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ANTI-FLAG (03 DECEMBRE 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK

Fidèle à la logique révolutionnaire du mouvement punk et à presque 40 ans, Chris Barker d'Anti-Flag n'a pas perdu son caractère rebelle d'antan. Une interview politico-musicale enrichissante !
DARIALYS - 10.01.2020 - 5 photo(s) - (0) commentaire(s)
Trente ans déjà que Anti-Flag représente la scène punk américaine. Le bassiste Chris Barker, surnommé Chris #2, est venu aborder la sortie du nouvel album du groupe, "20/20 Vision" ainsi que le combat politique du groupe.


 

Nous aimons commencer nos interviews sur Music Waves par la question suivante : quelle est la question que l'on t'a posée trop souvent et à laquelle tu en as marre de répondre ?

Chris #2 : C'est intéressant car il n'y a aucune question à laquelle je n'aime pas répondre ! Mais comme mon surnom dans le groupe est Chris #2, on me demande pourquoi je suis le numéro 2 ? C'est juste qu'il y a deux Chris dans le groupe : Chris (Head, ndlr) est le premier, et moi le second ! (Rires). Ça ne va pas plus loin !

Est-ce que le numéro 2 sous-entend que tu es moins important que l'autre Chris ?

Chris #2 : Il était là avant moi ! (Rires). C'est tout !



Votre nouvel album s'appelle "20/20 Vision". Dedans, vous tirez sur tout ce qui bouge ! Qu'est-ce qui vous bouleverse tant ?

Chris #2 : Je pense que si tu es empathique et que tu te poses des questions dans ces temps si compliqués, tu es obligé d'être en colère. Si tu fais partie des gens marginalisés comme les femmes, les personnes issues de la communauté LGBTQ+, les gens de couleur, tu te sens visé par le néo-libéralisme en Europe, par le faux populisme de Donald Trump en Amérique… A la frontière entre les USA et le Mexique, il y a des enfants dans des cages ! Ça me fait mal au cœur ! Ce qui se passe c'est que notre système économique global a été basé sur l'exportation. Grâce à ça, certaines personnes se sont beaucoup enrichies et veulent conserver leur richesse et leur pouvoir. Ils se fichent des répercussions que cela peut avoir.



10% des gens contrôlent 90% des richesses du monde ! C'est fou !

Chris #2 : Il n'y a plus de partage, mais le pire, c'est que ces gens font croire au peuple qu'ils ont une chance d'avoir leur part ! Il faudrait que l'on passe notre vie à travailler.



Est-ce que le titre de cet album signifie que vous cherchez à enlever les œillères des gens et dénoncer les problèmes de notre monde, et notamment en Amérique ?

Chris #2 : C'est intéressant. Il y a un écran de fumée derrière lequel on cache les violences économiques, physiques…  Tout se propage très vite. Tu peux allumer ton portable à tout moment et lire des choses injustes qui se produisent chaque minute. Comment pouvez-nous continuer ? L'idée-même de l'année 2020 me semble importante et futuriste, peut-être que parce que je suis un enfant de "Star Wars" et de la science-fiction. J'espère juste que les gens vont reconnaître l'importance de cette nouvelle décennie.

 

 

Tu es toujours optimiste ?

Chris #2 : On se doit de l'être. Ce n'est pas parce que l'on va rester optimiste que les choses vont s'améliorer, mais elles empireront certainement si l'on ne le reste pas.

 

On est arrivés en 1996 avec notre premier album, et à cette époque, si on vendait un millier d'album, on se prenait pour Kiss !

 

C'est une très bonne réponse à la question que je vais te poser : contrairement à la croyance populaire, le punk ne se résumerait donc plus à "no future", surtout en Amérique. Après la vague de punk californienne (Sum 41, Good Charlotte, Green Day, The Offspring…), est-ce qu'il a été difficile de vous exprimer ?

