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LES INNOCENTS (09 OCTOBRE 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
POP

Music Waves plaide coupable pour avoir interviewé les Innocents.
CALGEPO - 06.12.2019 - 5 photo(s) - (0) commentaire(s)
"On s'est connus, on s'est reconnus, on s'est perdus de vue, on s'est r'perdus d'vue, on s'est retrouvés, on s'est réchauffés"... cette ritournelle a été mise en pratique par les Innocents qui après quelques années de séparation permettant à chacun de vaquer à ses projets personnels s'est reformé il y a quelque temps pour sortir "Mandarine" puis "6 1/2". Music Waves fait le point sur cette affaire pour une interview-carrière... Verdict : Innocents.


Nous avons l’habitude de commencer nos interviews par la question qu’on t’a trop posée et à laquelle tu es fatigué de répondre, quelle est cette question ?

Jean-Christophe Urbain : Il y en a une forcément qui revient.... J'ai intégré les Innocents après leur création et c'est naturellement : pourquoi les Innocents ? Alors je dirai pas que j'aime pas y répondre mais je ne me sens pas légitime pour le faire. C'est une question qui est toujours délicate car je ne suis pas suffisamment investi pour argumenter là-dessus.




Tu liras, il y beaucoup de questions mais celle-ci n'en fait pas partie. On s'était dit que Hérode avait massacré les Innocents dans la Bible. Est-ce un hasard si votre discographie commence par la chanson 'Saint Sylvestre' et que vous avez sorti un album de Noël après le premier album?


Jean-Christophe : C'est un hasard (Rires) ! 'Saint Sylvestre' est plus une chanson de jeunesse, on avait des avis arrêtés sur le réveillon du jour de l'an. Cette chanson est une sorte de mini rébellion et ça correspondait à une époque où on aimait bien ce que faisaient les artistes à la période des fêtes. Ils réalisaient des petits singles ou des maxi et d'ailleurs à cette occasion qu'on avait sorti un mini album de Noël, le demi.


Votre deuxième single 'Jodie' est un succès précoce (34ème au top 50). Alors que vous n'aviez pas enregistré d'album, qu'est-ce qui vous a permis de garder les pieds sur terre et de ne pas vous enflammer ?


Jean-Christophe : c'est la période où je suis rentré dans le groupe et en fait ils n'avaient plus les pieds sur terre non pas à cause du succès mais ça montrait du doigt que le groupe n'était pas en forme, qu'il y avait des aspirations et des caractères différents. Les répétitions étaient tendues, JP ne s'en rendait pas tellement compte, il avait l'habitude de travailler ainsi avec ses musiciens puis à un moment je lui ai dit qu'on n'était pas obligés de se punir à chaque fois... Il a compris la situation et que ça menait nulle part. C'est dommage car c'était une belle formation mais les aspirations étaient un peu trop individuelles. Il y avait quelque chose de laborieux.


Je pense que la magie d'un groupe c'est une sorte l'alchimie, qui fait que amicalement peu importe qu'on soit très proche ou pas, il y ait une confiance mutuelle et une envie de donner.



Est ce que c'est pas le lot de tous les groupes et notamment les Innocents qui a connu une pause, de connaître une période où il y a des envies différentes ?


Jean-Christophe : Ou,i bien sûr. Le plus dur à gérer dans un groupe c'est le groupe lui-même, c'est pas l'inspiration. Je pense que la magie d'un groupe c'est une sorte l'alchimie, qui fait que amicalement peu importe qu'on soit très proche ou pas, il y ait une confiance mutuelle et une envie de donner. A ce moment là c'était pas le cas. Et moi avec JP, il y a eu des moments où on n'était pas en confiance, quand je suis parti en 2000, je pense m'être fait un film : mes enfants étaient en bas âge, j'étais dans un groupe mais je doutais... Il y a une usure de travailler ensemble sur quelque chose de collectif et associatif et ce n'est pas toujours simple.


Le premier album témoigne de tes goûts pour une pop anglo-saxonne de qualité mariée à des textes sensibles et parfois désabusés. As-tu voulu faire mentir John Lennon qui disait que le rock français était du même tonneau que le vin anglais?


