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TITRE:

CALI (28 SEPTEMBRE 2018)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



A l'occasion de la sortie de son album dans lequel il réinterpètre Léo Ferré, Cali nous avait donné rendez-vous...
STRUCK - 22.10.2018 -
12 photo(s) - (0) commentaire(s)

Deux ans après, nous retrouvons de nouveau Cali pour une interview dans laquelle il sera question bien entendu de Léo Ferré mais également le passage à la cinquantaine, la paternité et l'état de l'industrie du disque...





Je voulais me remémorer ces moments avec mon père


Léo Ferré est une de tes influences évidentes, tu avais déjà montré quelques sympathies avec le poète-chanteur dans ton album "L'espoir" ou ta reprise de 'L'âge d'or' dans ton album "Vernet-les-Bains". Au-delà de la célébration des 25 ans de sa disparition, qu'est-ce qui t'a décidé de l'attaquer frontalement maintenant?

J’ai depuis toujours un rapport particulier avec Ferré. Mon papa écoutait Ferré quand j’étais gamin mais je ne comprenais pas. C’est-à-dire que mon père c’était Lino Ventura physiquement, notamment dans le regard, et je le voyais les larmes aux yeux quand il écoutait quelqu’un que je ne comprenais pas. Et il me dit : « Tu sais cet homme-là, je l’ai vu en concert et il se faisait cracher dessus sur un titre et la chanson d’après, les gens étaient debout à applaudir à tout rompre ». Ce type m’intriguait ! Mon frère m’a fait découvrir une chanson qui s’appelle ‘Richard’ qui m’a amené à Ferré, j’ai compris, j’ai vu l’image… Et après, je me suis rendu compte que c’était le plus grand : quand certains ont connu Beethoven, nous avons connu Ferré… Tout cela a gonflé au fond de moi, j’ai grandi, j’ai vieilli, je me rends compte que les gens qui m’ont donné envie de faire de la musique comme les Thiéfaine, les Higelin, les Bashung, les Lavilliers… viennent de Ferré. Tout cela a contribué !
Et pourquoi maintenant ? Parce qu’il y a deux ans exactement, il aurait eu cent ans et on n’a rien fait. C’est-à-dire que les pays alentours -la Suisse, l’Italie, la Belgique- ont tous appelé la famille Ferré pour faire une fête à Léo. Mais en France, il n’y a rien eu : une honte ! On a fait une émission sur France Inter mais sinon aucune télé, c’est la honte ! Cela m’a bouleversé. Je me suis donc dit que c’était le moment. Et j’ai cinquante ans cette année et pour moi, c’est une chute absolue. On dit que tu ouvres les bras vers la sérénité… Que dalle, ouais (Rires) ! Je voulais me remémorer ces moments avec mon père. C’était le moment de le faire !


Il semble qu'à 50 ans que tu portes un regard particulier sur ton passé, sur tes parents. Tu as sorti également un livre ("Seuls les enfants savent aimer") en début d'année, maintenant ce disque, est-ce le fait d'être devenu père et fonder une famille qui te rend nostalgique?

Je vais avoir un autre bébé, le quatrième (Rires) !


Cet album avec Ferré, c’est la recherche de la pureté !





Félicitations…

Merci ! J’essaie de ralentir le temps : remettre le nez dans les couches… ça va être super (Rires) !
Je me rends compte avec le bouquin, cet album avec Ferré, c’est la recherche de la pureté !


Comme tu l’as dit, tu as voulu semble-t-il rendre hommage à tes parents, ton père écoutait souvent Ferré après la mort de ta maman, ce disque est-il personnellement une catharsis ?

En tous cas, pour moi, c’est tenir la main de l’enfant que j’étais. C’est-à-dire que je ne veux pas lâcher cette main, je veux la retrouver. On se perd dans des dédales de réflexions et de labyrinthes au fond de notre tête. Gamin, on ne calcule rien, il y a la fraîcheur : la neige tombe, tu es heureux ! Tu souris à la vie.
Adolescent, tu n’as pas encore fait l’amour, tu ne sais ce qu’il se passe, tu es avec ta bande de potes : t’es un punk, t’es rebelle, quoi (Sourire) ! C’étaient des moments merveilleux et j’ai envie de retrouver le plus possible ce truc… Et franchement, je pense que tout est lié, oui !


