansons de plages et les chansons de pescarilla - de pêcheurs, comme ´Canoeiro´. Donc je le connaissais avant que Duvall m´en parle mais je ne savais pas que je le connaissais. Un peu comme les gens qui ne savent pas que certaines chansons sont de Prévert ou de Cosma. En fait, il y a très peu de poèmes de Prévert qui ne sont pas des chansons. Il aimait tellement la musique et avait tellement d´amis musiciens qu´automatiquement il les donnait. Ces recueils de poèmes sont des recueils de chansons.


Est-ce que tu as senti que tu avais une dette avec la langue de ton pays natal ? En somme est-ce que cet album est plus Vanda (son vrai prénom) que Lio?

Non, Lio c´est pareil. Quand elle a démarré, elle a fait des choses en accord avec son âge, elle s´amusait, elle a fait des expériences, elle s´est fait femme, s´est posée des questions et aujourd´hui, c´est une femme mûre. Lio vieillit avec moi à son corps défendant, mais elle n´a pas le choix. Je n´ai pas une dette, c´est une symbiose, on se nourrit l´un l´autre. On se fait du bien.





L'album démarre par la guitare acoustique étincelante et la voix chaleureuse sur ´Nao Tem Solucao´. Une très bonne entrée en matière qui nous permet de nous immerger tout de suite dans l'esprit de l'album sans pour autant tout révéler? Est-ce voulu ?

Oui, je trouve que ce qu´il y a de mieux pour insuffler une saine émulation, c´est que chacun voie midi à sa porte et que chacun défende le midi à sa porte avec ce que cela peut donner dans le travail avec de la friction. Mais la friction peut déboucher sur le plaisir. C´était un album difficile car Duvall et moi on n'était pas bien. J´avais très envie de retrouver de la vie dans mon âme dans la musique. J´avais besoin d´une régénération vers les racines de Lio en demandant à Duvall  s´il voulait refaire un album avec moi. Mais il m´a répondu qu´il n´avait aucune envie - et ce n´était pas dirigé contre moi. Il n´a pas fait les chansons pour Alain Chamfort, il était incapable d´écrire à ce moment là. D´autant que Jay Alansky voulait bien composer pour nous. Je connais leurs talents et c´est comme une madeleine de Proust que je voulais retrouver. Pourtant, je pense que Duvall ne voulait pas me lâcher. Il m´a dit qu´il n´avait pas d´inspiration pour le moment, mais que moi en tant qu´interprète qu´il aimait, je pouvais dépoussiérer de vieilles chansons. Cet album a mis 5 ans à voir le jour entre nos disputes, nos omelettes aux truffes, notre fameux midi à quatorze qu'il a fallu élargir pour que chacun s'y retrouve. Il y a beaucoup de vie dans cet album, de lumière, j'amène du Nord au Sud avec un petit arrêt ch'ti (Chris Vanderputte) puis Duvall belge de chez belge et un peu danois. J'aime ce voyage. Et un peu de Caymmi. Pas les chansons de Bahia, mais des chansons composées sur une période de deux ans dans la baie de Rio. Elles sont particulières, plus mélancoliques, plus cinématographiques.


J´avais très envie de retrouver de la vie, je voulais la retrouver dans mon âme, dans la musique.





Le voyage se poursuit avec 'Sabado em Copacabana' et se termine aussi par 'Quem Vem Pra Beira Do Mar'. L'introduction avec les bruits de vagues, de la plage et de l'accordéon nous transporte tout de suite au Brésil. Est-ce que les plus beaux voyages virtuels se font en musique?

La musique est une vague, c'est le sac et le ressac. C'est la même énergie qui revient. Il faut nous relier les uns aux autres avec ce qui est simple. On part d'un cliché qui réunit puis dépasse le cadre du cliché pour une ouverture, un voyage. La curiosité c'est magnifique. Malheureusement, les gens partent de quelque chose de magnifique pour en faire un cliché. C'est triste car cela nous éloigne et ne nous grandit pas. L'humain est grand, c'est mon idée, sinon pourquoi lui donnerais-je tout mon amour? J'aime chanter ça. La vague revient à la mer/mère. Finalement, la bite phallique devient un amer. Tout cela signifie l'altérité et un voyage comme tu le dis.


Cet album marie différentes atmosphères. Il y a quelque chose de fragile dans ta voix ('E doce Morer do Mar' ou sur la très mélancolique 'Nesta Rua Tao Deserta') mais très doux et très ressourçant (comme sur 'Doralice' ou 'Valera A Pena')? Est-ce que tu en es consciente de ce que tu peux procurer?


