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TITRE:

REFUSED (17 SEPTEMBRE 2019)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

HARDCORE



Refused est de nouveau de retour aux affaires et le prouve avec la sortie d'un deuxième album post-reformation, l'occasion rêvée pour faire un large tour d'horizon musicaux et sociétaux avec son leader Dennis Lyxzén...
STRUCK - 16.10.2019 -
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... pour une longue et riche interview dans laquelle il sera question de la séparation en 1998 et la reformation concrétisée en 2015 par la sortie de "Freedom" mais aussi et surtout des sujets "sensibles" que le groupe développe tout du long de ce "War Music" en particulier à savoir le capitalisme, la religion... fléaux de notre société... Un échange passionnant à dévorer sur Music Waves!





Nous avons l’habitude de commencer nos interviews par la question qu’on t’a trop posée et à laquelle tu as marre de répondre ?


Dennis Lyxzén : Hum, peut-être la question concernant la réunion du groupe… Oui, "Pourquoi vous êtes-vous à nouveau réunis ?", c’est une question à laquelle j’ai souvent dû répondre (Rires) !


Si nous sommes le groupe que nous sommes aujourd’hui c’est parce que nous nous sommes séparés en 1998 !



Justement la prochaine question se rapproche de cela. En effet, Refused a été formé en 1991 et a connu deux séparations. Notre question est de savoir si tu n’as pas eu un sentiment de perte de temps quand vous vous êtes réunis ?

Non, je dirais que si nous sommes le groupe que nous sommes aujourd’hui c’est parce que nous nous sommes séparés en 1998 et quand nous nous sommes retrouvés en 2012. Si nous avions continué, je ne suis pas sûr que nos albums auraient eu une telle portée, au contraire je suis même assez certain que l’album que nous aurions sorti en 2000 aurait été horrible (Rires) !
Le fait d’être séparé pendant 12 ans a été une chose super ! Ça a été une super chose en tant que personnes : ça nous a permis de construire nos caractères et faire de nous des personnes différentes et le groupe a grandi sans n’avoir rien eu à faire (Rires) !


Ça a permis au groupe de ne pas décevoir ses fans…

Nous les décevons tout le temps mais c’est un autre problème (Rires), parce que nous le faisons désormais selon nos propres termes… Non vraiment, je pense qu’il fallait que nous soyons séparés pendant ces 14 ans pour être ce que nous sommes aujourd’hui !


Le capitalisme est au cœur de ce qui va de travers dans le monde aujourd’hui !




Votre actu, c’est la sortie de votre cinquième album dont la thématique est à nouveau sociale. Mais est-ce que les problèmes ont changé depuis que Refused existe ?

Je ne pense pas qu’ils soient différents ! Si tu reviens au cœur de ce que nous disons depuis les débuts du groupe à aujourd’hui, notre plus grande critique concerne le capitalisme et ce qu’il fait sur les gens. Le capitalisme est au cœur de ce qui va de travers dans le monde aujourd’hui !


En revanche, n’est-ce pas paradoxal de critiquer cette société capitaliste et d’en suivre les règles avec une journée promotionnelle comme celle d’aujourd’hui ?

C’est la critique courante de nous reprocher le fait de critiquer cette société capitalisme alors que nous en faisons partie : mais c’est une façon de contrôler les gens et une façon d’être certain que les gens ne critiqueront pas le capitalisme !
Nous sommes tellement dans cette société capitaliste que la seule chose que nous pouvons faire est la critiquer !


Plein de personnes qui grandissent aujourd’hui n’ont jamais vu une alternative au capitalisme



Ça me rappelle le discours de Mat Bastard de Skip the Use qui déclarait qu’il fallait être dans le système pour mieux le changer…

C’est super ! J’ai grandi en étant opposé au capitalisme avec l’exemple du bloc de l’Est ou le communisme. Plein de personnes qui grandissent aujourd’hui n’ont jamais vu une alternative au capitalisme, ils n’ont connu que le capitalisme, il n’y a rien d’autre en dehors du capitalisme, le capitalisme est partout dans nos vies… Et ce qu’a fait le capitalisme de façon très intelligente, c’est exactement ça : comme les activistes climatiques aujourd’hui dont on essaie de trouver les erreurs notamment dans sa façon de vivre pour expliquer qu’il ne faut pas l’écouter. C’est exactement ça le mécanisme de contrôle par le capitalisme, comme dire que Refused sort un nouvel album qui critique le capitalisme mais en même temps, ils vendent des T-shirts ! C’est le mécanisme du capitalisme d’être certain qu’il n’y aura rien d’autres en dehors du capitalisme !


