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ALTESIA (14 DECEMBRE 2019)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
METAL PROGRESSIF
Music Waves a bravé les grèves, les risques d'annulation de trains pour aller à la rencontre de la tête pensante d'Altesia, Clément, afin d'en savoir plus sur les origines et l'aboutissement de son projet.
CALGEPO - 24.12.2019
Bordeaux, embouchure de la Garonne, sa Place des Quinconces, ses Cannelés, ses Chocolatines, Juppé, son Miroir d'Eau, son Pont de Pierre et désormais Altesia.... En ce contexte sociétal chargé, rien ne pouvait nous empêcher de nous rendre dans cette charmante ville, ni les grèves ni la pluie, afin de rencontrer l'initiateur du projet, Clément Darrieu,  pour une interview le matin même du jour de la Release Party de l'album "Paragon Circus" au Salem.


Avant de commencer notre interview, une question nous taraude, est-ce que le débat chocolatine / pain au chocolat est définitivement tranché ?


Je ne suis pas de Bordeaux même mais du Pays Basque, et définitivement c'est chocolatine. A Bordeaux c'est drôle car sur certains murs tu peux trouver parfois des longs cendriers avec deux boites au-dessus desquels il y a une question posée. Chaque boite correspond à un choix, la partie qui a le plus de mégots remporte le vote. Et donc un jour, il y avait cette fameuse question : chocolatine versus pain au chocolat et tout le monde avait mis dans chocolatine et donc il y avait une boite totalement vide. On a des vrais sujets ici... (Rires).





La démocratie participative à Bordeaux existe donc... Tu es jeune chroniqueur, né dans les années 90 en plein essor du dance floor, de la house.. et tu es amateur de rock progressif notamment, une musique souvent incomprise, considérée comme trop complexe, nombriliste voire une musique d'anciens, alors pourquoi une telle attirance alors que tu aurais pu devenir le clone de David Guetta ?

(Rires), j'aime beaucoup ta question. J'ai grandi avec des parents qui écoutaient beaucoup de musique assez diversifiée et j'ai eu deux crushes comme on dit avec Dire Straits et Pink Floyd. Du coup j'ai acheté la quasi-totalité de leur discographie avec une préférence pour Pink Floyd et ensuite, comme beaucoup de ma génération j'ai écouté Slipknot, Korn, Rammstein, Marylin Manson et un jour je me suis dit "essaye d'écouter des trucs un peu moins connus, moins immédiats". Puis j'ai pris des cours de guitare un an et mon prof m'a transmis des morceaux à travailler comme 'Harvest' d'Opeth et 'Arriving Somewhere' de Porcupine Tree, j'ai dit ok, je connais pas et là... grosse claque pour Porcupine Tree, j'achète tous les albums, je fais le lien Steven Wilson - Opeth, j'achète tous les Opeth et je me renconte que j'écoutais du prog sans le savoir, des groupes comme Beardfish. Ça m'est venu assez tard, vers 19 ans...


Tu as fait cette démarche à l'ancienne et avec beaucoup de curiosité ?


Je découvrais tout sur Youtube et quand ça me plaisait j'achetais automatiquement pour les mettre dans ma voiture, ma chaine hi-fi... donc voilà, pas de nouveau David Guetta même si j'ai écouté quelques-uns de ses tubes...


Le projet Altesia a débuté sérieusement courant 2017, qu'est ce qui a été le plus dur : composer ou trouver le line up ?


Le line up ça a été assez vite, en fait. En trois ou quatre mois seulement. Composer, ça a mis plus de temps car je voulais taper fort pour un premier album. Il y a tellement de sorties actuellement, de bonne qualité en termes de production mais aussi sur le fond, des gens qui sont virtuoses dans leur domaine, avec des supers compo et j'avais envie de me démarquer. J'ai écrit alors des démos, des bouts de chanson et souvent je me disais que c'était un peu faible. Je n'avais pas envie de le sortir. Le déclic a été la rencontre avec le guitariste de Leprous à Bordeaux il y a 2 ans et je lui dis humblement "je lance ma "carrière" solo (rires), est-ce que tu n'aurais pas de conseils à me donner ?" il me répond : "sors le ton album ! et tu t'en moques si il n'est pas parfait du premier coup, tu progresseras et tu vas pas faire un best of au premier album..."


