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A PROPOS DE:

THE GREAT OLD ONES (18 JUILLET 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
BLACK METAL

A l'occasion de la sortie de son quatrième album "Cosmicism", The Great Old One nous présente son univers...
STRUCK - 30.10.2019 - 10 photo(s) - (0) commentaire(s)
Pour son dixième anniversaire, The Great Old One sort son quatrième album "Cosmicism", l'occasion pour Benjamin Guerry de faire le point sur l'univers Lovecraftien du groupe et l'étiquette post-black metal qui colle à tort au groupe...





Nous avons l’habitude de commencer nos interviews par la question qu’on t’a trop posée et à laquelle tu es fatigué de répondre, quelle est cette question ?

Benjamin Guerry : Je ne vais pas faire le blasé pour l’instant, il n’y en a pas. Parfois, j’ai l’impression de me répéter mais c’est normal. Non, je sais qu’on a de la chance d’être là où on est : je profite des interviews car c’est un vrai plaisir et j’ai de la chance de pouvoir en faire !


Nous avons un côté plus planant, plus voyage en mettant en avant le background des histoires, les lieux, les protagonistes… en développant notre musique comme sont développées les histoires de Lovecraft.



L'univers de Lovecraft se prête idéalement au metal et au black metal en particulier. Vous en avez fait le concept fondateur de The Great Old Ones. D'après toi, qu'est-ce qui vous distingue des nombreux autres groupes à s'inspirer de cet écrivain ?


Une des différences est que nous avons basé tout le concept sur cet univers. Généralement, beaucoup de groupes ne font qu’un ou deux morceaux mais ne fondent pas tout le concept : c’est déjà une différence assez importante !
La deuxième différence est que nous ne sommes pas forcément partis que sur une chose uniquement horrifique, uniquement basée sur le côté très noir, rampant et visqueux comme peut le faire Portal. Il y a beaucoup de Lovecraft dans Portal et quand tu écoutes Portal, ça n’inspire pas le rêve mais plutôt le gros cauchemar. Nous avons un côté plus planant, plus voyage en mettant en avant le background des histoires, les lieux, les protagonistes… en développant notre musique comme sont développées les histoires de Lovecraft.


En dehors de la littérature elle-même, la musique est peut-être le meilleur moyen de retranscrire l’œuvre de Lovecraft




Foisonnant et visuel, l'univers de Lovecraft n'a finalement pas débouché sur de grandes réussites cinématographiques. Penses-tu que la musique n'est pas en définitive la façon la plus fidèle de retranscrire son œuvre ?

Au cinéma, c’est compliqué. Il n’y a pas eu beaucoup d’adaptations parce que Lovecraft est connu depuis longtemps mais il n’est presque entré dans le mainstream - en tous cas pour les personnages, que très récemment. Après, il y a un côté très sombre, très nihiliste qui empêche peut-être les grands studios de bosser dessus. C’est un peu ce que disait Guillermo Del Toro par rapport à son adaptation rêvée des "Montagnes Hallucinées" en disant qu’ils n’avaient pas envie de mettre des millions dans un film qui n’a pas de happy end mais il ne souhaitait absolument pas en faire, puisque ça détruirait tout ce côté Lovecraft.

Après il y a quelques adaptations où il ne faut aller chercher juste une ambiance qui m’a plu comme "L’Antre de la Folie" de John Carpenter avec quelques influences Lovecraftiennes. Mais tu as également "The Thing" toujours de Carpenter qui est film purement lovecraftien parce que tu as un côté noir, sombre, créature où tu ne sais pas ce qu’elle fout là -comme dans les œuvres de Lovecraft- et quel est son objectif, et une fin qui ne respire pas forcément la joie. Tu as donc quelques petites choses mais cela reste du cinéma de genre et pas grand public…

Nous parlons beaucoup de choses indescriptibles et l’avantage de la musique est qu’elle ne fait pas appel à l’œil sauf en live. Donc oui, en dehors de la littérature elle-même, la musique est peut-être le meilleur moyen de retranscrire l’œuvre de Lovecraft si on ne se focalise que sur la musique. Après on essaie forcément de se représenter mais normalement il ne faudrait pas avoir à se le représenter parce que tout ce qui est dans les écrits de Lovecraft ne devrait pas être représenté.


