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A PROPOS DE:

PAIN OF SALVATION (25 AOUT 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
METAL PROGRESSIF

En cette fin de vacances, Music Waves a pu s'entretenir avec Daniel Gildenlöw pour la promo de "Panther" qui constitue une sortie majeure en cette année bien terne.
CALGEPO - 04.09.2020 - 6 photo(s) - (0) commentaire(s)
Après un album catharsis et très personnel pour son leader, Pain Of Salvation sort "Panther" un nouveau concept album évoquant le thème de la normalité. Nous avons pu nous entretenir avec Daniel Gildenlöw pour une longue interview fleuve centrée autour de ce sujet qui mettra en exergue la sensibilité et la passion du Suédois pour la musique, ses doutes et certitudes et qui livrera un scoop en toute fin. Enjoy.


Bonjour Daniel, ravi de pouvoir t'avoir en ligne à l'occasion de la sortie de "Panther", comment vas tu tout d'abord ?


Oh très bien, très heureux aussi de pouvoir discuter avec toi, le soleil brille en plus !





Il pleut ici en France, mais ce n'est pas très grave. Avant toute chose, merci à toi car j'ai vu que tu avais partagé la chronique que nous avons faite de "Panther"...


Oh de rien, c'est normal, merci à vous pour votre chronique...


Commençons notre interview si tu le veux bien. "In The Passing Light Of Day" a été un choc pour beaucoup de vos fans, par son histoire notamment, l'expression pour toi d'une catharsis, je me demandais, après un tel niveau d'engagement, comment est-ce que tu envisagerais la suite pour Pain Of Salvation,, est ce que tu aurais encore quelque chose à dire encore d'aussi fort ou bien est-ce que cet album au final a été libérateur ?

Le quatrième album que nous avons fait, "Remedy Lane", était vraiment personnel et révélateur à bien des égards. Je pense que je me suis habitué à cela. J'ai toujours aimé les albums et la musique où j'ai l'impression que celui qui a composé, écrit, a creusé et exploré jusqu’à son maximum ou, dans une sorte de forme courageuse, a essayé de ne pas s'éloigner de ce qui est de l'intime et proche de lui et s'est servi de cela pour faire quelque chose qui devient plus intéressant.

Cela m'a toujours attiré quand il s'agit de musique et de paroles. Cela me semble naturel même si c'est pénible, c'est certain, il arrive souvent que l'on doute de devoir exposer ses sentiments intérieurs à ce point, mais je ne me suis jamais permis de reculer. Même avec "Panther", bien qu'à première vue, cela puisse sembler moins intime que "The Passing Light of Day", c'est en fait aussi très intime dans la mesure où il partage la façon dont j'ai vécu avec une personnalité ou une mentalité neurotypique et que j'ai partagé cela avec beaucoup d'autres personnes dans le monde de la musique. Je suppose que cela concerne beaucoup de gens dans le monde, mais je me suis utilisé comme point de départ. C'est aussi très éprouvant à bien des égards.



Peut-on dire de par sa profondeur et le fait de vouloir la retranscrire musicalement aussi bien que le précédent album a été un tournant pour toi et le groupe spécialement dans la manière d'enregistrer la batterie qui semble aujourd'hui plus organique que jamais ?


De manière rétrospective, en regardant tous les albums que nous avons réalisés, on voit différents points de pivot et de retournement, mais quand on est dans le processus, on ne le ressent jamais vraiment de la même manière. "Panther" est, à bien des égards, une extension de "Passing Light of Day" et je peux voir comment le précédent album est une sorte de tournant parce qu'il est issu aussi des albums "Road Salt" et "Falling Home", qui étaient en quelque sorte eux même un tournant sur le plan sonore.

Je pense que c'est comme quand vous avez des enfants. Vous les voyez tous les jours et ils changent, ils grandissent très lentement, et vous n'y pensez pas tellement parce que vous êtes avec eux tous les jours, mais ensuite vous rencontrez des parents éloignés et ils ne vous rencontrent que tous les quatre ans ou quelque chose comme ça, et ils vous diront : "Oh mon Dieu, vos enfants ont tellement grandi". Je pense que c'est la même chose avec la presse et les fans, ils nous voient de temps en temps.

