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A PROPOS DE:

BEHIND THE ZINES (PART 3/4)


TYPE:
DOSSIER
GENRE:
POST ROCK

Avant-dernière partie de cette saga de l'été qui nous espérons toujours aussi intéressante à lire que nous avons eu à la faire...
STRUCK - 16.07.2009 - 3 photo(s) - (0) commentaire(s)
Lucificum : Et chez les Eternels, comment ça se passe, en interne ?
Iro22 : Oh, je peux répondre ! Le fonctionnement interne, ça n’existe pas chez les Eternels, il y a un dictateur, un führer, et puis les autres morflent ! Voila comment ça se passe chez les Eternels ! (rires)

Cosmic Camel Clash : Mais je tiens à dire que là, tu viens de décrire parfaitement le fonctionnement de La Terre des Immortels ! C’était un système qu’il a fallu que je change, entre autre parce que j’avais décidé que ça n’était pas bien. C’était un système totalement pyramidal, j’ai joué le rôle du vizir Iznogoud de la Terre des Immortels car il y avait un gars qui chapeautait tout et que je trouvais bien con de faire tout ça. C’était normal qu’il ne parvienne plus à gérer car personne ne peut humainement faire tout ça. Les Eternels, donc, est un site de dictature démocratique pour lequel j’ai décidé de faire de moins en moins de choses car j’aime bien avoir une vie. A la base, je faisais tout, j’étais l’interlocuteur unique de tous les labels, je recevais tous les CDs. J’ai donc instauré une grande nouveauté : désormais les chroniqueurs savent ce qu’ils vont recevoir. Car à l’époque de La Terre des Immortels, tu recevais un truc…et tu ne comprenais pas, vu que Lordlatem avait cru comprendre que tu aimais tel genre alors que ça n’était pas forcément le cas. Nous avons donc un forum « caché », le forum des chroniqueurs, qui est une usine à gaz et qui compte presque autant de posts que le forum normal. La moitié de mes posts sur notre forum vient de là.
Tous les CDs reçus y sont annoncés aux chroniqueurs avec une attribution temporaire, avec parfois un lien vers le MySpace pour que quelqu’un décide de le prendre, ou un « qui en veut, je ne peux pas le faire ». Et parmi le grand boulot de décentralisation que j’ai mis en place à force d’en avoir marre de ne pas avoir de vie, ça a été de faire en sorte que les labels ne soient pas tous gérés par la même personne. J’ai donc pris des interlocuteurs de confiance, et j’ai peine à dire que le premier d’entre eux a été Gazus, qui a choisi de gérer Listenable car l’attachée de presse lui avait tapé dans l'oeil (rires). J’ai donc commencé à déléguer les labels car c’est ça qui, entre autres, prend un temps infernal. Gérer un label, ça n’est pas seulement recevoir des CDs, c’est tenir un listing de tout ce que tu reçois, renvoyer tous les liens à chaque mise à jour, dispatcher toutes les demandes d’interview…gros, gros boulot.

Iro22 : C’est aussi s’excuser énormément ! (rires)

Cosmic Camel Clash : Non, car nous, nous faisons le boulot (rires). Les Eternels est donc un site relativement démocratique dans le sens où, chaque fois qu’il y a de gros changements, tout le monde peut contribuer et proposer des idées. Je confie pas mal de responsabilités à pas mal de gens car j’ai confiance en eux. Mais c’est aussi un site relativement dictatorial car au bout d’un moment si nous ne sommes pas d’accord, c’est moi qui décide.

Julien : Tu as le droit de véto.

Cosmic Camel Clash : Même plus que ça, je dirais, car un des critères principaux du fait que je confie une responsabilité importante à quelqu’un, c’est que l’expérience me prouve qu’au final il va être d’accord avec moi. (rires)

Lucificum : C’est une honteuse manipulation sectaire ! (rires)
Struck : Est-ce que cela veut dire que si tu viens à quitter les Eternels, le site vient à couler ? Chez moi, si Torpedo venait à partir…

Cosmic Camel Clash : Honnêtement, mon but ultime est de faire en sorte que ce projet me survive. Ce que je cherche à faire – et en cela j’étais profondément opposé à Lordlatem qui s’identifiait totalement au site – c’est que le site puisse un jour fonctionner sans moi. C’est sûr que si je me barre maintenant, c’est mal barré pour eux.

