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TITRE:

SKALD (04 SEPTEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

PAGAN/VIKING METAL



En cette rentrée compliquée, Music Waves avait rendez-vous avec le phénomène néofolk français Skáld...
STRUCK - 06.11.2020 -
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Music Waves est monté sur son drakkar pour rencontrer les membres de Skáld qui a réussi à percer dans l'univers néofolk et ainsi éclaircir certaines zones d'ombre autour de ce désormais duo avec lequel nous avons pu évoquer le succès rencontré et le lien avec le phenomène de mode lié à l'engouement autour de la série "Vikings" notamment.
Nous avons également fait le point sur les attentes du groupe en cette période particulièrement floue qui présente certains parallèles avec les craintes des peuples nordiques de l'époque...



Quelle est la question qu’on va trop souvent posée ?

Pierrick Valence : (Sourire) Pourquoi ?

Justine Galmiche : (Rires) Oui, pourquoi, on est amenés à faire ce type de musique ?

Pierrick : Et pourquoi on est intéressés par la mythologie nordique ou ce genre de choses… Cette question est pénible oui !





Et le lien éventuel avec un effet de mode lié aux vikings…

Justine : C’est vrai qu’on fait le rapprochement avec Vikings en permanence, on nous demande si cela n’a pas aidé… Bien sûr !


C’est la mode [des vikings] et tant mieux parce que justement, ça nous permet enfin de pouvoir travailler sur un projet comme celui-ci avec des moyens et ne pas le faire de façon underground



Mais n’avez-vous pas mal vécu le fait d’être taxé d’opportuniste en voulant surfer sur cette mode ?

Justine : S’il n’y avait pas Vikings, on ne serait pas amené à avoir ce succès mais nous ne sommes pas opportunistes parce que nous faisons ce que nous aimons…

Pierrick : Non, je trouve ça normal et je m’y attendais. La scène folk est une scène qui est émergente. Dans les années 1990, on était dans la découverte du black metal et quand il y a un nouveau style qui arrive, il y a forcément des pionniers et des gens qui sont embarqués dans l’aventure. Et ceux après qui arrivent les pionniers, on leur reproche généralement d’être des suiveurs mais c’est valable pour n’importe quel style de musique : je savais donc très bien qu’on allait nous reprocher ça. Mais peu importe parce que nous sommes passionnés par cet univers depuis très longtemps et que nous faisions bien ou mal ce que nous faisons actuellement, nous aurions eu de toutes façons ce genre de commentaires.
Donc oui, effectivement, c’est la mode et tant mieux parce que justement, ça nous permet enfin de pouvoir travailler sur un projet comme celui-ci avec des moyens et ne pas le faire de façon underground


Tu parles de moyens qui sont possibles grâce à votre succès. Justement, vous attendiez-vous à un tel succès ?

Justine : Absolument pas ! Ça a grossi d’un coup, ça a pris une ampleur énorme. Pierrick a déjà connu ça par le passé mais moi, je sors de nulle part et ça m’est arrivé en pleine figure… On m’aurait dit ça il y a quelques années, je n’y aurais pas cru.


Et comment le vit-on ?

Justine : Je le vis très bien : je reste concentrée sur ma vie à côté… Je le vis très bien, il faut juste savoir séparer les choses.

Pierrick : C’est beaucoup de hauts et de bas. Il y a des moments où tu es très actif où tu enregistres dans des super studios où tu enregistres des clips avec des équipes fantastiques où tu tournes à jouer au Wacken, au Hellfest, tu vas jouer en Russie…

Justine : … et le lendemain, tu es chez toi toute seule en te demandant si ça s’est réellement passé (Rires) !





Vous évoquez ce succès fulgurant mais ne craignez-vous pas que cet élan soit brisé avec ce virus ?


Pierrick : Si on pouvait le prédire…


Justement, nous nous rencontrons pour la sortie de ce nouvel album, avez-vous envisagé de la décaler ?


Pierrick : Non !