Quand nous sortons un album, c'est-à-dire quand nous venons rendre visite à nos enfants et que tout le monde dit "Oh mon Dieu, tant de choses ont changé", mais nous avons juste été dans ce processus lent et organique d’évolution. Quand je travaille sur les albums "Road Salt", je sais que j'ai tous ces différents morceaux, ces différentes pistes musicales sur lesquelles je vais réfléchir. C'est juste une question de savoir quel album viendra de temps en temps et peut-être que ce sera pour plus tard. Je peux voir que c'est comme ça que vous l'avez peut-être vécu.


Parfois, je me dis : "Tu penses que c'est de la folie ? Vous devriez voir ce qui se passe dans ma tête musicalement, jusqu'où je pourrais aller si je me sentais juste moi-même".



"In Passing Light Of Day" était émotionnel et sauvage, "Panther" quant à lui est plus fou et apaisé, comment vois tu l'évolution de Pain Of Salvation entre ces deux albums ?

Oui, la folie (rires). Au fil des années, depuis le premier album, même avant le premier album, j'ai toujours eu ce sentiment. J'entends toujours : "Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Qu'est-ce que tu manges et bois pour être aussi dingue ?" Le truc, c'est que j'ai l'impression de me restreindre quand il s'agit de faire de la musique pour Pain of Salvation. Parfois, je me dis : "Tu penses que c'est de la folie ? Vous devriez voir ce qui se passe dans ma tête musicalement, jusqu'où je pourrais aller si je me sentais juste moi-même".

Je pense que lorsque vous comparez les deux albums, ma réflexion est que j'ai senti que lorsque nous étions en train de faire "The Passing Light of Day" que le paysage sonore commençait à se mettre en place à peu près au moment où nous travaillions sur ‘Full Throttle Tribe’. J'ai commencé à ajouter des claviers autotune et à faire passer des guitares distordues dans des fuzzguars, comme dans des pédales fuzz stéréo, et puis à faire passer cela comme un sidetrack dans un suppresseur de bruit, et puis à utiliser cela très fortement pour que cela ne fasse que déformer et couper le signal, presque comme un câble vraiment, vraiment mauvais.

C'est à ce moment que j'ai commencé à penser que c'est probablement là que nous voulions amener cet album. Je pense que c'est le son que nous devrions atteindre et nous avons vraiment aimé travailler sur cet album. Ça a toujours été un de mes objectifs, cette sorte de beauté laide, de perfection imparfaite ou d'imperfection parfaite. C'était comme une nouvelle façon de le faire d'une certaine manière. Les chansons sur lesquelles nous avions déjà travaillé, nous avons commencé à les intégrer dans ce paysage sonore qui allait devenir "Passing Light Of Day".

Une fois que nous en avons eu fini avec cet album, j'ai senti que j'étais encore curieux d'aller plus loin dans cette voie-là et de voir ce qui se passerait si on commençait à expérimenter ainsi. D'une certaine manière, on pourrait dire que si l'on fait une analogie avec les chansons et les albums, on construit des bâtiments et des maisons, et que cela se transforme en ville, je suppose que nous avons déplacé des maisons dans ce quartier avec "Passing Light Of Day".

Avec "Panther", je me suis dit : "Que se passerait-il si vous allez dans ce quartier et que vous commencez à construire sur place ? J'ai utilisé beaucoup cette réflexion comme postulat quand j'ai commencé à écrire la musique, juste pour voir où je finirais. J'ai vraiment beaucoup apprécié cela. Je pense aussi qu'au fil des ans, une chose qui est très évidente pour moi, c'est que pour chaque album, j’ai besoin de trouver d'une nouvelle méthodologie, une nouvelle façon d'aborder la façon dont je vais écrire la musique et ensuite me lancer dans l'album. C'est encore plus vrai maintenant. Avant tout, parce que je suis curieux, je voulais essayer quelque chose de nouveau, un peu comme un garçon agité, je suppose, dans ce sens.




Ce qui veut dire que lorsque tu te lances dans le processus de composition, tu le conçois quasiment comme un challenge pour toi-même, une mise en danger ?

Oui. Également c’est comme un parc d'attractions. Je pense que j'ai toujours besoin de musique pour être amusant et intéressant. J'ai besoin de continuer à construire sur cette relation. C'est comme une sorte de sécurité qui fait que chaque album aura un peu sa propre personnalité parce que je pars d'un angle différent ou que je fais quelque chose de différent que précédemment, non pas avec l'intention de devoir le faire sonner différemment par principe ou quoi que ce soit, mais juste par curiosité et en continuant à chercher ma voie, à essayer de trouver de nouvelles perspectives dans la musique. J'aime la musique et j'aime raviver cette relation avec chaque nouvelle chanson que j'écris.