Tu avais le sentiment de te mettre trop de pression pour pouvoir concrétiser ?


Oui énormément, pour faire le truc le mieux possible et j'ai franchi le cap de me lancer suite à cette rencontre qui a fait voler cet obstacle, ce mur, et me lancer dans une progression progressive.


Je voulais qu'en tant que "techniciens" de leurs instruments respectifs ils restent libres de leur interprétation.


Tu as pu embaucher donc les membres du groupe, avec un nouveau bassiste il y a un mois (NDLR : Antoine Pirog le bassiste qui a enregistré l'album n'a pas souhaité continuer l'aventure et a été remplacé par Hugo Bernart il y a un mois et demi), quelle a été leur implication dans la conception de cet album, as-tu été directif à la Steven Wilson ou bien tu leur as laissé toute liberté d'écriture ?

Alors ils ont été fouettés matin, midi et soir (Rires). Quand je les ai contactés, l'album était composé à 90%. Au tout début je leur ai tout de même dit "moi je suis guitariste, je ne suis pas bassiste ni batteur ou pianiste et donc je vous engage dans l'aventure sachant que vous pouvez améliorer le truc". Je voulais qu'en tant que "techniciens" de leurs instruments respectifs ils restent libres de leur interprétation. C'est-à-dire que j'avais fait des solos partout dans mes démos mais à un aucun moment je leur ai dit : "non non, le solo, ne le fais pas comme ça mais plutôt comme ça... !" Je voulais absolument qu'ils imprègnent l'album de leur sensibilité à part quelques petits solos auxquels je tenais mais qui sont dérisoires sur la masse. Chacun n'a pas écrit les chansons mais ils ont pu apporter leurs influences et leur touche personnelle.


Du coup, au départ ce qui n'était qu'un projet personnel est devenu celui d'un groupe stable et non plus le projet de Clément Darrieu ?


Ça dépend ce que tu entends par projet solo et groupe, c'est toujours un peu difficile à définir. J'ai le maître mot en termes de composition jusqu'alors. C'est vrai qu'au début lorsque je rencontrais des gens je leur disais que je sortais mon album solo l'année prochaine. Et puis maintenant je n'arrive plus à parler à la première personne, on est soudés. Le studio a fait naître une équipe, les décisions on essaye de les prendre tous ensemble, on a écouté l'album ensemble et chacun avait son mot à dire pour améliorer les choses... On va dire qu'on tend à devenir un groupe dans le sens commun du terme...


Mais avec toi en lead ?


En termes de décision, si il y a trop d'hésitations, c'est moi qui trancherai, oui.


Tu es multi-instrumentiste, tu es autodidacte et as pris quelques cours ....


Très peu de cours en fait, je suis plus un autodidacte. J'ai regardé quelques vidéos et surtout expérimenté les sons de guitare... Ce qui m'intéressait c'était de composer plutôt que de reproduire. Des fois dans des soirées on m'interpelle en me disant "vas-y joue un truc" mais en fait je ne sais pas vraiment jouer ces chansons à part celle que je travaillais avec mes groupes de reprises, d'ailleurs ce sont celles-là que je jouais souvent (Rires). Quand je prends ma guitare j'essaye de trouver des nouveaux sons et d'écrire.


Tu es quelqu'un d'expérimental...


Peut-être pas à la King Crimson....


Alors il faut que ces expérimentations apportent quelque chose aux titres ?


Oui, ce que j'ai envie c'est de voir ce que donnent les idées que j'ai en tête, traduites musicalement. Je suis praticien.


Tu es également un bon chanteur, mais tu n'as pas intégré de chant saturé dans l'album, pourquoi ce choix alors que par exemple 'Cassandra's Theory' s'y prêtait ?


Il y en a un peu sur la fin....





Un peu ok, mais pourquoi pas plus ?