En utilisant un cliché, peut-on parler de la crise de la cinquantaine ?

Oui mais est-ce une crise ? Je parlerais plutôt de gamelle (Rires) ! Sur Instagram, j’ai reçu plein de messages pour mon anniversaire et de mon côté, j’ai pris en photo une déchetterie pourrie et j’ai écrit : "J’ai cinquante ans !" (Rires)


Léo Ferré aurait adoré que [je] détruise tout



Tu as collaboré avec la famille Ferré, t'ont-ils laissé toute liberté pour tes relectures et tes adaptations ? Est-ce que tu as tout pris pour argent comptant ou as-tu été tenté de changer quelques mots, quelques virgules?

Ah non, surtout pas ! Par contre la musique, oui ! C’est-à-dire que j’ai été adoubé par la famille et quand je leur ai proposé ce projet, ils m’ont dit « C’est génial que ce soit toi qui le fasses ». J’étais très fier et puis Mathieu (NdStruck : Mathieu Ferré, le fils de Léo) qui vient en studio... On a fait cinq jours en studio à la façon des jazzmen : très vite pour un album ! 20 titres, il y en a 16 là mais on montrera les autres. Et c’est surtout Mathieu était enchanté en me disant "Papa aurait adoré que tu détruises tout".
J’ai choisi justement Steve Nieve au piano, c’est un anglais qui a joué avec Elvis Costello…


Un débutant…

(Rires) … mais aussi Sting, David Bowie… des mecs pas connus non plus (Rires) !
Un jeune François Poggio qui a travaillé avec Daho, Lou Doillon mais qui ne connaissait pas Ferré du tout…
J’ai voulu révolutionner ça, on a fait une expérience avec ces musiciens et l’ingénieur du son de 25 ans, aucune référence Ferré, donc les sons qu’il proposait étaient très éloignés de l’univers Ferré parce qu’il ne connaissait pas Ferré, pour lui c’était comme si il travaillait sur un album de nouveautés.
Par contre, je leur ai dit que j’allais exactement dire les mots et la mélodie de Ferré.


Les mots étaient tellement puissants que je pouvais les murmurer, cela aurait eu le même impact !





Justement avec cela, penses-tu avoir évité l'écueil dressé par l'imitation? Ton chant est plus heurté, reprenant les inflexions du poète sur cet album. Quelle est la frontière entre l'imitation la plus parfaite et l'interprétation et compréhension personnelle des textes?

Disons que je ne me suis pas posé mille questions. C’est-à-dire que j’ai tellement Ferré en moi que j’ai suivi le flow de musique qu’on jetait comme ça : tout était en une prise. J’ai suivi ce flow et je ne me suis pas dit : "Je vais l’imiter ou pas". Non ! Justement, les aficionados de Ferré me disent que j’ai été très sobre sur ce point. Je me suis rendu compte que les mots étaient tellement puissants que je pouvais les murmurer, cela aurait eu le même impact !
Ferré donne quelque chose, c’est le mot "liberté". Son œuvre offre ça : on n’en a rien à foutre ! Je veux dire, tu peux faire une chanson de dix minutes, tu peux faire ce que tu veux : tu peux faire une chanson de 10 minutes, tu peux péter les chapelles, tu peux mettre du punk, du classique… fais ce que tu veux ! C’est ce que dit Ferré ! Et c’est ce que je me suis dit !


Tu parles de punk, justement quelque part, Ferré est le premier punk.

Je suis totalement d’accord avec toi ! Il y a un enregistrement de ‘Avec le temps’ en concert, solennel qu’il chante avec de l’émotion et d’un seul coup, il gueule : « Salope ! ». C’était ça, Ferré !


