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DELIVERANCE (28 JANVIER 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
BLACK METAL

Plus de deux ans après "Chrst" qui encore hante les nuits de nos chroniqueurs extrêmes, Deliverance est de retour avec le très attendu "Holocaust 26:1-46". Music Waves avait rendez-vous avec sa tête pensante Etienne Sarthou pour faire le point...
STRUCK - 21.02.2020 - 9 photo(s) - (0) commentaire(s)
A l'occasion de cette longue et riche interview, il sera notamment question de l'évolution musicale du groupe d'un black metal presque "cliché" comme Etienne Sarthou l'avoue lui-même vers un black metal plus harmonieux : porte vers un black metal sans moment brutal ? L'avenir nous le dira... En attendant, le groupe déjà programmé pour l'édition du Hellfest 2020 nous annonce déjà un show visuellement fort !


Nous nous étions quittés à l’issue de notre interview d’Août 2017 pour la promo de "CHRST" sur votre volonté de faire un maximum de concerts et faire connaître le nom de Deliverance. Quel est le verdict deux ans et demi après ?

Etienne Sarthou : Je pense qu’on a bien commencé à faire connaître le nom de Deliverance mais on n’a clairement pas assez fait de concerts, c’est toujours le plus dur de réussir d’avoir le réseau qui te permet de tourner un maximum.


Je ne suis pas quelqu’un de réseau, je suis quelqu’un qui fait de la musique ! Aujourd’hui, on demande aux musiciens d’avoir huit métiers en même temps...




Comment expliques-tu cela car même si tu es toujours aussi sémillant, tu n’es pas le perdreau de l’année pour autant ?

Je ne suis pas quelqu’un de réseau, je suis quelqu’un qui fait de la musique ! Aujourd’hui, on demande aux musiciens d’avoir huit métiers en même temps : graphiste, ingénieur du son, community manager, tourneur…
Il y a des choses que je fais bien et d’autres pour lesquelles j’ai toujours eu du mal à me mettre.
En plus dans ma carrière musicale, j’ai toujours eu la chance d’avoir des gens qui faisaient ça pour moi en tant que tourneur.

Créer un réseau de base qui plus est dans un milieu un peu plus pointu que celui dans lequel j’évoluais avant, ce n’est pas forcément facile, ça prend du temps, on fait les choses petit à petit et c’est pour ça d’ailleurs qu’on est contents de réussir à décrocher une participation au Hellfest assez rapidement, finalement. Sans avoir fait énormément de concerts, à nos yeux, ça prouve que ce qu’on fait, que ce qu’on propose artistiquement est de qualité…
Je pense que les gens commencent à savoir qui nous sommes et ça, c’est déjà très positif !


C’est à chaque fois une nouvelle page qui s’ouvre !



Au moment de l'enregistrement de "CHRST", vous aviez assez de matériel pour offrir un double album mais vous y aviez renoncé. Est-ce que certains titres issus de cette époque ont fini sur "Holocaust 26:1-46" ?

Aucun ! Je déteste faire du neuf avec du vieux ! J’ai énormément de titres que je n’ai pas utilisés. Il y en a également beaucoup pour "Holocaust" que soit je n’ai pas proposés au groupe, soit nous n’avons pas tous validé ensemble…
C’est à chaque fois une nouvelle page qui s’ouvre ! Quelques soient mes projets, je ne prends jamais du vieux pour faire du neuf. Quand j’ai terminé un album, je sens à chaque fois qu’il y a une nouvelle page qui va s’ouvrir et cette nouvelle page ne s’écrit pas avec les pages du bouquin précédent.

Il n’y a donc que du neuf dans cet album. Et en général, il y a toujours un morceau déclic dans la composition de mes albums et pour cet album, en l’occurrence, c’était ‘Saturnine’ qui est le premier titre de l’album.


Justement, nous avons lu et tu le confirmes que 'Saturnine' a été votre base de travail mais dans quel sens : est-ce le genre de titre qui vous a ouvert de nouveaux horizons musicaux ?