On parle beaucoup de Lovecraft. Ne crains-tu cependant pas de rendre le groupe prisonnier de son univers et finalement, de vous répéter ? Pourrais-tu lui être infidèle ?

Pour l’instant, non ! J’ai même déjà une petite idée de ce que je pourrais faire sur le prochain et ce sera du pur Lovecraft.
Après c’est difficile à dire, nous verrons, mais aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir plein de sujets à aborder dans les textes…


Mais la porte reste ouverte ?

Ça sera toujours forcément lié. Ça ne sera jamais quelque chose qui sera soit l’opposé soit lointain de Lovecraft. Je ne dis pas que ça arrivera, mais si ça devait arriver, ça serait lié à Lovecraft de près ou de loin. Mais pour le moment, c’est toujours lié et de très près (Rires) !


Toujours concernant Lovecraft, as-tu lu la biographie que Michel Houellebecq lui a consacré ("Contre le monde, contre la vie") et qu'en as-tu pensé ?

On ne peut pas appeler ça une biographie, c’est un essai sur Lovecraft. Une biographie est censée avoir une espèce d’objectivité et dans le cas présent, c’est totalement subjectif. Je n’étais pas d’accord avec tout ce qu’il écrit mais ça fait longtemps qu’il est sorti, il faudrait que je le relise pour me resituer. Mais c’est sa vision qui s’est concentrée sur le côté très nihiliste et sombre de Lovecraft et entre-temps, on a appris beaucoup de choses sur le personnage de Lovecraft lui-même, qui contredisent un peu ce que Houellebecq a écrit. Il y a donc des choses vraies, des choses sur lesquelles je suis complétement d’accord, des choses qui étaient bien inscrites dans leur temps au moment où il les a écrites mais il y a des choses qui ont bougé depuis…


A propos de livre, tu as préfacé le livre également "Cthulhu Metal". Comment t'es-tu retrouvé associé à ce projet ?


C’est la maison d’édition Bragelonne qui m’a contacté sur une demande de Sébastien Baert qui a écrit le livre. On m’a proposé d’écrire la préface et j’ai accepté avec une grande fierté parce qu’au final, c’est une certaine reconnaissance de constater qu’il ne voyait pas d’autre groupe quand il écrit sur Lovecraft et le metal.


Venons-en à votre nouvel album qui se nomme "Cosmicism", album une nouvelle fois développé sur une œuvre de Lovecraft, indiquant que l’humain est totalement insignifiant au regard de ce qu’il se passe dans l’univers que nous ne comprenons pas. Une idéologie plus d’actualité que jamais au regard du mal que fait l’humain aujourd’hui ?


Je dirais que ça va même plus loin que ça ! Tu me parles d’autodestruction dont l’humain est capable sauf que l’idée du Cosmicisme est que ce que fait l’homme est totalement insignifiant : on pourrait tous se faire sauter, ce serait insignifiant par rapport à tout ce qui se passe dans l’univers. Au regard du Cosmicisme, l’Homme est une poussière au milieu de choses qui se passent et qu’il ne comprend pas.
Le Cosmicisme est une philosophie littéraire et Lovecraft était très nihiliste et était conscient de ce côté assez insignifiant de l’humain. A côté de ça, je ne peux pas te dire si ailleurs, il se passe des choses, je n’ai pas de preuve. Je pense que ça doit être le cas mais je n’en sais rien.


Par rapport à ses prédécesseurs, l'album affiche des couleurs des plus désespérées à l'image du titre 'Of Dementia'. Es-tu d'accord ?

C’est amusant, tu n’es pas le premier à me le dire. C’est super intéressant parce que je trouve cet album très épique, il y a un côté toujours dramatique mais quand on me dit qu’il y a un côté désespéré, je t’avouerai que je le découvre presque !