Jean-Christophe (Rires) : Je pense qu'il a raison, dans l'ensemble. Cette culture ne vient pas de chez nous, elle a été importée. C'est plus une forme musicale qu'un moyen d'expression très fort en France. On n'avait pas de cadre défini par la maison de disques de l'époque qui était Virgin et on pouvait faire ce que l'on voulait avec ça et les chansons venaient. J'étais venu avec une poignée de chansons, JP aussi. On écoutait Prefab Sprout, The Silencers, toute une musique comme ça où on se sentait bien. Les Virgin de l'époque et le label Virgin, même en France avait quelque chose d'anglais et on s'y croyait un peu, c'était très agréable, on n'était pas sous les feux des médias, on a eu un succès d'estime au début qui nous suffisait et qui a permis de faire une tournée en acoustique. C'est après cet album qu'on a commencé à trouver nos marques, à vouloir jouer comme ça.


Justement la suite c'est "Fous à lier" avec notamment un tube '
Un homme extraordinaire’ dont le clip vidéo est assez remarquable avec une ambiance quasi schizophrène proche du Locataire de Polanski, entre absurdité et fantastique. Comment avez-vous écrit ce clip et quel message vouliez-vous transmettre ? Qu’il y a parfois conflit entre nos personnalités publiques et privées ?

Jean-Christophe : Au début j'ai voulu l'écrire pour mon père et mettre en avant (peut-être prétentieusement) le fait que l'homme extraordinaire peut être un homme du quotidien puis en extrapolant et en finissant les refrains avec JP au final c'est devenu plus largement en effet cet homme du quotidien qu'on ne regarde pas, qui imprime des choses plus fortes que les gens plus brillants que l'on peut croiser dans la vie, et ça n'allait pas plus loin. Ensuite on a fait ce clip avec Costa Kekemenis, un réalisateur de l'époque qui était bien perché et qui a amené une troisième vision sur la chanson. Cet homme est en effet du quotidien mais aussi ce peut être quelqu'un de complètement replié, enfermé dans sa chambre. Ce n'était pas quelque chose qui était au début de la chanson mais qui se retrouve pour flirter avec l'alcoolisme solitaire, la fuite nocturne... il y avait quelque chose comme ça.





L'album est consacré aux victoires de la musique et gagne un bus d'acier. Est-ce que ce succès ne vous a pas poussé paradoxalement à vous remettre en question sur l'album suivant ‘’Post Partum’’ en ne reprenant pas les mêmes formules alors que vous teniez les clés du succès ?


Jean-Christophe : En fait, quand on a fait "Fous à Lier", on l'a travaillé énormément car la maison de disques n'avait pas une très grande confiance en nous après le premier album. C'était encore une période où on avait espoir de vendre des albums quand on sortait des disques. Je pense qu'elle voulait avoir plus de chansons singles. On les a travaillées un petit peu plus dans leur forme, poussé un peu plus les refrains, réécrit énormément.


C'est là dans cet album que l'on découvre les innocents à deux voix, est ce que cela vient de cette volonté de la maison de disques d'avoir des refrains plus catchy ? C'est à partir de là que ça a déclenché ta prise de voix ?


Jean-Christophe : Je crois que non, ma présence de voix est née de la précédente tournée. J'ai naturellement trouvé ma place en backing vocals et puis sur "Fou à Lier" ça s'est développé un peu pour des raisons de budget et on n'avait pas le temps de refaire toutes les voix. Une fois cet album terminé, on est passé à "Post Partum" sur lequel, pour la première fois on a eu envie avec JP de prendre le contrôle sur la réalisation. Et on n'avait pas cette intention très claire de donner cette couleur à deux voix mais elle est venue en rencontrant Dominique Blanc-Franquart qui est venu nous voir et nous a fait comprendre que chacun d'entre nous devait avoir ses propres magnetos pour nous enregistrer et voir ce que ça donnerait. On a commencé à prendre la réalisation avec JP. Puis ça a été le début de la déperdition avec le temps. On y a mis tout ce qu'on aimait dans le tissu sonore de ce qu'on écoutait à l'époque avec des touches des Beach Boys, des choses plus rock... Je crois que c'était une signature nécessaire pour nous, on était dans cette soif de suivre nos ainés qu'on avait appréciés, marqué le son, je ne crois pas d'ailleurs qu'on l'ait marqué, on n'a jamais été un groupe car c'est les chansons qui nous dictent notre production.