C’est exactement ça ! Je ne peux pas te dire si c’est le premier titre que nous avons vraiment validé -parce qu’on a bossé sur plusieurs titres en même temps- mais en tous cas quand j’ai proposé ce titre et qu’on a commencé à le jouer ensemble, j’ai senti ce que je pressentais à savoir que c’était le titre qui commençait à donner la couleur du disque : c’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on l’a mis en premier.
Cet album est plus contrasté que le précédent : il est plus mélodique tout en restant très heavy, très metal, avec une ambiance black metal mais on commençait à avoir d’autres éléments qui viennent se greffer à notre musique : des éléments plus rock, indie rock… des ruptures entre Tame Impala et Pink Floyd, Radiohead… des touches qu’on n’avait pas sur l’album précédent qui était volontairement plus monolithique…


J’ai toujours considéré que les riffs de Morbid Angel étaient des riffs de sludge, doom mais joués avec une batterie rapide


On parle influences… si je te dis que j’entends du Gojira notamment sur certains breaks comme celui de ‘God in Furs’ …

C’est plus le hasard. Gojira n’est pas un groupe qui m’influence, en revanche, je partage beaucoup de bagages communs avec eux c’est-à-dire Morbid Angel est quelque chose de très important pour Gojira et pour moi.
Et oui, j’ai clairement des riffs à la Morbid Angel mais j’ai toujours considéré que les riffs de Morbid Angel étaient des riffs de sludge, doom mais joués avec une batterie rapide. Moi, j’aime jouer ces trucs très lentement et les tirer vers le bas parce que de toutes manières, on ne pourra jamais aller aussi vite que Morbid Angel, ça n’a aucun sens d’essayer de battre ses maîtres : on peut juste le faire de façon détournée (Rires) !

Nous avons donc cette couleur -Gojira a développé un côté mélodique sur leurs derniers albums- et la mélodie a toujours fait partie de moi et donc dans un cadre plus metal, plus extrême, nous avons probablement des points communs même si nous jouons à deux à l’heure (Rires) !


Maintenant que nous avons posé les bases, nous nous sentons capables d’exploser le cadre




Tu parles beaucoup de couleurs, tu indiques notamment que cet album est plus coloré que le précédent. Lors de notre précédente interview, Pierre souhaitait que nous évoquions le visuel auquel vous accordez de l’importance sachant que celui véhiculé par l’album "Holocaust 26:1-46" -plus coloré dans le son selon toi- est plus sombre que celui de "CHRST". Etait-ce une volonté ?

Non, c’est un peu de hasard dans nos choix. Sur le premier album, nous voulions affirmer musicalement un truc clair inscrit dans quelque chose de presque cliché et maintenant que nous avons posé ces bases, nous nous sentons capables d’exploser le cadre et de commencer à le faire vraiment évoluer.
Visuellement sur le précédent, on trouvait super intéressant de proposer une sorte de Yin et Yang en proposant un visuel un peu étrange où on ne sait pas où on met les pieds. Je n’aime pas mettre mes œufs dans le même panier. Nous avions une pochette plus claire, plus lumineuse mais finalement hyper dark quand tu regardes précisément : elle est hyper sombre mais les couleurs ne l’étaient pas et j’aime beaucoup ce contraste étrange qui oblige à réfléchir.
Et dans le dernier album, on a clairement des moments qui sont vraiment lumineux à mes yeux et avoir un visuel extrêmement froid, extrêmement dur mais en même temps, toujours très artistique : c’est hyper important pour nous. Quand notre graphiste nous a proposé cette pochette, j’avais autant l’impression de voir un album d’électro dark que d’un album potentiellement black metal. Je trouve ça intéressant : peu importe le décorum, c’est le postulat de base, le fond qui m’importe ! En voyant cette pochette, on a été tout suite enthousiastes en se disant que c’était vraiment notre album.
Et puis, c’est bien, on varie ! Le premier EP avait une pochette sombre, le premier album, une pochette claire, le deuxième album, pochette sombre… peut-être que le prochain aura une pochette claire !


Sans transition, avec Pierre, vous êtes présentés comme les têtes pensantes de Deliverance. Quel est l'apport de Fred et de Sacha ?

