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FESTIVAL HELLFEST - CLISSON, 19-21 JUIN 2009


TYPE:
LIVE REPORT
GENRE:
BLACK METAL

Trois jours de festival, deux reporters et un live-report, pour attendre l'année prochaine !
PLATYPUS - 02.08.2009 - 3 photo(s) - (0) commentaire(s)
Hellfest. L’un des plus grands festivals de musique métal en Europe, s’étendant sur trois jours et trois nuits, accueillant plus d’une centaine de groupes venus du monde entier et répartis sur quatre scènes, et attirant des dizaines de milliers de mélomanes, foule cosmopolite réunie dans la célébration d’une noce indissociablement musicale et humaine, celle de l’extrême et de ses multiples déclinaisons stylistiques.

Pour ma part, je n’ai rejoint le festival, sis à Clisson malgré sa condamnation par l’évêque de Nantes, homme de goût s’il en est, que le samedi 20 juin.
C’est donc Crichtine qui se chargera de nous reporter ces coups de cœur d’une première journée globalement placée sous le signe du hard rock entre Squealer, WASP, Heaven & Hell, Motley Crüe qui nous aura servi tous ces tubes glams… God Forbid - même privé de son guitariste/frontman officiel Dallas Coyle - a offert à la foule présente un bel aperçu du metalcore efficace.
Dans la foulée, Nashville Pussy a bénéficié d’un accueil à la hauteur du show proposé à savoir haut en couleur et non pas comme pourrait le laisser penser les mauvaises langues parce que les deux guitaristes du groupe sont deux belles filles.
Mais le véritable évènement de la journée ne sera pas God Seed avec ses deux mannequins vivants crucifiés de chaque côté de la scène mais bel et bien Down … Malgré un show tronqué de quelques minutes par les squatteurs de WASP, la bande à Phil Anselmo ralliera tous les suffrages d’une foule toute acquise à sa cause avant même le commencement de leur prestation.

Samedi : il est 11 heures, et c’est Trepalium qui ouvre la journée sur la scène Mainstage 02 : prestation musclée, le power-death métal du groupe est efficace et se paie le luxe de la finesse et d’une belle musicalité, avec de courts passages jazzy insérés au sein de riffs brûlants et acérés. Le public, clairsemé en cette heure matinale, réagit encore assez mollement, et nul besoin d’être grand clerc pour remarquer la légère déception du chanteur, qui ironise fort à propos sur l’heure de l’apéro !

Se succèderont dans la première moitié de l’après-midi quatre groupes, sur lesquels je ne m’attarderai pas : Mad Sin, punk festif ultra-vitaminé, curieusement décalé en regard du reste de la programmation, mais indubitablement une bonne solution pour recharger les batteries, avant de découvrir – et supporter – le hard-rock de Koritni, sans doute très bon (c’est en tout cas ce que pensait certainement une jeune femme qui fit l’offrande de sa poitrine dénudée au jeune et beau chanteur, et, puisque reproduite sur grand écran, à l’ensemble du public mâle !) mais décidément pas ma tasse de thé. Avec Pain, nous pénétrons ensuite sur les terres d’un électro-métal popisant et finalement bien fade : pour ne rien arranger, toutes les interventions symphonico-électroniques sont assurés par informatique, ce qui n’est pas du meilleur goût sur scène. Suit alors Cradle Of Filth, dont il est souvent écrit beaucoup de bien mais qui en l’occurrence fut très décevant : la voix suraigüe (et mal mixée) du chanteur eut pour seul effet de me faire fuir rapidement, d’autant plus qu’il me fallait être bien placé pour le concert suivant, situé dans la RockHard Tent, celui du groupe de viking black métal Moonsorrow.