Et avez-vous vécu ce genre de réactions de fans qui ne suivent plus le groupe parce que vous vendez des T-shirts ?

Bien sûr, ça arrive tout le temps !


Le riff de “I Wanna Watch The World Burn” est très mélodique, en contraste avec le titre et le sujet. Est-ce que cette opposition est indispensable pour faire passer votre message ? En d’autres termes, est-ce que "War Music" est mélodique pour avoir plus d’impact ?

Je ne dirais pas que nous le faisons dans cette optique. Nous écrivons des chansons pour que l’album soit le plus dynamique possible avec des chansons heavy et d’autres plus pop ! Je suis un conspirationniste et ma tactique est de faire des titres que tout le monde pourra aimer et c’est super politique ! Notre état d’esprit est de faire des chansons catchy et c’est super politique dans le sens où tu pièges les gens en les faisant aimer notre groupe !
Et oui, parfois, nous nous disons qu’il faudrait choisir un titre bien pop en tant que single afin de piéger de nouveaux auditeurs (Rires) ! Mais le but ultime est de construire un album dynamique !


Nous voulons que le public soit associé à notre musique !




Comme on l’a dit les mélodies sont très importantes comme un 'Green Day' ou 'The Offspring', une approche plus pop que punk…

Je dirais que tout le monde dans Refused est dans l’idée d’écrire comme tu l’as dit des refrains catchy, nous voulons que les gens soient capables de les chanter avec nous au moment où les chantons pour la deuxième fois parce qu’ils le connaîtront.
Nous avons grandi avec les éléments pop en faisant en sorte que les morceaux soient catchy même si le titre en soi est super agressif ou heavy, il doit y avoir un refrain que le public peut reprendre avec nous. C’est une façon de créer un truc communautaire : nous voulons que le public soit associé à notre musique !


Le groove est également très important…

… C’est vrai !


… Comment composez-vous ? Il semblerait que cet album ait été composé dans une optique live, est-ce le cas ?

Sur cet album plus particulièrement ! Le précédent "Freedom" était beaucoup plus un album studio dans l’idée de savoir comment nous pourrions créer une nouvelle musique. Nous n’avions pas fait d’album ensemble depuis longtemps et il fallait retrouver un processus créatif.
Mais pour ce nouvel album, ce n’est pas tant que nous avons écrit des chansons pour le public mais plutôt des chansons que nous voulions jouer sur scène ! Nous avons écrit des chansons qui seraient amusantes à jouer sur scène et le reste suivra…
Les chansons de cet album ont définitivement été écrites dans l’idée d’aller dans une pièce et la détruire (Sourire) notamment au moment des refrains !


‘Economy Of Death’ est presque metal, est-ce que vous avez des influences metal ? Quelles sont vos influences en général car on a le sentiment que votre musique est influencée par la pop music (Beatles, Police, The Clash...) avec des chansons construites avec des refrains qui restent dans la mémoire ?

Nous sommes tous des geeks de la pop culture et cela implique que nous voulons des choses catchy. Mais nous avons grandi en écoutant du metal. Avant d’écouter du punk, j’écoutais du metal - Slayer, Metallica, Voivod - et j’avais les cheveux longs. Mais mon problème et quand j’étais gamin, je jouais de la basse mais je n’étais pas très doué… et j’ai découvert le punk et là, je me suis dit que je pouvais jouer cette musique (Rires) !
Dans Refused, nous parlons tous les jours de Slayer, de Judas Priest… Refused est un groupe de punk mais de nombreuses idées et notamment les riffs viennent du metal. Notre langage et nos idées viennent du punk et du hardcore mais également de la musique pop. Nous combinons tout cela et cela donne Refused (Sourire) !


Nous sommes privilégiés et nous faisons en sorte d’éduquer, d’informer les gens du monde entier… ce qui est effectivement différent de notre attitude de jeune punk où nous disions "fuck" au système même si nous ne savions pas ce qu’était ce système !



Vu de France, la Suède est le pays idéal. Pourquoi se rebeller contre lui ? Quels sont les problèmes sociaux auxquels vous êtes confrontés ? Que souhaiterais-tu changer ?