Alors maintenant, ils font vraiment partie du groupe. Je t’en parlais un petit peu tout à l’heure, par exemple, il y a un titre que j’ai proposé et que Pierre aimait vraiment bien. On l’a joué plusieurs fois mais à chaque fois, Sacha disait qu’il ne le sentait pas. J’ai donc dégagé le titre ! C’est te dire à quel point, j’accorde du crédit aux gens avec lesquels je joue de la musique. Ce que je propose comme titre, je ne le fais pas que pour moi, je le fais pour que ça plaise au groupe, qu’on évolue ensemble, qu’ils le comprennent, le fassent évoluer au travers d’une pépinière d’idées qui se mettent en place… Même si par moments, j’arrivais avec un titre terminé du début à la fin, j’ai besoin qu’on joue ensemble, qu’ils me donnent leurs sentiments…


… sachant qu’ils devront le défendre sur scène finalement…

Exactement ! Il faut que ça nous plaise à nous tous pour qu’ensuite, ça puisse rayonner et plaire aux gens qui nous écoutent !
Leur regard sur ce qu’on leur propose est fondamental : il faut que ça plaise ! Dans le cas contraire, on en discute et on essaie de trouver des solutions…


A l’inverse, Julien Hekking ne fait plus partie du groupe. Penses-tu continuer à quatre ou songes-tu à recruter un second guitariste ?

Non, il faudrait même que nous soyons six ! On a fait l’album à quatre. Il faut qu’on soit cinq on a d’ailleurs trouvé notre second guitariste qui s’appelle François (NdStruck : François Desmoulin) et qui est un jeune homme qui répétait dans le même local que nous et que je croise régulièrement depuis longtemps. C’est un musicien à la fois batteur et guitariste…


Ah ? Ça me dit quelque chose !

(Rires) C’est effectivement un profil qui m’intéresse ! Il a une très, très vaste connaissance de la musique et qui a plutôt évolué dans un milieu indie, électro mais qui a une connaissance du metal : il peut te parler de Meshuggah et ensuite de trucs pointus dans l’indie rock ! Et ça, ça me parle !
On a donc trouvé quelqu’un qui est hyper intéressant et qui va pouvoir nous apporter plein de choses en textures et en nouveautés… à l’avenir !


C'est donc le cinquième...


C’est le cinquième et il nous faut clairement quelqu’un que nous cherchons actuellement : il nous manque quelqu’un aux claviers, percussions… parce que tous ces éléments, nous ne pouvons pas les reproduire sur scène mais qui sont présents sur le disque -comme le tambourin…-  sont vraiment importants : ils donnent cette couleur plus rock, plus indie… des éléments qui ne viennent pas du metal !
Nous voulons vraiment quelqu’un qui ait ce rôle d’homme à tout faire et Dieu sait que ce rôle est important. Je prends l’exemple de Deftones, à partir du moment où le mec aux machines est arrivé (NdStruck : Frank Delgado), ça a clairement apporté une dimension supérieure à mon sens et si tu l’enlèves, il manque des trucs aux morceaux ! Ce n’est pas un membre accessoire, c’est vraiment un membre important !


Pour le coup, pour ce nouvel album, as-tu abordé le travail autour de la guitare d'une manière différente ?

J’ai toujours été seul guitariste sur les disques de Deliverance. Julien n’a pas participé aux albums, il faisait la scène avec nous, il répétait régulièrement !


Ça n’a donc rien changé pour l’enregistrement, c’est juste la retranscription scénique qui change ?

Exactement ! En revanche, ce n’est pas une volonté de ma part de monopoliser tout ça.
Par exemple, quand les morceaux ne sont pas de lui, Julien a cette capacité dans son interprétation d’apporter ce petit truc qui fait que même si ton idée reste la même, il y a une vision, un son différent… C’est quelque chose auquel je suis très ouvert.
Mais il était clair que Julien n’allait pas participer à l’album, on savait qu’il n’allait pas continuer avec le groupe : j’ai donc fait l’album tout seul, j’ai expérimenté tout seul puis avec la participation de mes petits camarades qui ont validé à peu près tout ce que je leur ai proposé…
Mais clairement, j’aspire à avoir quelqu’un qui peut justement apporter non pas forcément des compos -parce que ça prend du temps de créer une vision artistique et de la partager avec quelqu’un- mais en tout cas, une réinterprétation. D’ailleurs, pour les titres de ce nouvel album, notre nouveau guitariste François a déjà des réinterprétations légères mais qui font qu’il y a déjà des petits changements par rapport à l’album : ça change un peu et c’est ce qui est intéressant !