Lucificum : En tant que membre des Eternels, je confirme : si Cosmic Camel Clash se barre maintenant, on risque de
se péter la gueule.

Cosmic Camel Clash : Je suis en train de mettre tout ça en place car je n’ai pas non plus l’intention de faire ça toute ma vie. Je ne me vois pas arrêter les chroniques et les interviews, par contre rédacteur en chef, c’est usant. C’est un plan qui marchera sur plusieurs années, mais au fur et à mesure, j’essaie de motiver et de « former » un maximum de gens dans l’équipe pour que si un jour j’en ai vraiment marre – bon, je ne les lâcherai pas du jour au lendemain – comme quand j’ai décidé de ne plus gérer tout seul les labels… je sais que ça ne peut marcher que si cette équipe marche à l’envie. Nous sommes dans le webzinat amateur bénévole. Ça ne peut fonctionner que si les gens prennent plaisir à faire ce qu’ils font – et pas seulement parce qu’ils ont peur que je les harcèle au téléphone à 3 heures du matin.

Struck : Chez nous, autour du noyau dur de chroniqueurs, il y a un énorme turn-over de chroniqueurs…

Cosmic Camel Clash : Pas vraiment chez nous. Il y a un recrutement extrêmement progressif de gens. C’est vrai qu’il y a un noyau dur – et ça date des Immortels – avec des gens qui gravitent autour, mais ce noyau, ce sont les gens que je recrute au fur et à mesure. Je m’occupe des recrutements, c’est moi qui leur fait refaire leurs premières chroniques jusqu’à ce qu’elles soient acceptées à la publication ! C’est aussi une manière de tester leur motivation.
Quand tu vois que malgré des envois de promos répétés, la personne ne part pas, eh bien elle fait partie du noyau dur.
C’est vraiment étape par étape. C’est une grande source de satisfaction – et je vais arrêter là – c’est qu’il y a pas mal de monde qui fait des candidatures spontanées. Quand quelqu’un t’écris pour te dire « je voudrais chroniquer pour Les Eternels » tu sais que tu n’auras pas besoin de faire beaucoup d’embrigadement. Il s’est déjà embrigadé tout seul, c’est merveilleux !

Lucificum : Nous l’avons rapidement évoqué tout à l’heure… est-ce que cela vous est déjà arrivé de débaucher un chroniqueur d’un autre Webzine, j’aurais envie de dire, limite de façon malhonnête ?
Julien : Il n’y qu’une seule et unique fois où cela s’est fait, mais ce fut d’une façon très naturelle. J’ai discuté totalement innocemment avec la personne, en lui disant que nous cherchions quelqu’un pour le rock. Nous nous sommes revus quelques semaines après – c’est cette jeune fille dont je vais taire le nom pour le moment - nous en avons reparlé et c’est elle qui m’a demandé si nous recherchions toujours quelqu’un. Maintenant elle est en train de s’organiser pour voir comment cela pourrait se faire.

Lucificum : Est-ce que vous êtes actifs ou passifs dans le recrutement ? Vous cherchez des gens sur le forum directement, ou est-ce que vous attendez plus prosaïquement que quelqu’un vienne frapper à votre porte et se propose ?
Julien : Pour nous, comme cela s’est fait très progressivement, les gens qui chroniquaient régulièrement sur notre site sont devenus par la suite des chroniqueurs.

Lucificum : C’est l’aspect communautaire du site, pas besoin d’autorisation pour écrire les premières chroniques.
Julien : Oui, mais après par contre, des gens sont venus et nous ont demandé s’ils pouvaient devenir chroniqueurs officiels, et au vu de leur travail, il n’y avait aucune raison de leur dire non.

