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A PROPOS DE:

DEAD CAN DANCE


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK PROGRESSIF

Music Waves n'a pas hésité à braver le Mont Olympe pour aller à la rencontre de Dead Can Dance à l'occasion de la sortie de "Dionysus".
CALGEPO - 02.11.2018 - 10 photo(s) - (0) commentaire(s)
A l'occasion de la sortie événement de "Dionysos", Music Waves a interviewé Brendan Perry tête pensante de Dead Can Dance.


Nous nous étions rencontrés l'année dernière à l'occasion de la sortie du projet NoLand et à la fin de l'interview nous t'avions posé la question de savoir quelle aurait été celle que tu aurais aimé qu'on te pose et d'y réfléchir pour la prochaine interview. Quelle la question à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Tu es l'homme des étranges questions (Rires)... 


Toutes ces recherches faites sur "Dionysos" jusqu'à la pochette de l'album avec ce masque mexicain. Je ne me rendais pas compte de tout ce travail





... J'ai été surpris par l'ampleur du travail que ce nouvel album a demandé. Toutes ces recherches faites sur "Dionysos" jusqu'à la pochette de l'album avec ce masque mexicain. Je ne me rendais pas compte de tout ce travail, presque comme des devoirs d'école et du nombre de lectures accumulées pendant des semaines à la maison... Peut-être une question sur ce travail.


Et tu as vraiment été étonné par ça ?

Oui car ça ma demandé d'explorer plus que ne l'aurais imaginé au départ...


Nous n'avons pas fait autant de recherches que toi pour cette interview (Rires). Dead Can Dance est à nouveau réuni 6 ans après "Anastasis", qu'est-ce qui vous a poussés à vous réunir à nouveau pour ce projet "Dionysos" ?

Beaucoup de choses sont rentrées en ligne de compte. A la base, "Dionysos" pouvait faire appel à plusieurs styles musicaux comme le rock ou le psychédélisme. D'ailleurs Jim Morrison était très identifié à Dionysos. J'ai lu aussi un livre, il y a deux ans sur le fait que la nature pouvait inspirer la musique et j'ai trouvé ce bouquin très éclairant en le rapprochant de la complexité du personnage de Dionysos et j'ai réalisé à quel point il avait différents niveaux. J'ai gardé dans mon esprit son histoire comme une tragédie et le fait que la nature, dont il est l'un des représentants, était là d'où tout vient, une source primaire d'inspiration et c'est cette combinaison qui a conduit à cet album. Cet aspect apollinien (en relation avec les aspects rationnels, ordonnés et auto disciplinés de la nature humaine) et la folie de Dionysos, cette antinomie. Ça m'a demandé beaucoup d'arrangements de combiner toutes ces facettes, cette frénésie qui symbolise le personnage qui ont conduit à cet album.


Je voulais l'arranger sous une forme classique et partitionnée comme ça pouvait l'être à l'époque des compositeurs classiques.





L'album se déroule en 2 actes découpé en 7 sous divisions, cette forme rappelle les pièces de théâtre grecques que vous semblez mettre en scène de façon musicale, est-ce une bonne présentation de cet album sur la forme ?


Ouais, je voulais l'arranger sous une forme classique et partitionnée comme ça pouvait l'être à l'époque des compositeurs classiques. C'est un Oratorio qui est apparu au XVIè siècle, à l'époque du romantisme. C'est un travail presque impressionniste. Ce genre de composition se rapproche un peu de Stravinsky avec le "Sacre du Printemps" et je voulais me rapprocher d'un aspect vinyle.


Dionysos est né et a vécu son enfance dans l'est, dans les montagnes du Pakistan (le Mont Méros), il est également le seul Dieu né d'une mère mortelle (Sémélé), Dieu que l'on appelle « né une seconde fois ». Il n’est venu en Grèce qu'ensuite pendant ses jeunes années d'adulte. La première partie de l'album est justement dédié à ce voyage et cette arrivée, avec des sons asiatiques et moyen-orientaux, une volonté de voir ce Dieu comme le premier migrant connu et important ?