J’ai toujours voulu composer les morceaux de The Great Old Ones comme une bande son de film ou de livre




Cette impression est d’ailleurs renforcée avec un ‘A Thousand Young’ dans lequel on peut relever l'influence du black dépressif suédois à la Shining…

Je vois ce que tu veux dire mais je le mettrais plus sur le côté dramatique que la tristesse. J’ai toujours voulu composer les morceaux de The Great Old Ones comme une bande-son de film ou de livre : j’ai toujours été touché par tout ce qui est dramatique. Mais dans le dramatique, il y a effectivement du triste car s’il se passe quelque chose de dramatique, cela va générer des émotions.
Donc je suis assez d’accord, on retrouve un côté non pas dépressif mais désespéré…


En même temps, cette noirceur se conjugue à une forme de brutalité souterraine comme l'illustrent 'Lost Carcosa' ou 'Omniscient'... Es-tu d’accord ?

Complétement ! Il y a toujours ce côté noir, ce côté un peu fou… J’ai voulu cet album plus épique…


Il y a toujours ce côté désespéré, un peu fou d’être confronté à des choses qu’on ne peut pas contrôler !



… comme son intro qui va clairement dans ce sens…

L’intro va clairement dans ce sens, les guitares harmonisées… mais il y aura toujours ce côté noir parce que dans le principe des écrits de Lovecraft, c’est une personne qui découvre des choses occultes et prend conscience de sa futilité.
Chaque morceau a une entité différente, chaque morceau est un protagoniste différent avec un destin qui se rend compte qu’il va être confronté à quelque chose qui va la faire sombrer dans la folie… Le seul aparté est ‘Omniscient’ dont le protagoniste est presque heureux de se retrouver dans cette situation, de cette rencontre… mais il faut lire les textes pour le comprendre.
En revanche, il y a toujours ce côté désespéré, un peu fou d’être confronté à des choses qu’on ne peut pas contrôler !


Tous les morceaux sans exception ont quelque chose à dire sur cet album !


Mêlant violence bouillonnante et beauté étrange, "Cosmicism" est un disque techniquement complexe. A-t-il été plus difficile à réaliser que ses prédécesseurs ?

Chaque album a été un peu compliqué parce que j’ai toujours envie de renouveler les choses -je ne veux pas écrire le même album- : c’est une envie que nous partageons tous au sein du groupe.
Quand je faisais écouter les démos aux autres membres, ils étaient les premiers à me faire remarquer que bien que ça sonnait bien, ça ressemblait à quelque chose qu’on avait déjà fait. Du coup, on a certes trouvé notre propre style mais il faut aller chercher plus loin et cela ajoute à chaque fois de la difficulté.
Cet album a donc été dur, long à composer. Généralement, j’écris rarement plus de morceaux que l’album va en comporter, ça a été le cas pour cet album parce qu’il a fallu choisir : je ne voulais pas qu’il y ait de morceaux remplissage. Je ne dis pas qu’il y en ait sur les précédents mais avec le temps, le recul, je trouve qu’il y a toujours un morceau en-dessous des autres. Je ne pense pas que ce soit le cas sur cet album : j’ai l’impression que tous les morceaux sans exception ont quelque chose à dire sur cet album !


Je ne dirais pas que nous avons créé un nouveau style de metal en revanche, nous avons créé notre propre identité musicale




The Great Old Ones possède une identité extrêmement forte, tant sonore que visuelle ou textuelle. Au sein d'une scène parfois trop conventionnelle, avez-vous le sentiment d'avoir su forger votre propre style ?

Je pense qu’on a quelque chose de différent par rapport à d’autres groupes qui s’inspirent de Lovecraft, mais pour parler plus généralement sur le style, je ne dirais pas que nous avons créé un nouveau style de metal en revanche, nous avons créé notre propre identité musicale qui existe réellement.

Je pense qu’aujourd’hui dans le black metal qui est un style tellement large : on dit encore qu’on fait du post-black metal, ça va nous suivre encore très longtemps mais j’ai l’impression que sur cet album, on ne fait plus de post-black metal qui ne veut plus rien dire maintenant : Der Weg Einer Freiheit ne fait pas la même chose que Harakiri for the Sky qui ne fait pas la même chose que Regarde les Hommes Tomber par exemple et pourtant tout le monde dit que c’est du post-black metal !

Dans le black metal lui-même, nous sommes loin d’un Mayhem également donc oui, j’ai le sentiment qu’une identité très forte avec quelque chose de nouveau s’est posée sur le groupe !


