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JONAS DUFRENE (07 JANVIER 2019)


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INTERVIEWS
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Rencontre avec un petit génie du violon, Jonas Dufrêne, pour la sortie de son second album "Charis" aux embruns jazz et world.
CALGEPO - 31.01.2019 -
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Rencontre hors du métro avec Jonas Dufrêne qui, avec son violon, est le trait d'union entre la musique classique et le rock, l'électro, le jazz et la world pour un voyage fusionnel poétique et enchanteur.



Nous aimons commencer nos interviews par cette question : quelle est la question qu’on t’a trop posée ?

Pour l’instant on ne m’en pose pas assez !





Tu as commencé le violon très tôt, à l’âge de 5 ans, te souviens-tu de comment tu as appréhendé l’instrument à cet âge, les cours et qu’est-ce qui t’a fait continuer ?


J’ai eu envie de commencer cet instrument car un violon trainait à la maison. Mon père n’était pas violoniste mais il aimait jouer des petites mélodies avec. C’est ce qui m’a motivé. Faire comme papa. A l’époque, le professeur que j’ai eu m’a fait aborder la musique d’une manière plutôt sympa et très ludique, ce qui je pense m’a encouragé à continuer. Il fallait travailler mais toujours dans la bonne humeur. Dans un apprentissage, on passe différents stades. Des fois difficile, mais en éternelle progression. Compliqué d’arrêter quand on commence à acquérir la technique qu’on a mis longtemps à chopper.


Ce que je retiens en positif est le travail intensif que je me suis imposé, mes rencontres avec différents musiciens et le travail avec mon professeur de violon jazz.



Ton parcours t’a conduit à intégrer l’école prestigieuse de la Music Academy International de Nancy puis Berklee à Boston, que retiens-tu de cette formation ?


A l’époque j’ai choisi la Music Academy International car je m’y sentais mieux que dans d’autres écoles que j’avais visitées. L’ambiance me correspondait plus. Ce que je retiens en positif est le travail intensif que je me suis imposé, mes rencontres avec différents musiciens et le travail avec mon professeur de violon jazz.
Quand à mon passage à Berklee pour un stage, c’était une expérience vraiment géniale. J’aurais aimé rester plus longtemps mais faute de moyens ce n’était pas possible.


Ta formation était à la base on pense classique, comment en es-tu venus au jazz et au rock ?


Étant un rockeur dans l’âme, déjà petit je m’amusais à reproduire les solos de guitare sur des morceaux d’Iron Maiden où d’improviser sur du Marylin Manson.. Le jazz est venu bien plus tard et c’est un univers riche violonistiquement parlant.





A Nancy, l’école a formé un nombre impressionnant de musiciens notamment dans le rock : Patrick Rondat, Lofofora, Ron Thal, Misanthrope.... à Berklee, c’est là où les membres de Dream Theater se sont rencontrés, ces noms te parlent-ils et ont-ils eu une influence sur tes projets ?


Oui, bien sûr. Patrick Rondat est un guitariste vraiment sympa que j’ai eu la chance de rencontrer au MAI. J’ai même bossé, pour le plaisir, des parties de ses solos qu’il nous offre sur l’album « Amphibia ». Pour Lofofora, Misanthrope où encore Dream Theater, je les écoute régulièrement mais mon inspiration est large et ne se limite pas qu’au rock.


Le violon est un instrument peu utilisé dans le rock, il est souvent là pour accentuer la dramaturgie ou apporter un côté mélancolique. Il y a un groupe de rock progressif polonais qui l’utilise (Believe) avec l’instrumentiste Satomi. Comment expliques-tu que l’instrument soit si peu mis en avant ?


Moi, je me rappelle plutôt de Didier Lockwood et du groupe « Magma » ou encore du violoniste Jean Luc Ponty qui jouait avec Franck Zappa ou avec le groupe Mahavishnu Orchestra. A mon avis il y a encore une connotation classique trop commune qui peut faire peur à certains. Mais je ne suis pas d’accord, il y a énormément de groupes qui utilisent cet instrument. Metal, rock, jazz, fusion… il y en a pour tout les goûts.


C’est à toi d’arriver à capter l’attention des passants. Et quand tu y arrives c’est gagné !



Tu as joué dans le métro parisien en qualité de musicien autorisé par la RATP, qu’est-ce qui t’a décidé à affronter ces souterrains ?

Le challenge. L’envie de faire découvrir et de diffuser ma musique ; de la proposer à tous ceux qui n’y ont pas accès. Car dans le métro tu rencontres une multitude de gens, toutes classes sociales confondues. Et puis c’est super formateur. Personne ne vient pour toi, contrairement à un concert. C’est à toi d’arriver à capter l’attention des passants. Et quand tu y arrives c’est gagné !  Au départ tu t’installes avec le trac et tu te dis : « Bon.. Maintenant que je suis là, pas le choix ... GO ! » . Certaines personnes passent devant toi sans même te regarder où en te jetant une pièce de loin. Ça peut faire peur au début mais pour ma part, c’est devenu une habitude. J’y allais tous les jours de la semaine dans différentes stations mais toujours aux heures de pointe pour toucher un maximum de monde.