Tu disais tout à l'heure si il avait été plus dur de trouver des musiciens ou de composer, alors composer car ça été difficile à cause de ça justement. Je voulais à l'origine intégrer du chant guttural avec parcimonie et pour ça, j'ai pris quelques cours de chant, de growl et à chaque fin de cours, j'avais au bout d'une heure la voix défoncée, je perdais mes aiguës, même ma voix parlée était cassée. Donc au bout d'un moment, ça devenait déprimant. D'un côté je voulais progresser et de l'autre je voyais que ça me pétait la voix avec le risque d'avoir une incidence sur mes capacités vocales. Du coup, j'ai pris la décision de passer tout ce que j'avais écrit en chant guttural en chant clean, ce qui a impliqué de revoir une bonne partie des mélodies qui ne se prêtaient pas au chant clair, des trucs un peu bourrins qui ne passaient pas ensemble. Mais dans la mesure où il y avait des passages qui s'y prêtaient vraiment, notre batteur, Yann (Ménage), a un autre groupe qui s'appelle Unicorn Blaster où le guitariste maîtrise ce type de chant et je lui ai proposé de l'inviter sur deux titres et donc il y a un peu de growl. A la base toutefois je voulais toujours une alternance en fait pour que je puisse faire le chant clair live et éviter de faire du chant guttural tout le temps. Même si il y a notre batteur qui s'entraîne à ça, et peut-être qu'à terme il va remplacer notre guest sur l'album et rajouter des petits cris.


Il n'y a pas de volonté de faire un rapprochement total avec Opeth



Tu es un fan d'Opeth, souhaites-tu suivre leur parcours musical à l'envers eux qui ont commencé par des disques avec beaucoup de growl pour évoluer vers un rock progressif très 70s pour pouvoir récupérer les fans éplorés de la première période du fameux groupe suédois ?


(Rires) Non, il n'y a pas de volonté de faire un rapprochement total avec Opeth, c'est juste que j'ai découvert le rock progressif avec Porcupine Tree et Opeth qui a un son et une ambiance particuliers. Alors au début quand j'ai écrit mes premières démos à la même période, c'était trop typé et j'ai enlevé des trucs car je trouvais cela trop cliché. Mais pour répondre à ta question, je pense que les groupes ont plutôt tendance à enlever au fil du temps le growl et non l'inverse, et donc je pense pas en ajouter sauf si je deviens un formidable technicien mais ce n'est pas mon projet...


Mais peut-être ton batteur...

Peut-être avec Yann, oui, mais je pense pas à si long terme. Je vois les choses au maximum à moyen terme et je sais la direction du second album, de là à me dire si je souhaite avoir plus de growl dans quelques années, je ne pense pas honnêtement. De toute façon l'obstacle numéro 1 pour ça c'est moi, vocalement si je l'avais senti je l'aurais fait...


Et si tu engageais un chanteur pour ça comme Melted Space ou Ayreon ?


Mais ça voudrait dire un mec qui fasse que ça... on va pas mettre une troisième guitare, tu vois ce que je veux dire. Donc il faudrait qu'il ait une place importante et donc écrire beaucoup de growl... Je ne pense pas. Après ça voudrait dire s'orienter vers du death, mais ce n'est pas trop l'orientation que je souhaite pour Altesia.


Au final, tu ne regrettes pas ton chant sur cet album ?


Pas de regrets mais une certaine frustration. Mais pour rebondir sur ta dernière question, il n'y a pas de pression sur ce sujet, c'est vraiment moi qui n'ai pas voulu. En plus j'ai conscience que c'est un chant qui ne fait pas l'unanimité, certains adorent, d'autres détestent. Donc au final si on reste sur du clean, on ne se mouille pas de trop même si il n'y a pas forcément de barrière dans le prog.





Tes influences sont assez nettes avec Opeth et Haken, toutefois tu n'hésites pas à ajouter des touches de funk dans 'Reminiscence' ou de jazz fusion dans 'Prison Child', quelles sont tes influences au-delà du prog ?


(Hésitant) Ça dépend de ce qu'on entend par prog. Je te parlais de Dire Straits, ce n'est pas forcément du progressif mais tu as un morceau comme 'Telegraph Road' qui dure 14 minutes qui peut s'y apparenter. J'aime à la base les musiques qui ne sont pas surfaites, pas trop immédiates encore que j'avais acheté au début une basse pour jouer du Steevie Wonder parce que j'adorais ça. J'adore le funk, le jazzy mais moins le pur ou le free jazz qui a tendance à partir dans tous les sens, mais plutôt le jazz fusion, rock. J'aime bien aussi les trucs comme Radiohead, je ne sais pas où les classer eux, la pop un peu perchée, osée.