Comme les Beatles, vous décidez d'intituler l'album du nom du groupe Les Innocents mais pourquoi avoir choisi les studio Real World (le studio de Peter Gabriel) pour cet album et non Abbey Road ? Se tourner vers Genesis plutôt que les Beatles pour s’émanciper ?

Jean-Christophe : Je crois qu'à l'époque on voulait partir quelque part avec un budget pour faire ça et il faut savoir qu'à l'époque malgré la réputation des studios Real World, ils étaient très abordables. Il y a donc le coût qui a joué dans cette décision. C'était très agréable d'enregistrer là-bas. Juste avant toutefois, j'avais dit à JP que je ne voulais pas faire un album tout de suite, j'avais déjà envie de faire une pause. Il m'a convaincu, on y est allé et on a rencontré notre ingénieur du son Jackie Turner qui a fait la réalisation. Ce fut une révélation dans notre manière de jouer, on a aimé le son pur de cet album et c'est vrai qu'on a pas pensé à aller à Abbey Road. On y est allé après pour la réalisation de la compilation après qu'on se soit séparés et quand on s'est retrouvés dans ce studio où les Beatles ont enregistré, on s'est dit ça fait pas tant rêver que ça. Il y a tous les instruments et on a ressenti une certaine pression en pensant à ces quatre gars qui étaient en bas avec les ingénieurs en haut, c'était pas trop clean, un peu glauque et ça fait au final pas autant rêver. Real World c'était autre chose, à la campagne au milieu de la nature, des instruments de qualité. Au final, cet album, je pensais que ça serait le dernier et nos chansons s'écartaient complètement de ce qu'on avait pu faire au préalable avec des chansons de JP qui allaient dans le sens de ce qu'il allait faire par la suite et moi dans un truc pop, anglais. Il y avait des chansons sur lesquelles je jouais pas...


Je pense qu'à cette époque on était un peu invendables.


L'album a été vendu à 30 000 exemplaires, à l'époque aviez-vous le sentiment d'être arrivé au bout du chemin et comment avez vous vécu le fait que l'album malgré de bonnes critiques n'a pas rencontré son public ?

Jean-Christophe : Je pense qu'à cette époque on était un peu invendables. Parce qu'il y avait trop de différence et pas de quoi marketiser l'album, pas d'histoire. Il y avait aussi un son un peu brut. On avait l'intention de montrer les Innocents étendus sur le divan d'un psy. (NDLR : JP arrive à cet instant).


Bonjour, il me disait que tu étais invendable...


Jean-Christophe : On parlais des "Innocents", le 4...

JP : Houla ! (Rires)


Oui oui, c'est une rétrospective. Justement c'est à partir de là que vos chemins se sont séparés. Qu'avez-vous appris en mettant votre plume au service d'autre ?

JP : Alors moi j'ai jamais mis ma plume au service des autres. J'ai mis en musique les plumes des autres.





Alors plus largement, le fait d'avoir travaillé pour d'autres personnes, qu'est-ce que ça vous a apporté ainsi qu'aux innocents 2.0 ?


Jean-Christophe : Moi je pense que ça rend les épaules un peu plus hautes. C'est intéressant d'étaler son savoir-faire, un joli challenge et on sortait un peu de notre colonie musicale des Innocents.


Et peut-être sortir de sa zone de confort ?


JP : Même de sortir de chez nous. On avait pendant des années à cherché à se séduire et après il y a le public et les médias, des choses un peu abstraites et on ne fréquentait pas d'autres chanteurs. Personne ne nous a contacté et on était un peu frustrés qu'ils nous demandent pas de leur en écrire alors qu'ils appréciaient nos compositions.

Jean-Christophe : Après c'est plus facile de s'adresser à quelqu'un quand tu dis "Je" que "Nous".