Cette ouverture qui a sur "Holocaust" n’est seulement que le début ! [...] J’ai envie de créer un voyage harmonieux !




Avec 'Nature Morte' ou 'Derrière la Poussière' (par exemple), as-tu le sentiment, non pas de faire partie d'une famille mais de travailler le genre (chacun à votre manière) en l'ouvrant à d'autres styles, le sludge ou le post rock notamment ? Le fait que vous fassiez appel à Magnus Lindberg (Cult Of Luna) pour masteriser vos albums, semble confirmer votre appétence pour ces genres-là...

Tout à fait ! D’ailleurs, pour moi, cette ouverture qui a sur "Holocaust" n’est seulement que le début ! Je nous sens capable d’instiller une ouverture plus grande et d’aller encore plus loin dans la confrontation d’éléments qui me paraissent tout à fait compatibles contrairement à Mr Bungle, nous ne sommes pas là pour choquer les gens. J’ai envie de créer un voyage harmonieux !

Ça peut paraître choquant mais j’entends vraiment des ponts entre Morbid Angel et Radiohead ! Je ne peux pas t’expliquer pourquoi mais c’est totalement compatible si tu trouves l’angle qui fait que tu crées les ponts entre tout ça et que tu fais toutes ces transitions de manière non pas abrupte mais que tu arrives à faire le lien entre tout parce que finalement, à la base, tout ça reste du rock’n’roll ! Tout le monde voit des niches, moi je ne vois que du rock’n’roll et même de manière générale, de la musique ! Il y a un lien entre le post-rock, post-black metal avec des trucs comme le jazz scandinave comme E.S.T (NdStruck : Esbjörn Svensson Trio). Je reste persuadé que Johannes (NdStruck : Johannes Persson) le guitariste/ chanteur de Cult of Luna a écouté du E.S.T, il n’a pas écouté que du Neurosis (Sourire)…

Je vois donc clairement des liens entre toutes ces choses et c’est justement comme ça qu’on fait avancer la musique. Je trouve qu’avec cet album, nous nous sommes clairement ouverts des portes ! On s’en parle souvent entre nous, on sait qu’on n’a plus de limite dans les émotions qu’on peut exprimer dans notre musique qui sera forcément moins monolithique.

On va clairement se laisser moins de barrières. On voulait vraiment affirmer un truc sur nos deux premiers enregistrements. Aujourd’hui, on se sent capables d’explorer d’autres choses qui nous paraissent compatibles tout en continuant d’affirmer ces bases.


Je me permets d’aller vite avec Deliverance parce que ça fait 20 ans que je fais de la musique [...] et maintenant, je suis totalement libre…



C’est justement la question que nous nous posions. Si vous arborez depuis vos débuts des traits propres au black metal, notamment une froideur très scandinave et cette âpreté bouillonnante, vous avez cependant toujours cherché à cultiver votre différence. Comme tu l’as dit juste avant, avec "Holocaust 26:1-46" vous allez encore plus loin en offrant un visage plus expérimental mais vous êtes-vous posés des limites malgré tout ?

La seule limite qu’on se fixe est de sentir si ça nous plait.
Je te parlais de passage lumineux. Oui, j’ai envie d’aller encore plus loin dans la subtilité de ces moments qui sortent du cadre metal plus extrême qui en général évoque quelques émotions très claires : la colère, le côté sombre, torturé… Nous avons cela en nous et ce n’est pas une posture -Pierre est clairement quelqu’un d’habité- mais on assume clairement notre part de lumière et il ne faut pas en avoir peur, au contraire, je trouve que c’est moins dans la posture et beaucoup plus adulte.
Et je me permets d’aller vite avec Deliverance parce que ça fait 20 ans que je fais de la musique -je ne me sens pas au début de mon parcours musical- j’assume tout ce que je fais depuis longtemps et maintenant, je suis totalement libre… et ceux qui m’accompagnent aussi !