Dans ce genre de prédilection, penses-tu qu'il y a encore à inventer ou transcender et t'en sens-tu les capacités pour le faire ?


Je n'aurai pas cette prétention, après je me dis qu'on a le sentiment qu'on est arrivé à saturation jusqu'à ce qu'un groupe sorte un album de nulle part et qu'on se dise ils ont leur patte à eux. Au final, on peut toujours faire des mélanges intéressants. Je cite par exemple Thank you Scientist qui mélange du rock metal prog avec des cuivres, ce qui apporte quelque chose de nouveau et ils sont quasiment les seuls à proposer ça.


J'essaye de m'en affranchir [Opeth, Haken, Dream Theater, Leprous] pour ne pas faire tout le temps la même musique. J'aime les groupes qui se renouvellent en gardant leur touche personnelle.



Donc toi tu t'appuies sur ces influences-là pour apporter ta personnalité en les transcendant ?

C'est difficile à te dire. Forcément ce qui ressort c'est du Opeth, du Haken, du Dream Theater, du Leprous parce que ce sont des groupes que j'ai beaucoup écoutés et forcément lorsque que je sors un riff c'est un peu connoté. J'essaye de m'en affranchir pour ne pas faire tout le temps la même musique. J'aime les groupes qui se renouvellent en gardant leur touche personnelle. Évoluer c'est toujours sympa je trouve...


Evoluer sans renier ce qui a été fait avant, c'est un peu le reproche fait à Opeth d'avoir inventé quelque chose et d'avoir rompu avec ça pour faire quelque chose qui a été déjà fait souvent avec ce rock progressif presque classique ?


Après je pense aussi du growl de Mikael Akerfeldt où on se rendait compte qu'en live il éprouvait quelques difficultés par rapport à ça et je pense qu'avant tout ça faisait depuis les années 90 qu'il growlait et je pense qu'au bout de 20 ans et que tu commences à avoir 40 ans... Il avait dit déjà que depuis 1995 il n'écoutait plus de death metal alors qu'il a continué à en faire jusqu'à 2007 de mémoire et l'album 'Watershed', je pense que c'est normal d'évoluer même si c'est regrettable car ils avaient créé cette niche et ils l'ont un peu laissée de côté, mais bon on a les anciens albums à écouter


Alors 'Paragon Circus' est un concept album....


On peut le dire, bien crasseux et poisseux (Rires).


Peux-tu nous en dire plus sur cette histoire aux paroles qui sont assez sombres ?


C'est une volonté pour moi que les textes soient mystérieux, je n'aime pas les textes qui sont trop évidents :"I Love you baby, I miss you..." très peu pour moi, sur du prog d'ailleurs ça se prête pas. Je n'aime pas trop les paroles où on comprend trop les histoires, je trouve que ça manque de retenue. J'avais envie à la fois de brouiller un peu les pistes et que chacun puisse faire sa propre interprétation. J'adorerais que quelqu'un vienne me dire un jour : "Putain sur 'Amidst The Smoke' j'ai vu une référence à la cuisine Turque, c'est incroyable, je ressens les épices de la Turquie', après tout pourquoi pas ? Il y a cette volonté d'avoir un concept un peu flou par les paroles mêmes. Le concept, je te le présente en deux mots c'est l'histoire de la destruction de l'homme par l'homme.


C'est très actuel...

C'est une vision un peu personnelle, j'ai l'impression qu'on arrive à la fin d'un cycle, on voit qu'il y a tellement d'écarts de richesse avec une société de consommation à outrance....


Ça a toujours existé ces écarts de richesse....


Oui, mais là on les voit plus avec les réseaux sociaux, les gens en discutent de cette société de consommation qui pousse à la compétition où tout le monde veut se prendre en selfie... En même temps, les gens se tuent à la tâche, ils s'oublient eux-mêmes, ce pourquoi ils sont faits parfois. Il y a plein de gens qui ne sont pas heureux alors qu'on se dit qu'ils ont leur maison, leur femme, leurs gosses mais ils vivotent et ne font pas ce qui les fait vibrer au fond d'eux. On a l'impression d'une société sclérosée...