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Cosmic Camel Clash : Tant que nous parlons du débauchage de chroniqueur de la concurrence, je pense que je suis particulièrement bien placé pour en parler. Pour répondre à ta première question, je suis volontairement passif dans le recrutement des chroniqueurs, parce que je veux que les gens fonctionnent à la motivation. Et donc, si je vais chercher la personne, j’aurais toujours le doute de savoir si elle le fait parce que je suis allé la chercher, ou parce qu’elle a vraiment envie de le faire. Alors que si la personne me démarche, ce doute est levé. Chez nous, il y a eu trois grands débauchages historiques dont je suis très content. Pour le premier, il faut savoir que le forum des Éternels est une réserve et un vivier de chroniqueurs potentiels qui s’ignorent, et qui à force de fréquenter le forum et de lire des posts remplis de messages subliminaux, finissent par avoir très envie de chroniquer pour le site. Cela a commencé par un certain Joe le Hareng qui a voulu chroniquer et j’ai dit non, parce qu’il n'était pas assez bon. Nous l’avons donc envoyé faire un stage d'entraînement chez Destination Rock, et au bout d’un moment, comme il n’est pas un hippie, il est revenu et depuis chronique chez nous. Voilà, je ne sais pas comment cela s’est passé chez vous à Destination Rock, à priori il y a eu des conflits de personnalités… mais très honnêtement, je m’en branle complètement.

Iro22 : J’ai très peu de souvenirs de ce qui s’est passée, et j'espère ne pas me tromper mais je crois que ses chroniques étaient utilisées à deux endroits en même temps, donc nous lui avons dit que cela nous gênait. Des choses ont été dites de façon plus virulentes, parce que comme dans tout domaine de passionnés et dans tout rassemblement de personnes qui n’ont pas le même caractère, il y en a qui le disent avec diplomatie et d’autres moins. Cela n’a pas plu, et il a préféré partir. Maintenant, Joe le Hareng et moi, quand nous bossions ensemble sur Destination Rock, avions peu de contacts. Nous nous sommes rencontrés alors qu’il bossait chez les Eternels, et c’est un type vraiment adorable. Je suis content qu’il s'épanouisse là où il est. Je ne dirais pas qu’il y a eu des discordances musicales ou quoi que ce soit, cela n’a rien à voir avec cela… il est très bien là où il est.

Struck : Justement, c’est ce que nous pouvons résumer : au delà des allers-retours, ce qui caractérise les webzines c’est qu’il y a une super ambiance et c’est justement la raison pour laquelle nous sommes tous là. Il n’y a pas de concurrence, c’est vraiment la passion qui nous régit, nous sommes là pour elle. C’est aussi la raison pour laquelle je fais quelques interviews avec Cosmic. Pour le coup, les allers-retours, comme le disait Cosmic… tu ne peux pas aller contre les envies de chacun. Effectivement, je suis assez d’accord pour ne pas aller débaucher, c’est la raison pour laquelle Music Waves ne le fait pas. Nous mettons des bannières assez souvent comme quoi nous recrutons. Il n’y a pas forcement de résultat parce que, comme je le disais, nous sommes catalogués prog’ donc nous avons un ou deux retours à ce niveau-là. Nous sommes bien pourvu du côté des chroniqueurs prog’, mais quant au métal et surtout au métal extrême nous sommes une équipe de trois : Orkblut, Reddust, et moi même. Il y a un manque, et pour le coup ça ne vient pas… mais bon le truc, c’est vraiment la passion. Il n’y a pas de compétition et je confirme : là nous sommes tous ensemble et il y a vraiment une super ambiance.

Julien : Faisons une ola pour la bonne ambiance ! (rires et ola)

Cosmic Camel Clash : Pour en terminer avec le débauchage, j’ai quand même vécu un moment émouvant dans ma carrière de rédacteur en chef, je n’ai pas peur de le dire car je suis un être sensible. Quand Wotan, qui était chez MetalFrance m’a débauché direct pour me dire « Bonjour, je viens de chez MetalFrance, je voudrais venir chez toi »… Le fait d’avoir quelqu’un qui, spontanément, vient me dire que c’est chez moi qu’il a envie de bosser, c’est l’orgasme du DRH ! Et sinon, le dernier en date, c’est Pablo, de MetalUpYourAss. Nous nous étions croisés dans les locaux de The Arrs, et lui c’est presque trop beau pour être vrai ! C’est le mec qui vient me voir en disant, « Ouais alors voilà, je n’ai pas assez de promos, et ils ne sont pas assez sévères avec moi ». (rires) Donc lui il veut en chier, cela devrait être possible. (rires) Le message est donc : les Éternels sodomisent avec des parcmètres, et recrutent en permanence. Nous n’irons pas vous chercher parce que nous voulons que vous ayez envie de travailler pour nous et que vous ayez envie de moi.