Et ça s'entend, la musique vibre en toi....


Je suis content que tu comprennes ça !


À l'heure actuelle, nous avons une société qui est beaucoup plus étroite à bien des égards qu'elle ne l'a été par le passé, beaucoup plus fondée sur la rationalité mystique et l'administration bureaucratique et la sécurité


Rentrons dans le détail de "Panther" et de son thème général la normalité, qu'est-ce qui définit pour toi la normalité... Un philosophe a dit que "l'Homme est un animal qui n'a d'autres ressources que de créer des normes afin de s'adapter à son environnement", penses-tu que c'est une bonne définition ?

Alors oui, le thème de l'album est de s'interroger sur ce qu'est la normalité et sur les moyens que nous avons de la définir. Il y a évidemment des moyens objectifs qui permettent, dans de nombreux contextes, de décider de ce qui est normal et ce, quelle que soit la majorité. Si vous avez une espèce de papillons et que 99% d'entre eux ont une certaine couleur, et que 1% d'entre eux ont une couleur différente, alors vous pouvez évidemment dire : « Très bien, quelle que soit la couleur des 99%, c'est la normalité ». Ce n'est pas comme ça qu'on fait avec l'humanité dans le sens global.

Je pense qu'avec l'humanité, selon le temps, le contexte et la culture, la normalité est beaucoup plus un état de comportement souhaité. Elle est beaucoup moins basée sur ce que la majorité des gens vivent ou manifestent dans leur comportement. Cela rend la discussion beaucoup plus compliquée car j'ai le sentiment que beaucoup de choses que nous traitons aujourd'hui ont les mêmes caractéristiques que celles que nous défendons et que nous louons lorsqu'il s'agit de l'histoire de l'humanité. Nous regardons tous ces brillants scientifiques, artistes, peintres et auteurs, toutes ces personnes brillantes à travers l'histoire que l'on nous enseigne à l'école. Ce sont ces mêmes personnalités que l'on qualifie de dysfonctionnelles aujourd'hui et que l'on soigne.

Encore une analogie si tu permets. Disons-le comme ceci. Les personnes typiquement normales, les neurotypiques, ce sont les dernières personnes à qui je voudrais tenir la main quand il y a une merde. Chaque fois qu'il y a un accident d'avion ou autre chose, ou une apocalypse de zombies (rires), quand cela arrive, les neurotypiques, ce sont eux qui sont dysfonctionnels parce qu'ils ils s'effraient facilement.

Ils ont un sens plus vague de leur boussole morale, je dirais qu'ils ont un sens de la loyauté plus faible, ce qui signifie qu'à chaque fois qu'une catastrophe se produit, ce sont ceux qui, à mon avis, seraient trop dysfonctionnels. Je n'oserais pas mettre ma vie entre leurs mains. Ainsi, le fonctionnement et le dysfonctionnement, à bien des égards, ne sont qu'une mesure de la façon dont nous fonctionnons dans un contexte donné, et ce contexte donné ne nous appartient pas.

Il est plutôt basé sur les tendances de la société et de la culture que nous avons. À l'heure actuelle, nous avons une société qui est beaucoup plus étroite à bien des égards qu'elle ne l'a été par le passé, beaucoup plus fondée sur la rationalité mystique et l'administration bureaucratique et la sécurité. Dans ces contextes, les plus rapides et les plus agités ne parviendront pas à répondre aux attentes au quotidien, je suppose, mais cela ne signifie pas qu'ils sont dysfonctionnels dans d'autres contextes.




La normalité serait une question de perception, de prisme et de contexte... une image que tu projettes. Regarde par exemple, dans le monde du travail, la première chose qu'on m'ait dite c'est de faire attention à mon image, cela comptait plus que mon travail en lui-même car il fallait rentrer dans un moule, une norme... on demande à une personne différente de changer car elle n'est pas dans la norme ?


C'est certain. Le concept de normalité est certainement projeté sur nous. Tous ceux qui sont allés à l'école savent à quel point il est important de s'intégrer. C'est une part importante, non seulement de l'existence des humains, mais aussi, je suppose, de celle de nombreux animaux. La plupart des animaux mesureront aussi l'importance de se démarquer, mais rester assis est difficile.