18h15 donc, et d’une certaine façon, la journée commence réellement : sur scène déboulent cinq guerriers maquillés qui durant 45 minutes vont nous proposer des morceaux dont la violence métal égale la mélodicité des nombreux apports de musique traditionnelle finlandaise. Malgré une balance pas vraiment optimale, les arrangements et les envolées lyriques au clavier construisent une atmosphère presque mystique, appellent à un recueillement sacré dont l’acmé se déploie dans une onde chorale collective, l’ensemble du public reprenant avec ferveur les mélopées vocales des chanteurs. Par rapport à leur version studio, les parties acoustiques des morceaux ont été supprimées, mais ce choix, somme toute compréhensible, ne suffit pas à rompre le charme.

[IMAGE1]

Passé un tel moment, une pause s’impose. Aussi n’ai-je entendu que de très loin Soulfly, et ai-je perdu, assez stupidement certainement, une vingtaine de minutes du concert de Gojira, fer de lance du death métal français et groupe d’une qualité incontestable. Car sitôt revenu devant la scène Mainstage 01, c’est une véritable claque musicale qui me frappe sans retour possible. La section rythmique, emmenée par le batteur et d’une complexité redoutable, assure avec une précision chirurgicale l’assise de compositions incroyablement travaillées, très amples malgré l’absence de clavier. La montée finale du titre The Way Of All Flesh, hypnotique, puissante et mélancolique, est là pour nous rappeler que le death métal est peut-être aujourd’hui l’un des genres musicaux les plus inventifs et sensibles qui soit, loin de l’habituelle accusation de brutalité simpliste qui lui colle à la peau.
Même si certains fans parmi lesquels Crichtine noteront quelques pains comme un sample lancé en plein milieu d’un solo de Mario ou encore la maladresse de Joe pour motiver la foule… qu’importe le groupe proposera un des sets les plus intenses de ce Hellfest version 2009 et prouvera une nouvelle fois que Gojira est l’un des groupes death si ce n’est LE groupe death metal à suivre en ce moment.

Cherchant une bonne place pour le concert suivant, je m’éclipse quelques minutes avant la fin du set, et me retrouve au milieu d’une foule gigantesque massée dans la RockHard Tent, en attente de ce que le black métal propose de meilleur aujourd’hui, Enslaved. Et la prestation des Norvégiens confirme d’emblée la moisson d’excellentes notes qu’ils font régulièrement sur Music Waves. Le son est irréprochable, mettant un peu plus en avant que sur album la voix du chanteur, et laissant toute leur place aux sons clairs des guitares sur les passages les plus apaisés. La set-list, bien équilibrée, fait toutefois la part belle au dernier album – ce qui n’avait rien de déplaisant au vu de sa qualité – mais exhume également des titres plus anciens ainsi qu’une version très nerveuse de Isa. L’aspect indubitablement progressif des compositions est conservé (amplifié peut-être par la ferveur avec laquelle les musiciens s’efforcent de faire vivre les passages purement instrumentaux) et le groupe joue pour un public conquis et concentré une musique finalement plus progressive qu’extrême, d’une violence mesurée et tout aussi cérébrale que physique.

22h45, les groupes que j’attendais m’ont comblé, et d’autres qui m’étaient inconnus se sont révélés être de belles et grandes surprises. Repos. Puis reste Marylin Manson, incompréhensiblement (commercialement donc) placé en tête d’affiche, et dont la prestation s’annonce mouvementée, sa venue n’étant pas par tous les festivaliers souhaitée. Conscient de son importance, l’homme se fait attendre, encouragé par les premiers rangs en délire. Son entrée a de la gueule, reconnaissons-le ; sa musique, moins (même si toujours plus que celle de la tête d’affiche du lendemain, Manowar). Imitant en cela bon nombre de spectateurs curieux, je quitte le concert après un petit quart d’heure de réflexion : pourquoi diable Marylin Manson ???