Comment as-tu choisi quelles chansons tu souhaitais reprendre? On sent une progression thématique, on commence avec l'enfance et les familiarités (‘C'est extra’) puis on prend de l'âge (‘Vingt Ans’), l'apprentissage politique et ses déceptions (‘Ils ont voté’, ‘Les Anarchistes’, ‘Thank You Satan’), la vieillesse (‘La mémoire et la mer’) et les regrets (‘Paris, je ne t'aime plus’) l'annonce de la fin (‘Le Flamenco de Paris’, ‘Avec le temps’) et un certain apaisement final (le dernier morceau). Est-ce que c'est un album-concept à la façon de "Days Of Future Passed" des Moody Blues qui mettait en musique l'histoire d'une journée ? Est-ce que toi tu as créé par le prisme de Léo Ferré, un album conceptuel sur une vie de la naissance à la mort?

J’adore ! Je ne m’étais même pas posé la question mais j’adore, j’adore… Je vais te la piquer celle-là, tiens (Rires) !
Pour moi, que ça ouvre par ‘C’est extra’, c’est normal parce que c’est la chanson que je chantais en bal de village. Je faisais des bals et j’avais imposé ça aux autres mais on ne la chantait pas en début de soirée pour les personnes âgées mais on la chantait à la fin quand les gens étaient un peu ivres : entre les Sex Pistols et The Clash, on jouait cette chanson. Les gens étaient hyper heureux -les parents, les enfants, les grands-parents- avec cette chanson. Donc je voulais la mettre au départ car pour moi, cette chanson était le départ de quelque chose.
Mais après, le choix musical était très compliqué, j’y ai passé des mois et des mois… J’avais sélectionné 100 chansons et je me suis dit : "Qu’est-ce que je fais ?". J’ai fait mon Ferré, le Ferré de Cali. L’idée c’est que pour ce voyage musical en démarrant par ‘C’est extra’, j’ai fermé les yeux et je me suis demandé ce que je voulais entendre ensuite et ensuite… et j’ai fait cet album de cette façon.
Mais encore une fois, c’est marrant ce que tu viens de me dire parce que je ne l’avais même pas calculé.


A quoi ça sert de faire une reprise si c’est pour faire la même chose : les chansons de Ferré existent et il n’y a pas mieux que lui pour les faire !



Loin de n'être qu'une pâle copie des chansons originales, tu as enrichi la musique et tu l'as dramatisée et tu t'es investi corps et âme dans ce projet. Comment as-tu trouvé cette force et ce désir d'aller au-delà de la reprise et canaliser ton énergie qui te caractérise ?

A quoi ça sert de faire une reprise si c’est pour faire la même chose : les chansons de Ferré existent et il n’y a pas mieux que lui pour les faire ! Donc l’idée c’était d’amener un petit plus… Enfin ! Disons que je voulais mettre en avant les textes et les mots. Dans ces conditions, la sobriété est le premier mot puis la fragilité et le troisième, je ne vais pas habiller une chanson de Ferré avec trop de couches : une nuisette ça suffit pour la mettre en avant. Justement, si tu regardes la chanson ‘Les poètes’, la version originale a une mélodie merveilleuse et les mots sont incroyables. Sauf que quand tu écoutes la chanson originale, tu es attrapé par la mélodie. Là, j’ai tout pété et je fais du rap sur cette chanson… J’avais pour exemple l’Américain Gil Scott-Heron, le père du rap américain. J’ai fait une émission avec Radio Libertaire, des puristes de Ferré et le gars m’a dit ‘Les Poètes’, je l’ai redécouvert !


Je voulais mettre en avant les textes et les mots





C’est une fierté j’imagine après la pression que tu as dû avoir avant de te lancer dans une telle expérience ?

J’ai cinquante, je n’en ai plus rien à foutre ! Je n’ai aucune pression. Je me fais allumer par les intégristes de Ferré sur Facebook qui écrivent : "Qui c’est celui-là pour reprendre du Ferré ?". Je m’en fous, je les emmerde !


L’essentiel c’est finalement d’être cautionné par la famille Ferré…

… Exactement ! Tu as tout dit ! L’essentiel, c’est la famille Ferré. Ça leur fait du bien, ça leur fait plaisir. Et puis qu’est-ce que c’est que Ferré ? Dans toute l’œuvre de sa vie, le mot qui ressort c’est liberté ! Fais ce que tu veux. Sois libre ! Aucune chapelle, amuse-toi ! On vit, on meurt… On n’est rien ! Et moi, je suis à fond dans cet état d’esprit !