Justine : Malheureusement, on ne peut pas défendre cet album en live mais on compte sur une promo…

Pierrick : On compte sur l’album tout court, en fait !


Si tu attends trop, les choses ne se font pas…. donc autant que l’album sorte !



Sauf qu’avant cette crise, le discours de tous les artistes était que la seule réelle source de revenus n’était plus que les tournées, les concerts sachant que les ventes d’albums ne généraient plus rien…


Pierrick : Ce sont des choses marketing. Nous dépendons de toute une équipe qui s’occupe de tous ces sujets.

Justine : Tout à fait, nous avons une grosse équipe derrière et nous restons concentrés sur l’aspect artistique.

Pierrick : Sorti du confinement, on nous offre la possibilité de partir en Bretagne enregistrer le disque dans un studio très proche d’une pyramide engloutie…

Justine : … ce qui est totalement en rapport avec le thème de l’album

Pierrick : Et le fait pour nous qui venons de l’Est de pouvoir partir à l’autre bout de la France et nous retrouver à travailler dans ces conditions, c’était génial et à aucun moment, on ne s’est posé la question si c’était le bon moment ou pas parce que de toutes façons, si tu attends trop, les choses ne se font pas…. donc autant que l’album sorte et on verra bien !

Justine : Et il faut se rappeler que nous ne sommes pas les plus à plaindre, il faut rester positifs !


Pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, Skáld a vu le jour en 2018 sous l’impulsion de Christophe Voisin Boisvinet, quelle est votre implication vous chanteurs dans le projet ? Skáld était un groupe d’entrée ou ont-ils-été recrutés par la suite ?


Pierrick : Nous nous connaissions déjà avec Justine, nous faisions de la musique...

Justine : … dans le même style mais beaucoup plus dark…

Pierrick : … beaucoup plus rituel. Et Christophe m’appelle pour me dire qu’il avait vu ce que je faisais, qu’il savait que je chantais et jouais plein d’instruments nordiques, des vielles, des lyres… et qu’il travaillait sur un projet d’influence nordique qui pourrait me plaire. Il m’a fait venir en studio, on a maquetté et du coup, j’ai dit qu’on y allait. Mais il cherchait également une voix féminine qu’il peinait à trouver parce que ce n’est pas évident de trouver les bonnes personnes et je lui ai glissé qu’il fallait qu’il s’intéresse à Justine.

Justine : (Rires) J’étais au travail à ce moment et Pierrick me dit que j’allais recevoir un coup de fil d’une personne pour Universal, tu imagines bien que j’étais surprise (Rires) !

Pierrick : Tout s’est enchainé très vite, peu de temps après, on se retrouve en studio. Christophe me donne des textes sur lesquels il m’offrait la possibilité de composer et je me retrouve donc à composer des titres…





Tu as composé… Tu réponds donc en partie à la question que beaucoup se posent à savoir si vous n’étiez que des interprètes, ce qui n’est apparemment pas le cas…

Pierrick : Non ! En fait, Christophe a une écriture très précise et quand on se retrouve en studio, il y a plein de choses qui se font sur le moment : on a beaucoup de liberté ! C’est vrai que pour ma part, j’ai écrit des titres mais même si Justine n’a rien écrit…

Justine : … je suis plus dans un travail d’improvisation et de vocalises et c’est mon moment préféré quand Christophe me dit : "Lâche-toi ! Fais ce que tu aimes, fais ce que tu sais faire !".

Pierrick : … et tu proposes des choses aussi… Il y a quand même un travail de groupe qui se fait même s’il y a un travail énorme en amont qui est fait par Christophe. Mais on a quand même notre patte si bien que Christophe fait en fonction de nous, de nos tessitures…

Justine : Il n’imagine pas juste quelque chose qu’il faudrait reproduire à la note près.


On peut toujours  se demander comment faire son trou mais en fait, justement, comme c’est une nouvelle scène, ça signifie qu’il y a plein de choses à faire et que chacun peut donner son interprétation du sujet.