Sur cet album, on ne fait plus de post-black metal qui ne veut plus rien dire maintenant !


Sans transition, Jeff Grimal a quitté le groupe l'an dernier. Pour quelles raisons ?

Il y pensait depuis quelques temps mais Jeff a quitté le groupe parce que les tournées, ce n’était pas trop son truc.
Il avait envie de se concentrer sur son projet Spectral, sur sa carrière artistique parce que mine de rien, ça prend du temps un groupe ! Et il voulait se concentrer sur sa carrière dans l’illustration et la peinture. Et sur la dernière tournée, quand tu n’es pas bien dans le tour bus, tu ne dors pas bien, tu n’arrives pas à partager avec les autres… tu ne passes forcément un très beau moment : pour lui, même si les moments que l’on partageait sur scène étaient cools, les à-côtés lui ont confirmé qu’il n’avait pas forcément envie de faire ça…


Tu évoquais sa carrière artistique. Il reste toutefois l'auteur de vos artworks. Son style très personnel est viscéralement lié au groupe. Peut-on imaginer un autre artiste signer une pochette de The Great Old Ones ?

Ce serait possible ! Il me semblait évident que nous allions faire cet album ensemble mais après, je ne peux parler de l’avenir.
Quand il était dans le groupe, ça me paraissait évident, normal… Aujourd’hui, je ne dis pas que ce ne sera toujours pas le cas à l’avenir mais on fait un style de musique où nous prenons une certaine liberté artistique, nous sommes d’accord dans le groupe pour dire qu’on pourrait s’autoriser à faire un t-shirt avec quelqu’un d’autre. Une pochette ? Je ne sais pas mais la seule chose dont je suis sûr, c’est que je ne veux absolument pas être esclave de ça !

C’est la même chose concernant la production, c’est le premier album que nous faisons avec Francis Caste et comme nous trouvons le son de l’album cool, il faudrait qu’on travaille avec lui pour toujours…

Aujourd’hui avec tous ces éléments, nous formons une équipe mais selon moi, l’équipe, c’est avant tout le groupe. Quand on n’est plus dans le groupe, les décisions ne se prennent plus de la même façon. On n’a plus de pouvoir de décision dans le groupe quand on n’est plus dans le groupe : ça me semble normal ! Attention, je dis ça sans aucune animosité envers Jeff, c’est juste que je veux pouvoir garder une certaine liberté.
Sur Lovecraft, on a une certaine liberté de voir ailleurs par exemple, sur le dernier album, il y a un morceau dont les textes ne sont pas basés sur Lovecraft mais sur « Le Roi en Jaune » de Robert Chambers mais Lovecraft n’est jamais très loin puisqu’il s’en est inspiré. Bref, je veux garder cette liberté sur mes textes et je veux qu’il en soit de même visuellement… Ça m’embêterait de voir un artiste faire un truc fantastique et ne pas pouvoir travailler avec lui parce que je serais bloqué : je veux garder une certaine liberté !


Je veux garder une certaine liberté !




Au final, qu’attends-tu de cet album ?

Comme n’importe quel musicien, les attentes sont que le groupe se développe en faisant plus de concerts, plus de tournées et aller dans des endroits où nous ne sommes jamais allés. Nous avons tourné en Europe mais nous n’avons pas fait tous les pays d’Europe et puis, il y a les Etats-Unis et l’Asie, le Japon en particulier parce que c’est un pays que j’affectionne plus particulièrement…
J’aimerais qu’on développe tout ce côté tournée et c’est lié à un ensemble de choses : que le groupe soit plus connu, qu’on vende plus d’albums… J’aimerais qu’on créé encore plus notre place dans le paysage metal mais pas que français, de manière générale, et faire plus de choses parce que c’est un plaisir !


Nous avons commencé par la question qu’on t’a trop posé, quelle est celle à laquelle tu aurais aimé répondre et qui ne t’a pas été posée ?

Putain, t’es chiant (Rires) ! Je ne vois pas…


Je te propose d’y réfléchir et qu’on débute la prochaine interview par cette question…

Ok !





Merci

Merci, c’était super sympa !


Et merci à Childeric Thor pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.thegreatoldonesband.com/
 
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