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HANGMAN'S CHAIR (24 MAI 2018)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
DOOM

Rencontre avec Hangman's Chair, à l'occasion de la sortie de "Banlieue Triste", nouvel album de l'un des groupes les plus intéressants de la scène rock actuelle.
CALGEPO - 30.07.2018 - 3 photo(s) - (0) commentaire(s)
Music Waves est parti interviewer Julien de Hangman's Chair dont le nouvel album, élu disque de la semaine sur Canal +, personnel et actuel fait du groupe l'un des plus excitants de la scène rock francophone.


Nous vous avions interviewé il y a deux ans et demi dans le cadre de la sortie de "This is not supposed to be positive ", que s’est-il passé pour vous depuis ?

JULIEN : On a été très actif après "This is… ", comme jamais d’ailleurs. Pas mal de concerts dans l’hexagone, le Hellfest, le Roadburn, le Desertfest d’Anvers. Il y a clairement un avant et un après. Puis on a sorti le split avec Greenmachine, ça nous permis de nous préparer à l’enregistrement du nouvel album. Et donc, on en vient à la sortie de Banlieue Triste,
Là, on vient de faire une quinzaine de dates en France et une première pour nous, l’Angleterre.
Et la signature chez Spinefarm qui vient de se concrétiser…





Vos pochettes valent souvent mieux qu'un long discours vos albums. Que nous dit de son contenu celle de "Banlieue triste" ?

Comme d’habitude, on a travaillé en étroite collaboration avec Dave Decat. Il voulait changer d’atmosphère, on était déjà passé par le bleu blanc rouge sur Hope Dope Rope et le rose sur "This is...". Là on passe au noir et blanc et écriture rouge, un grand classique et quand il nous a présenté la photo de la pochette, ça a été un déclic, Renaud, Balavoine, la banlieue française des années 80. Et ça va tellement bien avec notre son plutôt froid, les chorus guitare et la reverb de la caisse claire. Et puis cette atmosphère très franco-française, il y a clairement de la nostalgie dans la pochette.


On le ressent plus personnel parce qu’on a voulu y mettre du sens, qu’il y ait une part de nous dans chaque recoin.


Vous le présentez comme un album très personnel. Pour quelles raisons ?


On le ressent plus personnel parce qu’on a voulu y mettre du sens, qu’il y ait une part de nous dans chaque recoin. Ça va de certaines photos de la pochette jusqu’ aux titres de chansons, il y a des détails qui ne parlent qu’à nous, ce qui donne une libre interprétation à chacun.
Les textes sont encore plus autobiographiques, on aborde toujours des mêmes sujets les vices, la dépression, les angoisses mais cette fois-ci d’une manière terre à terre, en utilisant des événements qui sont vraiment arrivés.


Quand vous vous lancez dans la réalisation d'un disque, avez-vous une idée précise de la direction que vous souhaitez prendre, des thèmes que vous voulez aborder ?

J’ai l’impression que ça se fait assez naturellement. Disons que l’idée n’est pas forcément là au début, elle arrive progressivement. Musicalement, comme on compose tout le temps, les morceaux ont le temps de se développer et la vision d’ensemble apparait petit à petit.
Pour les textes, c’est différent, tout est parti du texte de 04/09/16. Ce texte a donné le ton du reste de l’album, c’est à partir de ce moment-là qu’on savait de quoi aller parler Banlieue Triste.


On ne fait pas de la musique pour qu’elle soit écoutée par le plus grand nombre mais on ne fait pas non plus de la musique extrême.



Pensez-vous que votre musique est plus accessible qu'autrefois ?

En fait, je ne réfléchis pas en ces termes, on ne fait pas de la musique pour qu’elle soit écoutée par le plus grand nombre mais on ne fait pas non plus de la musique extrême. J’ai l’impression qu’on parle aux gens de notre génération, fin 70/début 80.  
Un morceau comme ' Touch The Razor' de 11 min n’est pas forcément très accessible ni un sample de 4 min de Georges Bataille en fin d’album. Et même 'Negative Male Child', elle est plutôt osée et je ne sais pas si elle est accessible pour certains dans le milieu metal.
Par contre, la production est peut-être plus accessible, moins brut. Et les arrangements aussi, ça donne ce côté un peu travaillé.