Iro22 : On se rejoint tous sur cela. Ca a pu m’arriver de voir un mec qui écrit bien sur un blog et de lui demander de venir nous rejoindre, mais c’est très rare, parce que si le mec n’a pas envie, il va faire n’importe quoi.

Cosmic Camel Clash : Le pire, c’est s’il ne connaît pas ton site. Un truc sur lequel nous serons tous d’accord aussi, c’est que nous n’allons pas aller démarcher volontairement les chroniqueurs qui bossent pour les autres webzines ! C’est comme faire partie d’un groupe, tu ne vas pas débaucher le guitariste du groupe voisin. A un moment donné, il y a une certaine décence à avoir. Je suis peut être un peu bêtement moraliste.

Iro22 : Non, non, je te comprends.

Lucificum : Cela m'amène à une question peut-être un peu con: si quelqu’un, n’importe qui, avait comme projet de réunir les plus gros webzines en un seul et fusionner tout, est-ce que cela vous semblerait quelque chose de bien, ou une perte ?
Julien : Je pense que ce serait une grosse erreur.

Iro22 : Je pense que nous ne pourrions pas travailler sous les ordres de Cosmic, parce qu’avec l'énergie qu’il a, ça serait lui ! (rires)

Lucificum : Mais dans le principe, faire un gros webzine français ?
Iro22: Un gros webzine, qui chronique à fond et qui fait des news à fond, cela existe, ça s'écrit en deux lettres.

Cosmic Camel Clash : Les gars de VS, quelqu’un les connaît ? Je ne les ai jamais croisé, ou alors sans savoir que c'était eux.

Julien : Tout le monde est un mec de VS qui s’ignore.

Iro22 : Les mecs de VS, c’est une grosse équipe, ils sont ultra-productifs. Maintenant, leur vision du webzinat n’est pas la mienne. Je vais sur VS tous les jours pour les news, comme je pense que des millions de gens le font.

Cosmic Camel Clash : Pour reparler des points faibles de nos webzines, ben les Eternels ne font pas de news, uniquement sur le forum.

Iro22 : Nous faisons peu de news aussi. VS le font, il y a une grosse proportion de news, car tout le monde le fait là-bas. Tu peux être au courant des derniers mariages des stars du rock ou même des non-stars du rock, ou alors des photos à poil des filles qui ont fait du rock à un moment ou à un autre. Ils sont à fond. Cela ramène du monde, c’est chouette, il y a toujours 70 à 80 commentaires pour les filles qui montrent leurs seins, très bien. Ce n’est pas ma vision du truc, mais c’est cool qu’ils le fassent comme cela. Donc je pense que c’est bien qu’il y ait plein de webzines différents, qu’il y en ait avec une mise à jour monstrueuse comme Les Éternels. Cela colle à mort à l'actualité, il y a plein d’humour, ils vont en foutre partout et ils sont à bloc. Et c’est bien que nous, nous soyons des hippies qui peuvent te taper un Elvis Presley et derrière, un truc de black metal. Je pense que chacun y trouve son compte et peut visiter pleins de webzines, parce que tu n’es pas obligé de te tenir à un webzine, en aucun cas.

Struck : Je suis assez d’accord : en plus de la passion et de la complémentarité, même si nous faisons du prog’, ce qui est bien pour les lecteurs c’est – en plus du fait d’avoir la possibilité d’écouter avec les nouvelles technologies - de pouvoir lire les commentaires sur Destination Rock, Spirit of Metal, Music Waves ou Les Eternels.
Et donc de faire sa pondération en fonction des quatre chroniques et de décider si cet album est bien ou pas. Je pense que nous sommes de très bon conseil, de super prescripteurs de musique actuelle.

Julien : Je pense qu’il vaut mieux avoir quatre avis, qu’ils soient similaires, positifs ou négatifs. Si tu ne l’as qu’une fois, c’est l’avis d’une personne. J’en profite pour dire que sur Spirit of Metal, pour un album, tu peux avoir quatre chroniques grâce à l’aspect communautaire. Si les quatre fois, c’est argumenté, bien écrit, et même si ça voudra peut-être dire quatre fois la même chose… au moins tout le monde est d’accord. Tu peux en avoir deux positives et deux négatives.