C'est ce que tu veux : dénoncer dans cet album ?


Je ne sais pas si je le dénonce, mais j'en parle. Ce n'est pas un album de prog CGT... C'est l'idée de la pochette où on voit un personnage avec un voile sur le visage qui avance vers une zone d'ombre et il y a cette main qui maintient ce voile sur la tête. Continuons à avancer vers les méandres sans voir ce qu'il se passe autour de nous. Il y a quelques personnes qui tirent des alertes mais beaucoup sont discréditées.


On a l'exemple avec Greta Thunberg qui alerte sur le réchauffement climatique et que l'on accuse d'être instrumentalisée...


Oui, et elle a un fort soutien médiatique. Toutefois l'album ne parle pas d'écologie car c'est un thème très courant aujourd'hui dans les textes, dans le metal c'est peut-être Gojira qui l'a lancé en premier, la conscience écolo date d'il y a 15 ans chez eux. Je ne voulais pas trop rentrer là-dedans même si j'ai bien sûr envie d'avoir une belle planète évidemment pour la transmettre à nos enfants, en respectant les espèces animales...


L'album s'ouvre sur une intro 'Pandora', très opethienne, c'est une référence à la boite de Pandore ?


Oui, tout à fait. Je savais ce que c'était et en fait, je ne m'étais jamais intéressé sur ce que c'était vraiment. En fait c'était une personne dans la Grèce Antique, Pandore, qui s'était vu confier une boite par les Dieux contenant tous les maux de l'Humanité, en lui disant de ne jamais l'ouvrir. Elle ne savait pas ce qu'elle contenait. Et comme les femmes sont un peu curieuses (Rires), elle l'a ouverte et donc la Mythologie nous explique que tous ces maux se sont répandus sur Terre depuis. Le mal vient de cette boite. Et je trouvais intéressant d'ouvrir l'album sur d'où vient ce mal avec un petit côté métaphorique. Il y a très peu de paroles, mais ça parle de ces maux et la dernière phrase que vous entendez, reprise dans 'Cassandra's Prophecy' c'est  : "Hope will remain" (l'espoir demeurera), qui fera la transition avec le second album.


Ce titre sonne toutefois très différent par rapport aux autres titres, pourquoi un tel choix ?


C'est un morceau écrit en 2017, j'étais en Nouvelle-Zélande avec ma femme, on avait fait une trève de 6 mois avec la France, on voyageait en van de ville en ville et on s'était fait des amis à cette occasion. Un jour, je crois pour mon anniversaire, mais j'en suis plus sûr, ils sont arrivés avec une guitare classique pour le l'offrir. C'était tellement adorable de leur part que du coup je jouais tous les jours dessus. J'ai écrit donc ce morceau sur une guitare classique et à la base ça devait être qu'un instrumental et puis en la réécoutant, j'ai ajouté quelques petites paroles car j'avais le sentiment qu'il manquait un tout petit truc pour que ça le fasse.


Dans cet album il y a des interventions qui donnent du relief au projet, le growl on en a parlé, le violon, le sax avec des moments plus sombres alternant avec des passages lumineux, c'est presque une sorte de parcours et d'histoire avec plusieurs intervenants, est-ce que pour le futur tu en incorporeras plus affirmer ta personnalité, quitte avec la notoriété que t'apportera ce premier album, à avoir plus d'invités ?


Never say never ! Après, j'ai envie que les projets soient retranscrits de manière assez fidèle en live, donc on va dire que quand tu as un solo de sax ou de violon, on l'aura pas sur scène mais ce seront nos musiciens qui joueront en live avec des solos. Il y aura un petit côté exclusif sur l'album. Après je n'ai pas envie que ce soit... comme, tu vois, le dernier United Progressive Fraternity qui est très bon mais il y a 50 personnes dessus et pour du live je suis curieux de savoir ce que ça va donner. En fait je ne compose pas de cette manière mais pour 'Prison Child' le passage du violon, je me suis dit : «là j'en vois un». Quand j'ai pensé au passage funky de 'Reminiscence' j'ai pensé à mes influences funk et l'idée du saxo a émergé, et la fin de 'Hex Reverse' puissante, le growl était pertinent. En fait c'est plus des trucs comme ça, comme des ingrédients qui viennent comme ça. Pour le second album, j'ai l'idée de mettre du violoncelle sur une chanson en particulier et on retrouvera du sax et du violon. Je ne me refuse rien si je peux.