James de Perturbator est présent sur l'album. Vos deux univers tant sonore que visuel semblent assez éloignés l'un de l'autre. Comment est née cette collaboration ? Le résultat est d'ailleurs très surprenant...

Nos univers à un moment donné se rejoignent, on apprécie ce qu’il fait et lui aussi. Mais à la base, on ne se connait pas, c’est le fait qu’on soit chez le même tourneur qui a déclenché les choses.
Ça s’est passé en plein milieu du studio, Mehdi (le batteur) était en contact avec Romain notre tourneur qui était aux US avec Pertubator. Il nous a dit qu’ils écoutaient pas mal le "This is…" dans le van, du coup on lui a proposé de faire un featuring et il a accepté, tout simplement. On lui a envoyé une ancienne démo d’un morceau qui ne devait pas figurer sur l’album et dans la nuit même il nous a pondu ses parties synthés. Ça collait bien donc on a réenregistré ce morceau et incorporé son clavier. James s’est mis au service de notre musique sans vouloir se mettre en avant, c’est ce qui nous intéressait dans le projet, parce que le but n’était pas de faire un remix électro.


Vous pourriez lui rendre l'appareil et faire un truc sur une chanson de Perturbator...


Pourquoi pas, on en a parlé avec lui lors de notre release party à Paris. Il doit bientôt enregistrer un nouvel album donc si les planètes s’alignent à ce moment-là… Mais à vrai dire, ce que j’aimerai, c’est pouvoir réaliser une vraie collaboration, composer un morceau en ayant conscience qu’il sera en feat., comme on a pu le faire avec Mongolito. Le seul truc qui me chagrine sur 'Tired Eyes', c’est qu’on ait dû le faire en dernière minute, j’aime bien prendre mon temps.


Le côté citadin, plus que le côté parisien, fait partie de notre identité.


Vous restez ancré dans des paysages urbains et franciliens. Comment Hangman's Chair pourrait sonner si vous étiez basés dans un autre environnement ?

Aucune idée mais différemment ; c’est sûr. Le côté citadin, plus que le côté parisien, fait partie de notre identité. Je me dis que quand j’écoute Type O Negative, y’a du Brooklyn dedans et idem pour Winter, il y a ce côté NY, le froid et le béton, qui fait qu’ils ne ressemblent à personne d’autre.


Vous avez très bien su retranscrire cet univers périphérique qui rappelle un peu le Série noire d'Alain Corneau. D'après vous, qu'est-ce qui définit la banlieue parisienne ?

Oui, Série Noire, Rue Barbare, L’Arbalète, La Baston, tu peux trouver ces références dans la chambre du gamin de la pochette. Ce qui est marrant c’est que Dave Decat n’a pas vécu en banlieue parisienne, il vient de Bruxelles mais il en a une certaine image, cultivée par ce genre de films et un jour il m’a dit qu’il s’était inspiré quasi inconsciemment de Jacques Tardi, « En Banlieue » ou « Brouillard Au Pont De Tolbiac », les décors de vieux pavillons mélangés au barres grandissantes.  Et puis, dans cette banlieue 80 et celle d’aujourd’hui, il y a ce côté français qui toujours rêvé d’Amérique à travers la musique et les films mais qui en ressort déçu à la fin.





Plus que jamais un feeling années 80 suinte de votre musique. Êtes-vous d'accord ?

Et pourtant on a une production très moderne, un accordage bas etc… mais le Chorus, la reverb et la manière dont on l’utilise donne un effet 80, c’est totalement voulu. On a grandi avec ces sonorités qui peuvent paraitre cheap pour certaines personnes mais nous on trouve ça classe.
Les lignes de chant sont aussi très 80, très Goldman parfois.


L'album est très fort mais s'achève sur un titre très curieux ('Full Ashtray'), long et presque expérimental. Pourquoi ce choix ?


Tu dois sûrement faire référence au sample de "Acephale", c’est un film de la fin des ‘60s et dans ce passage un étudiant lit un texte de Georges Bataille. C’est un peu notre marque de fabrique, on place toujours un extrait de film ou de documentaires dans nos albums. En fait, le morceau 'Full Ashtray' est collé au sample qui est l’outro de l’album, il était question qu’on les sépare mais on l’a mieux senti comme ça. Les deux collaient bien ensemble. Cet extrait, on l’a depuis longtemps, il avait failli finir sur "This is…" mais on avait déjà ce qu’il fallait. Pendant mes prises guitares, j’avais enregistré quelques pistes ambiance drone, au cas où, et finalement on s’en servi pour habiller le sample.