Tu parlais de patte, comment vous situez-vous par rapport à Wardruna, Corvus Corak, Skalmold ou encore Cruachan et d’autres? Faire son trou au milieu de tout cela ça n’a pas semblé impossible ?

Pierrick : C’est une scène nouvelle…

Justine : … et nous ne faisons pas partie de la même scène. Nous sommes quand même hyper loin de ces groupes : on fait de la pop folk scandinave ! On aurait pu nous comparer avec notre précédent projet avec Pierrick mais aujourd’hui, plus du tout : Wardruna est quelque chose d’hyper conceptuel, hyper ambiant et expérimental sur plein de choses, alors que nous sommes sur des choses plus concrètes qui pourront plaire au plus grand nombre.

Pierrick : On a un format chanson avec des repères, des refrains, on est moins dans quelque chose de dronesque
On peut toujours de se demander comment faire son trou mais en fait, justement, comme c’est une nouvelle scène, ça signifie qu’il y a plein de choses à faire et que chacun peut donner son interprétation du sujet.
On parle de Wardruna ou d’autres groupes mais ceux qui s’intéressent à la scène avant que ça devienne ce qu’elle est devenue, on pouvait poser le type de question à Wardruna parce qu’il y avait eu avant Gjallarhorn… qui ne sont pas connus parce qu’ils étaient là avant tout le monde et que ce n’était pas du tout la mode et que ça n’intéressait que très peu de personnes… Mais pour ceux qui étaient déjà dans la scène quand Wardruna est arrivé, on pouvait déjà dire que ça existait déjà, qu’il n’y avait rien de nouveau dans un certain sens.





On n’a pas besoin d’être Jamaïquains pour faire du reggae... pourquoi se poser la question pour notre style ?



On parlait de groupes internationaux. Comment Skáld est-il vu à l’international ? Le fait d’être français n’a pas compliqué votre tâche pour être reconnus en dehors de nos frontières ? C’est possible de ne pas être nordique et d’évoquer cette culture ?

Justine : On n’a pas besoin d’être Jamaïquains pour faire du reggae... pourquoi se poser la question pour notre style (Rires) ?

Pierrick : C’est la bonne phrase pour répondre à cette question. Mais si on joue le jeu de la question, il faut savoir que la culture nordique à un moment donné a été omniprésente en Europe, les mecs sont allés partout en Normandie… Ils se sont intégrés aux lieux qu’ils ont visité et pillés au départ. On a tous une fibre nordique en nous !

Justine : Bien sûr ! Et l’histoire que nous racontons et en particulier dans l’album qui va sortir est notre histoire à tous parce que si on remonte très loin, nous faisons tous partie de cette histoire.

Pierrick : Et il y a aussi une dimension spirituelle dans notre musique et dans nos textes : il ne suffit pas d’avoir les yeux bleus et les cheveux blonds pour être légitimes et se sentir connecté à tout ça. N’importe qui peut se sentir connecté à cette "vibe" nordique.

Justine : On reçoit énormément de messages je pense notamment à la Turquie…

Pierrick : Justement, paradoxalement, à l’étranger, on ne pose pas ce genre de question, c’est plutôt un truc français…


Dès qu’il y a une tête qui dépasse, il faut la couper !



Et tu es bien placé pour l’avoir vécu dans une autre vie et un autre groupe… dès que ça marche un peu….

Pierrick : … Il y aura toujours plein de gens pour te dire que tu n’es pas légitime pour faire ça…

Justine : Dès qu’il y a une tête qui dépasse, il faut la couper (Rires) !


On est là pour faire rêver les gens plus que de les amener dans un contexte historique... dans ce cas autant regarder un reportage Arte.


Pour aller dans le sens de légitimité, je suppose que le fait d’avoir creusé en profondeur votre sujet a dû vous amener une grande crédibilité ? On avoue avoir été impressionné, entre la langue, le vieux norrois, les thèmes recherchés, les instrumentations et les voix vous avez frappé fort… Pensez-vous que cela vous permet de sortir du lot quand certains se contentent d’effleurer le sujet ?