Il y a beaucoup d'éléments porteurs d'espoir dans cet album notamment dans 'Prison Child' je ne sais pas ce qu'il en est ?


Cette chanson comme évoqué parle des personnes qui s'oublient, qui se sont fourvoyées et qui se sont trompées de chemin. On a tous en nous une part d'enfant et quand tu es enfant tu as souvent des rêves souvent inaccessibles comme celui d'être pompier, aller sur la lune, être musicien. je me souviens à 6 ans ma mère m'avait offert un petit magnéto sur lequel j'enregistrais ma voix, j'imaginais des pochettes et de sortir un album. Pour moi c'était un rêve. Et me suis dit, vas-y, réalise le ce rêve et je me dis que cette société se porterait peut-être mieux si les gens faisaient tout pour les réaliser. Choisir une carrière artistique c'est un énorme risque quand tu peux avoir un emploi fixe, un salaire régulier tous les mois.


Tu l'envisages, ça ?

Si ça se présente devenir professionnel, je considèrerai la question, ça reste le rêve ultime.


Je ne vais pas écrire un 'Dance Of Eternity' si je ne peux pas l'interpréter ensuite.



Tu as un titre qui fait 17 minutes, 'Cassandra's Prophecy" qui est très bien construit, comment as-tu réussi à trouver l'équilibre entre la technicité et la mélodie sans être boursoufflé comme parfois ont tendance à le faire certains groupes de metal progressif comme Dream Theater ?

Je ne suis pas quelqu'un de technique et je ne compose que des choses que je peux jouer. Je ne vais pas écrire un 'Dance Of Eternity' si je ne peux pas l'interpréter ensuite. Il y avait de toute façon l'idée de faire un très long morceau, j'aime beaucoup ces epic comme 'Octavarium', 'The Count Of Tuscany' et en même temps je sais qu'il y a des groupes qui veulent faire long pour faire long et je voulais absolument éviter cet écueil-là. Ce titre je l'ai pensé comme une synthèse de l'album avec des moments bourrins, d'autres plus calmes. Pour l'équilibre, j'aime les musiques dynamiques dans le sens «changeantes». Il y des groupes qui pendant 8 minutes t'envoient des trucs identiques, bien puissants qui te cassent les oreilles et au bout de ces 8 minutes passent à quelque chose de calme et là tu souffles, comme une respiration nécessaire. Je ne veux pas que lorsqu'on écoute mon album, les gens se disent «là, il y en avait besoin de cette respiration». Il faut que les choses soient renouvelées suffisamment pour aussi ne pas installer l'auditeur dans une sorte de confort en se disant «là j'ai compris» et distiller des surprises pour garder son intérêt.


Mais sur les 17 minutes il en faut beaucoup, n'as-tu pas peur alors à l'inverse d'être trop disparate ?


Oui, c'est difficile à dire en fait, c'est ce que je ressens moi. J'aime bien quand c'est un peu perché comme le début de 'Réminiscence', je vais essayer de creuser un peu pour le second album. J'aime bien perdre l'auditeur parfois pour le faire revenir avec des passages plus ouverts, plus clairs pour qu'il puisse raccrocher les wagons. Il y a un peu de ça dans 'Cassandra's Prophecy'.


Dans le metal il y a souvent le cliché de la noirceur et je trouve qu'on ne parle pas assez des bonnes initiatives.


Tu parles beaucoup du second album, il est déjà pensé ? Est-il déjà écrit et n'attends-tu pas le retour des gens sur ce premier album avant ?


