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A PROPOS DE:

IGORRR (02 AVRIL 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
METAL FUSION

Igorrr jette un parpaing dans la mare pour Music Waves.
NEWF - 05.05.2020 - 3 photo(s) - (0) commentaire(s)

Confinement oblige, Gautier Serre a répondu aux questions de Music Waves par mail. Une interview où il est question de l'excellent sixième album d'Igorrr, "Spirituality And Distortion", mais aussi de cinéma et de poutre.


Si nous avons la chance de faire cette interview, elle n’est pas dans les conditions dans lesquelles nous aimons mener nos interviews c’est-à-dire en live de façon plus intimiste. Est-ce un exercice qui te déplait et si oui pourquoi ?

Oui, faire les interviews de manière générale, en live ou par écrit, je n’aime pas ça. Si je fais de la musique c’est justement pour exprimer quelque chose qu'il n’est pas possible d’exprimer avec des mots. Les interviews me demandent justement de faire ça. Je pense qu’on ne peut pas bien exprimer une musique avec des mots. Et à l’opposé, je pense qu’on n'exprime pas bien le sens d’un texte avec un instrument de musique. Par exemple, si tu veux la recette des falafels, tu ne va pas écouter un solo de guitare. Les interviews c’est un peu ça pour moi, essayer de mettre des mots sur quelque chose qui n’est pas vraiment descriptible totalement.





"J’ai vraiment tout donné sur cet album là, ça a été très très intense."


Ton actualité est l’album "Spirituality And Distortion" qui a reçu les louanges des médias de façon générale et de Music Waves en particulier (la chronique est à lire ICI). Cet album repousse une nouvelle fois les limites de la musique. Penses-tu que tu peux encore aller plus loin à l’avenir dans le mélange des styles ?

J’espère pouvoir aller plus loin ! Aujourd’hui, c’est sûr que non, la conception de "Spirituality and Distortion" m‘a tué. J’ai vraiment tout donné sur cet album là, ça a été très très intense. De toute façon, je ne sortirai pas de nouvel album tant que je n’aurai pas eu le sentiment d’arriver a quelque chose que je trouve mieux que "Spirituality and Distortion", quelque chose qui apporte un plus. Que ce soit dans le mélange des styles ou même autre chose. Pour que je puisse sortir de la musique, il faut que j’en sois satisfait à 1000% et qu’elle ait du sens pour moi. "Spirituality and Distortion" est vraiment un album qui reflète dans les moindres détails mon état d’esprit de ces dernières années et c’est un album dont je me sens incroyablement proche. Je ne pourrai pas sortir autre chose avant un petit moment je pense.


N’as-tu pas peur qu’au fil des albums, tes fans s’habituent à ton éclectisme et que ta musique devienne de moins en moins surprenante pour eux ?

C’est déjà ce qui se passe ! Certains fans ou journalistes ont une telle exigence d’être déroutés parce que « c’est Igorrr, alors il faut que je ressente exactement la même émotion déroutante que la première fois que j’ai écouté Igorrr, mais vu que je connais déjà le principe de cette musique cette fois ci, je ne vais pas me laisser surprendre ». C’est bien dommage parce qu’ils se bloquent eux-même. En enfermant Igorrr dans le style qu’ils veulent, ils s’empêchent eux-même d’apprécier tout ce qui diffère de ce qu’ils veulent entendre. Je fais la musique qui fait sens pour moi, peu importe ce que les gens vont en penser, je ne fais pas cette musique pour la leur vendre, mais juste parce qu’elle me fait vivre intérieurement.


"Tous mes morceaux sont très très écrits, et peaufinés au fil des mois et des années."


En règle générale, dirais-tu que ta manière de composer est instinctive ou au contraire plus réfléchie qu’elle n’y parait ?

Ma manière de composer est à la base très instinctive. Le premier jet du morceau, l’essence première de chaque morceau est très instinctive et primitive. C’est ensuite que les choses changent. Pour être capable de retranscrire le plus parfaitement et honnêtement possible ce sentiment, il faut un travail d’écriture super strict et très rigoureux, au service justement de cette sensation instinctive. Tous mes morceaux sont très très écrits, et peaufinés au fil des mois et des années. Chaque détail est pensé et repensé, chaque fréquence est analysée et retravaillée pour sublimer cette idée instinctive, comme une image que tu as eu un jour et que tu essaies de repeindre.