Pierrick : Il y a une prise de risque dans ce qu’on fait ! D’un côté, on sait qu’il n’y a aucune trace, aucune preuve… il n’y a pas de répertoire écrit sur ce qui se faisait, en revanche, il y a tellement de groupes qui se disent authentiques qu’il y a une masse de gens qui pensent que pour être authentique, il faut être comme ça.  Mais nous n’avons jamais voulu être authentiques, on a toujours voulu faire ce qu’on avait envie d’entendre.

Justine : La musique, c’est comme le cinéma, on a une part de libre interprète en tant qu’artiste et ainsi pouvoir partir dans notre vision de la chose.

Pierrick : Et comme nous prenons des risques, nous nous éloignons un peu de cette espèce de tradition qui est en train de se créer autour d’un "boum boum" récurrent avec une voix diphonique dans les graves… Certains le font très bien mais au bout d’un moment, même si tu fais ça très bien, ça tourne un petit peu en rond. Nous avons envie d’écrire des chansons…

Justine : … et d’évoquer plus que d’essayer de représenter à tout prix historiquement une période…

Pierrick : On ne fait pas d’archéologie !

Justine : On est là pour faire rêver les gens plus que de les amener dans un contexte historique... dans ce cas autant regarder un reportage Arte.





Par rapport au précédent album, il y a un changement de line-up  : Mattjö est parti… Avez-vous songé à le remplacer pour le nouvel album ?

Justine : Pas pour l’instant. On se dit qu’on a commencé tous les deux et on se retrouve tous les deux : est-ce que ce n’était pas comme ça qu’il fallait que ça se passe !

Pierrick : Rien n’est figé !

Justine : Pour l’instant on revient au point de départ tous les deux.

Pierrick : C’est la vie d’un groupe : des membres entrent et sortent… ça dépend des rencontres : rien n’est figé ! On a tous envie d’être surpris et de nous surprendre nous-mêmes et d’avoir des éléments qui nous surprennent et qui nous apportent des choses. Pour cet album, il fallait qu’on le fasse comme ça et on est super contents du résultat !


Dans les crédits de cet album, on retrouve le nom de Christophe dont on a parlé au début mais on a vu aussi le nom de Snorri Stulursson, homme politique, poète et historien islandais du XIIème siècle, on lui attribue l’Edda qui est notre source de connaissance de la mythologie nordique. Tout l’album est basé dessus ?

Justine : Justement non ! Sur cet album, on a vraiment essayé d’ouvrir un maximum pour sortir de la mythologie et plus parler des changements climatiques qui ont eu lieu à cette époque -il y 1500 ans- et faire un parallèle avec notre univers et la société un peu malade dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Nous voulions vraiment nous ouvrir sur le Nord plus que sur le Viking et la mythologie nordique.





Les craintes des gens de l'époque sont les mêmes que celles d'aujourd'hui !


A ce propos, quels sont les thèmes abordés, on a vu le Grand Hiver qui annonce le crépuscule des Dieux avec la chanson ‘Fimbulvetr’ par exemple ou ‘Sækonungar’ qui évoque les rois des mers, abordez-vous tous les pans de l’histoire du monde jusqu’à Ragnarök ?

Pierrick : Beaucoup de choses que nous vivons en ce moment y font écho. Même si on ne parle pas de mythologie pure et dure, on y fait référence très souvent. Mais plutôt que de parler d’histoires figées dans l’Eda, on tire des enseignements de tout ça et on s’approprie toutes ces histoires, ces métaphores en faisant un parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui ! Les craintes des gens de l'époque sont les mêmes que celles d'aujourd'hui !