Oui, on peut le voir ainsi. Il a été comme Jesus.... C'était un Dieu à part, plein de compassion pour son prochain mais aussi quelqu'un qui prenait la défense ce ceux qui n'était pas dans les conventions de la Société. Le culte de Dionysos était l'un des cultes les plus importants avant l’avènement du christianisme. On peut y voir plein de points communs d'ailleurs : le fait d'être né d'une mère mortelle, fécondé par un Dieu, le fait d'être né deux fois comme Jesus qui a ressuscité... et bien sûr on peu aussi parler de l’immigration...


Cet album trouve un écho particulier dans le monde actuel avec ses flux migratoires, est-il venu en réaction face à cette situation ?


Probablement, mais le sujet est plus écologique. Quand vous perdez votre connexion avec la nature, car le culte de Dionysos est d'abord un culte de la nature.... Le sujet est là, lorsque vous immigrez, lorsque vous vous installez ailleurs, cette connexion se perd et nous en payons le prix de plus en plus comme les animaux qui disparaissent. Tout cela joue sur la psychologie, la physiologie, notre santé.... Toutes ces exodes ont de tout temps existé. Quitter un endroit petit, pour s'établir ailleurs, respirer, reconstruire mais aussi transmettre des choses négatives, sources de maladie... On perd de plus en plus de la qualité de vie. Dionysos est le culte de la connexion avec la nature.


Tu as collaboré l'année dernière au projet de Olivier Mellano (Noland), est-ce que ce projet a eu des répercutions sur ce nouvel album de Dead Can Dance ?


Probablement. Pas dans la musique, NoLand a eu une influence sur la structure, l'aspect conceptuel. Il faut savoir que "Dionysus" est le premier vrai concept-album de Dead Can Dance et en ce sens ce projet de l'année dernière a contribué à ce nouvel album.


Quel a été l'apport dans la composition de ce nouvel album ?


Lorsque j'ai bien avancé la musique, Lisa a pu venir au mois de novembre l'année dernière et quand j'ai commencé à concevoir les paroles, j'ai vu ça comme rempli de chorus collectifs comme pour rappeler les chants tragiques des grecs anciens. Il y a des chants qui se répondent comme s'adressant à un pope ancien.


Dionysos, c'est une célébration de la vie.





Alors qu'on s'attendait à une pochette issue de la mythologie, c'est un masque mexicain qui l'illustre paradoxalement, doit-on y voir une volonté d'universalité et d'humanisme que représente ce Dieu ?

Oui, l'esprit de Dionysos est universel, il se retrouve dans beaucoup de pays, de traditions, de cultures. Énormément de civilisations actuelles ont encore des relations particulières avec la nature, avec le cycle des saisons, c'est une partie intégrante de leur existence et la façon dont elles transmettent cette notion est liée au culte de Dionysos. C'est une célébration de la vie, merci de l'avoir souligné.


Comprendre le langage des animaux, de la faune, la flore pour s'imprégner de ce que la nature veut nous dire et de mesurer l'importance de l'urgence sur le danger qui nous guette.


L'écologie fait partie intégrante de cet album dans lequel on entend des enregistrements de chèvres, abeilles, de chants d'oiseaux.... La musique est pour vous partout ?

Lorsque vous voulez souligner dans un album ce drame écologique, il y a tellement de choses tragiques qui se passent sur ce sujet qu'il fallait faire un pont avec cette familiarité issue du son des insectes, de l'eau qui coule, du bruit de la mer, des forces élémentaires. Et d'une certaine manière lorsque vous célébrez la nature et ce culte vous imitez ces sons... c'est comme un appel à la nature. C'est comprendre le langage des animaux, de la faune, la flore pour s'imprégner de ce que la nature veut nous dire et de mesurer l'importance de l'urgence sur le danger qui nous guette.


Elle (la Religion) devrait être séparée de l’État, tu dois avoir ta propre croyance mais pas l'imposer aux autres 





Aujourd'hui, comme souvent dans l'histoire, des hommes s'appuient sur la religion pour justifier leurs actes, la guerre, asseoir la domination sur les autres, quelle est la solution pour ces guerres puissent s'estomper ? La religion en tant que telle n'est pas le problème, la source étant la relation que certains ont envers elle et son interprétation, la laïcité, l'éducation sont-elles des bribes de solutions à imposer ?