As-tu été surpris par la réaction des gens qui ont notamment acheté ton premier album (« Equimoze ») dans le métro ?


Complètement ! Il me semble en avoir écoulé environ 500 exemplaires ce qui je trouve est plutôt pas mal pour du métro parisien. Le public était conquis.


Quelle est la rencontre qui t’a le plus marquée ?


Sans réfléchir je pense à une personne en particulier que j’ai connu dans le métro parisien et qui a eu un rôle très important de soutien et d’accompagnement. C’était assez exceptionnel. Mais il y a eu d’autres rencontres comme celle avec des journalistes de France Musique qui ont fait un article sur les musiciens du métro en me prenant comme exemple.





« Charis » élargi le champ stylistique pour l’étendre au jazz et aux musiques du monde voire électroniques, comment est né ce projet ? On imagine qu’il trouve sa source dans tes nombreux voyages et rencontres ?


« EquimoZe » mon projet solo est né à la suite de déceptions professionnelles. J’en avais assez de me battre pour tourner avec des musiciens qui eux, n’en avaient rien à faire. J’ai donc eu besoin de monter un projet en solo et d’être libre de jouer où le vent me portait. Mais un plaisir n’est bon que lorsqu’il est partagé. Mon passage dans le métro parisien m’a donné envie de poursuivre l’aventure mais cette fois-ci avec d’autres musiciens, d’autres cultures. Avant de partir au Liban j’avais déjà une idée assez précise de ce que je voulais faire dans mon album « Charis ». Là-bas j’ai retrouvé une amie rencontrée au MAI de Nancy pour ajouter un univers électronique et oriental. Une fois rentré en France, j’ai contacté des musiciens et nous avons rajouté des instruments en studio à Paris.


« Charis » a été enregistré, sauf erreur, au Liban, était-ce une condition indispensable à la réalisation de cet album, le fait de baigner dans un pays qui t’a sans doute inspiré par son histoire très riche et ses meurtrissures, concrétisant ainsi une sorte de volonté d’aller jusqu’au bout de la démarche d’ouverture sur le monde ?


Effectivement l’ambiance du Liban et de Beyrouth plus précisément m’a, je pense, beaucoup inspiré. Je suis resté 15 jours là-bas en alternant studio, travail, et visites. Le fait de découvrir ce pays m’a surement donné l’envie d’amener quelques touches plus « orientales » que l’on peut retrouver sur certains morceaux comme « Accord ».


C’est donc tout naturellement que j’ai pu mélanger l’atmosphère orientale et l’atmosphère occidentale. J’aime laisser libre cours à l’imaginaire du public.



Plutôt que de confronter les ambiances, elles se marient très bien comme dans le titre ‘Accord’ qui débute de façon orientale pour ensuite se muer en une atmosphère plus occidentale, peut-on y voir un message d’universalité que tu souhaiterais transmettre ?


Le peu de temps resté au Liban et les quelques personnes rencontrées m’ont donné l’impression qu’il n’y avait pas vraiment de différences par rapport à l’Europe. C’est donc tout naturellement que j’ai pu mélanger l’atmosphère orientale et l’atmosphère occidentale. J’aime laisser libre cours à l’imaginaire du public. Chacun y voit ce qu’il veut y voir et le message qu’il veut entendre mais cette idée ne me déplait pas. Ma musique métisse différentes cultures et différents styles musicaux comme l’artiste Dhafer Youssef où encore Avishai Cohen pour ne citer qu’eux. La musique ne connaît pas les frontières, on peut donc y voir un message d’universalité.





A l’écoute de « Charis » on a l’impression d’un album concept, une sorte de parcours initiatique, est-ce le cas ou les chansons sont-elles indépendantes les unes des autres
?

Tout à fait. L’album est composé tel un voyage musical et poétique, comme dans mon premier album « EquimoZe ». Les morceaux ne sont pas placés au hasard. Tout à un sens et cet à votre imaginaire de le ressentir.


Il existe beaucoup de lien entre le rock progressif et le classique : on pense à l’album symphonique de Yes, à Dead Can Dance. N’est-il pas choquant de dire que les compositeurs classiques étaient les précurseurs de ce qu’est le rock progressif en termes de structure et de concept ?


Pas choquant du tout. A mon sens, la musique classique est la base. Quand tu regardes certains groupes de rock progressif ou de metal, l’inspiration du classique est évidente. Le classique apporte la dextérité, la folie, les structures plus ou moins complexes. A l’inverse, regarde Paganini, pour son époque, c’était un putain de rockeur ! Mais il n’y a pas seulement des liens entre le rock progressif et le classique. On retrouve des structures très jazz dans la musique de Maurice Ravel. Le monde est tellement riche musicalement que c’est ça qui est chouette, s’inspirer de tout.