Dimanche 21 juin ; 11h35, et Adagio ouvre les festivités sur la grande scène centrale, la Mainstage 01 (après les Français d’Hacride, placés dans la RockHard Tent et que je n’ai pu écouter en raison d’une inexplicable et malvenue errance sur les échangeurs de Nantes-Sud…). Le public n’est pas encore massif, mais les fans sont là, et se rendent vite compte que quelque chose cloche : Stéphane Forté, que l’on connaît pour ses soli ultra-rapides aux fortes influences néo-classiques, est inaudible : et pour cause… son ampli n’était pas allumé ! Christian Palin, frontman du groupe, gère avec talent l’incident, et le concert peut enfin reprendre. En un peu moins de 30 minutes, le groupe prouve si besoin est que d’une part la comparaison systématique avec Symphony X n’est plus – et n’a peut-être jamais été – d’actualité, et que d’autre part, malgré une saturation un peu acide de la guitare, sa prestation est excellente, parfaitement équilibrée, et plus prog que métal mélo.

A 15h10, le public se masse devant la Mainstage 2, qui accueille les Suédois de Pain Of Salvation pour un set de 40 trop courtes minutes. Ainsi que je l’avais supputé et espéré, le groupe ouvre son concert avec Used, tiré de l’album "The Perfect Element Part I" ; c’est une relative déception, la mise en place restant quelque peu flottante – à l’exception du chant, comme toujours parfait. Mais dès le second morceau, toute crainte s’envole et POS nous propose un concert de grande qualité qui ne sacrifie pas à l’ambiance générale du festival : les parties les plus calmes, pour ne pas dire carrément intimistes, piano-voix en duo (à la quatrième minute d’Inside par exemple), sont totalement assumées par le groupe, qui se lâche cependant sur Diffidentia, de loin le titre le plus violent de la set-list.

L’après-midi continue dans une ambiance plus symphonique, avec Dragonforce, Epica puis Stratovarius. Des premier et troisième groupes, je n’aurai pas grand chose à dire, ne les ayant suivis que d’une oreille distraite : mais vélocité, mélodies sautillantes et arrangements néoclassiques étaient au rendez-vous, sans grande originalité cependant. Disons que de telles parenthèses purement mélodiques ne furent pas désagréables. D’Epica, exceptée Simone Simons, son joli sourire – dont elle joue un peu beaucoup – et ses longs cheveux, il n’y a pas non plus de quoi écrire tout une page. Parenthèse classisante, très bien orchestrée et vocalement irréprochable, leur prestation souffre comme toujours d’une absence totale de soli – avec ces deux grands gaillards que sont les guitaristes, c’est assez frustrant – et d’un cruel manque de renouvellement. Si certaines mélodies ont réussi à me prendre aux tripes, et à s’intégrer dans des compositions aux structures parfois complexes, cela n’a pas suffi à faire de ce concert autre chose qu’un agréable moment, lyrique et apaisant.

Une heure de pause le temps de laisser de côté Queensrÿche, qui en dehors de "Operation Mindcrime" – album totalement absent de leur set-list –, ne m’a jamais convaincu, et ce n’est pas le chant de Geoff Tate inversement proportionnel à son charisme qui changera la donne. Retour sur la Mainstage 02 avec Mastodon. Peut-être, hors du prog, le concert le plus marquant de tout le festival. La programmation est équilibrée, avec un très léger avantage pour leur dernier album en date, l’excellent "Crack The Skye". Autant les versions studio, notamment des titres Oblivion, The Czar et Crack The Skye, cèlent derrière leur apparente brutalité une douceur ouatée transmise par l’utilisation de claviers, autant en concert, ces titres s’exposent sans fioritures aucune, se dévoilent totalement dans une avalanche sonore d’une rare violence. Un sentiment d’urgence traverse l’ensemble de la prestation, que nulle intervention vocale en direction du public ne vient troubler : Mastodon est là pour tout donner, et donne tout. Bien sûr, on regrettera peut-être que le chanteur montre rapidement ses limites, et que certains sons de guitare, outrageusement saturés et distordus, en viennent parfois à rendre certains soli inaudibles, mais la section rythmique, exceptionnelle, et la qualité des compositions, autant structurelle qu’harmonique, font de ce (trop) court concert une expérience unique.