Chris #2 : Je pense qu'on a été chanceux que cette première vague de punk-rock de 1994. On est arrivés en 1996 avec notre premier album, et à cette époque, si on vendait un millier d'album, on se prenait pour Kiss ! On n'avait pas pour objectif de venir passer ce moment sympa avec vous dans un hôtel en France pour une interview. Notre objectif c'était d'aller jouer dans l'Ohio ! C'était ça, l'étape suivante. On n'a jamais vraiment recherché le succès absolument, et c'est ce qui nous a permis de rester fidèles à nous-mêmes et d'avoir une démarche honnête. Depuis l'ère Donald Trump, les gens ont besoin de manifester leur empathie. Quand Nike lance une opération caritative, les gens deviennent fous et remercient Dieu pour ça. Les gens ont envie de supporter les actions positives en 2019.



Les titres de vos chansons ressemblent à des slogans, et on comprend immédiatement de quoi ils traitent en les lisant. C'était volontaire ?

Chris #2 : La subtilité, ça n'a jamais été notre fort dans Anti-Flag. On veut profiter du temps qui nous est donné pour faire passer nos idées. J'aime beaucoup Bob Dylan et l'art en général, où il y a parfois beaucoup de poésie mais je ne suis pas un poète ! Je préfère dire les choses clairement. Il y a des problèmes avec la mondialisation, j'ai beaucoup de respect et d'admiration pour les communautés marginalisées, et je veux être sûr que les gens le comprennent bien. On essaye d'écrire les chansons les plus accrocheuses que l'on peut pour que tu puisses les chanter dans ta voiture !



L'album débute avec le morceau hardcore 'Hate Conquers All', avec un riff qui vient droit des enfers et un chant hurlé. Est-ce qu'il y a là la volonté de réveiller les gens avec ces cris que l'on retrouve d'ailleurs plus tard dans 'A Nation Sleeps', peut-être pour réveiller les gens-là encore ?

Chris #2 : Oui. 'Hate Conquers All' délivre vraiment le message de l'album, au niveau des paroles et de l'idéologie véhiculée.



C'est un titre qui parle de la haine que les gens peuvent avoir envers certains, comme si c'était un virus. Mais vous, vous ne semblez pas avoir été affectés par ce virus ?

Chris #2 : (Rires) Haïr quelque chose, c'est un mal. Malheureusement, cela concerne beaucoup de gens comme Donald Trump. Il est si horrible et si en colère, tout le temps ! Cela fait hurler les antifas, mais c'est une question de vie ou de mort ! Il faut que nous criions !

 

 

Tu as totalement raison, et on le retrouve aussi en Europe. Mais d'un autre côté, il sera probablement réélu ! Comment expliques-tu cela ? Et d'un autre côté, il atteint les objectifs qu'il s'était fixés lors de sa campagne. Il a réussi à lutter contre le chômage notamment.

Chris #2 : Il y a plein de choses à prendre en compte et on n'a pas forcément le temps d'en parler trop en profondeur, mais je pense effectivement que ses chances de se faire réélire sont très hautes. La première fois qu'il s'est présenté, ses chances de gagner étaient d'ailleurs déjà bien supérieures à ce à quoi les gens s'attendaient.



Maintenant, on est au courant de ça ! Mais aujourd'hui, dire que Donald Trump est une sorte de maladie entre guillemets, cela reste vain.

Chris #2 : Nous, la seule chose que l'on peut contrôler, ce sont les phrases que l'on prononce. C'est le pouvoir des artistes, c'est ça qui touche les gens. La seule chose qui peut nous faire triompher, c'est le fait de répandre cette empathie qui est en nous.

 

Tu as raison, mais au début de cette interview, on disait que notre monde était régi par la finance. L'égo est partout ! On ne pense qu'à nous. Tu parles d'empathie ici, c'est une noble cause, mais est-ce que ça aussi, ça n'est pas vain ?

Chris #2 : D'après les expériences que j'ai pu avoir en jouant nos concerts et en voyageant, je pense que les gens sont forcés à penser qu'ils ne sont pas tous seuls. Quand on est en concert, c'est ce que l'on demande aux gens : de penser qu'il n'y a pas que nous dans le monde.