JP : Ce n'était pas arrivé et l'occasion ne s'était pas offerte. Après c'était quelque chose de nouveau. Moi quand on m'a demandé de composer la musique pour Thiefaine, je le connaissais pas trop et ce n'était pas ma tasse de thé, je n'écoutais pas les Higelin  ou Lavilliers. Et à décharge, je trouvais ce défi intéressant de séduire quelqu'un que tu connais pas du tout


"Mandarine" qui marque votre retour est un album épuré, des Beatles vous êtes passés à Simon and Garfunkel ? Aviez-vous envie de surprendre à nouveau alors qu’on aurait pu s’attendre à un "Fous à lier 2" ?

Jean-Christophe : On s'est retrouvé à deux et la reformation est avant tout scénique quelque part. On a fait des concerts même si j'étais invité sur l'album de JP, je n'ai rien apporté musicalement mais plus dans sa réalisation. Le fait d'être à deux, on prenait du plaisir à la guitare et de composer à deux à nouveau. C'était aussi un moyen de renforcer nos liens, on n'était pas non plus très sûrs de nous sur le fait de reformer les Innocents et si ça avait du sens et si c'était intéressant.

JP : Est-ce que les reformations sont réellement intéressantes ? Au-delà de ça j'avais des craintes aussi sur cette reformation avec des expériences de groupes qui se sont reformés de façon décevante comme Crowded House, mon groupe préféré des années 90, ils sont revenus deux fois au cours de ces dernières années, j'ai acheté le disque mais c'est dur de rallumer la flamme.


Est-ce que ce n'est pas nous qui avons changé  ? "Mandarine", et c'est l'objet de ma question, avec son son différent c'était pour évoluer et ne pas refaire le même schéma...


JP : Y a pas de schéma...


Mais alors le son Innocent qui aurait pu décevoir les fans de la première heure ?

JP : On a changé de son à chaque album, on ne sait pas faire le même disque deux fois d'affilée (Rires). "Fous à Lier" ne sonne pas comme "Post Partum" qui ne sonne pas comme "Innocents". En fait, il y avait un peu d'orgueil à se dire que ce disque aurait été enregistré dans la suite de tout ça. C'est une sorte de progression, de randonnée au long cours et en terme de marketing on est des billes absolues. On est nul en storytelling. Certains groupes au moment où il y a eu simplement une rumeur de reformation ont eu des couv' comme Louise Attaque (les Inrock). Il y a plein de groupes qui ont cette espèce d'aura comme ça et nous on n'avait même pas annoncé qu'on avait splitté et personne ne s'en est ému. Ils sont restés indifférents et ce qui est resté ce sont ces chansons.


Il y a quelque chose d'effrayant, il faut remettre le couvert mais à part ça c'était logique pour nous.


C'est une déception ça ?

JP : Non, c'est chouette. L'égo de nos vingt ans en prend un coup, pas l'égo de maintenant. Ça me ferait chier d'être un personnage qui intéresse les gens sans donner à manger. Le nerf pour nous deux était de faire des trucs potables pour qu'on s'intéresse à nous. C'était pas agréable parfois, Indochine se reforme, on sait pas ce qu'ils font comme musique et ils remplissent le stade de France.

Jean-Christophe : Il y a une vision qu'on n'a pas. On n'a pas la vision des autres. Quand on se retrouve tous les 2, il y a quinze ans qui se sont passés mais parfois quinze ans ça passe, on voit rien. Il y a quelque chose d'effrayant, il faut remettre le couvert mais à part ça c'était logique pour nous.

JP : Oui, il y a tout de même une ambition mesurée à part musicalement. Il y avait un côté "viens, on fait un barbecue !"... Nos retrouvailles se sont fait amicalement sans projet et sans aucune réflexion artistique préméditée, ni travail préparatoire, ni appeler la maison de disques.





Voir le retour du public et l'accueil du public vis-à-vis de cet album, ça vous a surpris ?


Jean-Christophe : Oui ça nous a surpris, mais ce qui est surprenant c'est nous. On a pris plaisir à redécouvrir les Innocents sur scène et c'est là qu'on avait le plus à inventer en fait, plus que dans nos compositions. On ne peut pas dire qu'on a eu une fierté scénique au moment où on tournait au siècle dernier. On donnait des bons concerts, mais c'était un peu en vrac. Quand on est parti faire ces concerts de reformation, on avait quinze ans de plus et on savait qu'on allait apprécier le fait d'inventer autre chose, le fait qu'on soit en duo. Cela a mis une forme nouvelle aux Innocents.