En fait je l'ai écrit plus ou moins en parallèle du premier car j'avais énormément d'idées en tête. J'ai gardé des compositions de côté pour ne pas faire un premier album d'une heure et quart. Du coup il y a une base déjà écrite et je ne sais pas si j'en sortirai la moitié. Après je ne voulais pas non plus trop m'avancer pour attendre comme tu le soulignes les retours sur ce premier album sans pour autant mettre dans mon second album tout ce qu'ils ont aimé. Et pour revenir à une précédente question, est-ce qu'il y a de l'espoir, ce sera le sujet de ce second album, le premier album étant un focus sur le côté sombre de l'homme. Il sera porté sur l'aspect créateur de l'homme, ce qu'il peut faire de bien. Dans le metal il y a souvent le cliché de la noirceur et je trouve qu'on ne parle pas assez des bonnes initiatives.


Si cet album semble si bien avancé, pourquoi ne pas avoir sorti d'emblée un double album ?

J'y ai pensé, mais franchement l'air actuel va dans la direction de propos plus court, voire maintenant des EP, tellement que ça ne m'étonnerait pas que d'ici 10 ans ce soit devenu la norme. A cause d'une part des coûts de production mais aussi car les maisons de disques ne souhaitent plus attendre que l'artiste mette 2 ou 3 ans pour enregistrer. Je n'avais pas envie de partir sur 1h40 de musique et donc j'ai préféré laisser maturer ces compositions.


Et musicalement va-t-il suivre ce thème plus positif ?


Je ne vais pas faire du happy metal, il y aura un lien avec "Paragon Circus". Ce sera plus du côté des paroles où cela se traduira.


Au niveau des paroles ? Or aujourd'hui, les gens n'y attachent pas trop d'importance, est-ce que tu as conscience de ça ?


Oui, en effet !





Ils s'attardent plus sur un ressenti d'ensemble et on n’écoute plus la musique comme avant, est-ce que tu vas vers plus d'émotion dans le ressenti d'ensemble ?

Il y aura plus de passages lumineux peut-être sur ce second album, pourquoi pas. Après, pour moi les paroles sont très importantes et dans ce style de musique (le genre progressif), je pense que les gens s'y attardent. Je déteste lire des textes mielleux. J'écris avec un dictionnaire sur mon ordi et j'essaye d'enrichir mon propos. Ca m'aide aussi à progresser pour mieux parler anglais car j'aime cette langue. Et puis si des auditeurs s'y attardent, j'ai envie qu'ils disent que je les ai travaillées.


Alors cela serait aussi plus valable à l'étranger qu'en France, as-tu aussi conscience que cet album à plus sa chance à l'étranger qu'ici ?


La France c'est minuscule par rapport au reste du monde donc forcément c'est plus simple d'avoir un succès. Surtout à l'heure des réseaux sociaux et Youtube... alors certes ça fait beaucoup moins de vente d'albums mais d'un autre côté ça donne une visibilité qu'on ne pouvait pas avoir avant. En uploadant sur Youtube, le lendemain tu lis des commentaires de gens qui t'écrivent de Suède... En te disant j'adore, ça c'est génial. Donc oui, il y a plus de chance que ça marche à l'étranger et j'axe ma com' en ce sens pour que ça se répande.


Alors tu serais ravi de faire un concert à Londres, Stockholm... ?


Ce serait génial si l'occasion se présente. Une tournée avec un groupe plus gros pour faire sa première partie ou dans le cadre d'un festival, ce serait fabuleux de voir tous ces groupes que j'aime. C'est un appel passé (Rires).


L'album est sorti en digital depuis 4 jours, as-tu déjà des retours positifs ?


C'est encore très frais et il n'y en a pas encore beaucoup.


Est ce que les retours vont conditionner la suite de l'aventure Altesia ?

Tu veux dire par là si les autres membres vont rester ? Alors pour moi non, ça ne conditionne pas, je fais de la musique parce que j'ai quelque chose à dire et je suis content si il y a un mec qui m'écoute au fin fond de la Biélorussie ou même mes parents (Rires). Je le fais car j'ai envie de le faire. Mais après, comme on est dans une démarche de professionnalisation, peut-être qu'effectivement certains des membres nourrissent des espoirs dans ce groupe, et si jamais ça évolue pas dans quelques années peut-être qu'ils quitteront l'aventure mais pour l'instant on ne s'est pas encore projeté. Il faudra qu'on se réunisse après pour en parler mais en tout cas on est contents du résultat, on a différé la sortie pour travailler la production et faire un son aux petits oignons...