Je suppose que ceux qui sont diagnostiqués et soignés, en général, sont ceux qui sont suffisamment loin de la fenêtre de normalité pour ne pas pouvoir passer à travers cette fenêtre assez souvent. Ils échoueront et quand vous échouez trop souvent, les gens diront : "Ce type n'est pas vraiment normal", mais évidemment, la vérité est que pour cet album, nous l'avons fait presque comme une chose binaire. Il y a la panthère, puis il y a les chiens.

Dans la vraie vie, évidemment, c'est une échelle glissante, il y a plusieurs degrés et la question que nous nous posons est que : s'il y a quelque chose de vraiment normal, qui n'a pas de dysfonctionnements typiques, je suppose que ce serait la personne la plus ennuyeuse et la plus générique que vous ayez jamais rencontrée. La vérité, c'est que pour la plupart des gens ce que trouvons avoir la personnalité est le résultat du décalage par rapport à notre perception de la normalité. C'est ce qui crée la personnalité et une forte personnalité, peu importe où vous vous situez dans ce diagramme ou dans ce spectre de normalité et de non-normalité ; tout cela est vraiment dû à la personnalité.

Souvent, quand vous regardez ce que les gens normaux ont fait, historiquement, peut-être que ce sont eux qui devraient être des panthères, c'est pour moi une parabole ou une analogie des gens passionnés, des gens orientés vers un but. Quand il s'agit du spectre du TDAH (Ndlr : trouble déficitaire de l'attention) ou de l'autisme, ils sont généralement très motivés par la passion. Elles peuvent aller bien au-delà de la raison, à la recherche de ce en quoi elles croient vraiment.

Cela signifie également qu'ils ne sont pas aussi susceptibles de suivre les tendances ou d'aller là où vous êtes censé aller et faire ce que vous êtes censé faire, parce qu'au fond, ils sont tellement motivés par cette idée qu'ils ont. L'autre est le contraire, ce qui serait assez ironique - ce que nous appelons la normalité -, ce sont les gens qui ont une passion beaucoup moins prononcée qui les anime. Ils sont beaucoup moins guidés par leur propre boussole, qui leur indique où ils devraient aller. Ils sont plus obéissants à bien des égards, moins enclins à faire des choses drastiques et bizarres comme aller au pôle Nord pour étudier les aurores boréales pendant des années. Ils sont moins enclins à faire quelque chose comme ça. D'autre part, vous les verrez se tenir debout et lever la main devant Hitler chaque fois que cela se produit. Quand ce sera la grande tendance, ils suivront, beaucoup d'entre eux, pas tous, bien sûr. Il y a toujours une fonction et un dysfonctionnement pour ces deux personnalités ou pour toutes ces personnalités. L'ironie de la chose, je pense, c'est que nous soignons les gens qui iraient peut-être un jour au pôle Nord, en faisant des trucs bizarres qui feraient vraiment quelque chose de différent...


C'est juste dire aux gens que "nous t'aimons et nous aimons que tu sois spécial et nous allons aimer t'aider malgré le fait que tu sois dysfonctionnel".



Il y a quelques mois, je me disais que c'est une sorte d'ironie que les personnes neurotypiques prennent des médicaments pour ressembler davantage aux personnes à qui l'on donne des médicaments pour qu'elles soient plus proches des gens normaux. Quelle est l'ironie de la chose ? C'est bizarre.

En fin de compte, je suppose que nous voyons deux forces différentes dans la société en ce moment parce que j'ai le sentiment qu'aujourd'hui nous vivons dans un monde où, plus que jamais, nous sommes arrivés au point où nous sommes censés accepter les différentes personnalités de chacun et où tout devrait être accepté et toléré, ce qui est une bonne chose à mon avis. Quelle que soit la sexualité que vous avez, c'est votre droit, quelle que soit votre personnalité ou vos rêves, c'est votre droit. Devenez celui que vous voulez être.

L'image de l'humanité est que nous sommes tellement tolérables et que nous tolérons tous ces différents idéaux, mais en même temps, nous n'avons jamais atteint un point de l'histoire où nous avons catégorisé autant de personnes. J'ai le sentiment que quand  j'étais plus jeune, on ne parlait pas tellement de catégories. Il fallait être éloigné ou vraiment à part pour qu'un sorte de diagnostic soit posé sur vous. Il faudrait que je devienne un putain d'énorme problème pour que quelqu'un se dise : "Nous avons posé une sorte de diagnostic sur cet enfant. Ce gamin est hors norme."