Tu dis que tu es libre maintenant. Est-ce que cela signifie que ce n’était pas le cas auparavant ?

Quand tu as 20 balais, tu n’es pas libre ! Tu as vachement plus envie de coller à un style. Tu le vois bien quand tu as 20 balais, tu ne t’habilles pas de la manière que quand tu en as 40 et que tu es vraiment libre. Aujourd’hui, je suis vraiment libre : je n’ai pas la contrainte d’avoir un métier plus classique qui me contraindrait à certaines choses… Je fais vraiment ce que j’aime : je fais de la musique à 100% ! Je suis 100% moi-même dans ce que je fais aujourd’hui et c’est une énorme chance !


Je pense avoir assez de recul et j’espère assez de sagesse pour bien savoir différencier mes projets



Aujourd’hui… mais par le passé ? Par exemple, dans AqME t’imposais-tu des limites ?

Pas depuis très longtemps ! En revanche, je respecte et je suis le garant de la personnalité d’un groupe. Même dans AqME, je pouvais faire énormément de choses différentes -on pouvait aller très loin- comme Deliverance, mais sous un prisme différent.
Je pense avoir assez de recul et j’espère assez de sagesse pour bien savoir différencier mes projets. Je n’écris pas du tout de la même manière dans mes différents projets quand bien même, il y aura forcément des points communs, c’est obligé : il y a moi en dénominateur commun et forcément, j’imagine qu’on doit reconnaître ma patte sur tel ou tel truc.

Mais non, il n’y a pas de limite mis à part le fait qu’il faut que ça nous ressemble en tant que collectif et que ça nous plaise !


Pas de limite mais le résultat est aussi déroutant que surprenant à l'image de la dernière partie de 'Makbenach', posée et hantée par un chant clair ou de 'Holocaust' qu'enjambe un pont très floydien avant de s'engluer dans une terre presque post-hardcore... A-t-il été difficile d'imbriquer toutes ces influences, toutes ces idées ?

Non, non, non… Ça s’est fait sur une période de temps assez conséquente : je pense qu’on a écrit pendant à peu près un an et demi. Quand les titres ont été validés en répétition, il y a eu un vrai travail en studio pour donner la couleur qu’on voulait à ces morceaux et donner une dimension supplémentaire à ces idées qui étaient à la base assez brutes. Je pense par exemple à l’intro de ‘The Gyres’ qui est clairement de l’électro indie rock à la Tame Impala -même si ça ne ressemble pas à Tame Impala mas dans la philosophie c’est à peu près ça. De base, c’était juste une intro à la guitare avec du chant et le travail en studio à rajouter des arrangements à la guitare, un loop de batterie qu’on a fait avec des sons hyper organiques et ça donne un truc très indie rock… Et quand j’ai présenté à Sacha et Fred, ils ont trouvé ça génial ! Ça explore de nouveaux horizons et en même temps, quand le titre démarre et arrive d’un seul coup sur le truc heavy, on n’a pas l’impression que c’est télescopé ou que c’est incongru. C’est exactement l’ADN de ce que je souhaitais faire sur cet album et que je souhaite faire encore plus à l’avenir.


L'album est très agressif et sonne aussi très black, témoin ‘Sancte Iohannes' qui aurait toute sa place sur un vieux Mayhem...  

On peut me comparer à plein de trucs : ça ne me dérange absolument pas et peu importe que ça fasse partie ou pas des groupes que j’aime.
En l’occurrence, Mayhem est un groupe majeur du black metal j’en ai écouté dans les années 1990 mais ça ne fait pas partie des favoris ou ceux qui m’ont le plus marqué mais clairement, on peut entendre ça sachant que les gens projettent toujours leurs propres bagages dans ce qu’ils entendent… Je n’ai donc absolument aucune envie de contredire les gens qui entendraient du Gojira, du Morbid Angel, du Darkthrone, du Tame Impala, du Pink Floyd… ils ont tous raison sauf si on me sort j’entends du Chantal Goya, pour le coup, je trouverais ça un peu bizarre (Rires) !