JP : Oui, ça donnait quelque chose de plus moderne aussi. Quand on a recommencé, je me souviens il y avait Chamfort qui chantait avec un groupe de jeunes pop rock, et en le regardant, je me suis dit que c'était quelque chose que j'aurais pas aimé pour nous (j'aime bien Chamfort !). On est revenus pas datés et avec un truc assez moderne et de gommer les arrangements un peu vintage de nos albums des années 90, c'est le son peu FM qui correspondait au son de l'époque. Je pense qu'avec cette ambition avec les albums qu'on avait écoutés entre temps, le fait d'être à deux guitares c'était chouette.


De voir RTL2 passer 'Apache' aujourd'hui, qu'est ce que ça vous fait ?


JP : Il faut les menacer !


Moi j'ai pas vu les menaces, j'ai simplement vu la réaction de mes enfants et ça marche...


Jean-Christophe : C'est quelque chose qu'on ne maitrise pas et en plus on n'est pas les seuls, nos producteurs ne maitrisent pas du tout. On est dans une tempête de médias et musicale. Mais on a toujours été fiers de passer à la radio, plus que de vendre des disques.

JP : 'Jodie' dans l'inconscient des gens par exemple est un tube énorm,e notamment en Air Play, été 87 on était numéro 2 avec Prince, U2, Madonna et on a vendu à peine 120 000 singles, ce qui n'était pas énorme au final.


Tu nous parlais de fierté mais le truc qui devrait être votre grande fierté est d'être là sur la durée ?


Jean-Christophe : Le truc qui était là c'est avant tout ces 3-4 tubes qui existent et qui sont passées à la radio. Grâce à ça on a quelques entrées plus faciles que les autres artistes dans les radios, on est bien conscients de ça....

JP : Même si nos gold sont construits sur des tempos différents, il y a un monde entre 'Jodie' et 'Colore', ça reste la même proposition et on n'est pas tant que ça à le faire, une pop bien léchée, anglo-saxonne chantée en français avec une exigence de sonorité....


Vous nous citez depuis le début de l'interview des groupes qu'on entend jamais en France. On va écouter un titre mais ça prouve à quel point vous êtes éloignés des standards ?


Jean-Christophe : On est les représentants d'une marque qui n'a pas été importé en France vraiment.


Vous avez eu une Victoire à l'époque où c'était la mode de l'Eurodance ou le rap... vous avez tout de même trouvé votre public, c'est peut-être là votre plus grande fierté ?


Jean-Christophe : C'est le paradoxe, même les gens ont du mal à nous rattacher à quelque chose. Là nous sortons d'un festival où on était avec Tears For Fears, UB40 et Dire Straits Experience puis on s'est retrouvé dans un autre avec les Orgues de Barbac... une scène plus alternative. Au final on appartient à tout le monde et à personne car il n'y a pas de festival conçu pour les groupes comme nous.





Et peut être demain le Motocultor ou le Hellfest comme Henri Des... ?


Jean-Christophe : Non mais tu rigoles, des fois on a des fans de metal qui viennent et qui nous disent qu'ils on aimé telle ou telle chanson... On a une niche non préméditée...

JP : Peut-être aussi dans notre façon de travailler aussi. Séparément on ne ferait pas la même chose. On réuni nos influences...


Mais tous les groupes font ça, c'est faire votre propre son avec vos influences....


JP : Mais tous les groupes n'ont pas forcément deux songwritter... Nous nous sommes deux dans le groupe ce qui nous conduit à une gymnastique que d'autres n'ont pas puisque nous avons chacun notre propre identité. Par exemple, je vois ce que serait un disque de Jean-Chri. On accepte que nos deux personnalités donnent quelque chose d'unique.


Il y a une façon de faire une chanson qui vient de la mythologie de groupes qu'on a écoutés et appréciés.


Votre travail à deux c’est comme renoncer à sa pudeur. Dans une interview pour Libé tu parlais de te foutre à poil devant l'autre, oser présenter ses chansons à quelqu'un qui a été ton complice mais qui a aussi fait son chemin ? Comment a évolué votre collaboration de travail, un couple divorcé qui se retrouve ?