C'était une question de personnalité. Il y avait des personnalités difficiles et puis des gens qui étaient agités et difficiles en classe et c'était tout. Maintenant, nous avons tous ces diagnostics très volontiers donnés et c'est comme si nous nous flattions, en tant que culture, d'être plus tolérants maintenant et plus serviables. Chacun est censé pouvoir aller à l'école avec ses propres moyens, quels qu'ils soient. Vous avez des problèmes d'attention, mais ce n'est pas la même chose que de dire qu'ils sont normaux, c'est l'inverse.

C'est juste dire aux gens que "nous t'aimons et nous aimons que tu sois spécial et nous allons aimer t'aider malgré le fait que tu sois dysfonctionnel". Je pense que les enfants d'aujourd'hui se font dire dans une mesure beaucoup plus grande qu'ils ne sont pas normaux, donc nous sommes devenus plus tolérants mais aussi nous avons beaucoup réduit le concept de normalité pour qu'il corresponde à ce qui est considéré comme normal aujourd'hui. En fait, c'est juste une très, très fine tranche de comportement qu'il faut intégrer. La plupart des gens seront en fait en dehors de ces normes.





Nous avons du mal à cultiver les différences et à les reconnaitre, les accepter comme une richesse, c'est un peu l'image de l'album qui est très riche car contenant des titres très variés et différents ...

Oui, de toute mon enfance, depuis le début, je pense que c'est ce qu'on nous dit, mais dans le même temps, je pense que cela a toujours été le rôle de l'art sous toutes ses formes. Je ne parle pas uniquement de notre musique, mais en grandissant, la musique, les films, les livres, tous célèbrent la différence. Nous célébrerons aussi toujours la différence. Ceux qui vont là où les autres ne vont pas. Les mécanismes culturels fonctionnent de façon totalement différente, ce qui est vraiment déroutant, je pense, en grandissant. C'est ce qu'on nous dit, mais en réalité, on est traité d'une manière différente. Nous les traitons comme des problèmes, mais partout ailleurs, nous les voyons être traités comme des héros. C'est une combinaison très étrange.


Tu as ajouté beaucoup de sons et d’effets en post-production, notamment sur ta voix. Etait-ce la volonté de surprendre l’auditeur ou une manière de te challenger ?

Je pense que je conçois la voix comme un ensemble de choses différentes. Tout d'abord, bien sûr, c'est un communicateur émotionnel de paroles. Bien sûr, tout comme la voix humaine l'est en général, mais c'est aussi un instrument. J'apprécie d'utiliser la voix comme un instrument et de ne pas ressentir le besoin de la faire ressembler à une voix humaine typique. Sur cet album, encore une fois, c'est comme une extension de l'album précédent. D'un point de vue sonore pour la voix normale, je pense que c'est assez simple. J'utilise un micro très commun et assez bon marché.

Je cherchais juste le genre de son vocal que j'aime vraiment. Il se trouve que c'est ce genre de changement. C'est un changement de son très simple à bien des égards, mais j'ai aussi utilisé le vocodeur. En fait, j'en ai utilisé plusieurs. J'ai parfois utilisé une octave en bas de l'échelle pour faire bouger les choses. J'ai enregistré beaucoup de lignes vocales, mais la plupart des choses que je fais consiste à changer ma voix pendant que je chante, à le faire physiquement, à utiliser la voix de façon étrange. C’est ce que j’ai toujours fait... J'allais parler d'une chanson qui n'est pas sur l'album. Cela n'aurait pas de sens. Il y a des moments où j'essaie de ressembler à un enfant ou de faire comme si c'était bizarre. J'aime expérimenter avec la voix.


Il y aura toujours de la beauté dans la laideur et du laid dans la beauté. Je pense que c'est là son point fort, je voudrais toujours avoir cela dans la musique.


Dans une interview pour Music Waves de 2007, tu nous avais dit que « La vie est régulièrement en même temps hideuse et magnifique et c’est ainsi que tu conçois la musique en général et la vôtre en particulier ». Dirais-tu la même chose aujourd’hui ?