Insaisissable me parle parce que ça signifie qu’on peut avoir plusieurs cheminements… J’essaie toujours de proposer quelque chose qui va surprendre mais pas forcément choquer !




Mais finalement aucun titre n'emprunte vraiment le chemin qui semble lui être promis. C'est le cas par exemple de 'God In Furs' dont les blasts cèdent ensuite la place à une progression plus reptilienne. Difficile d'accès, l'album est insaisissable. Est-ce que ce n'est pas ce qui le résume le mieux ?

Tu as mis un mot auquel je n’avais pas pensé et qui me plait énormément : insaisissable ! Insaisissable me parle parce que ça signifie qu’on peut avoir plusieurs cheminements… J’essaie toujours de proposer quelque chose qui va surprendre mais pas forcément choquer ! Je citais Mr Bungle : ce peut être choquant d’entendre de la world music coupée par un passage à la Morbid Angel. Ce n’est pas mon idée : j’ai envie de proposer un voyage harmonieux quitte à un moment à ce qu’on tombe du haut de la montagne pour se retrouver en bas dans une rivière. Je prends des images parce qu’il y a un côté assez cinématographique dans l’image que j’ai envie de développer avec Deliverance. Il y a par moments des cours d’eau qui vont à droite, à gauche mais par moments, arrivé en haut, j’ai besoin de tomber…

Pour moi ‘God in Furs’ est hyper intense dans les 3 ou 4 premières minutes -je ne peux pas aller plus loin dans l’intensité- j’ai envie de couper net et d’un seul coup, faire un truc très Pink Floyd vraiment "Meddle", vraiment ‘Echoes’… et d’être complétement dans l’apaisement et en même temps, être un peu dans la tension : un mélange où on ne sait pas exactement quel sentiment qu’on peut projeter -d’ailleurs, selon notre état d’humeur, on peut projeter différents sentiments à ces moments… C’est la raison pour laquelle ces moments sont les plus passionnants dans la musique. Quand on comprend clairement un sentiment, c’est très immédiat et c’est chouette mais tous les moments entre ces passages qui sont des méandres sont les plus passionnants à mes yeux.

Donc oui, j’ai envie de proposer un truc comme ça au même titre que quand on est dans ‘Makbenach’ -un titre hyper intense pour terminer- et qu’en fait, on termine de manière beaucoup plus apaisée mais en n’ayant pas complétement trouvé toutes les réponses à nos questions, ça me parle : en fait, pour moi sans le savoir -je ne sais pas du tout de quoi sera fait le prochain disque- cette fin c’est presque l’ouverture vers le prochain disque, je sens que c’est le pont vers encore autre chose !


Avec cet album, les gens comprennent que le black est un élément majeur de notre musique mais qu’il y en a beaucoup d’autres ! [...] Je pense qu’aujourd’hui, on peut tout à faire un album de black metal en n'ayant pas un seul moment brutal



Pour résumer, on a l'impression que, plus que jamais, tu utilises le black comme un laboratoire propice à toutes les expérimentations ou les transgressions…

Bien sûr ! Au fond, je pense qu’avec cet album, les gens comprennent que le black est un élément majeur de notre musique mais qu’il y en a beaucoup d’autres ! C’est un des piliers mais pas forcément le pilier central sans lequel tout va s’effondrer. Je pense qu’aujourd’hui, on peut tout à faire un album de black metal en n'ayant pas un seul moment brutal : je pense que c’est envisageable ! Ça ne veut pas dire que j’y arriverai (Sourire) mais je pense que c’est envisageable d’arriver presque à faire de la pop expérimentale tout en étant vraiment black metal, ce que n’a pas forcément réussi à faire Ulver !


Après la musique, évoquons le titre de l'album. Fait-il référence au Lévitique ou bien, derrière lui, se cache-t-il une réflexion plus personnelle ?

J’aurais bien du mal à te répondre aussi précisément que Pierre sur le titre de l’album parce que c’est vraiment lui qui s’y connait dans ses écrits en revanche, je peux te parler de manière plus générale des textes. Il y a plusieurs lectures possibles de textes de Pierre.
En général, sous couvert d’une expression assez traditionnellement black metal -les thèmes religieux… et une critique de ce que les gens font de la religion, de la religion elle-même… il y a des textes qui traitent clairement de ça- il parle de son expérience personnelle et de sa vie !