 

Je pense que l'on ne renversera pas ce système de mon vivant. Je serai mort depuis longtemps quand les choses iront mieux

 

Et comment faire pour que les gens qui étaient au concert puissent transmettre ce message à ceux qui n'y étaient pas ?

Chris #2 : C'est le travail que tu fais quand tu vas au boulot, quand tu emmènes tes enfants à l'école, quand tu dînes avec tes parents. Je pense que l'on ne renversera pas ce système de mon vivant. Je serai mort depuis longtemps quand les choses iront mieux. Mais on se doit de laisser des traces de cette volonté massive de voir les choses d'un autre regard. Si on ne fait pas ça, qu'est-ce qu'on fait là ? Il y a une période où je pensais qu'en écrivant une chanson le mardi, le monde aurait changé le mercredi, mais ça ne marche pas comme ça. Si tu cherches le mot "révolution" dans le dictionnaire, tu n'y trouveras pas ta photo !

 

 

La musique peut changer les gens et les gens peuvent changer la société

 

'Don't Let The Bastards Get You Down' pourrait s'apparenter à un conseil prodigué aux hommes. Penses-tu que la musique peut changer la société ?

Chris #2 : La musique peut changer les gens et les gens peuvent changer la société. C'est ça, notre travail. J'aurais aimé avoir un micro assez puissant pour pour que tout le monde entende notre message, mais ce n'est pas le cas !



'Unbreakable' est un morceau plus mélodique. Est-ce que ce morceau est la continuité du morceau précédent ?

Chris #2 : C'est Justin (Sane, guitariste et chanteur du groupe, ndlr) qui a mis cette chanson sur la table après la mort de sa mère. C'était une activiste incroyable. Ses parents ont ouvert le premier restaurant vegan et végétarien à Pittsburgh. Ils ont été très impliqués dans les mouvements anti-guerre dans les années 60. Justin est le plus jeune des 9 enfants de la fratrie, et ils ont grandi tous ensemble. La famille était très soudée, c'était incroyable. Quand elle est décédée, il était dévasté, et ça a été dur pour nous aussi. La vraie vie est difficile. Tout le monde peut avoir des moments difficiles.


Cet album se termine avec deux morceaux plus enjoués. Faut-il y avoir là un message d'espoir pour l'avenir ?

Chris #2 : Tout au long de notre histoire, les grands changements sociaux et économiques sont venus d'en bas. Ce genre de moments crée de la cohésion et un socle commun. Donald Trump, en divisant le peuple, nous donne la force en chacun de nous de nous tourner vers quelque chose de meilleur. Va-t-il quitter la présidence en 2020 pour autant ? Ou sera-t-il remplacé en 2040 quand l'apocalypse nous pendra au nez et que les gens voudront revenir en arrière en se demandant pourquoi nous en serons arrivés là ?



Si tel est le cas, est-ce que ce ne sera pas trop tard en 2040 ?

Chris #2 : Pour toi et moi oui, mais qui en a quelque chose à faire de nous ? (Rires).



Je ne me préoccupe pas de moi, je pense à nos enfants. Et actuellement, le personnage marquant aujourd'hui, c'est Greta Thunberg. C'est incroyablement fou !

Chris #2 : Oui ! Je pense que Greta est une immense inspiration pour tous les gens qui se soucient de la cause écologiste.

 

Mais en même temps, le fait que ce soit une jeune fille qui se préoccupe de tout ça, ça signifie d'un côté que les adultes…

Chris #2 : (Il coupe) N'ont pas réussi ! Mais en même temps, on est entourés d'adultes, on les connaît. Ce n'est pas surprenant ! (Rires). En tant que musiciens, on a la chance de pouvoir interagir avec beaucoup de jeunes. C'est ce qui nous donne cet optimisme et cet espoir.



Cet album dure 30 minutes seulement. Est-ce assez pour faire passer votre message ?