Jean-Christophe : Je réfléchissais pendant qu'on parlait de "Mandarine" et je me disais "au fond c'est ce que c'est important le nom Les Innocents". Ce qu'on retrouve dans "Mandarine", ce sont les chansons. Ce qui compte c'est ça en fait. Des fois nous avons nos humeurs, j'arrive un peu bougon, parfois c'est JP... On est comme ça et je pense que c'est un respect et malgré la séparation, le regard l'un pour l'autre est important. C'est un référent. C'est important de ne pas perdre de vue le fait de se dire "qu'est ce qu'il va en penser ? "

JP : Il y a un partenariat particulier entre nous car l'avis de Jean-Chri sur une chanson qui passe à la radio m'intéresse. C'est important d'avoir ce côté fraternel entre nous cas son avis compte plus que celui d'autres personnes. Je pense que maintenant on a du plaisir à jouer sur scène mais je pense que c'est seulement à partir des Innocents 2.0, plus qu'avant. Le couple de songwriter est le plus important et on retrouverait notre couleur si on composait pour d'autres personnes. Il y a une façon de faire une chanson qui vient de la mythologie de groupes qu'on a écoutés et appréciés.

Jean-Christophe : Et qui se sont séparés, mois ça m'a dézingué quand j'ai appris la séparation de groupes que j'aimais et nous avons essayé  pour coup (Rires)...


Et qui se sont reformés pour rien donner...


Jean- Christophe : il n'y en a pas comme ça qui se sont reformés, juste pour des concerts ou des festivals. D'ailleurs le truc qui est agréable pour nous c'est de pouvoir varier car on se rend compte qu'il y a de plus en plus d'artistes qui sont obligés de jouer des albums en intégralité d'il y a trente ans... Mais moi ça me ferait chier de jouer en entier "Fous à Lier" et on est bien content de pouvoir panaché des titres gold et des nouveautés.


On y sent cette volonté de prendre son temps avec une écriture à la Souchon : il y a des jeux de mots sur des chansons slow. Vous citez les mots bleus, flou sentimental. C’est presque une déclaration d'amour à cette période ou de nostalgie?


JP : C'est la nostalgie d'un mec qui vieilli. On a nos vinyles, nos instruments, notre matériel.... Après Jean-Chri est passé sur ses serveurs...

Jean-Christophe : Pas le streaming tout de même car j'aime pas me balader avec des appareils mais je suis pas contre la technologie et le progrès. Après je trouve chouette l'idée de pouvoir écouter de la musique gratuitement - même si on est les dindons de la farce et qu'il faut réguler.


J'ai le sentiment qu'on retourne au début de l'ère commerciale de la musique avec des groupes qui sortaient des albums presque tous les ans et qui au final ne vendaient pas tant que ça ?


JP : oui, peut-être, oui.

Jean-Christophe : Je comprends pas en ce moment et quand je pense comprendre, en fait c'est déjà plus ça ! (Rires).


On a parlé de Prefab Sprout, Crowded House... Moi sur 'Cascade' et 'Mon Homme' j'entends du Crosby, Still, Nash and Young, est-ce mon imagination ?


JP : Sans doute car j'ai jamais écouté ce groupe de ma vie... Je viens d'acheter une compil récemment de Graham Nash mais sinon j'ai jamais écouté. Je vois à quoi ça ressemble. Après on a peut être écouté des artistes qui eux même avaient écouté Crosby, Stil, Nash and Youg... Sur 'Cascade' je voyais plus les Fleet Foxes et sur 'Mon Homme' plus Steevie (Wonder).

Jean-Christophe : De toute façon on aime cette période là et je pense que si on partait sur une ile déserte avec 50 albums il y en aurait certainement une trentaine de cette période 65-80. On est moins chœur que sur "Post Partum" et on fait les choses plus simplement ce qui peut donner l'impression d'entendre du CSN&Y.





Cet album "6&1/2" vous le considérez comme une synthèse de ce que vous avez fait ou une évolution des Innocents : j'entends du folk mais aussi toujours de la pop ?

Jean-Christophe : Je crois que tous nos albums ont été une synthèse...


Oh, pour le premier c'est difficile...