Par exemple, ‘Saturnine’ est finalement un texte très peu religieux ! Quand il parle de "I crucified my own father", il a réellement crucifié son propre père qui est mort devant lui ! A un moment, il faut être très clair : c’est une métaphore pour exprimer quelque chose d’extrêmement concret ! Quand on a enregistré ce titre, il ne m’avait pas expliqué mais je savais très bien de quoi il parlait et comme je le connais et que je sais lire entre les lignes : j’étais seul en studio avec lui, j’étais dans un moment de lévitation un peu étrange. Je pense qu’on a dû faire une ou deux prises absolument magiques sur le couplet et tout le passage calme où il est en train de crier : ça m’a foutu les poils, j’étais au bord des larmes ! C’est l’essence même de ce qu’est la démarche artistique à mon sens !


Concernant cette démarche artistique, tu évoquais une musique cinématographique, faut-il voir un concept derrière cet album dans le sens où une même idée le traverserait ?

Je n’en suis pas certain mais en tous cas, il a voulu mettre plus de lui-même dans ces titres que dans l’album précédent qui était probablement plus sa vision de l’extérieur plutôt que ce qui avait à l’intérieur de lui. Aujourd’hui, il mélange vraiment les deux en brouillant les pistes : il y a des moments où même moi, je ne sais pas !
Et c’est ça qui est passionnant : beaucoup de gens peuvent projeter plein de trucs rien qu’en ayant cette première clé de lecture que j’ai donné sur ‘Saturnine’, il y a plein d’éléments par la suite qu’on peut réinterpréter chacun à sa sauce.
C’est ce qui est passionnant et c’est pour ça qu’il écrit des textes vraiment intéressants et pas juste inscrits dans une tradition…


On ambitionne de proposer quelque chose de visuellement fort malgré des moyens limités et on va le faire !




Comme tu l’as dit en début d’interview, "CHRST" vous a permis de passer une étape et faire connaître le nom du groupe, quelle est la prochaine que vous souhaitez atteindre avec "Holocaust 26:1-46" ?

Clairement les concerts et on souhaite vraiment proposer des concerts à notre échelle, avec nos moyens mais on veut proposer des concerts un peu spéciaux, créer quelque chose, qu’il y ait du visuel… On ambitionne de proposer quelque chose de visuellement fort malgré des moyens limités et on va le faire !
Au Hellfest, on va proposer un beau concert et même en plein jour (Rires) ! On veut vraiment proposer quelque chose de beau, poser des éléments qui font visuellement que les gens vont se dire qu’ils n’ont pas seulement vu un groupe sur scène mais un truc qui correspond pour ceux qui nous connaissent déjà à ce qu’ils attendaient par rapport à l’album, un truc fort qui rajoute quelque chose d’encore plus fin à notre musique, quelque chose d’artistique.
Pour moi, le plus important reste la musique mais quand tu as en plus une démarche artistique, visuelle qui se greffe à ça, c’est forcément une expérience encore plus totale et tu passes parfois des moments encore plus magiques ! Je trouve que ça correspond à ce que nous devons proposer avec Deliverance !


Des dates à annoncer ?

Oui, des dates déjà confirmées au mois de mai pour promouvoir l’album et en plus pour se préparer avant le Hellfest et on espère bien avoir des dates pour la rentrée prochaine : je n’en dis pas plus parce que nous sommes en train de bosser dessus mais oui, oui, j’espère rebondir et avancer…
Avec Deliverance, je préfère faire peu de dates mais avoir une salle qui nous permette d’avoir les éléments de décor, des choses jolies… plutôt que de faire ça dans un café concert où on ne pourra rien mettre et où effectivement ce sera jouer pour jouer… Ça m’embêterait un peu même si je sais qu’il y aura des plans comme ça ! Mais je veux proposer quelque chose d’un peu spécial !





On a hâte de voir ça… Merci, c’était un vrai plaisir !

Plaisir partagé, merci à toi !


Merci à Childeric Thor pour sa contribution...


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/deliveranceband/
 
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