Justine : Et même les gens d’avant cette période ! Il y a des pierres runiques qui ont été retrouvées, je pense notamment à la pierre de Rök en Suède, qui expliquent la crainte d’un nouvel hiver de trois ans -trois ans sans été- c’est-à-dire une grosse catastrophe climatique, des éruptions volcaniques qui ont forcé les gens à partir et qui ont fait beaucoup de pertes humaines. Je pense qu’il faut vraiment que nous prenions tout ça en compte parce que cette prédiction n’est pas écrite pour rien et aujourd’hui, on vit des choses semblables.
La nature comme la mythologie nous enseignent toutes ces choses aussi bien le fait d’être isolé, défendre sa place, se manger les uns les autres et aussi d’autres choses beaucoup plus positives. Et je pense qu’il faut qu’on tire des leçons de ces enseignements ancestraux et que nous revenions rapidement à des vraies valeurs…


Vous êtes positifs et ambitieux…. Vous y croyez ?

Justine : Nous vivons de cette manière !

Pierrick : Et quand il y a eu la peste et que ça a ravagé des populations entières, les gens ont gardé espoir et nous sommes là aujourd’hui ! Il y a toujours moyen de se dire qu’un cycle se termine et qu’un autre va commencer.
Dans ‘Fimbulvetr’, le titre qui évoque les trois hivers, ce qui déclenche ça, c’est la métaphore de l’aigle immense et terrifiant qui mange les cadavres, qui prend son envol et avec ses ailes, il provoque le vent. Une fois que l’hiver est terminé, un nouveau cycle commence mais il y a toujours cet aigle qui rôde et plane au-dessus : il y a un doute qui s’installe ! C’est un peu comme la fin du confinement, on se dit que le monde va repartir mais on sent qu’il y a quelque chose qui plane au-dessus de nos têtes.

Justine : Il y a plein de parallèles comme dans ‘Grótti’ où on fait un parallèle avec la surconsommation : ce sont des sujets tristes qu’on aborde de façon métaphorique et poétique mais le fond est quand même là.





Cet album, c’est un peu ça : essayez d’embarquer les gens dans ce voyage !



La partie musicale à présent, l’album est court mais est un plongeon total dans l’univers du Grand Nord, c’était l’idée forte d’emmener l’auditeur au loin comme s’il était emmené dans un navire vers la mer et les mystères ?

Justine : C’est clairement le rôle de ‘Sækonungar’ (Sourire) !

Pierrick : Tout à fait, c’est une chanson qui dit "à quoi sert ce tambour dans ma main si aucun homme ne me suit".

Justine : Les Sækonungars étaient les rois des mers, c’étaient ceux qui avaient les navires en main et dans cette chanson -même si c’étaient des hommes en général- on m’a mise en avant pour dire que j’avais un tambour dans la main, je suis sur la proue du bateau, suivez-moi et partons à l’aventure sur la mer. Et oui, cet album, c’est un peu ça : essayez d’embarquer les gens dans ce voyage !


Musicalement vous utilisez des instruments anciens, comment s’effectue le choix des instruments ? Vous avez travaillé avec des artisans pour obtenir le matériel idéal pour vos titres ? Le skáldharpa a été conçu pour vous visiblement, pour quelle raison avez-vous souhaitez avoir un instrument spécifique ?

Pierrick : Dans l’instrumentarium nordique, il y a des sonorités bien précises qui correspondent à des types de lyres ou de vielles qui sont entre guillemets un peu limitées harmoniquement. Il fallait donc trouver des compromis pour pouvoir rendre ces instruments un peu plus "bavards" pour qu’on puisse sortir de la musique modale et avoir un truc un peu dronesque et avoir la possibilité de parcourir des schémas musicaux plus modernes et libres.
Donc du coup, on a créé cet instrument qui utilise à la fois des cordes mélodiques qu’on peut pincer et frotter avec un archer et des cordes sympathiques avec un manche fretté. Du coup, ça fait un maelstrom de plusieurs sortes d’instruments qui permettent d’avoir cette sonorité ancestrale -de crin avec des cordes en boyaux ou en crin de cheval aussi- et en même temps ne pas être limité dans une tessiture, dans une gamme. Ça nous permet selon nos besoins d’avoir ce son sans avoir à trop utiliser de machines. Et du coup, il y a plein d’instruments comme les talharpas, les jouhikkos, les nyckelharpas, les skáldharpas, plein de types de lyres, la harpe…

Il y a des thèmes et comme une scène au cinéma, quand tu veux l’illustrer de façon sonore, il faut que dans l’inconscient ce qu’on entend te rappelle les éléments que tu vois : une scène sur l’eau ou dans la montagne... Dans Skáld, c’est un peu pareil, on a une relation du son à l’image très forte. A partir de là, on sait que tel instrument va plus évoquer la terre que l’eau, donc on va l’utiliser en fonction.