Music Waves (anciennement Progressive Waves) était un site dédié initialement au rock progressif, cette scène progressive te parle-t-elle ?


Bien sûr. Le rock progressif est influencé par le jazz, avec beaucoup d’impros et d’expérimentations. Il y a eu plein d’essais pour intégrer différents instruments peu utilisés dans le rock. Je pense en particulier au premier album de Mike Oldfield avec un paquet d’instruments différents qu’il joue tout seul.


Est-ce que l’utilisation du violon est condamnée à être exclusivement instrumentale ou à des compositions très peu chantées ?

Houla, sûrement pas ! Au tout début du jazz ou du rock, sans microphone, c’était surement très compliqué car la tessiture et la puissance du violon ne pouvait pas rivaliser avec les soufflants dans le jazz ou la batterie et guitare électrique dans le rock. Aujourd’hui, le violon est comme une guitare électrique. Tu peux tout faire avec. Le brancher à des pédales d’effets et faire autant de sons et de notes qu’un guitariste si ça te chante ! De plus, le violon peut aussi faire partie d’un groupe d’accompagnement de chanteurs comme chez Orange Blossom par exemple. Ça devient de plus en plus fréquent de voir des violonistes accompagner des chanteurs.


Plusieurs instruments viennent s’intégrer au projet comme le piano, les percussions orientales et quelques effets électro (notamment sur ‘Katarnista’), est ce que la composition t’a pris du temps et avec qui as-tu collaboré ?

Tout dépend des jours. Il y a des jours plus inspirants que d’autres. Sur l’album et lors de mon deuxième et dernier enregistrement, les musiciens invités ont pu apporter leur touche personnelle. C’était un travail collectif, les musiciens n’étaient pas seulement là pour exécuter mais pour apporter aussi une partie de leur univers musical. Ils m’ont proposé des choses qui souvent m’ont tout de suite plu.





La musique que tu proposes est très cinématographique, as-tu été contacté pour faire des musiques de film ? Et est-ce que tu serais intéressé par ce genre de projet ?

J’adorerais, oui. Je n’ai pas été vraiment contacté à ce sujet. Juste une fois par une réalisatrice rencontrée lors de mon passage dans le métro parisien. Mais pour le moment, il n’y a pas eu de suite à cette proposition. En revanche je travaille de temps en temps avec des chorégraphes et danseurs. La dernière en date est une chorégraphe et danseuse japonaise Nao Aerstix Naoko Tozawa et son projet « Tangle »


N’est-ce pas prendre un risque aujourd’hui de proposer un tel album qui ne rentre pas dans les standards actuels de l’industrie musicale (dans laquelle la musique semble être devenue un produit de consommation comme un autre) ?


Un gros risque même ! La plus part des programmateurs ne prennent pas le risque de programmer ce genre de musique ni en concert, ni sur les radios nationales. Mon problème actuellement est que les programmateurs connaissent ma musique essentiellement par mon album qui ne semble pas suffisamment festif alors que sur scène c’est complètement diffèrent.


Tu es passé par le crowdfounding (Ulule), comment as-tu vécu ce système et en es-tu satisfait (tu as atteint ton objectif) ?


Je n’étais pas fan de ce système parce que ça fonctionne beaucoup avec le cercle proche. Je n’avais pas envie de demander à mon entourage. Mais il faut reconnaître que ça aide beaucoup. J’ai atteint mes objectifs et je remercie encore une fois tous les participants.


Difficile de faire connaître ce genre de projet musical.



« Charis » est déjà sorti, quels sont les retours que tu as eu, viennent-ils plus de France ou de l’étranger ?


Les retours du public sont toujours aussi bons qu’avec mon premier album « EquimoZe ». Pour la presse c’est une autre histoire. Difficile de faire connaître ce genre de projet musical.


Travailles-tu sur d’autres projets : concert ou nouvel album ou avec un look pareil, t’orienter vers une musique plus extrême ?


D’autres projets sont en cours mais ils ne sont pas assez aboutis pour que j’en parle pour le moment.


Où te vois-tu dans 5 ans ?


La réponse à cette question ne dépend pas que de moi. Ça dépend de mon travail, de mes rencontres, de ma chance. Mais j’espère pouvoir rencontrer un peu plus mon public et tenter d’en vivre complètement. Rencontrer différents musiciens et travailler aussi sur de nouveaux projets.


On a commencé par la question qu’on t’a trop posée, au contraire quelle est la question à laquelle tu aurais aimé ou rêvé de répondre ?


« Ça vous dirait de faire un set dans mon festival ? »


Merci beaucoup



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/renaissancebyjonasdufrene
 
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