En soi la religion n'est pas un problème, l'homme a toujours eu besoin de croire en quelque chose d'intemporel, une sorte de dissociation de sa personnalité. Le problème vient de la domination qu'elle impose par certains qui s'en servent. Les pays qui sont devenues une théocratie ont été un désastre, c’est devenu du fascisme spirituel. Il y a encore beaucoup de drames au Moyen-Orient, avec le conflit palestinien, ou le fait que le christianisme soit attaqué aussi dans plusieurs pays là-bas où la religion est intimement liée au pouvoir. Mais même aux USA ou en Europe, le fascisme s'appuie encore sur la religion, c'est dramatique. Elle devrait être séparée de l’état, tu dois avoir ta propre croyance mais pas l'imposer aux autres.  


Dead Can Dance est à part dans l'industrie musicale actuelle qui n'est plus celle que vous avez connue à vos débuts. Votre musique va à l'encontre des standards actuelles car elle demande un effort pour être assimilée, interprétée, on y est presque acteur, comment vous situez-vous par rapport à cette évolution ?

Le plus grand problème pour les jeunes artistes est de percer, de vendre suffisamment d'albums pour devenir indépendants. Il faut souvent qu'ils aient plusieurs métiers pour pouvoir vivre et hélas ne peuvent aujourd'hui vivre à 100% de leur musique. Là où vous gagnez de l'argent c'est lorsque vous donnez des concerts, c'est pour ça qu'il y en a plus, mais c'est difficile d'organiser des tournées, trouver des salles.... C'est extrêmement difficile de s'imposer aussi dans les festivals....


La nouvelle musique est plus expérimentale et aventureuse, c'est créer quelque chose qui n'existe pas et ce n'est pas donné à tout le monde.


Vous représentez la quintessence de la musique libre, sans limite, purement artistique, pouvons-nous dire que vous êtes à la musique actuelle ce que devaient être Bach et Mozart, les grands compositeurs classiques, à la musique classique ?

(Rires) Non (Rires). Je devine en vos termes ce que Dead Can Dance se situe dans l'histoire de la musique. C'est pas si simple de répondre. La musique classique est tellement plus complexe. Lorsque j'ai composé j'ai intégré tout un tas de musiques traditionnelles de l'Est, du Moyen-Orient, mais aujourd'hui vous pouvez être aidé par la technologie. Le classique raisonne de façon plus dense, plus chaude. Mon challenge était de trouver un lien entre tous les différents styles de musique utilisés dans "Dionysus", Brésilienne, Indienne... Et ça peut marcher, un peu comme Bach ou les Beattles l'ont fait. Ce que j'ai fait n'est pas nouveau, c'est une manière de démontrer qu'avec différentes musiques du monde ont peut s'attendre à quelque chose de correct. La nouvelle musique est plus expérimentale et aventureuse, c'est créer quelque chose qui n'existe pas et ce n'est pas donné à tout le monde.


Il a fallu 16 ans entre "Spiritchaser" et "Anastasis", 6 ans entre "Anastasis" et "Dionysus", on pourra se donner rendez-vous dans 3 ans pour le prochain album ?


En 2023 (Rires), mais nous allons tourner très prochainement.


Et pouvons-nous espérer vous voir en France ?


Nous allons jouer en Sologne d'ici peu puis ensuite je vais partir tournée pour mes projets solo, nous allons aller au Petit Bain (février et mars) puis en Allemagne et les pays de l'Est puis en 2020 nous allons tourner avec Dead Can Dance.


Pouvons nous dire que cet album est l'un des plus ambitieux que vous ayez fait en terme de recherche sonore ?


Oui, car c'est le premier vrai concept- album que nous avons fait.


Merci beaucoup pour cette interview.


Merci à vous.




Plus d'informations sur http://www.deadcandance.com/
 
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