Premièrement quand tu es jeune, tu veux juste te rebeller par principe : par exemple, tu grandis et tu te rebelles contre tes parents… Quand nous étions jeunes, nous étions dans cet état d’esprit où disions "fuck" à tout…
Rétrospectivement, la Suède de ma jeunesse -d’il y a 25/ 30 ans quand j’étais punk- était géniale ! La Suède d’aujourd’hui l’est moins : nous avons fermé les frontières sous la pression populiste qui affirme que nous ne pouvons pas accueillir plus d’immigrants. En fait, tout ce que vous voyez dans le monde se passe en Suède également, c’est juste que le processus est plus lent parce que les réseaux de sécurité sociale fonctionnent plutôt bien en Suède, mais il y a définitivement une attaque contre la sécurité sociale…
En tant que groupe international, nous tournons dans le monde entier et plein d’idées politiques que nous avons, nous voudrions pouvoir les appliquer partout dans le monde et pas seulement dans ma ville ! Nous le chantons dans un de nos titres, nous savons que nous sommes privilégiés, nous vivons dans un pays où les écoles sont bonnes, si je me casse la jambe, ça me coûtera 20€ de frais d’hôpital… c’est génial !
Nous sommes privilégiés et nous faisons en sorte d’éduquer, d’informer les gens du monde entier… ce qui est effectivement différent de notre attitude de jeune punk où nous disions "fuck" au système même si nous ne savions pas ce qu’était ce système (Rires) !
Aujourd’hui, nous sommes plus âgés et nous sommes plus concentrés sur les vrais problèmes que nous connaissons désormais !


La religion est un énorme problème : c’est l’opium du peuple !




Tu évoquais le système, quel est ton opinion sur la religion ? Est-elle oppressive comme le titre ‘Turn the Cross’ semble le suggérer ?

Je pense que la religion est un énorme problème : c’est l’opium du peuple ! C’est également une façon de contrôler les gens et les tirer vers le bas. C’est un système qui rend les personnes esclaves mentalement en leur faisant croire qu’un bon croyant aura sa récompense à sa mort : c’est génial comme idée pour contrôler les personnes ! Et la religion c’est exactement ca !
C’est fou de constater qu’aujourd’hui que l’athée qui a une aversion pour la religion est une minorité alors qu’elle est la source -avec l’économie- de tous nos conflits actuels.
C’est assez effrayant de constater cela même si personnellement, je me fous si telle ou telle personne est musulmane, juive ou chrétienne si c’est leur croyance mais ça me dérange de voir la façon dont la religion est utilisée contre les autres religions et la façon dont le pouvoir utilise les religions pour nous diviser et faire des croyants des pions d’un jeu où ils travaillent jusqu’à la mort…


Même si ce n’est pas directement lié, ça m’évoque le titre ‘Françafrique’…

Je sais, je sais (Rires) que quand nous écrit le titre, nous savions que les gens allaient commenter notre prononciation…


Outre cette prononciation, nous sommes conscients de l’énorme problème qu’a connu le Zaïre qui était le Congo Belge et donc sans aucun rapport avec la France, c’est d’ailleurs peut-être un des rares pays africains où nous n’ayons rien à nous reprocher …

(Rires) Oui, je sais, je sais aussi… Quand nous avons ce titre, nous avons utilisé le terme ‘Françafrique’ pour symboliser l’impérialisme africain. Je sais, tu as raison quand tu dis que ce n’est pas juste pour vous autres Français (Sourire) mais encore une fois, c’était un terme général pour symboliser le colonialisme, l’impérialisme en Afrique !
Nous ne sommes pas journalistes, encore moins des académiciens… il nous fallait juste faire en sorte que ça colle et que ça sonne bien dans la chanson ‘Belge Congo’ ne sonnait pas aussi bien que ‘Françafrique’ (Sourire)…


Question titre à nouveau, un titre s’intitule ‘Damaged III’ : pourquoi ? Alors qu’à notre connaissance, nous n’avons pas entendu de I ni même de II de votre part ?

Comme je l’ai dit précédemment, nous sommes des geeks de la culture pop et plein de références proviennent de choses que nous avons regardées dans nos jeunesses et ‘Damaged I ‘ et ‘Damaged II’ sont des titres de Black Flag. Et nous nous disions que notre titre pourrait être ‘Damaged III’ parce que c’est une sorte de suite (Sourire)…
Plein de nos titres ont des références que nous pensons intelligentes et amusantes et les gens ne comprennent pas vraiment de quoi il retourne ou s’en foutent…


Je ne regrette pas le côté sexe et drogue mais je regrette l’attitude dangereuse du rock !