Tu parlais de nuisette. 'C'est extra' avec son chant un peu meurtri est presque a cappella, comme si tu créais de l'intimité avec l'auditeur. C'est Cali dans ta chambre avec toi, tout seul entre quatre yeux. La musique symphonique plus présente et suit une progression rythmique en crescendo. Cette première piste nous montre l'origine du monde vers lequel tu invites l'auditeur. Etait-ce voulu comme une piste inaugurale qui dessine les grandes idées de ton album?

Ouais. Mais merci de dire ça car je suis complétement d’accord ! C’est-à-dire que quand tu écoutes ‘C’est extra’, tu te dis que je vais me permettre toutes les libertés. Ça rassemble un peu tout ça ! Et ça joue également dans le choix de mettre ce titre au début.
Après franchement, je vais t’avouer un truc, c’est qu’il n’y a rien de prémédité. Quand la maison de disques BMG et des gens que j’adore, Stéphane Berlow et Alain Artaud qui m’avait signé pour mon premier album sur EMI, il y a 15 ans…


[Cet album] est une fête où il se passe des choses et tu ne sais même pas ce qu’il va se passer


C’était hier…

Putain, c’était hier ! Putain (Rires) !
Mais quand ils m’ont parlé de Ferré aussi, ils étaient super heureux mais la veille du studio, quand ils m’ont demandé : "Comme tu n’as pas de réalisateur. Qu’est-ce que tu vas faire ?" et que je leur ai répondu : "Je ne sais pas, on verra", ils ont flippé (Rires) ! Et on est entré dans ce studio, ce studio où Ferré avait enregistré ces premiers 78 tours - donc il y a une âme- avec des Mellotrons, un Dulcitone qui craque de partout… c’était la caverne d’Ali Baba, merveilleux ! On a touché à tout.
Mais c’est arrivé sans préméditation. C’est comme si tu organises une fête et que tu l’as tellement bien organisé que tu ne peux être que déçu. Dans le cas présent, c’est une fête où il se passe des choses et tu ne sais même pas ce qu’il va se passer. Et donc, tu sors de là heureux parce que tu te dis : "C’était dingue ce truc !".


'Vingt Ans' est très sombre, il y a une recherche atmosphérique avec un final terrifiant. Cette chanson-là était-elle plus que toute autre, une catharsis. Quel est ton rapport à cette chanson? Est-ce qu'avoir 20 ans, c'est entrer dans l'âge des ténèbres?

Non ! Je dirais que 20 ans -mon fils a vingt ans-…


… celui qui a un groupe de metal…

Oui, c’est ça (Sourire) ! Et le jour de ses 20 ans, je lui ai fait écouter à tue-tête la chanson le jour de ces 20 ans et il était super heureux parce que cette chanson te dit : "Pour tout bagage on a vingt ans / On a l’expérience des parents / On se fout du tiers comme du quart / On prend l’ bonheur toujours en retard…". C’est exactement ça ! Cela veut dire que la vie est devant toi, ouvre les bras, fais ce que tu veux, croque-là et t’emmerdes tout (Rires)… Tu as 20 ans. Dans 10 ans, tu es encore jeune !
Mais cette chanson est particulière parce que je l’ai chanté le jour de l’enterrement de Jacques Higelin. Je suis allé accompagner le grand frère Jacques au Cirque d’Hiver, on a vécu un enterrement merveilleux, fou : ça pleurait, ça riait, c’était fou ! Je suis rentré titubant dans les rues de Paris jusqu’au studio, j’ai pris le micro et j’ai chanté cette chanson direct. Et aujourd’hui, quand je l’entends, je sais d’où je viens, d’où je sors à ce moment précis.


C’est vraiment très égoïste mais il est pour moi cet album !





Ferré n'est pas connu pour son optimisme, tu n'as pas eu cette peur de plomber l'auditeur?

Franchement, je ne veux pas faire le malin mais je n’ai peur de rien avec cet album. J’en suis très fier ! J’avais besoin de faire cet album. C’est vraiment très égoïste mais il est pour moi cet album ! Le cadeau ultime serait que les gens qui ne connaissent pas Ferré et qui connaissent Cali et qui viennent pour Cali, ressortent en disant que maintenant, il faut découvrir l’œuvre de Ferré !
Mais après, il n’y a pas que du cynisme et du désespoir, les chansons d’amour de Ferré sont sublimissimes et font un bien fou. Parfois quand on est triste et qu’on pleure, c’est là qu’on se vide de tout et qu’on est heureux.