Struck : Tout à fait. Je ne sais pas comment ça se passe sur les autres webzines, je sais que chez Les Éternels ça n’est pas le cas. Mais sur Music Waves, il est possible que les autres chroniqueurs mettent des notes, voire même des chroniques secondaires. On rejoint le fait de pondérer, parce qu’effectivement, c’est objectif, mais cela possède une part de subjectivité malgré ce côté un peu contradictoire.

Cosmic Camel Clash : Attention, le proggeux va commencer à faire des phrases de 28 minutes 36 ! (rire général)

Struck : Et donc pour le coup, cela rejoint cette histoire de complémentarité : ce que recherche le lecteur, c’est un maximum d’avis, qu’ils soient contradictoires ou pas. Parce que la musique n’est malgré tout pas donnée pour la personne honnête. Nous le faisons par passion, mais aussi pour nos lecteurs qui vont acheter - et il faut qu’ils achètent la musique - quelque soit le moyen. Avoir un maximum d’informations, de notes, de chroniques, permet d’acheter les yeux fermés. Chez Music Waves nous avons un noyau dur de chroniqueurs, donc le lecteur sait en fonction du chroniqueur ce vers quoi il tend.

Julien : Nous, sur Spirit of Metal, tout le monde peut soumettre mais il reste quand même aussi un noyau dur qui chronique, et donc tu peux t’y retrouver. Il y a même des gens qui ne faisaient pas partie de l'équipe, qui en font partie maintenant et qui ont acquis une certaine notoriété. Donc même ceux qui ne font pas partie de l'équipe, tu peux leur faire confiance. Cela revient toujours à l’histoire de la communauté et de la réputation que tu te fais en son sein.

Iro22 : Je me rends compte que les chroniqueurs sont très suivis et que les gens en suivent un en particulier. Il y a des chroniqueurs qui leur correspondent, ils vont au moins jeter un oeil sur ce qu’ils écrivent. Cela ne veut pas dire acheter l’album les yeux fermés, cela veut dire l'écouter sur MySpace. Et c’est notre vocation première : faire connaître un nom. Ensuite, les lecteurs vont l'écouter et ils achètent ou pas - mais il faut acheter à un moment ou à un autre, nous ne le répèterons jamais assez.

Cosmic Camel Clash : Je tenais à dire que nous aussi, nous avons un système de contre-chronique, c’est juste que personne ne le fait parce que tous les chroniqueurs ou presque fonctionnent à flux tendu... Pour en revenir à l’unification des webzines, il y a non seulement des styles qui sont propres à chaque site, mais je dirais qu’en plus il n’y a pas de besoin. Nous ne sommes pas en concurrence parce que, contrairement à la presse écrite, en lire un ne prive pas de moyens de lire l’autre. Il y a le facteur temps qui joue, mais je pense que les gens se démerdent et que tu peux tout à fait être un client régulier de plusieurs webzines à la fois. A côté de cela, il y a un fantasme que j’ai eu il y plusieurs années : plutôt que d’unifier les webzines, ce qui me plairait serait de créer un jour un forum où tous les rédacteurs en chef de webzines se retrouveraient pour harmoniser nos attitudes face aux labels. C’est un truc qui me ferait vraiment plaisir. Nous avons arrêté de bosser un temps avec un label comme Relapse parce qu’ils ne proposaient que du streaming. Autant des promos en MP3 ne me posent pas de problèmes parce que de toute façon j’encode les CDs en MP3 - donc cela me saute une étape – autant, demander à des gens qui prennent cela bénévolement sur leur temps libre de se taper uniquement des albums en streaming, donc devoir être collé devant son PC sur Internet avec un son pas top, c’est se foutre de la gueule du monde. Pourquoi est-ce que les labels se permettent ce genre de choses ? Parce qu’il y a des gens qui acceptent. S’il y avait un moyen quelconque pour fédérer les rédacteurs en chef de webzines… sûrement pas pour harmoniser les styles ou les présentations car, comme le disait Struck, c’est parce que nous sommes différents que nous sommes intéressants - entre autres – mais pour harmoniser les réponses aux labels. Si d’un seul coup, tous les webzines de France disent à tel ou tel label : « tes trucs en streaming, nous ne les chroniqueront pas »… Les labels, nous le disions tout à l’heure, ne font la différence que sur les énormes noms mais beaucoup moins pour la plèbe. Roadrunner vit sur Slipknot et Nickelback, mais je pense à énormément de labels indépendants qui vivent sur une base de groupes vendant dix Cds chacun, et qui réussissent à vivoter plus ou moins comme cela.