Oui, certainement. Pour moi, c'est à ce moment-là que les choses deviennent intéressantes. Comme je l'ai dit, beauté laide ou imperfection parfaite ou perfection imparfaite, je peux passer tellement de temps, comme pour cet album, par exemple, à déplacer un seul bruit. Comme si j'avais une rupture de note de guitare ou quelque chose comme ça, je peux bouger pendant des millisecondes jusqu'à ce que je sente que c'est ce qui devrait se passer. C'est comme ça.

Quand je coupe quelque chose, je n'utilise pas de plugins qui vont le couper rythmiquement, je m'assois et je coupe physiquement le fichier enregistré, je le fais manuellement et je trouve les bons espaces dans la coupe pour avoir ce son de quelque chose qui se décompose. Je vais donc passer beaucoup, beaucoup de temps à essayer de rendre cette laideur aussi parfaite que possible, ce qui est ironique à bien des égards.

Je pense que la vie est belle de cette façon. Par exemple, vous aurez un proche qui meurt et il fera encore beau ce jour-là et le soleil brillera. La vie dans la nature ne fait pas attention à ces détails humains, ce qui signifie que votre vie sera toujours pleine de contrastes. Il y aura toujours de la beauté dans la laideur et du laid dans la beauté. Je pense que c'est là son point fort, je voudrais toujours avoir cela dans la musique. Je suis certainement attiré par cela dans la musique des autres aussi.


La musique de Pain Of Salvation est sans doute celle qui est la plus humaine ...

Je suis content de te l'entendre dire, ça me fait plaisir.





Qu’est-ce que la pandémie mondiale que nous vivons inspire à l’écologiste et à l'artiste que tu es ? Comment envisages-tu le futur du groupe ?

Nous avons eu la chance d'être à la fin de la production de l’album et d'être un groupe qui fait son chemin. Nous avons toujours fait cela, ce qui signifie, pour le meilleur et pour le pire, que nos projets ne s'étendent pas aussi loin dans le futur. Historiquement, nous avons eu des tournées qui ont été annulées, mais d'un autre côté, nous avons aussi eu d'énormes problèmes pour faire en sorte que ces tournées aient lieu parce que des membres du groupe attendaient des bébés, et aussi dans l'équipe.

Nous savions que Gustav allait partir parce qu'il avait besoin de faire une pause dans beaucoup de ses engagements. Nous avons donc eu d'énormes problèmes pour voir comment cette tournée allait se dérouler et cette pandémie est arrivée et tout d'un coup, tous les problèmes que nous avions ont disparu. Je ne vais pas dire que l'univers nous a réglé notre compte. Ce serait la plus horrible des réparations, mais elle ne nous a pas affectés.

Financièrement, bien sûr, cela nous a affectés de façon négative, mais je suis toujours moins préoccupé par cela parce que je vis avec des finances de merde depuis que j'ai décidé de faire carrière dans la musique. Depuis lors, on ne sait jamais. Pour moi, personnellement, j'ai eu l'impression que tout d'un coup, le reste du monde nous rendait visite dans notre vie de tous les jours. Tout d'un coup, ils se sont dit : "Oui, vous n'avez pas de lieu de travail où aller de la même façon. Vous ne savez pas ce qui va se passer demain ou la semaine prochaine. Vous ne savez pas combien d'argent vous allez recevoir, et vous devez essayer de travailler à la maison chaque fois que vous le pouvez. Vous n'aurez pas beaucoup de temps à passer avec vos amis et votre famille". Tout cela est notre mode de vie par défaut. Quand vous êtes musicien, c'est là que vous êtes toujours.





En tant que musiciens, créatifs, vous êtes les plus libres pour votre activité (en dehors des live), vous êtes votre propre patron avec beaucoup de sacrifices ?


Il faut avoir un certain type de personnalité pour survivre. Il y a un stress constant sur la façon de joindre les deux bouts et sur ce qui va se passer. Vous devez vivre dans un léger chaos tout le temps, comme chaque jour de votre vie.

Vous devez être capable de voir la récompense comme quelque chose de pas très tangible, comme quelque chose d'assez abstrait. Je pense que cela montre que tous ceux qui travaillent dans un domaine créatif de la vie auront le même sentiment. En tant que musicien, vous commencez à faire des sacrifices dès votre plus jeune âge. On commence à apprendre un instrument, ou plusieurs instruments. C'est comme se regarder soi-même. J'ai commencé un groupe à l'âge de 11 ans, et puis c'était fini, je n'étais vraiment concentré que sur ça.