Sur l’album, il y a un morceau intitulé ‘Lost In Introspection’ ? Est-ce un titre autobiographique ?


C’est très autobiographique, oui. C’est un morceau que j’avais commencé à écrire il y a au moins 10 ans, et que j’ai réussi à faire enfin aujourd’hui avec les possibilités musicales que Igorrr m’a apporté. C’est un peu le voyage d’un esprit torturé, avec ses moments de calme, et ses moments de folie, folie qui ne vient pas de nulle part. On voit que la structure de la partie folle de ce morceau est très écrite elle aussi, très structurée et balancée, folie qui retombe sur ses pieds malgré tout. C’est un sujet très pesant et lourd à exprimer en musique, c’est pourquoi le langage musical un peu cinématographique pour ce morceau passe très bien, ça allège le propos et invite à faire partie de l’expérience.


"J’adore mixer les styles qui n’ont rien à voir, et encore plus quand ils sont carrément opposés."


Le metal musette de ‘Musette Maximum’ est-il juste un gros délire ou ta façon à toi de dire « je fais ce que je veux » ?


J’adore mixer les styles qui n’ont rien à voir, et encore plus quand ils sont carrément opposés, comme sur Musette Maximum où il y a du death metal et de la musette. Il y a plein de raisons pour lesquelles je voulais mettre un morceau comme celui-ci. La première raison est que dans l’album, lorsqu’on arrive sur 'Parpaing', on a bien l’image du chanteur George Fisher en tête, avec sa grosse voix légendaire. C’est très visuel, et lorsqu’on est plongé dans ce morceau, on a plein de choses en tête, toutes sortes de choses. Et l’accordéon, après avoir écouté George Fisher de Cannibal Corpse sur du 8bits, c’est la dernière chose que l’on voit venir, et c’est pour ça que l’enchainement des morceaux 'Parpaing' et 'Musette Maximum' est absolument parfait pour moi. La deuxième raison est effectivement que je ne fais pas Igorrr pour vendre des albums mais pour me faire plaisir musicalement, peu importe les répercutions commerciales que ça a, la seule et unique motivation est musicale. Donc mettre un morceau comme 'Musette Maximum' sur l’album, c’est un peu une piqûre de rappel : Igorrr a beau être signé sur un label comme Metal Blade Records et faire des tournées à travers le monde, si je veux mettre un morceau d’accordéon au milieu d’autres morceaux qui n’ont rien à voir, hé bien je le fais parce que ça me fait beaucoup rigoler et parce que c’est cool.


"Je veux que la musique arrive directement au cœur sans passer par l’intellect."


Tu as déclaré que le son des voix était plus important pour toi que la signification des textes dans les morceaux. A quand un album entièrement instrumental ?

Oui, dans Igorrr, je ne veux pas de texte, je trouve que ça "pollue" le message musical. Je veux que la musique arrive directement au cœur sans passer par l’intellect.  En fait, mes albums sont déjà entièrement instrumentaux. J’utilise la voix comme un instrument, et me concentre sur le ressenti qu’elle procure et non pour la signification pragmatique qu’elle pourrait avoir. La voix en elle-même, quand elle est bien chantée, transmet beaucoup de choses, tout autant qu’un autre instrument comme un piano ou un violon. La seule différence est qu’avec la voix on peut rajouter, si on veut, des mots pour avoir une autre portée, plus intellectuelle. J’ai choisi avec Igorrr, autant que possible, de ne pas utiliser ça, de ne pas détourner le message musical et de le laisser pur autant que possible. Il y a quelques exceptions dans Igorrr, notamment pour 'Parpaing', où on a dû écrire un texte pour George Fisher. Et aussi sur une démo, 'Moisissure'. On a aussi écrit un texte en latin pour le morceau 'Putrefiunt', mais au-delà de ça, très très peu de morceaux ont une signification lyrique.


Tu utilises beaucoup d’instruments différents dans tes morceaux. Est-ce que le son de certains d’entre eux peut-être le point de départ pour composer ou au contraire tu les rajoutes si le morceau l’exige ?