Au sein de ce menu, quel est le rôle des pistes instrumentales telles que 'Tara' ou 'Sidi Bel Abbes' sur lequel figure Mongolito ?

Ce sont des interludes, elles font retomber la pression. Ce sont des nuances nécessaires dans nos albums, si tu nous écoutes depuis le début tu remarqueras qu’on en a toujours mis. Les deux sont différentes,'Sidi Bel Abbes' a été composé pour que Mongolito puisse s’exprimer dessus alors que Tara, à la base, devait être un vrai morceau, avec chant. On n’a pas eu le temps de le finir et comme on l’avait enregistré musicalement, on en a fait une boucle pour le transformer en interlude. C’est surement une chanson que l’on va finir pour un split ou autre.


Chaque album doit être différent, pas forcément mieux mais différent au moins



"Banlieue triste" s'inscrit dans la continuité de "This is not supposed to be Positive". Peut-on dire que votre identité est fixée, la maturation de votre style, achevée ?

A la sortie du studio, j’aurai pu te répondre que oui, la maturation est achevée, quand tu en sors tu es essoré. Mais c’est vite passé parce si je le pensais vraiment, j’arrêterais le groupe, j’en aurai terminé avec la musique. Je ne peux pas me dire « c’est bon on a trouvé notre créneau, on en bouge plus », chaque album doit être différent, pas forcément mieux mais différent au moins. Aujourd’hui, en réécoutant l’album, j’entends des détails que j’aurais fait différemment avec 9 mois de recul, et ça, ça me pousse à vouloir repartir pour un nouvel album. Par contre, en ce qui concerne l’identité, en effet on s’est trouvé oui, en utilisant des choses de notre passé.


Cette identité est extrêmement affirmée, qui doit autant au chant expressif et mélancolique de Cédric qu'à ce mur froid de guitares déglinguées. Pouvez-vous nous décrire le travail que vous effectuez au niveau des grattes ?

On commence à avoir une bonne méthode avec Francis Caste, qu’on a pu affiner années après années. Déjà, il y a beaucoup de travail en amont, je trouve tous mes arrangements chez moi des mois à l’avance pour arriver en studio prêt et sûr de mes choix, tout est vraiment réglé pour ne pas perdre de temps. Une fois en studio, on décortique chaque riff, par exemple au lieu de jouer un accord à deux cordes avec une seule guitare, je le joue avec deux guitares qui jouent une corde chacune. C’est un travail minutieux qui peut paraitre parfois fastidieux car à chaque fois je fais beaucoup de prises guitare et parfois c’est juste une note que je dois jouer et rejouer avec différents effets, En fait j’enregistre un maximum de prise pour avoir le plus de choix entre tels ou tels amplis ou tels ou tels effets et c’est une fois au mix qu’on allège tout pour garder un ensemble cohérent avec de la nuance. Les prises guitares prennent presque la moitié de notre temps en studio en général.





Vous êtes toujours fidèles à Music Fear Satan (pour la version vinyle) mais vous avez signé un deal avec Spinefarm, c'est une sacrée promotion ! Qu'en attendez-vous ?

Ça a mis beaucoup de temps mais on y est enfin. On se parlait déjà à l’époque de "This is.. ", on est resté en contact et ils nous ont fait une proposition pour le dernier album.  Ils vont sortir Banlieue Triste en CD et vinyle à l’étranger en septembre, on reprend tout de zéro, promo, les interviews etc… ça nous montre qu’ils croient beaucoup en nous, on est pressé de voir ce que ça peut nous amener. Dans tous les cas, cette signature devrait nous débloquer pas mal de choses à l’étranger. Et pour être plus précis, MFS a sorti une version vinyle ET cd mais juste pour le territoire français.


Pensez-vous que cette signature explique que l’album ait eu une couverture si forte (Album du mois sur Canal+) et des concerts en Angleterre récemment pour la première fois dans l’histoire du groupe ou simplement comme nous n’avons évoqué précédemment que votre musique est plus accessible qu’autrefois et vous permet ainsi de franchir ce palier ?