En fait, je vis la vie qui a été décidée pour moi par un enfant de 11 ans, il faut regarder cette réalité, c'est fou. Vous faites des sacrifices tous les jours, vous sacrifiez tellement de tout ce que vous pourriez devenir, et vous sacrifiez tellement de cercles sociaux. Vous consacrez tant de temps et tant d'argent aux instruments et aux répétitions, et tout cela, c'est juste pour une passion, un rêve.

Même quand la récompense arrive, si elle arrive, elle peut être de se tenir sur une scène devant des gens et de pouvoir interpréter vos paroles et votre musique, et d'avoir cette importance pour les gens, et de leur faire sentir que leur vie est devenue, au moins pour aujourd'hui, un peu meilleure. Je pense que vous devez pouvoir considérer cela comme la récompense finale, et toute récompense financière qui l'accompagne comme un bonus. Car si vous envisagez de vous enrichir, vous devrez alors arrêter très rapidement, car cela prend beaucoup de temps.



Un artiste doit avant tout être généreux ....

Bien sûr. Je pense aussi que c'est la deuxième chose. Vous devez y trouver une passion et à titre personnel j'en tire quelque chose. Ce n'est pas ce que vous attendez de la vie, car beaucoup de gens voudront en tirer des avantages financiers. Bien sûr, nous voulons cela aussi parce que nous voulons que nos vies fonctionnent, mais cela me donne beaucoup de satisfaction de travailler avec la musique. D'une certaine manière, c'est comme quand vous faites l'amour, vous n'êtes pas payé pour ça, mais vous en profitez, ou vous faites un puzzle, ou vous regardez une bonne émission sur Netflix : vous n'êtes pas payé pour cela, mais vous appréciez quand même le temps que vous passez. Je pense que c'est la partie la plus cruciale. J'aimerais un monde où chacun pourrait travailler avec des choses qu'il aime vraiment. Je pense que le travail qu'ils feront serait tellement mieux parce que c'est une extension d'eux-mêmes et de leurs passions et qu'ils feront alors de leur mieux.

Tout cet investissement est simplement versé dans un trou noir qui pourrait aussi bien finir par être ce trou noir et rien de plus. Vous devez vous préparer à cela. Pourtant, à l'âge de 47 ans, je dois le voir de cette façon. Je dois vivre ma vie en sachant que cette situation n'est pas stable, à aucun moment. Je n'ai pas de régime de retraite, je vis essentiellement pour cette passion, et pour cette récompense très abstraite.



Le temps passe vite et il est temps de terminer cette interview intéressante, j'aurais tellement plus de questions à te poser mais je te laisse le dernier mot pour nos lecteurs...

Oui, je suppose que le plus important pour moi est de leur faire sentir que nous reviendrons. Ce n'est qu'une question de temps. La possibilité de partir en tournée est partie en fumée, c’est triste parce que nous aimons être sur ces scènes et rencontrer les gens. Notre vie c'est de rencontrer des gens du monde entier qui tirent vraiment quelque chose de notre musique. Nous espérons simplement qu'ils apprécieront cet album, et qu'ils sentiront que, quelqu'ils soient, quelle que soit leur personnalité, ils sont beaux. Ils devraient se considérer comme tels et toujours remettre en question la normalité, afin que lorsque nous nous rencontrons, nous puissions être qui nous voulons, des panthères ou des chiens, et que nous puissions nous produire dans un lieu quelque part, et simplement célébrer la beauté de la vie.


J'ai commencé à faire le prochain album, la suite de "Panther".


Nous espérons vous revoir bientôt, surtout en France, à Paris ou Toulouse ou même n'importe où...


C'est ce que nous voulons. Qui sait ? Avec le coronavirus, j'ai commencé à faire le prochain album, la suite de "Panther". Selon la durée de la pandémie, peut-être que lorsque nous repartirons en tournée, nous soutiendrons deux albums en même temps, qui sait ?


C'est un scoop ! une suite directe à "Panther" ?

Exactement... mais il est encore trop tôt pour tout dévoiler.


Merci Daniel pour ton temps et tes réponses intéressantes. Prends soin de toi et de tes proches.

Merci à vous pour votre travail. Restez prudents.


Merci à Newf pour sa contribution.



Plus d'informations sur http://www.painofsalvation.com/enter.htm
 
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