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A PROPOS DE:

BAZAR BELLAMY (26 SEPTEMBRE 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK

Music Waves part à la rencontre de Bazar Bellamy, un groupe de rock qui met l'accent sur les paroles. Jusqu'ici tout va bien dans cette interview.
CALGEPO - 22.10.2019 - 4 photo(s) - (0) commentaire(s)
A l'occasion de la sortie de "Jusqu'ici Tout Va Bien", Bazar Bellamy sème le ... bazar.... chez Music Waves à l'occasion d'une interview très intéressante.


Bazar Bellamy est un groupe est composé notamment de Mr Georges qui a fait partie du groupe Lagony (Rock, metal, indus, world arabisant), de Pablo Berchenko (guitariste de blues), du bassiste Ludovic Martin (Punk puis Lagony), de Irwin Gomez (clavier de KKC Orchestra qui vient du Rap), comment avec ces univers différents vous avez réussi à monter un groupe pareil ?


Si on ajoute à ça notre batteur, Jean Louis Bire, qui a beaucoup joué de raï, chaabi et latino, ça fait un mélange assez éclectique, en effet ! Mais ce qui nous rassemble c’est l’intensité émotionnelle qu’on ne retrouve que dans le rock, que ce soit les grands classiques du genre comme Led Zeppelin ou des artistes plus récents comme QOTSA ou De Staat. Tous ces groupes ont en commun de transmettre leur musique avec beaucoup de ferveur, et aussi l’amour du ciselage musical, de l’artisanat de haute couture. Sans paraître trop prétentieux et se comparer à ces personnes de grand talent, on a comme ciment commun, l’amour du bel ouvrage et des mots autant que des notes. D’où le choix du français dans les chansons.





Justement le fait de venir de différents styles est-il une richesse pour la création ou bien un état qui pourrait aboutir à des frustrations artistiques ?


C’est un véritable enrichissement, oui. Notre ouverture musicale, le fait d’avoir écouté et pratiqué d’autres esthétiques musicales, a enrichi notre interprétation. On met beaucoup de nous-mêmes dans la façon de chanter et jouer cette musique. Il n’y a pas de frustrations, on a tous la possibilité de s’exprimer avec d’autres projets, si l’envie est là.



Cette situation d’appauvrissement culturel, et de recherche de satisfaction immédiate, que j’appelle la société de consumation, en référence à la société de consommation, est le résultat d’un travail des acteurs du secteur culturel...



Dans ce disque, les paroles sont très importantes, dans la lignée d'un Eiffel ou feu Noir Désir, ce qui est à contre-courant de l'industrie musicale actuelle qui prône l'immédiateté, les auditeurs n'ayant plus le temps d'écouter la musique comme avant se laissant convaincre plutôt par la musique ou la mélodie. Comment expliquez-vous cette régression culturelle voire artistique ?

Cette situation d’appauvrissement culturel, et de recherche de satisfaction immédiate , que j’appelle la société de consumation, en référence à la société de consommation, est le résultat d’un travail des acteurs du secteur culturel, qui n’ont pas pris leurs responsabilités en tant que garants d’une certaine exigence artistique, en lui préférant la rentabilité, avec des artistes qu’ils ne cautionnent pas mais qu’ils programment pour le blé, sous peine de disparaître, il faut le reconnaître, mais aussi des producteurs, qui cherchent le profit, coûte que coûte. Les choix du public sont orientés par les médias, complices de la situation, et maintenant via le web et les RS, les influenceurs, qui sont abreuvés par les marques et les prods pour faire du buzz sur certains artistes et pas d’autres. Tout est normé, et finalement, ce qui sort de la norme, comme avoir un propos plus profond, et qui demande du temps, de l’analyse, du recul, ça n’a plus la cote. C’est la même chose qu’en politique, on préfère les punchlines, vides de sens, des déclarations qui n’auront aucun suivi dans les actes. On arrive au bout de cette époque, j’en suis persuadé, la prise de conscience est inéluctable, le retour vers des valeurs, comme on le voit à travers l’alimentaire bio, va aussi se faire dans le secteur musical, à plus ou moins long terme.





C'est vrai que dans les années 70-80 les textes étaient tout aussi importants que la musique, voire plus importants (avec de grands paroliers Gainsbourg, Roda Gil...), dans les années 90 face à la déferlante de chansons pop anglaises et MTV, la loi Toubon a instauré un quota de chansons françaises à diffuser dans les médias et finalement, ça a été contre-productif avec des chansons vite écrites et creuses mais françaises.... A-t-on ainsi privilégié la quantité à la qualité et tué la chanson française ?