La plupart du temps j’utilise vraiment les instruments en fonction de la couleur dont j’ai besoin. J’ai une idée globale du morceau, et je "peins" mon morceau avec les différentes couleurs que les instruments apportent. Après, il n’y a pas vraiment de règles, et je peux très bien être inspiré par la couleur d’un instrument et composer un morceau en fonction de ça. Je crois qu’il s’est passé quelque chose comme ça avec le morceau 'Overweigh Poesy'. Les premiers enregistrements de 'Kanoun' que j’avais fait m’ont ouvert à certaines idées et la forme finale du morceau a probablement été modifiée grâce à ça. L’instrument a une telle couleur que j’ai adapté d’autres éléments pour que le tout soit mieux équilibré.





"Spirituality And Distortion" est ton album le plus influencé par la musique orientale. Cette musique se caractérise par une grande richesse rythmique. As-tu beaucoup étudié cette musique pour composer l’album ?

La musique du Moyen-Orient est quelque chose que je n’ai pas vraiment étudié pour faire cet album. Mais tu as raison, rythmiquement, dans la musique orientale il y a des choses très subtiles et très spécifiques. Pour 'Downgrade Desert' notamment, j’avais en tête un musicien traditionnel que j’adore, je l’avais contacté pour savoir si il était intéressé pour jouer sur ce morceau et il m’avait répondu que la rythmique de ce morceau était tellement loin de ce qu’il connaissait avec sa musique traditionnelle que pour lui c’était presque "pécher" de jouer sur un morceau comme ça. Il a pris peur et n’a pas accepté l’invitation.


Difficile de parler de tes influences tant elles sont nombreuses et éclectiques, mais si tu devais citer 2 groupes ou musiciens qui t’ont le plus influencé, quels seraient-ils ?

Tu demandes de résumer une vie de recherche musicale en juste 2 groupes ! Je vais faire encore pire, je vais la résumer en juste 2 morceaux : Beethoven - Moonlight Sonata; Meshuggah - I.


Tu as composé la musique du film de Bruno Dumont, « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc », qu’as-tu retenu de cette collaboration ?


J’en ai retenu plein de choses super positives. Ça a été un plaisir de travailler avec un grand homme comme Bruno Dumont, au final, ça a été un projet très dur a réaliser et à gérer, mais au final, au-delà du travail de fou que ça a demandé, on a beaucoup rigolé et je pense qu’on a fait quelque chose qui n’avait jamais été tenté avant. C’est vraiment une œuvre unique. Essaie de faire chanter et danser des petites filles non professionnelles sur du metal, en live, en racontant l’histoire de la jeunesse de Jeanne D’arc. On a un résultat vraiment inédit. Ça a été aussi un projet assez frustrant pour moi. Il m’était interdit de corriger les fausses notes de ces jeunes chanteuses, Bruno Dumont a préféré privilégier le coté humain que le coté techniquement juste, ce qui a été la partie la plus dure du projet pour moi, je crois.


Cela t’a-t-il donné envie de réaliser ton propre film, sachant que ta musique peut être très cinématographique au sens lynchien du terme ?


Oui, c’est vrai qu’avoir une équipe de cinéma qui travaille pour soi ouvre beaucoup de portes artistiques. Dans le cas du film "Jeannette", l’équipe travaillait dans le sens du réalisateur, mais j’étais présent aussi sur le tournage, et j’ai vu a quelle point on peut faire des trucs géniaux avec les bonnes personnes.


Quelles sont tes attentes pour cet album ?

Mes attentes ont été celles de faire un album qui me représente, un album qui me permette d’exprimer vraiment et à 100% ce que je voulais exprimer. Je peux dire qu’avec "Spirituality and Distortion", j’ai vraiment réussi à faire ça, et c’était mon plus gros challenge. Maintenant, tout le reste est du bonus. Il y a la tournée qui va arriver dès que la situation avec le Covid - 19 sera calmée. Je reçois aussi beaucoup beaucoup de messages en ce moment, des messages de gens qui ont adoré l’album, j’en reçois bien bien plus que ce que je peux répondre, mais ça me fait plaisir et c’est du bonus.




Nous sommes en pleine période de confinement dû au coronavirus et tu as dû, comme tout le monde, reporter les concerts prévus. Comment mets-tu à profit cette période difficile ?


Je profite de cette période pour exercer ma patience, parce qu’il en faut beaucoup pour surmonter ça. Toute notre première tournée a été reportée, alors que tout est prévu depuis longtemps et qu’on s’était tous bien préparés. En réalité on se prépare encore mieux à cette prochaine tournée, et on avance aussi sur le 2ème album de notre groupe Corpo-Mente.


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Poutre.



Plus d'informations sur http://igorrr.com/
 
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