Maintenant nous savons… Concernant les références, l’idéologie sexe, drogue et rock’n’roll disparaît peu à peu. En tant que membre du mouvement Straight Edge, je suppose que tu dois être satisfait de cette évolution ?

Eh bien, pour moi, c’est assez simple, j’ai grandi avec l’idée sexe, drogue et rock’n’roll mais je savais que cette idée ne s’appliquerait jamais à la personne que je deviendrais. Je connaissais les stars du rock mais quand j’ai découvert la scène punk et hardcore, la première règle est qu’il n’y a aucune star : tu n’es qu’une personne au milieu de la foule !
C’était simple pour nous, cette attitude macho : je n’ai jamais pris de drogue… Pour moi, cette mentalité punk, hardcore lié avec le côté Straight Edge m’a permis de me concentrer sur la musique et sur le message.
Je pense qu’avec la disparation de l’idéologie sexe, drogue et rock’n’roll, le problème est qu’il n’y a plus de musique "dangereuse". Je ne dis pas que c’est lié mais plein de personnes qui étaient dans le sexe et la drogue ont fait des choses artistiques folles ! Je ne regrette pas le côté sexe et drogue mais je regrette l’attitude dangereuse du rock !


Votre musique est chargée d’énergie positive, ce qui change du hardcore et du punk en général, comment cela se traduit-il dans votre musique ? Pourquoi le choix de la positivité plutôt que du côté négatif et sombre ?

Je pense que c’est la seule façon de la régler.


Mais penses-tu qu’on puisse changer notre société d’une façon positive ?

Je l’espère ! Comme on le disait tout à l’heure, quand tu es jeune, tu veux tout foutre en l’air mais il faut savoir se poser et se demander contre quoi je combats, en quoi je crois, quelles sont mes valeurs profondes, qui aime-je ? … C’est une façon d’appréhender le monde ! Pour moi, le socialisme, c’est l’amour ! Le socialisme, c’est l’idée que tout le monde peut faire les choses ensemble…





Cette idée malheureusement disparaît…

Et c’est la raison pour laquelle il est important d’établir un ordre du jour qui force les choses et pas seulement être contre quelque chose.
Il est important de toujours garder cette lueur d’espoir quand tu écris un album si violent et agressif. En effet, ce serait facile de faire un album juste nihiliste, un album "No Future"… mais nous ne sommes pas ça. Nous pensons plutôt que le changement est possible si nous le faisons ensemble. Le changement est inévitable : l’idée générale est que le capitalisme vivra toujours est une illusion, un mensonge ! En tant que groupe si nous arrivons à fissurer cette idée, il faut le faire… mais le changement doit être positif et bénéfique !


De façon générale qu’attends-tu de cet album : diffuser votre message ou une attente plus terre-à-terre et musicale ?

Je dirais un peu des deux ! L’album est sorti et nous ne savons pas comment les gens vont l’appréhender : certains vont parler politique, d’autres vont échanger sur les sujets et enfin, d’autres vont juste écouter la musique…
Pour un groupe, nous espérons juste pour établir une conversation avec des gens qui vont s’investir dans ces idées et c’est tout… Et peut-être avoir un concert où le public vivra un bon moment, un moment pendant lequel il pourra oublier ce monde dans lequel nous vivons !


Nous avons commencé par la question qu’on t’a trop posée, quelle est celle à laquelle tu aurais aimé répondre ou à laquelle tu rêverais de répondre ?

Hum, je ne sais pas… peut-être quelque chose en lien avec la musique française ?


Nous avons un peu évoqué Skip the Use et toi, quels sont les groupes que tu connais ?

J’aime Metal Urbain, un vieux groupe punk français des années 1980 : ils étaient géniaux !
Et j’adore Jacques Dutronc, mon préféré !
Et même si ce n’est pas trop ma came, je connais Indochine : Ludwig Dahlberg, le batteur avec qui je joue dans The (International) Noise Conspiracy a tourné avec eux…


Merci beaucoup

Merci à vous  



Merci à ThibautK pour sa contribution...


Plus d'informations sur http://www.officialrefused.com/
 
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