Jean-Christophe : (Rires) ben c'était une synthèse de ce qu'on avait dans nos poches à cette époque...

JP : Sur "6&1/2" il y a des prototypes de ces chansons-là d'il y a trente ans sauf qu'on était maladroits à cette époque. Jean-Chri a dû essayer quelque chose comme ça, moi comme ci... on les a laissées de côté. Quand on a travaillé sur "Mandarine" on s'est replongé dans nos vieilles maquettes, démos... et en fait il n'y a pas tant de choses qui ont changé. Alors oui, il y a des influences qui se sont agglutinées... Il y a des disques qui nous plaisent, on fait des filiations... mais on n'est pas des geeks ni fana du vintage.

Jean-Christophe : Sur le dernier je pense qu'on a fait les choses sans trop se poser de questions. On était plus rapides, simples. On a voulu mettre nos chansons assez à nu plus que sur "Mandarine" qui était très élaboré.


Pensez vous que les Innocents auraient eu plus de succès aux Etats-Unis ?


JP : Peut-être, dans un pays de plus de musique, oui. Ici, on n'a pas un storytelling très développé par rapport à d'autres groupes. Ils ont essayé de nous embrigader dans les Enfoirés mais on se sentait pas à l'aise et on n'est pas du côté du rock français qui se veut sombre, plus politique (Darc...).. On est un groupe de pop et il y en a peu...


Je crois qu'on est dans un pays qui ne sait pas vendre sa musique. A part quelques grands compositeurs, morts de préférence...



Pourquoi avoir décidé de briser l’une de vos règles, en chantant en anglais sur ‘Eretgia’ ? Une sorte d'appel du pied ?

JP : Non, non. On n'arrivait pas à trouver l'adaptation en français car on l'avait chanté en anglais pour les besoins d'un film. C'est resté. On n'a pas de problème de chanter en anglais mais c'est un peu absurde de sortir un disque que tu fais pas dans ta langue. Pour les besoins de quelqu'un ou pour des reprises, oui. C'est pas le truc dont on est le moins fiers d'avoir fait ça, sonner pop et français car moi j'avais du mal à trouver mon bonheur car tout était en anglais. Il y avait Scheller et Souchon qui s'en sortaient mais il y avait peu de choix entre texte et mélodie.

Jean-Christophe : Et puis je crois qu'on est dans un pays qui ne sait pas vendre sa musique. A part quelques grands compositeurs, morts de préférence... Il y a Zaz qui arrive à faire des concerts dans le monde avec sa gouaille qui rappelle Piaf mais il y en a très peu. Il n'y a pas de filière car par exemple on ne nous a pas proposé d'exporter nos albums dans un pays anglo-saxon...


Si... il y a eu Stromae par exemple


JP : Peut-être mais que sur quelques dates, 2 ou 3 aux Etats-Unis, mais après il faut que les gens viennent... et avoir un répertoire en anglais genre Christine and The Queens, Phoenix...


Oui puis Gojira pour le metal....


JP : C'est aussi un problème économique. L'industrie du disque a été longtemps concentrée sur les USA puis le Japon... Après il y a eu des ouvertures qui ne nous ont pas été faites alors qu'on est des latins. J'ai été jouer au Brésil et ils comprennent tout de suite un Français qui chante, on chanterait en Roumanie ou autres pays de l'Est se serait pareil... Après ce sont eux même des petits territoires qui dépendent de grandes multinationales présentes aux USA.





Qu'est ce qu'on attend de cette carrière et de ce dernier album ?


Jean-Christophe : Ben on attend demain, on part et on va jouer... C'est un nouveau plaisir avec notre nouvelle formule. On est bien.


On a commencé l'interview par la question qu'on vous a trop posée, au contraire qu'elle est celle à laquelle vous auriez aimé répondre et que je ne vous ai pas posée ?


Jean-Christophe : Alors là je ne sais pas du tout.

JP : C'est compliqué un peu les interviews, on n'est pas dans une conversation. Je ne sais pas du tout, on se la pose jamais.


Alors tant mieux, ça veut dire qu'on a été complet. Merci à vous.


Ensemble : Merci !


Merci à Adrianstrock pour sa collaboration.


Plus d'informations sur https://www.lesinnocents.fr/
 
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