Iro22 : N’empêche que Roadrunner envoie des Cds du commerce.

Cosmic Camel Clash : Ah oui, Roadrunner respecte les webzines, de ce côté là, il n‘y a pas de problème. Mais je pense à des labels qui n’envoient que des promos charcutées en 99 pistes, avec des voice-over ou des bips à la con, des promos en streaming… Et là, s’il y avait moyen que tous les rédacteurs en chef de webzines se mettent d’accord et disent : « ça, c’est non : tu veux que nous bossions, nous allons bosser. Nous le faisons par envie donc nous allons le faire, mais ça nous met des bâtons dans les roues. Tu te tires une balle dans le pied, et si tu nous proposes ce produit là, nous ne le chroniquerons pas ». C’est un rêve que j’ai, cela permettrait de nous mettre en position de force.

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Iro22 : J’avais fait un éditorial là-dessus, en disant nous ne chroniquerons plus ce genre de choses, ce qui m’a valu de ne quasiment plus bosser avec personne. Parce que comme tu dis nous le faisons tout seul, et je me suis fait baiser plus qu’autre chose. Le problème que nous avons aussi, et je le disais dans mon coup de gueule, c’est que nous bossons souvent avec un intermédiaire, un mec avec qui nous nous entendons toujours bien, qui reçoit des tonnes d’ordres et de Cds de tous les pays, et qui te dit: « Maintenant c’est en streaming, et ça me fait chier autant que toi, mais désolé, je n’ai pas le choix ». Donc nous gueulons sur lui, qui va le faire remonter à quelqu’un qui lui dira qu’il s’en fout, et cet intermédiaire fera redescendre le mot… et voilà. La seule solution, c’est que tous les webzines de France s’y mettent tous en même temps. Je rejoins Cosmic, ce ne serait pas une mauvaise idée. Avec Destination Rock, nous ne chroniquons plus que les Cds normaux ou en pochette cartonnée. Je veux l’objet, car je veux l’écouter dans ma voiture, et donc les MP3s, c’est mort. De plus, je veux une pochette. Les CD gravés ou sans pochette, c’est non. Il me faut le visuel de l’album. Dans la musique rock ou metal, le visuel est important, il y a même des livres sur le sujet. C’est fait pour faire rêver, pour faire voyager. S’il n’y a qu’un polycopié avec juste le nom du groupe, il n’y a pas moyen de faire une chronique derrière.

Cosmic Camel Clash : Là, c’est une problématique opposée, et de plus c’est aussi ce que nous disions : il faudrait se mettre d’accord sur les pratiques. Je sais que les MP3 ne me posent pas de problèmes. Dans les trois derniers mois, le nombre de labels passé en iPool (ndlr: service de téléchargement de MP3 promos watermarkés) est hallucinant, tous les plus gros.

Lucificum : Et même les moins gros : Frontiers, Lion...
Cosmic Camel Clash : Même Massacre y est passé, ainsi que Sound Pollution, Candlelight. Ce ne me gêne pas plus que cela, c’est du 320 kbps, donc la qualité sonore, cela passe. La pochette est donnée en format haute résolution. Ce que je ne supporte pas, c’est la musique m’obligeant à rester plantée devant mon ordinateur. Pour le label, se passer d’un support en dur, je peux le comprendre. Mais le streaming, c’est pire que des DRM, quelqu’un te file de la musique sans te la filer. Et quelque part, au bout d’un moment, un des avantages du chroniqueur, vu le temps et l'énergie qu’il dépense pour cette activité, est d’avoir une masse de Cds, qui pour 99 %, ne seront jamais réécoutés et finiront dans une boîte. Mais pour les 1% restant…