Ce qui nous a aussi encore séduit c’est le travail vocal, on ressent toute l’âme du Nord dans vos voix. Y a-t-il un travail spécifique avant d’entrer en studio pour s’imprégner des textes et de la culture ?

Pierrick : Oui. Le fait de regarder les films en version originale et de regarder des films qui viennent d’Islande ou de Norvège nous aide. Tout le monde sait que nous n’avons pas les mêmes résonances quand on parle anglais ou français et c’est la même chose avec les langues scandinaves.

Justine : De mon côté, je ne me suis pas vraiment imprégnée : c’est venu assez naturellement chez moi, je ne sais pas pourquoi mais j’aime bien chanter dans ce registre. Je trouve que les mots en vieux norrois sont bourrés de résonances différentes et c’est ce qui est super intéressant à développer avec la voix parce qu’on peut se permettre plein de choses contrairement à d’autres langues.

Pierrick : Chanter en vieux norrois nous aide à nous immerger dans l’univers parce qu’il y a des phonèmes qu’on n’utilise pas en français et les produire quand on les chante nous permet de rentrer dans le personnage comme un costume.





Pierrick, je trouve que tu as des intonations proches de celles de Brendan Perry de Dead Can Dance…

Pierrick : (Rires) Oui, c’est vrai….


… et que l’esprit du groupe se retrouve de temps à autre, je pense au titre ‘I Dansinum’…

Pierrick : … titre que j’ai écrit…


… la formation a pu être une influence ?

Pierrick : Ça l’a été mais ça l’est encore plus pour Justine car s’il y en a bien une qui est fan, c’est bien elle…

Justine : Je m’inspire depuis toujours, depuis toute petite mes parents écoutaient Dead Can Dance et c’est vraiment ma référence.


Donc dans le cas présent, la comparaison vous fait plutôt plaisir…

Pierrick : Oui, c’est même un honneur !


C’est toute une nouvelle façon de travailler la musique qui va se mettre en place.



Quelles sont tes attentes et sont-elles modifiées avec la crise que nous traversons ?  

Pierrick : Avoir la chance de pouvoir avoir une vie d’artiste "normale". C’est la question : comment allons-nous faire si nous ne pouvons pas faire de concert ?
Est-ce qu’il faut réfléchir à d’autres façons d’offrir aux gens un spectacle ?

Justine : Et faire comme beaucoup de groupes : offrir des live streams ?

Pierrick : Trouver les bonnes idées mais est-ce que cela va être possible ? C’est toute une nouvelle façon de travailler la musique qui va se mettre en place.
Il y a toujours moyen de se débrouiller et on a la chance en France d’avoir ce statut d’intermittent du spectacle alors que dans d’autres pays, il n’y a rien. En revanche, il y a d’autres pays où il y a autre chose : on pense souvent à tort qu’il n’y a qu’en France qu’on bénéficie d’une aide de ce type mais ce n’est pas vrai parce qu’on parle avec des musiciens qui viennent de l’étranger, ils ont aussi d’autres organismes qui leur permettent de vivre.





On a commencé cette interview par la question qu'on vous a trop souvent posée ; au contraire, quelle est celle que vous aimeriez que je vous pose ou à laquelle vous adoreriez répondre ?

Pierrick : Quand est-ce qu’on mange ? (Rires)

Justine : (Rires)


Merci

Skáld : Merci à vous


Merci à Noise pour sa contribution...



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/skaldvikings/
 
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