Non, je crois que la loi Toubon, si elle ne l’avait pas ( tout bon !) a quand même eu plus de bons effets que des négatifs. Sans elle, pas mal d’artistes n’auraient pas pu être diffusés. Aujourd’hui, la jeune génération, plus particulièrement dans la pop urbaine, ne se pose pas la question, et s’exprime en français. Dans le Rock, j’ai l’impression, qu’on est revenu comme dans les années 70/80, si tu chantes en français, c’est ringard. Le Rock, c’est en anglais. Quitte à ce que les mecs aient un accent tout pourri, chantent vraiment de la merde ou même mieux, rien du tout. C’est un vrai retour en arrière, et c’est stupide, mais c’est la situation actuelle. Les personnes qui devraient défendre tout autant, si ce n’est plus, les artistes d’expression française, se déballonnent, mais prennent quand même les subventions du ministère de la Culture. Au final, ça revient dans les mêmes poches des grosses boites de tours et de prods, qui font le 360 (booking, prod, édition) et nous expliquent que c’est has been de chanter en français. C’est pitoyable. Mais comme d’habitude, ça finira par changer, et dans quelques années le discours sera inverse.


Je suis convaincu que notre musique est tout aussi accessible que ce qui passe sur les radios généralistes.



Et pourtant il y a des résistants comme vous, Eiffel, No One Is Innocent, Merzhin.... le fait que vos disques s'adressent à un public curieux et attentif moins “grand public” n'est-ce pas frustrant ?


Je ne vais pas te dire que non ! Lol. Je ne serai pas contre avoir un plus large auditoire, mais en restant positif, après tout, tout est possible, et à part la mort, rien n’est définitif ! Je suis convaincu que notre musique est tout aussi accessible que ce qui passe sur les radios généralistes. Je n’ai pas la prétention de faire une musique cérébrale, on ne fait ni du math rock, ni du dodécaphonisme. Et les textes tapent autant dans du vocabulaire familier que recherché, comme beaucoup de gens s’expriment dans leur quotidien. Du coup, si les grands médias jouaient le jeu de la « vraie » découverte, et pas des artistes façonnés par leurs DA, on pourrait imaginer autant d’audimat et de streams sur nous que sur des artistes plus « grand public ». Je dis toujours qu’on est peut-être pas « grand public » mais « large public ».


Cette identité que vous portez depuis des années dans vos projets passés et donc avec Bazar Bellamy, c'est quelque chose sur laquelle vous ne ferez aucune concession pour éventuellement gagner des auditeurs ?


Des concessions, oui. Des compromis, non. Après, tout est subjectif. Pour le moment, on n’a pas d’objectif de vente ou de reconnaissance à atteindre. On verra le cas échéant, si on doit reconsidérer notre position.





N'est-ce pas là que réside l'authenticité du Rock par rapport au rap par exemple où on a vu plein de collectifs commencer par des œuvres très revendicatives (Secteur A....), authentiques pour ensuite se lancer dans des projets solos plus commerciaux ?

Oui, je pense aussi que pour les groupes de rock, le collectif prime sur l’individu. Pour les groupes de rap de cette génération, l’aspect personnel et le côté mercantile est hyper présent. Ça fait une sacrée différence.


J’espère ne pas avoir dénaturé le propos. Je me situe plus dans une forme d’hommage.



Dans “Un Homme” vous prenez pour base le célèbre poème de Kipling “Si” dont vous changez les paroles, pourquoi de tels changements plutôt que de conserver le texte original ?

J’ai découvert ce texte par le biais de l’interprétation de Lavilliers, il y a bien longtemps, quand j’étais encore jeune et large d’épaules (je déconne!). Je me suis toujours gardé l’espoir d’y travailler dessus, que ce soit en utilisant le texte original, ou avec des extraits. J’ai pris cette option, car j’avais besoin d’exprimer mes propres désirs, et je me suis réapproprié des parties du texte, pour le rendre plus conforme à mon point de vue et plus actuel aussi, car il y a des tournures de phrase très littéraires, que j’avais du mal à caler musicalement aussi. J’espère ne pas avoir dénaturé le propos. Je me situe plus dans une forme d’hommage.





Ce poème reste actuel et pourtant il a été écrit au tout début du XXè siècle. Le texte célèbre les vertus d’un stoïcisme sous l’ère victorienne britannique où il était noble de retenir ses émotions et de dominer ses passions. Cette société distinguait l’homme fort, intrépide et endurci, de l’homme faible, esclave de ses sentiments. Au XXIème siècle rien n'a changé, les émotions quelles qu'elles soient télévisuelles ou autrement médiatiques sont mal vues et parfois synonymes de buzz (des colères véhémentes....) ou bien dénigrées comme dernièrement avec Greta Thunberg qui est intervenue à l'ONU et qui a montré ses émotions face aux politiques qui restent stoïques (Macron disant ; "Défiler tous les vendredis pour dire que la planète brûle, c’est sympathique, mais ce n’est pas le problème"), quel regard portez-vous avec cette chanson ?