Les Anarchistes' c'est un peu lié à ton histoire personnelle, tes ancêtres italiens qui sont allés se battre en Espagne. On sent un lien très fort avec ton histoire lorsque tu prononces le mot Espagne dans les chansons de cet album.

Je suis complétement d’accord. Il n’y a pas que ça. Même dans la chanson ‘Thank you Satan’, quand il dit : "Pour l'anarchiste à qui tu donnes / Les deux couleurs de ton pays / Le rouge pour naître à Barcelone / Le noir pour mourir à Paris" -mon père est né à Barcelone- et quand je l’ai chanté, je n’ai pas calculé, j’avais envie de le dire de cette façon…
Je suis d’accord avec toi. Mon père serait tellement fier de ce disque, j’en suis sûr ! Dans ‘Le Flamenco de Paris’, qui est une chanson courte, en quelques mots, il raconte toute l’histoire : l’amitié, la guerre en Espagne, la tragédie… c’est d’une puissance énorme.
Il y avait une fille à côté de moi en studio qui m’a demandé si je réalisais la chance que j’avais de pouvoir cracher ces mots sublimes, j’ai réalisé ça : c’était fou !


En parlant de cracher, tu disais que Ferré était celui qui se faisait cracher dessus sur un morceau et applaudir sur le suivant. Est-ce que tu comptes te faire cracher dessus…

… J’espère !


Le héros seront les chansons et pas Cali !


… en jouant cet album dans son intégralité sur scène ?

Ouais, on démarre jeudi à Nantes pour une trentaine de dates. On va passer par des théâtres qui pour certains sont des lieux Ferré quoi, là où il allait tout le temps : le Théâtre Toursky à Marseille, le 140 à Bruxelles et surtout le Dejazet à Paris, le théâtre libertaire à Paris le 16 novembre…
Je pense que l’idée est aussi de faire réagir et encore une fois, les gens qui me connaissent en concert -je me marre en concert, je suis exubérant- je ne me cache pas mais je suis derrière les chansons. Ce sera les chansons devant et je serai très tranquille : le héros seront les chansons et pas Cali !


Il faut profiter du chaos dans la musique





‘Jolie môme’ est assez cocasse, une belle reprise avec un soin apporté à la musique et son rythme électro 80's. 'Les Poètes' est plus expérimentale, plus forte aussi. Ou encore 'Flamenco de Paris' qui ressemble à une descente dans le maelstrom. Est-ce que tu as joué à l'apprenti sorcier avec ces chansons? Peut-être es-tu en train d'ouvrir une nouvelle voie à ta discographie?

J’espère en tous cas. Ce que je trouve génial c’est que comme on peut tout se permettre avec Ferré. Justement comme le disait son fils : "Il aurait adoré que tu te permettes tout avec sa musique, que tu mettes un coup de pied au cul à tout ça !". Bien évidemment, ça m’ouvre des portes. Mais ce qui m’ouvre des portes aujourd’hui, c’est surtout de se dire qu’il faut profiter du chaos dans la musique. Les disques n’existent plus, on ne paie plus les chanteurs, on prend ce qu’on veut, il n’y a plus de format… et si il n’y a plus de format, profitons ! Si il n’y a plus de format qu’on ne nous emmerde plus avec ces chansons de 3 minutes… ‘Et… basta’ de Ferré faisait 25 minutes ou plus peut-être. Je me dis que par la suite, si j’ai envie de faire un disque composé d’une seule chanson, je peux désormais le faire : il n’y a plus de format ! Autant en profiter et aller dans la zizanie la plus totale : je vais sauter à pieds joints là-dedans ! Tout est foutu, autant y aller à fond !


C’est une liberté qui n’était accordée qu’aux artistes jazz que tu citais en début d’interview…

C’est exactement ça ! La liberté du jazz qui pouvait faire des enregistrements en une nuit sans se poser de questions.