[IMAGE2]

Et ce qui suivra, deux heures plus tard, alors que la nuit sera complètement tombée, transformera ce dimanche musicalement bien chargé en une véritable orgie : à 22h50, Dream Theater rentre en piste pour une heure de métal progressif virtuose. Là encore, de la même manière que POS, nos cinq Américains ont décidé de ne pas tomber dans la facilité en nous jouant par exemple l’intégrale de "Train Of Thought", à ce jour leur album le plus violent. Mieux même, c’est une set-list piochant dans les meilleurs morceaux des meilleurs albums du groupe que nous découvrons peu à peu : sont représentés "Systematic Chaos" (In The Presence of Enemies Pt. 1), "Metropolis Part II" (Beyond this Life), "Awake" (l’extraordinaire instrumental Erotomania suivi de Voices), "Images & Words" (le grandiose Metropolis Pt. 1 augmenté d’un duel guitare/clavier au cours duquel Petrucci prend d’ailleurs sans grande surprise l’avantage, Rudess ayant, définitivement semble-t-il, décidé de laisser tomber la musique pour s’amuser avec ses beaux jouets technologiques), et le dernier en date, "Black Clouds & Silver Linings" (A Rite Of Passage, très moyen en album, carrément convaincant en concert). Même Labrie, excepté quelques petits dérapages et une regrettable confusion entre Nantes et Marseille au moment de nous saluer (!), réussit un excellent concert, en mettant en veilleuse ce fameux vibrato bien souvent insupportable. Bref, une prestation excellente, avec des musiciens au meilleur de leur forme et un Petrucci remarquablement inspiré, qui ne donne qu’une seule envie : prolonger l’extase à Paris le 4 octobre pour le Progressive Nation Tour.

Et afin de conclure la soirée en beauté, direction RockHard Tent pour les Suédois chevelus de Amon Amarth, qu’à défaut de voir (trop de monde pour pas assez de place), j’ai fort bien entendu. Et là encore, cette improbable rencontre entre la pop (que personne ne s’étrangle d’indignation, mais des mélodies superbes et immédiatement assimilables enchâssées dans des structures d’une remarquable simplicité, c’est tout de même typiquement pop !) et le viking death métal fonctionne à merveille. L’ensemble des titres, joués dans cette ambiance indissociablement survoltée et recueillie qu’est celle du Hellfest, prennent dès les premières notes une dimension hymnique difficilement représentable. Et lorsque surgissent, en plein milieu de Live for the Kill, ces quelques notes de violoncelle, rapidement recouvertes par le véritable mur de son délivré par le groupe, c’est sans doute l’un des plus beaux instants du festival qui se vit là.

[IMAGE3]

Conclure la soirée – et ces deux incroyables jours – en beauté, car après avoir attendu quelques instants l’entrée en scène de Manowar, qui s’annonçait tonitruante et fut au final tout à fait insignifiante, j’ai bien vite décidé de garder en tête le dernier concert écouté plutôt que de tout gâcher avec une prestation qui ne se plaça manifestement pas parmi les meilleures.

Avant de conclure ce compte-rendu et d'attendre l'année prochaine pour deux ou trois nouvelles journées d'une aussi grande intensité, un petit mot - et de grands remerciements - pour les organisateurs de ce festival hors-normes, sans cesse menacé mais toujours reconduit. Une seule chose à dire : bravo.
Sans oublier un grand merci à tous ceux qui ont permis de rendre ce compte-rendu le plus complet possible à savoir Crichtine pour ses détails supplémentaires et Bboo de BSpix dont vous retrouverez l'exhaustivité des sublimes photos ici.


Plus d'informations sur http://www.enslaved.no
 
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