Je l'espère, on l'espère toujours. La musique est une passion. J'ai eu beaucoup de mal à gérer mon rapport au mot artiste, d'autant que j'en voyais certains l'utiliser... Tout mais pas ça! L'ego est très important, quand on est artiste, on est égocentré. On ne peut pas monter sur une scène si on l'est trop mais on en a tous besoin. Rien d'autre n'existe à côté. Personne ne fait l'économie de la jalousie et de l'envie. Il faut se demander : ''Est-ce que j'ai plus d'amour que de jalousie, plus d'amour que d'envie?'' On ne peut pas se dire exempt de jalousie, nous sommes humains et nous avons tout ça dans nos passions. Moi j'ai choisi de mettre devant des passions vitales, l'altérité, le souffle, des passions gaies et qui peuvent se nourrir de réalité. J'aime la réalité, car c'est le plus beau point d'appui pour le rêve et l'imagination. 


'Nunca Mais' se montre plus introspective, plus grave (il y a un orgue un peu pesant dans le bon sens du terme) mais tu arrives à équilibrer avec les sifflements et la voix décidée. Est-ce que c'est cette recherche d'équilibre que tu as cherché avec un déséquilibre?

Je suis toujours sur le fil du rasoir. Je cherche avec anxiété, une plateforme, parce qu'être sur le fil du rasoir en permanence, ça ronge l'estomac. Mais je suis toujours capable de compromis, car c'est aller l'un vers l'autre, deux choses éloignées qui se rencontrent. Mais souvent, on nous demande la compromission et si vous avez du respect pour vous-même, la compromission, non. Mais c'est à l'autre que vous faites un cadeau si vous le faites à vous-même. Cela tire vers quelque chose de plus fort avec plus d'envergure et d'espace. Ma voix je l'accepte, j'ai un pouvoir d'encaisse énorme. Je fais feu de tous bois. Je ne sais pas aller en profondeur, peut-être que j'en ai peur, peut-être suis-je horizontale? En revanche, prenez les kilomètres carrés que je parcours et vous avez trois fois le monde.


Mais je suis toujours capable de compromis, car c'est aller l'un vers l'autre, deux choses éloignées qui se rencontrent.






As-tu eu peur de te lancer dans ce projet ?

(elle murmure) J'ai toujours peur.


Avec le recul, es-tu fière de ce projet, à savoir, c'est un album assez coloré, assez sensuel, qui invite presque à danser comme le très ensorcelant 'Tao so' ou sur 'Samba da Minha Terra'. Es-tu d'accord? Est-ce qu'il y a une partition entre joie et tristesse, à nouveau une question d'équilibre?

Mais totalement.


Est-ce que l'on peut dire que c'est le plus personnel et le plus abouti que tu aies pu faire?

C'est celui que j'ai le plus compris qui m'a le moins échappé. C'était une conquête de tous les jours. Je n'ai pas de souvenir d'un jour ou tout était acquis.





C'est un très beau travail. On sent que tu fais confiance à la musique et aux musiciens (solo de guitare sur Doralice, Valera A Pena). C'est vraiment une célébration complète et pas que de simples reprises d'une chanteuse. Peut-on imaginer que c'est le travail d'un véritable groupe et que cet enregistrement est le plus collectif de ta carrière (sans parler de grand œuvre)?

Ce sont des personnalités qui ont trouvé car elles n'ont pas cédé. Ce n'était pas simple. J'essaie que ce soit intelligible en tant qu'œuvre. Ces trois individualités ont trouvé quelque chose à dire ensemble et se sont au final fait confiance. Elles se sont laissés l'espace, peut-être qu'il n'y avait pas suffisamment de confiance que ça, mais elles se sont laissés l'espace.


Un compromis?

Oui. Prendre ce qu'il y avait à prendre. Vous vouliez peut-être dire que c'était mon premier album adulte.





Je ne voulais pas dire l' ''album de la maturité''.

Vous ne vouliez pas dire ce qu'il y avait de beau, car vous ne voudriez pas le plomber. Dans l'âge adulte, on peut penser qu'il y a quelque chose de résigné. Moi je pense qu'être adulte, ce n'est pas se résigner, c'est tout l'inverse. Assumer le temps qui passe en sachant que le bébé est toujours dans les poupées russes. Arriver à être relié à la force implacable de l'enfance, tout en restant responsable et prendre en charge un autre enfant que soi. C'est ça être adulte. Peut-être que cet enfant qu'on prend en charge, c'est nous.