Justement, vous deviez enregistrer en studio professionnel, ça n'a pas pu se faire...


Oui, pour des raisons d'emplois du temps car certains travaillent, d'autres ont des horaires particuliers et différents et être en studio ça signifie être H24 tous ensemble à un endroit bien précis, ce qui était compliqué. On a fait notre première répétition je te rappelle en février 2019 et en fait on a directement bossé sur l'album en ne se connaissant pas de trop, c'est venu au fil des rencontres. Ce n'est pas évident avec 2 mois de groupe de booker 2 semaines de studio. Après, dans la mesure où c'était mon projet solo, l'argent venait de moi et du coup un studio ça a un coût et avec ça j'ai du acheter du matériel pour la scène (guitare, pédales...), au final le budget se réduisait comme peau de chagrin et comme Yann qui a produit l'album de son groupe Unicorn Blaster avait acquis une bonne expérience, on a échangé et il a bien voulu coordonner les enregistrements, s'occuper du mixage et du mastering ce qui permettait de m'alléger des finances. Au final, c'est pas plus mal pour un premier album car ça nous a soudés, tout le monde s'est impliqué, Alexis surtout dans la production pour avoir le meilleur son de guitare possible avec plusieurs points par téléphone où il m'expliquait ses modifications. Je suis curieux de savoir ce que ça aurait donné avec un enregistrement studio mais...


Tu peux être satisfait du travail accompli...

Ah oui, entièrement. Ça apprend à se débrouiller aussi par soi-même et pas se reposer sur un ingé son derrière sa cabine et lui confier les clés du camion pour qu'il s'en débrouille.


Pour cet album tu es passé par 'le pot commun' (crowdfunding), pour le prochain tu envisages cette démarche qui avec une notoriété acquise par ce nouvel album pourrait entrainer plus de moyens ?

Il y aussi le fait que pour ce premier financement on a eu 100% de donateurs français. Alors oui, ça venait à la base de gens que je connaissais puis avec des gens qui m'ont trouvé sur les réseaux sociaux. Je les en remercie car c'est aussi grâce à eux que cet album est sorti. Et maintenant quand je regarde les réactions sur Facebook qui sont des personnes situées à l'étranger, je me dit que ça pourrait encore plus marcher un financement participatif. Après, à voir, car j'ai tout financé et vu qu'on est dans une démarche de groupe, est-ce qu'il va y avoir avec les concerts un peu plus de rentrées d'argent, mettre cet argent pour un studio, de la com', un graphiste... pour l'instant il est un peu tôt pour en parler. Donc pourquoi pas, sauf si on a un label d'ici là ! Je vais leur envoyer l'album pour leur faire signe et si un veut nous signer, on répondra présents.


Ton but alors avec cet album c'est d'avoir une première marche vers la professionnalisation ?

Oui, car on se rend compte que tout ce qu'il y a autour de la musique est chronophage, com', logistique... tout cela prend du temps sur l'écriture et la composition, chercher des dates pour des concerts et quand on aura un gars qui nous déchargera de ça se sera bien mieux, bon pour l'instant on ne pourra pas le payer mais après... On fera alors un financement participatif pour lui payer son salaire (Rires).




Est-ce que tu ressens une certaine pression pour ce second album avec ce 'Paragon Circus' plutôt réussi ?

Je crois qu'il faut redescendre un peu de tout ça, car depuis toujours j'avais ce rêve de sortir un album, il est devenu réalité. Quand tu vois que des mecs te commandent l'album, des t-shirts alors qu'ils sont dans un autre pays, que tu les as jamais vus... tu te dis c'est dingue. Quand un pote te dit «j'ai vu que Altesia a sorti un album car des mecs en discutent sur Reddit» en seulement un jour... Il faut faire retomber tout ça, je ne vais pas lire tous les retours au début pour ne pas me griser et après prendre des distances, rentrer dans ma bulle, m'allonger sur le lit avec les pantoufles aux pieds et ma guitare. Il faut prendre du recul pour rester les pieds sur terre, je ne veux pas m'enflammer du tout, surtout que ce n'est que le début.


De l'aventure qu'on te souhaite longue. Merci beaucoup.

Merci à vous.


... et merci à Newf pour sa contribution.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/altesiamusic/
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