Je me situe sur un positionnement personnel. Je suis père de deux garçons, c’est vraiment à eux que je m’adresse. La chanson se veut une sorte de mantra, un code d’honneur personnel que j’aimerais leur transmettre. En ce qui concerne l’actualité, je suis touché comme beaucoup par les larmes de cette jeune fille, et le laxisme des politiques aux commandes. L’espoir réside dans les jeunes générations, mais nous devons aussi nous emparer du changement climatique. A chacun de trouver sa manière de réagir.


L’artiste a un rôle à jouer dans la société, un peu comme le lanceur d’alerte. Une chanson ne changera pas le monde, mais elle pourrait amener le public à vouloir le changer.



Le titre de l'album est comme un avertissement, « Jusqu'ici tout va bien » mais le temps semble compter. Beaucoup d'artistes font ce constat mais quelles sont les solutions ? Dans les années 80 beaucoup de causes réunissaient des artistes (on se souvient des Live Aids...) ce qui permettait notamment de financer des projets (ce qui peut être une solution), aujourd'hui il semble y avoir très peu de mobilisation commune et uniquement des solutions individuelles face à l'urgence climatique par exemple..., est ce symptomatique de l'époque actuelle ?


Oui, carrément. Les chanteurs se voulaient « engagés » dans les 80’s/90’s. Maintenant ce mot est tabou, voir péjoratif. Alors que la situation est plus alarmante que jamais, les artistes qui tiennent le haut du pavé semblent déconnectés de cette réalité. L’artiste a un rôle à jouer dans la société, un peu comme le lanceur d’alerte. Une chanson ne changera pas le monde, mais elle pourrait amener le public à vouloir le changer.


Il y a beaucoup d'amour dans cet album avec un titre comme 'Mercy', est-ce le refuge dans lequel trouver un peu d'espérance, l'amour du prochain ou l'amour tout simplement ?

Oui, l’amour c’est peut-être tout ce qu’il nous reste. C’est le refuge absolu. Toute forme d’amour, filial, fraternel ou amoureux. "All you need is love". Encore et toujours. L’amour sauvera le monde, c’est utopique, mais c’est la seule voie. Ce n’est pas Trump et ses tweets qui vont s’y coller.


Pouvez-vous dans ce contexte nous dire ce qu'il est advenu du crapaud, aucun animal n'a été maltraité dans la réalisation de cette pochette ?


On espère que non. On a acheté les droits de la photo mais ce n’est pas nous qui l’avons prise. Mais c’est un site d’observation de la faune sauvage qui l’avait générée, on peut donc espérer qu’il s’en est bien tiré.

 
Qu'attendez-vous de cet album, faire passer un message ou bien autre chose ?


Modestement une certaine prise de conscience, à notre échelle. Et si ça peut déclencher l’envie de discuter c’est un premier aboutissement. Je pense que toutes les bonnes volontés, tous les actes qui mèneront d’abord à la réflexion puis à l’action sont bons à prendre. Le temps est compté, on n’est pas les seuls à tirer sur le signal d’alarme, mais plus on le fera, plus on l’entendra. A la fin, on pourra peut-être ralentir le processus.





La musique mélange le rock dans la tradition française (nous avons cité Eiffel, Noir Désir) en apportant des touche stoner (Queens Of The Stone Age) et électro bluesy (De Staat), vous sentez vous comme la synthèse de ces groupes ?


Ce sont des artistes qui nous influencent, mais si on peut retrouver des touches de l’un ou de l’autre dans notre musique, on est encore loin d’en être la synthèse ! On adore ces groupes, ils sont hyper talentueux, et très inspirants. On est encore au début de l’histoire du Bazar, et ce qui est excitant c’est de se dire qu’on arrivera peut-être à mixer un peu de tous ces sons, pour recréer le nôtre. Pour le prochain album ?


Vous êtes un groupe de live, que doit-on attendre de « Bazar Bellamy » en concert et avez-vous déjà des dates à nous communiquer ?


On compose notre musique dans l’objectif de la jouer en live. Si on arrive à traduire nos émotions, et à faire en sorte que chaque concert devienne une sorte d’expérience sonore et visuelle, on commencera à toucher notre but. J’aimerais bien que le live aille plus loin qu’un simple concert de rock, en imaginant d’autres disciplines et d’autres artistes avec nous hors et sur scène. Pour le moment, on livre nos titres de manière plus conventionnelle, en y mettant le plus possible d’intensité, de plaisir et de générosité. Ce qui rend le concert si précieux, c’est aussi que tout est à réinventer à chaque fois, ça ne marche pas toujours, et du coup ça rend chaque live unique. Le risque est stimulant.

Les prochaines dates sont le 24/10 au Rex à Toulouse en première partie d’Eiffel, 31/10 au Connexion de Toulouse soirée hommage à Noir Désir, 22/11 au Cri Art à Auch en première partie de The Hyènes. D’autres dates à venir sur notre site et les RS.


Un dernier mot pour nos lecteurs ?


Merci et à bientôt en concert !



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/bazar.bellamy/
 
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