Tu parlais d'enfance. La pochette de Loustal qui fait très BD à l'instar de ton pseudonyme, est-ce que c'est le pendant d'un album adulte?

Cherchons la légèreté intelligente, pas celle dans le déni où rien ne se passe. Savoir que les semelles sont en plomb mais que plonger dans un bon bain de joie ça sera plus facile. La vie est la plus belle des passions. Mais la vie n'est pas facile, ceux qui le disent sont bêtes et menteurs. Mais nous sommes équipés pour faire une belle aventure et un beau chemin parmi tout, les bêtes, les fleurs, les arts. La vie est belle mais elle est en même temps terrible et féroce.


Mais la vie n'est pas facile, ceux qui le disent sont bêtes et menteurs.


Peut-on imaginer Lio se tourner ensuite vers la musique populaire brésilienne pour un nouvel album intégralement en portugais?

J'ai encore beaucoup de chemin à faire. J'ai dû réapprivoiser ma voix qui est très abîmée à cause d'ulcères et d'hernies qui ont brûlé mes cordes vocales.


Est-ce que ça ne lui donne pas un caractère plus profond, des voix abîmées comme Joe Cocker, une voix qui nous parle plus qu'à tes débuts car chargée d'expérience?

J'ai dû réapprendre car les aigus m'échappent. J'ai beaucoup paniqué, car je ne sais rien faire d'autres. Certains diront que je ne sais même pas faire ça. Je n'écoute pas ça, j'en ris aujourd'hui car je pense être une bonne chanteuse.





Tu en as souffert? Car tu dis que tu en ris aujourd'hui.

Je me suis posé des questions. A un moment donné quand les seules voix reconnues étaient puissantes, c'était difficile de retrouver quelque chose de l'ordre du musical-hall. Jean Schultheis qui est un merveilleux arrangeur a réussi à me faire confiance à ma voix, il a parlé avec précision de la voix de Françoise Hardy avec laquelle il me compare. Je tiens Françoise Hardy comme une grande chanteuse, c'est l'Astrud Gilberto française. Les Français sont passés à côté des capacités vocales d'une autre grande chanteuse, c'est France Gall. C'était une chanteuse de jazz hors-pair. Mais elle n'a jamais fait confiance à sa voix. On a manipulé ces chanteuses qui ont perdu confiance en elles. On continue à produire car les hommes font confiance au produit. Souvent ces femmes se tirent des balles dans les pieds. Ce sont des femmes mises sous influence. France Gall était une leçon pour moi, elle s'en est remis à Michel Berger et était heureuse, elle s'est affranchi d'un tas de trucs. Elle m'a toujours bouleversée. Mais celle qui m'a le plus influencé c'est Billie Holiday. Je cherche un chant matriciel, une expression de ma féminité dans un monde d'hommes. Au départ, j'ai beaucoup joué en acceptant leurs règles. J'adore les hommes et m'amuser avec eux. Mais j'ai dû trouver mes propres règles, mais pas en contre. Je suis très fidèle à mes amours. Les actes ne trompent pas.





C'est pour ça que le public est attaché à toi? On sent ta part sincère.

Honnête! Je garde ma sincérité mais je partage des moments intimes. On ne peut pas tout partager avec le public sinon on l'absorbe, on le terrorise sentimentalement. Il ne faut pas s'accaparer les sentiments des autres. Moi je peux prendre du temps pour eux. Je vais partout : dans des petites salles, au Zénith, au Stade de France.


Qu'attends-tu de cet album?

Aller partout. Prendre les gens, leur parler de la vie, de l'amour. 99,9/100 de notre ADN est commun et le 0.1/100 est précieux.


Nous avons commencé cette interview par la question qu'on t'a trop souvent posée. A l'inverse, quelle est celle que tu aurais souhaité que je te pose?

''Lio, alors que vous êtes une artiste incontournable du XXème et XXIème siècle, que vous avez un talent de dingue, que vous avez résisté à tout, est-ce que cela ne vous ennuie pas qu'on vous parle d'autres choses que de votre musique dans laquelle vous êtes si excellente?'' J'aimerais qu'on me la pose telle quelle.


J'espère qu'on a assez parlé de ta musique.

Tout à fait. Vous avez été partout. J'ai adoré cette interview. On a attendu 9 ans. Tu sais que c'est une révolution plutonienne? Neuf ans c'est la destruction et la regénération.





Alors on part sur un cycle et rendez-vous dans neuf ans?

J'espère bien avant!

Merci!

Merci beaucoup!
 
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