Struck : Effectivement, nous faisons cela par passion, nous recevons ces Cds et pour le temps que nous y passons, il faut bien que derrière il y ait une "rétribution". Là, c’est d’avoir en avance ces albums pour pouvoir les chroniquer. Si c’est juste pour les avoir en preview durant deux mois, les écouter devant son PC… en ce qui me concerne, je me refuse à avoir un PC à la maison. Je chronique durant mes deux heures quotidiennes de transport, et je ne peux pas me plier aux nouvelles normes des labels. Quelle est la solution à tout cela ? Si je demande à tous les rédacteurs en chef, tous les chroniqueurs, nous serons tous d’accord là-dessus. C’est notre force, nous sommes nombreux et différents, mais à l’inverse, il n’y a pas de cohésion (ndlr : depuis cette interview, il a été décidé chez Music Waves ne de plus chroniquer les CDs avec des voice-over...).

Lucificum : C’est ce que nous disions tout à l’heure : est-ce que la fin d’une relation entre un webzine et un label est plus préjudiciable pour le webzine ou pour le label ?
Iro22: Cela ne sera jamais préjudiciable pour le label. Vu la forêt de webzines, le label se dira « bon, j’en aurai d’autres ». Il se crée tous les jours des pages personnelles ayant pour vocation de finir webzine. Maintenant, s’ils perdent dix webzines, dont des têtes de listes, des gros qui sont fréquentés…

Les autres : Nous quatre, quoi ! (moment général de gargarisation stérile)

Iro22 : Je pense aussi à VS-Webzine, même si je trouve que ce n’est pas le meilleur en termes de qualité rédactionnelle, mais il est très fréquenté. Si tous ces gens arrêtent d’un coup de chroniquer du streaming, pour le label, c’est quand même une grosse perte.

Struck : Cosmic Camel Clash, c’est quoi ta proposition ? Là, nous sommes tous les quatre, et je pense que c’est aussi l’objet caché de cette interview ? C’est sûrement ce que doit faire la presse écrite, qui a plus d’impact que nous. Quel est l’impact, et c’est ce que tu disais, des webzines sur un label ? Ils n’en ont rien à foutre. Comment pouvons-nous faire une coalition de webzines ?

Cosmic Camel Clash : Je pense que, vu la manière dont nous sommes gérés, nous avons un impact. Pas sur les gros noms, mais la presse écrite doit se faire aussi envoyer chier par les plus gros noms, il ne faut pas se leurrer. Tous les magazines metal du monde peuvent faire une chronique pourrie du dernier Slipknot - qui au passage est pourri - il n’empêche qu’ils vont le vendre par containers. Et cela, les labels le savent. Mais par contre, sur quoi sommes-nous relancés ? Sur quoi sommes-nous harcelés pour les délais, pour des interviews ? C’est sur tout le milieu de fond, tout le ventre mou des labels. Ce sont des groupes qui ont besoin de nous et quand je dis « nous », je ne parle pas que des webzines, mais de la presse metal en général. Il y a des groupes qui ont besoin de nous pour exister.

Struck : Je suis entièrement d’accord. Effectivement, le Slipknot, tu dis qu’il est nul. Leur prochain disque, les fans ne vont pas se ruer dessus si 50 % de ceux qui l’ont acheté l’ont trouvé décevant.

Cosmic Camel Clash : Si, les gens sont bêtes.

Julien : J’ai un excellent exemple : Death Magnetic.

Struck : Faites attention, vous êtes en train de porter un jugement sur vos lecteurs et les fans de metal.

Cosmic Camel Clash : Il y a des gens qui achètent de la merde en wagon ! Regarde Muse, c’est vendu par wagon. Le dernier mail de compliments que j’ai reçu, c’est parce que j’avais descendu le dernier Muse.

Julien : Il y a un exemple très simple. Tout le monde trouve que Load est le disque le plus horrible de Metallica, et c’est quand même le disque le plus vendu du groupe.

Cosmic Camel Clash : Ce n’est pas le black album ?

Iro22 : Si, c’est le black album.

Julien : Alors je vais modérer : ce fut le meilleur départ de vente de Metallica.

Iro22 : En Ukraine, sur une semaine. (rires)

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