Pourquoi avoir choisi de laisser parler le poète tout à la fin. La voix d'un mort que tu montres bien vivant ou Cali s'efface pour donner la parole au poète?

Alors ça me touche beaucoup ce que tu me dis parce que ce n’est pas Léo qui parle à la fin mais son fils : c’est Mathieu Ferré ! Ah ah (Rires) !
Ça me plait parce que c’est vrai qu’il a des intonations de son père.
Il était avec moi et je lui dis : « Il y a ton père qui est là. Je me retrouve au milieu. Et toi tu es là : il faut boucler la boucle en participant à l’album ». Il m’a répondu : « Non, non. Je fais de la bière et du vin en Italie, je ne suis pas chanteur ». J’ai dit : « Ok, je respecte ça ». On est parti du studio et le lendemain matin, j’ai appris qu’il n’avait pas dormi de la nuit -il ne pensait qu’à ça. Il est arrivé, il a dit à l’ingénieur du son de lui allumer le magnéto et il a choisi ce texte ‘L’amour est dans l’escalier’ qui est inconnu et il l’a déclamé. Poggiot et Steve Nieve ont mis la musique dessus.
Je suis arrivé au studio, il était parti -il ne voulait pas que je sois là- j’ai mis le casque, j’ai écouté et j’ai pleuré : c’est un cadeau qu’il m’a fait !


Dans notre dernière interview sur Music Waves, tu as dit : « Quoi qu’il arrive, je voulais que cet album se termine par ‘L’âge d’or’ de Léo Ferré parce que pour moi, l’âge d’or ce n’est pas le passé mais hier, aujourd’hui et demain… et surtout demain ».  Est-ce toujours le cas?

Ouais ! ‘L’âge d’or’ n’est pas sur le disque mais il est sur l’album « L’âge d’or » ; mais je vais jouer cette chanson en concert parce que cette chanson, c’est le positif absolu.


Et surtout demain, puisque tu nous as confié en début d’interview que tu allais être de nouveau papa et donc 6 dans ta petite famille…

Merde (Rires) !


Ça va être le bordel…

… mais un bordel magnifique !
Tu sais quoi ? J’avais 12 ou 13 ans, j’étais avec un copain sur la place de mon village à Vernet. Tu sais quand tu fais une nuit blanche, tu te forces à ne pas dormir : tu te dis que tu es un héros parce que tu as fait une nuit blanche (Sourire). On écoutait Thiéfaine et je me souviens précisément lui avoir demandé : "Qu’est-ce qu’on va faire quand on sera grand ?". Il m’a répondu : "Je vais être pompier" et il est pompier professionnel et hyper heureux. Je me souviens lui avoir répondu : "Je voudrais me balader, être troubadour et avec plein d’enfants". Je suis troubadour et j’ai plein d’enfants : tu vois (Rires) !





Tu fais un clin d'œil au singe de Ferré (Pépée) sur la pochette, a-t-il été sage pendant la photo ?

Oui, je ne voulais surtout pas avoir de problème avec les organisations de défense des animaux.
Non mais c’est Tibi, qui est habituée des tournages : dans les films où il y a un singe, c’est elle, des photos, c’est elle… Et Tibi est arrivée, on a sympathisé, elle m’a pris la main, elle m’a fait des câlins, le midi, on a partagé un sandwiches… A la fin, je me disais que j’avais une petite fille, un être humain à mes côtés.
Ce qui est troublant, c’est qu’à un moment, on a mis des vidéos inédites de Ferré avec son singe qu’on a projeté sur le mur et elle touchait le singe. On a fait des photos, des vidéos de ça : c’était dingo !
Je suis content, mais c’est le photographe qui a eu l’idée. On se demandait quelle pochette faire ? On met Cali, on met Ferré, on met les deux ? On fait quoi ? Et il a dit que pour lui qui n’était pas aficionado de Ferré, il avait toujours associé Ferré à sa guenon, Pépée. Et on s’est dit que c’était ça la solution !


Merci beaucoup !

Merci, merci pour tes très bonnes questions, d’ailleurs, je vais te piquer ton idée à savoir que j’ai fait un concept-album (Rires) !



Merci à Calgepo pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.calimusic.fr/
 
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