Chris #2 : Rien ne serait assez long pour faire passer ce message. Des chansons de punk de 2:30 minutes ne sont jamais assez longues à ce niveau-là, mais j'espère que quand les gens auront l'album entre les mains et qu'ils liront les paroles, ils comprendront. De toute façon, on sortira un autre album et on réessayera encore ! C'est peut-être la meilleure interview à laquelle j'ai participé aujourd'hui, merci pour ça ! Des fois, quand tu es trop absorbé par ce que tu fais, tu as l'impression que ce que tu fais a plus d'importance que ça n'en a réellement. Mais si quelqu'un crée quelque chose, il doit se sentir assez en confiance pour pouvoir le révéler au monde. Il ne faut pas avoir peur de l'échec, ou de ne pas plaire, ou avoir peur de partager tout ça. Et si tu as peur de partager ça, tu ne changeras pas.



Ce serait une très bonne conclusion mais j'ai encore des questions pour toi ! Qu'attends-tu de cet album ?

Chris #2 : Mes attentes changent d'album en album. J'ai vraiment hâte de jouer ces morceaux sur scène. On peut en jouer la totalité.



Vous avez des concerts de prévus en France ?

Chris #2 : Oui, on va passer au Hellfest en juin ! Des fois, tu sors un album et il y a des chansons que tu ne joues jamais sur scène, parce qu'elles sont trop compliquées, ou c'est la magie du studio qui les rend si bien. Mais là, on peut tout jouer, et c'est très excitant !



Vous avez sorti un album acoustique ("American Reckoning", contenant des versions acoustiques de leurs morceaux et des reprises, ndlr).

Chris #2 : Oui, et on a d'ailleurs un morceau acoustique sur cet album qui s'appelle 'Un-American'.



Et de quoi parle ce morceau ?

Chris #2 : Ce n'est pas évident à expliquer. L'Amérique est un pays qui a été construit sur du pillage, de la destruction et de la violence. Notre économie a été basée sur la guerre. Ce n'est pas quelque chose que nous voulons, mais quand Donald Trump dit : "Make America great again !", "Keep America great !", "America first !", c'est la chose la plus anti-Américaine qui se produise à l'heure américaine.



Oui, mais c'est la raison pour laquelle les gens qui ont voté pour lui sont contents ! Car il tient les promesses qu'il a faites, et c'est ce qui fait qu'il a des chances d'être réélu car il a atteint ses objectifs.

Chris #2 : C'est un mouvement de faux populisme. Il veut entretenir l'idée qu'il est là pour nous et que tous les autres sont contre le peuple.

 

 

Nous avons commencé cette interview en te demandant quelle était la question que l'on t'avait posée trop souvent. Au contraire, quelle serait celle que tu aurais aimé que l'on te pose ?

Chris #2 : Oh ! Vu qu'on est allés en profondeur sur les difficultés de la vie, ç'aurait été sympa si on avait parlé du son de guitare et tout ça ! (Rires).



Justement, il y a votre musique et le message derrière votre musique. La musique est ce à quoi l'on accorde le plus d'intérêt, et cela peut peut occulter le message qu'il y a derrière du coup, qu'il soit économique, politique ou humain. Ce n'est pas frustrant pour toi ?

Chris #2 : Non car il y a beaucoup de groupes, mais il n'y a pas beaucoup de groupes qui vont parler de ça avec toi. On trouve que l'on a une responsabilité, un rôle à jouer dans tout ça, tout ne tourne pas autour de nous.



Est-ce que tu ne voudrais pas à ce moment-là carrément t'engager en politique ?

Chris #2 : Oh non, je ne saurais pas comment m'y prendre ! (Rires). Les gens que je connais dans les milieux activistes, qu'ils soient pour la libération de prisonniers politiques ou qu'ils travaillent pour Sea Shepherd, personne ne les applaudit pour ce qu'ils font ! Nous, on joue des chansons et les gens nous applaudissent. C'est fantastique ! Ça nous donne l'énergie d'avancer, et je pense qu'on a besoin de cette énergie pour continuer à avancer, mais on ne le considère pas comme quelque chose d'acquis pour autant !



Merci beaucoup !

Chris #2 : Merci !


Merci à Adrianstork pour sa contribution...



Plus d'informations sur http://anti-flag.com
 
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