Non la signature n’a rien avec ça, on a signé avec Spinefarm plus tard. On a juste eu la chance que des gens comme New Noise, Canal + ou France Inter nous suivent et croient en l’album. Et parfois au bon endroit, au bon moment.


Vouloir toujours plus, c’est dangereux et ce n’est pas comme ça que je marche dans la vie, sinon je deviendrais insatiable.



Imaginiez-vous passer un tel palier justement au moment où nous avions fait notre précédente interview en décembre 2015 où à la réponse quelle est la prochaine étape vous aviez répondu « Trouver un tourneur qui nous corresponde. Pour le reste, attendons le prochain album. »… Aviez-vous déjà conscience que même si "This is not supposed to be positive » était considéré comme un des meilleurs albums de l’année 2015, cet album était le déclic qui vous a permis d’en arriver au succès populaire que vous connaissait aujourd’hui ?

Oui "This is.. " a été l’élément déclencheur, c’est une deuxième naissance pour le groupe et pour beaucoup de gens c’est notre premier album, ils nous ont découvert avec cet album.
Maintenant, passer un tel palier, je ne me l’imaginais pas vraiment, à vrai dire je ne m’imagine rien du tout. Vouloir toujours plus, c’est dangereux et ce n’est pas comme ça que je marche dans la vie, sinon je deviendrais insatiable. Je suis déjà très heureux de ce qui nous arrive et si une belle opportunité arrive, très bien, sinon ça me va parfaitement comme ça.


Finalement, qu'est-ce qui manque à Hangman's chair aujourd’hui tant vous semblez avoir atteint tous les objectifs ? Quel pourrait être la prochaine étape ?

Une sortie à l’étranger digne de ce nom et un beau Tour Support en Europe.


Dans notre précédente interview tu regrettais de ne pas pouvoir assez « parler de matos guitare, malheureusement c’est assez rare dans les interviews. ». Nous ne donnons donc une fenêtre pour t’exprimer à ce sujet…

Depuis j’ai eu la chance de pouvoir m’exprimer sur ce sujet dans d’autres interviews. En fait, si je regrettais ça avant, c’est que le son a une grande importance dans le groupe et notre identité, ce n’est pas seulement un truc de geek… Pour mon cas, suivant le matos que j’utilise je n’aurai pas la même créativité, j’ai l’impression qu’il y a des riffs qui appartiennent à des guitares, c’est comme si ce riff n’aurait pu sortir que sur cette guitare, il sort naturellement. Par exemple, la majorité de Banlieue Triste a été composée sur une vieille Kramer 450G de 1977 en manche aluminium, je venais juste de l’acheter et elle m’a particulièrement inspirée. Avec le manche alu, elle a un son unique, très clair et avec beaucoup de sustain, ça m’a permis d’explorer et d’aller vers des arrangements auquel je n’aurais pas pensé avec une autre gratte, le son et la jouabilité y sont pour beaucoup. L’arpège cristallin de 'Sleep Juice' en est la preuve.

Là, je viens d’acquérir une nouvelle guitare, c’est une EGC manche alu traversant en corps acrylique, comme pour la Kramer, elle me donne toute une nouvelle série de riff qui seront dans le prochain album. En fait, j’aime bien changer de guitare après un album, ça booste ma créativité pour recomposer.

Pour les effets, c’est peu la même chose, je suis souvent en train de changer mon pedalboard. Par contre, cette passion pour les pédales, ça m’est venu assez tardivement car pendant longtemps je me branchais directement à ma tête avec juste un chorus, j’étais très « plug & play » et ça correspondait à ce qu’on jouait encore jusqu’à "Hope Dope Rope". C’est seulement depuis l’enregistrement de "This is… " où Francis Caste m’a fait tester plein d’effet de modulation, de reverb pour les ambiances, que la boite de Pandore s’est ouverte. Maintenant, je suis toujours en recherche, dès qu’un son d’un musicien me plait ou m’intrigue, je me documente directement dessus, je parcours les forums je fais des gros plans sur les photos de pedalboard, j’ai un pote qui tient un magasin de guitares et pédales vintage à Pigalle, Woodstore, je lui demande souvent des conseils. Finalement, ça fait très geek tout ça mais moi j’ai juste l’impression d’être quelqu’un de curieux.  


Merci à Childeric Thor pour sa contribution.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/hangmanschair/
 
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